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mercredi 15 juillet 2020

Contes Modernes, le livre est enfin disponible

Avec 5 ans de retard, l'intégrale de Contes Modernes est enfin disponible sur Thebookedition
Il coûte en papier 16€ et en PDF, 6,70€ pour 688 pages dont un épilogue inédit de 8 pages + 50 pages d'autres points de vues bonus (dont 14 inédites)


Résumé : La réalité dépasse souvent la fiction à telle point, qu'écrite, elle en devient invraisemblable. Il suffit de lire les faits divers dans les journaux ou de les écouter à la radio. Des atrocités inimaginables côtoient d'incroyables miracles. Et, si pareilles histoires existent, pourquoi les contes de fée n'auraient-il pas un écho dans notre monde moderne ?

Redécouvrez 9 contes liés entre eux par des personnages communs : Cendrillon (avec Chaussure perdue en environ 100 pages), Le Petit Ondin (avec Sauvetage silencieux en 80 pages), Le Beau et la Bête (avec Brûlure en 100 pages), Hans et Gretel (avec Bonbon encré en 80 pages), Le Petit Chaperon Rouge (avec Loup des Neiges en 55 pages), Le Stoïque Soldat de plomb (avec Danse sur un pied en 45 pages), Le Bel au Bois Dormant (avec Coma en 40 pages), Blanc-Neige (avec L'auberge des 7 nains en 50 pages), Raiponce (avec Chute en 65 pages) 

N.B. J'ai retiré de la vente le 1er conte, Chaussure Perdue, dans la mesure où les 8 autres n'auront finalement pas le droit à d'édition individuelle. 

La palme du pire prince charmant est remise à Vic de Chaussure perdue. Et ce, de toutes mes histoires confondues, pas seulement les Contes Modernes.
Autrement, je vous avoue que le conte que j'ai préféré rerererererelire, c'est Brûlure, mais en même temps le conte de la Belle et la Bête est mon favori.  
Ma préférence va ensuite à Loup des Neiges...

— Vous avez des yeux immenses, constata-t-il.
— C’est comme ça que je t’ai repéré dans toute cette neige, bébé.
Le regard de Carmin descendit vers les profondeurs du sac de couchage.
— Vous avez de longues jambes.
— C’est plus pratique en montagne, trésor.
Un trésor ? Lui ? Si peu... Lou Desbois s’en rendrait compte bien vite, même si pour l’heure, la façon dont il l’enlaçait donnait à Carmin l’impression de lui être précieux.
— Et de grands bras.
— C’est pour mieux réchauffer les égarés, mon chou, répliqua Lou en le plaquant contre son torse.
— Et de larges mains... murmura Carmin alors qu’elles se remettaient à le caresser.
— Là encore, chéri...
— Et un énorme pénis, acheva Carmin dans un souffle, en sentant le membre de Lou en érection.
— C’est pour mieux baiser, mon ange.
Et en disant ces mots, Lou le serra plus étroitement avant de le dévorer de baisers.

samedi 22 septembre 2018

Un Chevalier au XXIème siècle, Remplacement Standard, Si Cendrillon était un homme et 7 autres contes sont disponibles en livres

Remplacement Standard 
au prix de 8,60€ pour 233 pages dont 3 bonus inédites
Un Chevalier au XXIème siècle
au prix de 8,53€ pour 196 pages dont 2 bonus inédites
Si Cendrillon était un homme et 7 autres contes
au prix de 8,53€ pour 196 pages avec des suites inédites pour Blanc-Neige et Le Beau & La Bête
sont désormais disponibles à l'achat sur Thebookedition 

https://www.thebookedition.com/fr/remplacement-standard-p-358640.html#summaryhttps://www.thebookedition.com/fr/un-chevalier-au-xxieme-siecle-p-358703.htmlhttps://www.thebookedition.com/fr/si-cendrillon-etait-un-homme-p-358642.html

Résumé de Remplacement Standard :
Pères surbookés, mères débordées... Pas de panique ! On vous fournit un remplaçant pour vous donner le temps de souffler !   Jonas qui n'a pas été prévenu par son épouse n'accueille pas à bras ouverts Ethan qui a été envoyé pour prendre sa place et s'occuper de leurs trois enfants.

Résumé de Un Chevalier au XXIème siècle :
Tim a un physique de crevette. Il n'a pas caché qu'il était gay dans son lycée. Trois affreux font de sa vie en enfer. Tim est désespéré, mais une visite au musée va tout changer.

Résumé de Si Cendrillon était un homme et 7 autres contes
Voici une série de contes revisités avec des couples d'hommes. 
Redécouvrez Cendrillon, Le Beau et la Bête, Blanc-Neige, Le Beau au Bois Dormant, Le Petit Triton, Le Prince au Petit Pois, Le Petit Chaperon Rouge et Raiponce soit 8 contes avec en bonus des suites au Beau et La Bête, Blanc-Neige, au Petit Chaperon Rouge parce que dans les contes comme dans la vie, rien n'est jamais vraiment fini !

vendredi 1 juin 2018

Raiponce - 8 (fin)

Quand Melvyn appela Raiponce, la sorcière lui envoya la tresse de cheveux.
Le prince ne se méfia pas un instant. Il pensa que le jeune homme avait encore quelques scrupules à partir et il grimpa jusqu'en haut. Cependant, c'est la vieille qu'il trouva devant la fenêtre qu'il avait pris l'habitude d'enjamber les semaines passées.
— L'oiseau a quitté son perchoir et plus jamais il ne roucoulera avec qui que ce soit, ricana-t-elle.
La prise du prince sur la corde se relâcha à cette nouvelle. Son doux Raiponce était donc mort ?
La sorcière détacha alors la tresse et Melvyn tomba dans le vide.
Sa chute fut longue, mais il ne se débattit pas. Sans Raiponce, il préférait mourir. Cependant, il fut épargné. Une branche de pin ralentit sa chute et seuls ses yeux furent touchés.
Il se mit à errer dans la forêt à l'aveugle, se moquant bien d'essayer de regagner le chemin de son château. Il respirait encore, mais à l'intérieur, il était comme mort. Il aurait tout donné pour entendre à nouveau Raiponce chanter, et plus encore, pour pouvoir le prendre dans ses bras.
Rendu fou par la douleur d'avoir perdu son bien-aimé, il marcha au hasard des mois et mois durant, subsistant en se nourrissant de baies et de racines.
   
    De son côté, dans le désert où l'avait laissé la sorcière, Raiponce survivait comme il pouvait. Il avait même pris sous son aile deux petits enfants, un garçon et une fille, également abandonnés par leurs parents pour mourir dans les sables.
Il était en train de leur chanter une berceuse dans leur misérable hutte, quand il vit un homme crasseux entrer à tâtons dans leur demeure. Malgré son allure misérable, il le reconnut aussitôt.
Sa voix se brisa et il se jeta dans les bras de Melvyn en répétant son nom sans discontinuer. Il pleura de joie et ses larmes coulèrent sur les yeux éteints du prince. C'était le chant de Raiponce qu'il avait cru reconnaître qui avait guidé ses pas.
Ils s'embrassèrent. Et puis Raiponce se rappela de la présence des deux enfants qui s'étaient endormis juste avant l'arrivée du prince et il l'attira hors de la hutte.
Melvyn cligna des paupières. Il avait retrouvé celui qui illuminait ses jours et sa vue était en train de lui revenir.
Ils se racontèrent ce qui s'était passé durant leur longue séparation et se promirent de ne plus jamais se quitter.
Ensemble, accompagnés des deux enfants, ils retournèrent dans le royaume du prince qui fut accueilli dans la liesse.
Ses parents enchantés de retrouver leur fils qu'ils avaient cru disparu à jamais, acceptèrent tout ce que Melvyn désirait. C'est ainsi qu'il épousa Raiponce et adopta les deux orphelins. Et ensemble, ils vécurent très heureux, se montrant toujours plein de bienveillance et tolérance envers leurs sujets.

FIN

jeudi 31 mai 2018

Raiponce - 7

Hélas, la sorcière voulu comme d'habitude connaître les symptômes engendrés par sa potion et Raiponce, en utilisant des mots qu'il n'était pas supposé connaître, se trahit.
La vieille eût tôt fait de lui arracher toute l'histoire.
— Pauvre sot, c'est un prince, vous êtes deux hommes, votre relation est sans avenir !
— Pourquoi ?
La sorcière ricana et tâcha de lui expliquer comment le monde marchait, chose dont elle ne s'était jamais donnée la peine jusqu'ici.
Grâce à Melvyn, Raiponce en savait plus qu'avant, mais  certains aspects lui échappaient toujours. Jusqu'alors, il ne s'était pas douté que les relations entre personnes de même sexe étaient mal considérées, que les princes devaient se marier pour avoir un héritier.
Il ne mit pas en doute les paroles de sa marraine, mais trouva cela absurde. Quel mal cela faisait-il si le prince l'épousait lui ? Quelle nécessité y-avait-il à ce que ce soit la chair de sa chair qui monte sur le trône ? L'important était quelqu'un de qualifié soit à la tête du pays.
— Le prince n'a fait que s'amuser avec toi, affirma la sorcière avec assurance.
— Non, il m'aime, protesta Raiponce.
— Peu importe, ta place est ici.
Le jeune homme secoua la tête.
La sorcière, furieuse, le gifla avec force. Elle ne l'avait jamais frappé auparavant, mais elle sentait qu'il lui échappait et ne le supportait pas. Raiponce était sa chose, son commode cobaye.
Le jeune homme, les joues cuisantes, réalisa enfin que sa marraine n'en avait rien à faire de son bonheur, que Melvyn avait eu raison de lui faire remarquer que ce n'était pas normal qu'elle se serve de lui pour tester ses mixtures, le laissant subir toutes les conséquences.
De son côté, la sorcière comprit que c'était fini, que Raiponce ne lui obéirait plus et qu'il lui devenait donc inutile. Elle empoigna le jeune homme à la racine de sa tresse et brandissant la serpe qui lui servaient à couper les plantes qu'elle mettait dans ses potions, la lui trancha.
Profitant du choc du jeune homme, elle le renversa au sol et le roua de coups. Raiponce tenta bien de se défendre, mais rien ne l'avait préparé à cette débauche de violence et sa tête était étrangement légère, ses cheveux étant désormais courts.
Une fois qu'il eut perdu connaissance, la vieille se débrouilla pour le descendre en l'attachant à la tresse, puis le conduisit dans une étendue désertique où elle l'abandonna. Après quoi, elle retourna à la tour décider à se venger de cet imbécile de prince qui l'avait contraint à se séparer de son cobaye.

mercredi 30 mai 2018

Raiponce - 6

Le jeune homme, cependant, même après, était toujours en érection. Celle de Melvyn devenant dur à supporter, il se déshabilla à son tour, la libérant.
Raiponce haletait et se tordait.
Le prince le rassura avec des mots doux.
Tout en l'embrassant pour la première fois, il frotta son pénis contre celui du jeune homme qui fut pris d'un nouvel orgasme, mais demeura plein de désir.
Melvyn lécha le membre toujours dur et dressé et le doigta. Quand il l'estima prêt à l'accueillir en lui, il le pénétra.
Raiponce se mordit les lèvres en poussant une plainte, mais l'attira contre lui.
Le prince effectua des mouvements de va-et-viens de plus en plus rapides jusqu'à ce qu'ils jouissent ensemble.
Melvyn aurait voulu le garder enlacé, mais le jeune homme s'écarta.
La fièvre était tombée et, même sans comprendre ce qui s'était passé, il était bouleversé de l'intimité qu'il venait de partager avec le prince.
— Je t'aime, déclara  Melvyn.
Ce n'était peut-être pas les meilleures circonstances pour le dire, mais il était inutile de lui cacher plus longtemps.
Il continua :
— C'est pour ça ce que je t'ai fait l'amour, même si je n'aurais sans doute pas dû profiter du fait que tu étais sous l'influence d'un espèce d'aphrodisiaque.
Raiponce, comme souvent, ne connaissait pas tous le sens des mots prononcés par le prince, mais ses sentiments ne lui échappèrent pas.
Un lien s'était tissé entre eux à mesure que dans son tiroir les cordons de soie devenaient une corde. Il n'avait su le définir jusqu'à présent. C'était donc de l'amour ce manque quand il n'était pas là, cette tristesse au moment où il partait, cette envie d'être tout près de lui. Cela n'avait aucun rapport avec l'affection qu'il éprouvait pour sa marraine.
— Que ressens-tu pour moi, Raiponce ?
— La même chose, murmura le jeune homme.
— Alors, pourquoi ne viens-tu pas dans mes bras ?
Raiponce vint s'y nicher timidement. Le prince posa tout doux ses lèvres contre celles du jeune homme qui se sentit à nouveau fiévreux, mais de façon agréable et non douloureuse, comme un peu plus tôt.
— Demain, je partirai d'ici avec toi.
Sa marraine ne tenait pas tant que cela à lui. Sans Melvyn, il aurait davantage souffert, de surcroît sans comprendre ce qui lui arrivait.
— Pourquoi pas aujourd'hui ? La corde est prête, non ?
— Je voudrais lui dire au revoir.
— Elle n'acceptera jamais ton départ.
— Je ne le mentionnerai pas.
Le prince n'insista pas. Un jour de plus, ce n'était pas grand chose, surtout si cela permettait à Raiponce de quitter sa prison, le cœur serein.

mardi 29 mai 2018

Raiponce - 5

Le matin suivant, il débarqua à nouveau, l'appelant d'une voix forte. Il avait le cordon de soie, comme promis.
Raiponce le prit et le cacha au fond du tiroir de sa commode. Il n'était pas encore sûr de ce qu'il en ferait. Il avait toujours obéi à sa marraine, mais le monde dépeint par le prince était attirant.
Après la troisième visite du prince, Raiponce décida que cela ne l'engageait à rien de préparer une corde, qu'il pourrait l'utiliser ou ne rien en faire.

    Melvyn aimait Raiponce. L'évidence lui apparut alors qu'il chantait devant lui. Ce n'était pas que sa voix, ni même son physique avantageux – il avait retrouvé son teint de pêche – c'était son être tout entier. Il n'était pas seulement innocent, il était profondément bienveillant. Il rayonnait de bonté. Quand Melvyn lui avait parlé des problèmes de récolte des paysans cette année, le jeune homme avait pleuré.
Le prince l'avait pris dans ses bras pour consoler et en avait ressenti une troublante excitation. Cependant, quelque soit son désir de l'embrasser, il n'en avait rien fait. Raiponce était si pur qu'il n'avait pas osé.
    Un soir, cependant, il le retrouva agité et fiévreux.
La sorcière était passée un peu plus tôt et lui avait fait boire un breuvage sucré. Raiponce ne savait pas ce que c'était, bien sûr.
— Cela passera, assura-t-il d'une voix altérée en s'allongeant sur son lit. Ou bien elle me soignera. Il y a parfois des étranges effets secondaires. Je suis habitué.
Il l'était peut-être, mais pas Melvyn. Hormis, pour le teint verdâtre, il n'avait encore jamais vu Raiponce souffrir des potions de la sorcière. De nouveau, il aurait voulu l'emmener avec lui, loin de la tour, à l'abri de la méchante vieille.
Il était en train d'envisager d'aller chercher un médecin au château, quand Raiponce ôta ses vêtements qui lui collaient à la peau et l'irritaient.
— J'ai trop chaud, gémit-il.
Melvyn déglutit devant la perfection des lignes de son corps. Tout était beau chez lui, jusqu'à la courbe de son pénis érigé.
Raiponce ne savait pas ce que cela signifiait. Il ne se doutait pas que le voir ainsi plongeait le prince dans un état d'excitation similaire.
Cependant, quand Melvyn lui toucha le sexe, il éprouva une sensation de soulagement qui l'incita à réclamer davantage.
Le prince, même s'il avait quelques scrupules à profiter de la naïveté du jeune homme et de l'excitation provoquée par la potion que ce dernier avait ingéré, ne se fit pas prier. Il le caressa encore et encore, partout, jusqu'à ce que Raiponce éjacule.

lundi 28 mai 2018

Raiponce - 4

— Alors ? demanda Melvyn.
Le jeune homme lui expliqua et le prince fut horrifié. Pour lui, c'était une évidence que Raiponce était utilisé.
— Tu devrais venir avec moi, dans mon château. Coupons tes cheveux et descendons ensemble.
Il aurait tout aussi bien pu demander au jeune homme de s'arracher un bras. Sa chevelure faisait partie de lui au même titre qu'un membre.
Une rapide inspection de la chambrette apprit de toute façon à Melvyn qu'il n'y avait rien dedans pour trancher la tresse d'or. Il n'aurait cependant pas été difficile d'aller chercher son épée suspendue dans son fourreau au pommeau de la selle de son cheval. Mais Raiponce ne semblait hélas pas prêt à se sacrifice.
— Je peux revenir demain avec une corde, déclara le prince.
— Non, c'est inutile. Et d'abord, pourquoi tenez-vous autant à ce que je vienne avec vous ?
— Il est injuste que vous soyez ainsi tenu à l'écart du monde, que nul ne puisse profiter de la beauté de votre chant.
— Ma marraine m'aime, je lui causerai bien du chagrin si je disparaissais.
Melvyn faillit s'emporter en l'entendant se soucier de la vieille folle qui le rendait malade et le tenait enfermé.
Il se contint de justesse.
— Et ma tristesse à moi de vous savoir dans votre perchoir ? s'enquit-il.
— J'en serais désolé, mais je vous connais à peine, répondit Raiponce.
C'était vrai. Melvyn comprit alors qu'il avait été trop brusque avec le jeune homme.
— Me donnes-tu le droit de te rendre visite ?
Raiponce opina. C'était agréable d'avoir quelqu'un à qui parler, quand bien même le dit individu n'était pas un modèle de douceur et de délicatesse.
— Je t'apporterai un cordon de soie à chaque fois. Libre à toi de fabriquer ou non de quoi descendre.
Raiponce préféra ne pas relever.
Sans gêne, le prince s'assit sur son lit et se mit à lui parler de sa vie au château. Des professeurs lui enseignaient tout ce qu'il fallait pour qu'il devienne un bon souverain.
Cela ne le passionnait pas et il prenait n'importe quel prétexte pour échapper à ses heures d'études. Il trouvait qu'il apprenait davantage au contact de son peuple qu'en restant devant un bureau.
En l'écoutant, Raiponce ne tarda pas à prendre conscience que sa situation n'avait rien de normal.
Le prince l'interrogea ensuite sur ses occupations, mais Raiponce, en deux mots, eut fini et le vide de sa vie par rapport à celle de Melvyn le frappa douloureusement.
Il le poussa à repartir, sous prétexte que sa marraine risquait de ne pas tarder et le prince obéit.

vendredi 25 mai 2018

Raiponce - 3

Raiponce détailla aussi Melvyn des pieds à la tête. Il était aussi brun que lui-même était blond et doté d'yeux d'un noir profond. Sa peau était également sombre. Il le dépassait d'au moins deux têtes et avait de larges épaules.
Le jeune homme recula, ce que Melvyn ne manqua pas de remarquer.
— Ne t'inquiète pas, je ne te veux aucun mal.
— Oui… Que désirez-vous au juste ?
Melvyn ne le savait pas trop lui-même. La voix du jeune homme l'avait remué au plus profond de son être, mais écouter son chant ne lui avait pas suffit.
— Pourquoi es-tu emprisonné dans cette tour ?
— J'habite ici, répondit Raiponce.
— Mais tu ne peux sortir à ta guise, tes cheveux étant nécessaire pour descendre.
Raiponce dut en convenir.
— N'as-tu pas envie de découvrir le monde extérieur ?
Le jeune homme ne pouvait nier y avoir songé, car il trouvait les heures longues, seul dans sa petite pièce ronde, mais cela le terrifiait également, il n'avait jamais été qu'entouré de murs.
Durant sa seule sortie, le bref trajet entre la maison de sa marraine et la tour, il avait dormi. Le ciel et les frondaisons des arbres, il ne les avait jamais vus que d'une fenêtre.
— Je suis bien là où je suis.
Melvyn peinait à le croire.
— Tu as mauvaise mine, sûrement parce que tu ne prends pas assez le soleil.
— Je ne suis malade ! s'écria Raiponce. C'est vous qui avez une drôle de tête toute marron, ajouta-t-il avant de le regretter aussitôt, car ce n'était pas gentil de sa part.
La mode au pays était le teint clair, mais le prince ne s'en souciait pas et se promenait toujours sans chapeau par monts et par vaux.
— Je suis bronzé, c'est signe de bonne santé. Je ne veut pas entendre cela de quelqu'un qui est vert.
Raiponce s'offusqua. 

Melvyn décrocha la petite glace suspendue au mur derrière eux et lui tendit.
Le jeune homme qui n'avait pas pris la peine de regarder son reflet ce matin-là fut obligé de constater avec mortification que son interlocuteur avait raison. Au moins, il n'avait pas de pustules, comme une fois. Il aurait bien aimé parfois que la vieille dame ne le tartine pas de toutes ses pommades et ne lui fasse goûter toutes ses bizarres mixtures. Seulement, cela lui faisait tellement plaisir… Et en plus, elle revenait vite pour voir par elle-même les effets. Cela évitait à Raiponce des jours solitaires.

jeudi 24 mai 2018

Raiponce - 2

Sous le charme, il suivit la voix et arriva au pied de la tour. Il eût tôt fait de constater qu'il n'y avait aucun moyen d'y entrer, alors il appela :
— Hé, ho ! Qui êtes-vous, vous qui chantez si divinement ?
Raiponce se tut, surpris et effrayé. Nul ne lui avait jamais adressé la parole hormis la sorcière.
Melvyn répéta sa question, mais Raiponce garda le silence. Il ne savait pas s'il avait le droit de répondre.
Le prince finit par rentrer chez lui, se demandant s'il avait rêvé cette voix si émouvante.
La sorcière à qui Raiponce rapporta l'incident lui enjoignit de ne jamais au grand jamais se montrer à un inconnu.
Cependant, le prince revint. Il ne pouvait oublier la voix si envoûtante.
Il surprit un nouveau chant de Raiponce qu'il écouta jusqu'à ce que le jeune homme cesse, et il l'aborda encore une fois :
— Hé, ho ! Quel votre nom ? Le mien est Melvyn. J'aimerai faire votre connaissance.
Tenaillé par la curiosité, Raiponce faillit se pencher à la fenêtre pour voir l'homme qui s'adressait à lui. La recommandation de la sorcière le retint cependant à la dernière minute.
Le prince ne se découragea pas et prit chaque jour le chemin de la tour, s'adressant immanquablement à son mystérieux occupant, si bien qu'une fois, à l'abri des arbres, il assista à l'escalade de la sorcière.
Aussi, le lendemain, il fit comme la petite vieille et réclama la descente de la corde dorée. Raiponce dont la résolution d'obéir à la sorcière avait déjà été bien entamé les jours précédents, céda. Il avait envie lui aussi de savoir à quoi ressemblait le propriétaire de celui qui lui rendait visite avec encore plus de constance que sa marraine.
Le prince fut étonné de découvrir que c'était une impossiblement longue tresse de cheveux qui lui avait été envoyée et fut séduit par leur douceur.
Raiponce, de son côté, fut surpris de la rapidité avec laquelle  Melvyn grimpait. Rien à voir avec sa vieille marraine !
Le prince enjamba la fenêtre avec agilité et découvrit enfin celui qui possédait une voix si merveilleuse. Ses yeux et ses cheveux étaient magnifiques, mais gâchés par un teint verdâtre peu engageant. Melvyn ne pouvait savoir que c'était là le résultat d'une crème ratée de la sorcière qu'elle avait appliqué la veille au jeune homme.

mercredi 23 mai 2018

Raiponce - 1

Il était une fois un jeune homme appelé Raiponce qui avait été enfermé au dernier étage d'une haute tour. Il n'avait pourtant commis aucun crime. Il était même aussi innocent que l'enfant qui vient de naître.
Cependant, avant sa naissance, sa mère avait eu le malheur de vouloir absolument manger une des plantes qui poussait nulle part ailleurs que dans le jardin de la voisine, sorcière de son état.
Constatant que sa femme se dépérissait, le mari avait par conséquent franchi le mur qui séparait les deux propriétés pour en cueillir, mais la sorcière l'avait surpris et exigé qu'il donne son premier né pour son crime.
Bien sûr, le pauvre homme avait essayé de négocier - sûrement la sorcière pouvait se satisfaire d'autre chose - mais elle avait été intraitable. C'était son prix. Un bouquet de fleurs contre le bébé à naître ou la pendaison pour vol.
Raiponce fut donc confié à la sorcière et gardé entre les quatre murs la maison de cette dernière jusqu'à ses dix ans, âge où elle l'avait installé dans un tour isolée dans la forêt dont elle avait ensuite détruit l'escalier avant de condamner la porte.
    Les années avaient passé et Raiponce était devenu un beau jeune homme. Pour lui rendre visite, la sorcière lui criait de dérouler sa longue tresse de cheveux qu'il attachait à un crochet de la fenêtre.
Raiponce ne savait pas que la vieille femme l'avait arraché à ses parents. Pour lui, elle était sa marraine, sa seule famille. Il ne se doutait pas non plus que c'était à cause d'une lotion capillaire concoctée par la sorcière que ses cheveux avaient atteint une telle longueur aussi rapidement. Qu'ils soient semblables aux rayons du soleil était en revanche un pur hasard de la nature, de même pour ses yeux à la couleur aussi changeante que les cieux.
La sorcière considérait le jeune homme comme un cobaye. Elle testait sur lui diverses potions, notant leurs effets. Elle se moquait bien de le rendre malade à l'occasion. Raiponce qui ne connaissait rien au monde, lui obéissait en tout et attendait chacune de ses visites avec impatience. La sorcière s'amusait de sa naïveté et de son ignorance.
Raiponce n'avait rien pour s'occuper dans sa tour. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était regarder le ciel par la fenêtre, brosser ses cheveux et chanter. Il possédait une voix d'une beauté rare, encore plus resplendissante que sa longue chevelure dorée.
    Un jour, Melvyn, le prince du pays qui se promenait à cheval dans la forêt entendit Raiponce chanter.

mercredi 26 juillet 2017

Le petit triton - 8 (fin)

— Rou est à moitié poisson ! Ce n'est que grâce à moi qu'il a des pieds ! Tu ne peux pas abandonner ta promise pour cette créature ! clama la sorcière.
Eric rit face à l'éclat de la mégère, puis regarda Ondin.
— Voilà qui explique nombre de tes bévues, mon adoré.
Ondin qui avait craint d'être rejeté après la révélation de la sorcière eut un timide sourire.
— Il allait t'assassiner, glapit encore l'affreuse sirène.
Le petit triton ferma les yeux. Il avait failli en effet. Il ne méritait pas l'amour du prince.
Des vagues émergèrent alors ses parents, ses sœurs, sa grand-mère et ses amis, encerclant la sorcière des abysses.
Ils révélèrent le marché de dupes dont Ondin avait été victime, et le pacte pas plus juste qu'avaient passé ses sœurs en échange de leurs chevelures dans l'espoir de sauver leur frère.
La sorcière face à tant d'opposants paniqua et prit les traits de la fiancée du prince, tentant de le convaincre de sa voix de velours que tout cela n'était que mensonges.
Eric qui n'avait pas lâché Ondin, pas même en apprenant le crime qu'il avait prémédité, lui asséna alors ses mots :
— Je vous remercie d'avoir donné à Ondin des jambes pour qu'il puisse marcher à mes côtés. A présent, il ne vous reste plus qu'à vous réjouir de notre bonheur.
— Il allait mettre fin à tes jours !
— Et moi, j'allais briser son cœur et le mien au passage en me mariant avec vous, juste parce que vous étiez une femme, que vous aviez une jolie voix et que vous m'aviez soit disant sauvé, or il se trouve que tout est faux. Vous êtes une sirène, vous avez volé votre voix et si cela ne tenait qu'à vous, je serais mort.
Deux tritons voulurent s'emparer de la sorcière. Cette dernière qui s'étouffait déjà de rage, se débattit et mourut.
Ondin ne retrouva pas sa voix pour autant, mais garda ses jambes.
Il envoya des baisers du bout des doigts aux sirènes et tritons qui étaient venus lui apporter leur soutien alors qu'ils les avaient quittés sans un au revoir.
Des larmes roulèrent sur ses joues, lui pourtant qui n'aurait pas dû être capable de pleurer. Elles signifiaient qu'il n'était plus un triton, mais un homme doté d'une âme.
— Reviens nager de temps en temps avec nous, dit sa grand-mère.
Ondin hocha la tête avec enthousiasme.
Eric remercia la famille de son adoré et promit qu'il prendrait soin de lui. Tritons et sirènes s'enfoncèrent dans la mer.
Eric embrassa encore Ondin, puis le soulevant dans ses bras, il l'amena dans sa cabine pour lui faire l'amour.
Sous ses caresses, Ondin se sentit fondre et quand leurs corps s'unirent pour n'en faire plus qu'un, il eut l'impression de flotter sur un petit nuage.
Ils s'étaient trouvés et plus rien ne les séparerait ni les sirènes ni les hommes. Et, quand leur dernière heure sonnerait, c'est ensemble qu'ils monteraient au ciel.

                                                 FIN

mardi 25 juillet 2017

Le petit triton - 7

Les préparatifs du mariage battirent leur plein jusqu'à la veille du grand jour.
Eric choisit d'enterrer sa vie de garçon en allant faire un tour en mer et bien sûr Ondin fut de la partie. Avec le poignard qu'il avait gardé sans qu'il s'explique bien pourquoi...

Ondin revint au présent. Eric dormait paisiblement : son torse se soulevait et s'abaissait régulièrement, ses lèvres entrouvertes comme dans l'attente d'un baiser.  Il ne pouvait pas lui ôter la vie. Il n'en avait ni la force ni l'envie. Plutôt perdre la sienne.
De sa bouche, Ondin effleura le front du prince tout doux, puis s'en fut. La douleur qu'il éprouvait à marcher n'était rien par rapport à celle qui étreignait son cœur.
Il était au bastingage, contemplant le reflet de la lune dans la lame du poignard, honteux d'avoir pu envisager ne serait-ce qu'un instant tuer Eric pour retrouver sa vie de triton, quand le prince apparut.
— Que fais-tu là avec cette arme ? Tu ne vas tout de même pas sauter par dessus bord, protesta-t-il, comme Ondin passait une jambe par dessus la rambarde.
Il était plus que temps pour le petit triton de tirer sa révérence, il ne s'était que trop attardé. L'air éploré d'Eric le retenait encore cependant.
— Oh, Rou… souffla le prince en faisant un pas vers lui.
Ne t'approche pas, aurait voulu hurler Ondin. A la place de quoi, il ramena la lame vers son cœur, prêt à la plonger en lui. Tout plutôt que le prince réalise qu'il avait failli attenter à ses jours.
— Non, s'écria Eric, affolé. Ne te tue pas !
Il ne savait pas, le pauvre… Tout ce qu'Ondin avait à faire, c'était de basculer dans la mer. La nuit se terminait, son voile d'obscurité se levant et bientôt poindrait les premiers rayons du jour.
— Je t'aime, déclara le prince. Je ne l'épouserai pas. Tant pis si personne ne comprend pas. Si mes parents ne t'acceptent pas, alors, nous fuirons ensemble.
Ondin crut rêver ses mots, mais Eric continua :
— J'ai été faible en acceptant ce mariage pour faire plaisir à ma famille et parce que j'avais reconnu en ma fiancée, la voix de celle qui m'avait sauvé. Maintenant que je suis sur le point de te perdre, je me rends compte qu'il n'y a que toi qui a vraiment de l'importance. Je l'ai pourtant su dès le moment où tu as cherché comment enfiler ma chemise…
Le poignard tomba des mains de Ondin et se ficha dans les lames de bois du pont du bateau.
Eric le rejoignit aussitôt, le descendit du bastingage et ses lèvres se posèrent sur celles de Ondin, d'abord douces, puis de plus en plus exigeantes.
Ondin sentit ses jambes faiblirent. La sorcière des abysses surgit alors des flots en vitupérant, ses cheveux gris tout hérissés de fureur.
Eric serra plus fort le corps d'Ondin contre le sien.

lundi 24 juillet 2017

Le petit triton - 6

Soudain, il vit son ami dauphin bondir hors des flots, puis les têtes de ses sœurs parurent, leurs belles chevelures coupées ras.
— Flap nous a expliqué le marché que tu avais passé avec la sorcière des abysses et nous aussi nous nous sommes arrangées avec elle.
— Si tu tues le prince avant la pleine lune, en plantant ce poignard dans son cœur, tu seras sauvé et tu pourras revenir vivre avec nous, comme avant.
Ondin secoua la tête. Il ne voulait pas prendre l'arme, mais ses sœurs insistèrent, racontant que même grand-mère avait sacrifié ses cheveux. De guerre lasse, parce qu'il éprouvait des remords de les avoir abandonnées, il finit par s'en emparer, puis il regagna le château.
Dans sa chambre, il trouva Eric qui l'attendait.
— Où étais-tu passé ?
Le prince s'adressait toujours à lui comme s'il pouvait lui répondre et c'était quelque chose que le petit triton aimait, cela prouvait qu'il ne le considérait pas comme un muet simplet à la différence des autres humains.
Ondin prit la main d'Eric et l'attira à la fenêtre pour lui montrer la mer et la lune qui se reflétait dans les vagues. Dans sa poche de veste, le poignard le brûlait. Il aurait dû refuser, mais il n'avait pu face à leurs suppliques et leurs coupes courtes.
— Tu as l'air si malheureux ces derniers temps. C'est à cause de mon mariage ? Tu sais, je lui ai parlé de toi et tu pourras demeurer auprès de moi, comme maintenant.
Le voir embrasser cette femme alors que lui devrait se contenter qu'il lui ébouriffe les cheveux... Eric ne se rendait pas compte ce qu'il lui proposait.
De toute façon, c'était impossible. Le mariage d'Eric signifiait la fin de Ondin.
— Ne peux-tu te réjouir pour moi ?
Ondin soupira et libéra la main d'Eric qu'il tenait encore dans la sienne.
Ce fut autour du prince de presser ses doigts entre les siens.
— Oh, Rou, murmura-t-il. Je dois me marier.
La perspective ne semblait pas lui plaire plus que cela, cependant, cela se voyait qu'il était résolu.
— C'est ma sauveuse, après tout, sans elle, je ne serais plus.
C'était faux, mais Ondin n'était pas en mesure de lui expliquer.
— Bonne nuit, souffla Eric en rangeant une mèche de Ondin derrière son oreille.
Après son départ, le petit triton sortit le poignard. Il devait s'en débarrasser. A quoi bon le garder puisqu'il ne comptait pas s'en servir ? Et en même temps, la vie du prince ne lui appartenait-elle pas ? Si Ondin n'avait plongé à son secours, Eric se serait noyé. Il ne voulait pas le laisser à une autre, à cette espèce d'imposteur à la voix de velours si semblable à celle qu'il avait perdu.
C'était la sienne, réalisa-t-il soudain avec effroi. Ce qui signifiait que cette femme n'était autre que la sorcière des abysses déguisée. Cette dernière ne reculait décidément devant rien pour plonger Ondin dans le désespoir, comme si elle lui en voulait personnellement. Ce devait être sa vengeance pour avoir été bannie par les parents du petit triton.

vendredi 21 juillet 2017

Le petit triton - 5

Un jour, cependant, il surprit une conversation entre deux serviteurs.
— Rou suit le prince partout comme un toutou.
— Faut dire qu'il le traite comme un animal de compagnie.
Ondin aurait voulu pouvoir protester, mais il y avait une part de vérité là-dedans qui le blessait au plus profond de son être.
Eric l'emmenait avec lui et le flattait de la main, mais cela s'arrêtait là.
Ondin se mit à rêver d'être un véritable animal tel ce chat à trois pattes recueilli par le prince qui pouvait se frotter sans honte à ses jambes ou encore ce chien à l'allure pitoyable qui lui léchait le visage à grands coups de langues ou encore ce vieux cheval qui pouvait manger au creux de sa  paume.
Ondin était jaloux de l'attention qu'Eric accordait aux autres quels qu'ils soient, mais s'efforçait de le cacher et d'être souriant en toutes circonstances. Il était malgré tout plus heureux à ses côtés qu'au fond de la mer et si les choses avaient pu perduré ainsi, il s'en serait volontiers contenté.
Seulement, Eric commença à se plaindre de l'insistance de ses parents à ce qu'il se marie. C'est vrai qu'il était en âge de le faire.
— Si tu avais été une femme, Rou, c'est toi que j'aurais épousé... Au moins, j'aurais été certain tu ne me casserais jamais les oreilles avec des jérémiades.
Ondin avait cessé de respiré à ses mots. Il réalisait finalement qu'il n'avait jamais eu aucune chance, que le marché avec la sorcière n'avait été qu'un jeu de dupes, qu'il aurait mieux fait de croire ses sœurs et sa grand-mère. Eric, indépendamment des sentiments qu'il pouvait ou non ressentir à son égard, ne pouvait se marier avec Ondin, un garçon incapable de lui donner des enfants. Ce n'est pas seulement des jambes qu'il  lui aurait fallu, mais un autre sexe. Et même cela n'aurait sûrement pas suffi. Ce n'était pas tous les jours que les princes épousaient des bergères.
Des fêtes furent organisées afin qu'Eric fasse la connaissance de jeunes filles fortunées des pays voisins. Ondin y assistait en silence, le cœur chagrin. Il voyait bien que le prince n'y prenait pas plaisir, mais cela ne le consolait guère. Et puis, elle arriva, dotée d'une voix mélodieuse et Eric crut reconnaître celle qui l'avait sauvé. La jeune fille ne nia pas et Ondin sut que ses jours auprès du prince étaient désormais comptés. Soir après soir, Eric dansa avec elle et finit par confier à Ondin qu'il allait l'épouser.
Le lendemain, plutôt que de faire tapisserie en le regardant tournoyer au bras de celle qu'il considérait comme sa sauveuse, Ondin s'en fut seul à pas lents sur la plage pour contempler la mer. Il y retournerait bientôt, se fondant dedans à tout jamais.

jeudi 20 juillet 2017

Le petit triton - 4

— Je ne vois rien, déclara finalement Eric, le relâchant. Mais pourtant, pas de doute, tu as mal quand tu marches... Où sont tes vêtements ? Laisse-moi te raccompagner jusqu'à chez toi.
Ondin le regarda avec intensité. Il n'avait jamais eu d'habits, si ce n'est des parures de coquillages et des écharpes d'algues et il ne pouvait retourner au fond de l'océan. Il avait choisi de vivre avec Eric, mais comment lui faire comprendre sans mots ?
Le brun soupira.
— Évidemment, tu ne peux pas me répondre et je ne vais tout de même pas t'abandonner avec rien sur le dos dans l'embarras.
Il ôta sa chemise, dévoilant un torse bronzé des plus séduisants et la lui tendit.
Ondin la prit, tenta de l'enfiler, mais dut s'y prendre mal, car Eric intervint et l'aida.
— Es-tu un enfant sauvage pour ne pas savoir comment t'habiller ? Allons, viens, appuie-toi sur moi, je vais t'emmener au château.
Ondin sourit, content de la tournure des évènements. Eric avait vraiment un cœur compatissant pour prendre ainsi soin d'un parfait inconnu.
Au château, le prince  – car c'en était bel et bien un – le fit examiner par un médecin en pure perte. Il lui donna de beaux habits ainsi qu'un endroit pour dormir. Enfin, comme il ne savait son nom et qu'Ondin n'était pas en mesure de lui dire, il choisit de l'appeler Rou.
Les parents d'Eric ne se montrèrent pas très accueillants vis-à-vis du nouveau venu qu'ils considéraient comme une lubie de leur fils.
— C'est un simplet. Sa place n'est pas ici, décrétèrent-il dès le premier soir, à la fin du dîner, comme Ondin mettait de la nourriture partout, car il ne savait pas se servir des drôles d'instruments disposés autour de l'assiette.
Cependant, Eric n'en démordit pas et jours après jours, il passa du temps avec Ondin, lui apprenant patiemment à quoi servait les objets qui l'entouraient. Il se confiait volontiers à lui, peut-être parce qu'il savait que Ondin ne pourrait rien répéter à personne.
Ainsi, si Eric avait pris l'habitude de se rendre quotidienne sur la plage où il avait été découvert après la tempête, c'était dans l'espoir de retrouver celui ou celle qu'il avait sauvé. Il ne l'avait pas vu, mais il l'avait entendu et tenait à remercier la personne.
Ondin écoutait volontiers le prince tâchant par son attitude de montrer à quel point tout ce qu'il lui racontait l'intéressait. Il aimait l'accompagner dans toutes ses activités. Parfois, Eric lui caressait les cheveux et Ondin se prenait à espérer plus.

mercredi 19 juillet 2017

Le petit triton - 3

Ce fut Flap qui en cherchant à le consoler laissa échapper qu'il y avait peut-être une solution. Ondin le pressa aussitôt de questions et le dauphin lui révéla l'existence de la sorcière des abysses qui avait été bannie par le père d'Ondin des années auparavant.
Le petit triton partit aussitôt la trouver dans son habitation de roches qui ressemblait à un poulpe géant.
La vieille sirène aux cheveux gris et à la queue noire et décharnée savait bizarrement pourquoi Ondin était venu.
— Mon petit, si tu veux des jambes à la place de tes branchies, ce sera définitif et ce ne sera pas gratuit.
— Je suis prêt à tout, affirma Ondin.
— Mon prix sera ta voix et ta souffrance. Chaque pas que tu feras te coûtera, comme si tu te marchais sur un banc des coquillages effilés.
Le triton n'avait pas peur de la douleur, car il dépérissait de toute façon loin de son aimé, cependant la sorcière commençait à l'effrayer. Passer un marché avec elle ne pouvait qu'être source d'ennuis, cependant son désir de fouler le sol pour rejoindre celui dont il était tombé amoureux fut plus fort et il accepta.
Ce n'est qu'après qu'il ait bu l'infâme mixture préparée par la sorcière qu'elle lui révéla que si Ondin ne parvenait pas à ce que le prince l'aime au point de l'épouser, alors, il perdrait la vie.
Comme il n'était pas temps de regretter, le petit triton nagea vers la surface. Ses écailles turquoises s'effritaient, le ralentissant et quand il atteignit la plage, celle sur laquelle il avait déposé le prince, sa queue s'était divisée en deux. Il avait à présent deux jambes roses avec un petit appendice entre.
Se mettre sur pieds fut une entreprise délicate et son premier pas lui fit si mal qu'il s'effondra aussitôt. Cependant, il se releva et progressa avec lenteur sur la dune, en grimaçant.
C'est alors qu'il le vit. Son homme en chair et en os et en couleur. Son effigie en pierre ne lui rendait pas justice.
— Bonjour ! Tout va bien ?
Oui, voulut répondre Ondin, le bonheur de le retrouver éclipsant la douleur de marcher. Cependant, ses lèvres eurent beau former le mot, aucun son ne s'en échappa.
Il était désormais muet, lui qu'on avait tant complimenté sur sa mélodieuse voix. Il faudrait qu'il s'y habitue.
Il acquiesça et avança vers le brun, désireux de réduire la distance qui les séparait, mais ne put retenir une grimace. Chaque pas était une torture, la sorcière n'avait pas menti.
— Vous êtes sûr que ça va ? Je m'appelle Eric et vous ?
Ondin secoua la tête en désignant sa gorge.
— Ah ! Vous êtes muet ! Alors, vous n'allez pas pouvoir me raconter pourquoi vous êtes nu et trempé... Je suppose que vous êtes allé nager et que vous vous êtes blessé d'une façon ou d'une autre... Asseyez-vous donc et montrez-moi vos pieds.
Ondin opina et obtempéra. Sous le regard bleu d'Eric, il se sentait troublé et quand il le toucha, ce fut pire.

mardi 18 juillet 2017

Le petit triton - 2

La tempête était trop forte et la coque de l'embarcation des hommes se brisa. Tous ses passagers se retrouvèrent à l'eau. Ondin, cependant, n'avait d'yeux que pour un seul. Comprenant que son humain bien-aimé risquait de se noyer, il plongea pour le retrouver. L'homme brun s'enfonçait dans les profondeurs, sans doute avait-il été assommé, car il coulait à pic au milieu des débris, immobile.
Ondin nagea le plus vite qu'il put jusqu'à lui, agitant bras et queue avec force. Enfin, ses bras se refermèrent sur lui. Il était plus lourd qu'une pierre. Sachant que l'homme ne pouvait respirer sous l'eau, Ondin se dépêcha de le ramener à l'air libre où les éléments faisaient toujours rage.
Il lutta pour ramener son humain bien-aimé au rivage tandis que peu à peu la tempête se calmait.
Il le sortit de l'eau, rampant sur le sable pour le mettre au sec.
 Posant sa tête sur son poitrail, Ondin constata avec bonheur que son cœur battait toujours. Le brun allait vivre. Ondin aurait bien voulu demeurer à ses côtés, mais des voix humaines qui s'approchaient l'en dissuadèrent. Il ne devait pas être vu. C'était la règle des sirènes et des tritons : rester à l'écart des hommes.
L'humain était sauvé, c'était tout ce qui comptait.
— Remets-toi bien, souffla Ondin avant de regagner la mer qui le lava des grains de sable collés à ses écailles.
Il lui était assurément plus aisé de se mouvoir dans les flots que sur terre. Pour y vivre, il lui aurait fallu des jambes. Cependant, Ondin n'osa s'ouvrir de son désir à quiconque. Les autres tritons et sirènes n'auraient pas compris. Ils aimaient jouer, danser et chanter sous la mer dans leur palais de corail et de coquillages, au milieu des algues et des poissons. Les sœurs de Ondin avaient chacune leur petit jardin, qu'elles décoraient de perles, coquillages et objets tombés au fond des mers. Filles du roi des lieux, toutes plus belles les unes que les autres, elles étaient courtisés par tous les tritons. Ondin aussi avait son lot d'admiratrices avec sa peau nacré, ses yeux vert océan, ses cheveux de feu et sa queue bleue turquoise. Seulement, lui, il se languissait de l'homme brun.
La découverte d'une statue de pierre blanche au fond des mers représentant son aimé, à priori perdue lors du naufrage, ne fit qu'attiser son envie de vivre à ses côtés.
Ses chants très appréciés lors des fêtes devinrent si tristes et poignants que ses sœurs finirent par l'interroger, alors Ondin leur confia son amour pour l'homme brun. Elles le mirent en garde : c'était voué à l'échec. Ondin, comme tous les tritons et sirènes était incapable de pleurer, mais il en éprouva un chagrin intense. Ce fut au tour de sa grand-mère de lui arracher des aveux. Elle aussi chercha à lui faire comprendre que c'était impossible, surtout que son humain devait être quelqu'un d'importance, un prince sans nul doute, pour avoir une statue de marbre à son effigie.

lundi 17 juillet 2017

Le petit triton - 1

Ondin, les mains crispées sur le manche du poignard, secoua la tête. Il ne pouvait pas le faire. C'était impossible. Planter cette lame dans le corps de l'homme qu'il aimait, lui ôter la vie, le priver de son souffle.
Quoiqu'en disent ses sœurs et en dépit du sacrifice de leurs chevelures, mieux valait pour lui de mourir, devenir écume et se fondre dans la mer. Est-ce qu'Eric regretterait Ondin ne serait-ce qu'un peu une fois qu'il aurait disparu ? Non, pour lui, il n'était qu'un jeune homme muet et maladroit qui l'amusait avec ses impairs. Eric allait se marier avec la jeune fille qui l'avait sauvé, du moins le croyait-il...
Comment Ondin en était-il arrivé à cette horrible situation ? Et il se rappela...


— Nous sommes des créatures de l'eau et eux de l'air, c'est normal.
Sa grand-mère lui parlait des âmes immortelles que les humains possédaient et qui faisaient défaut aux sirènes qui, elles, se transformaient en écume à leur mort, au lieu de monter au ciel.
Ondin voulut savoir comment en obtenir une et sa grand-mère lui expliqua qu'il fallait se faire aimer d'un homme, mais que c'était impossible car leurs queues de poissons aux brillantes écailles n'étaient guère prisées par ces êtres qui évoluaient sur deux bâtons.
Quand le petit triton eut l'âge de quitter les profondeurs pour visiter la surface, il resta en admiration devant la beauté de ses deux membres, alors il retourna encore et encore sur les crêtes des vagues pour contempler les humains.
Il les regardait parfois marcher sur le rivage, mais le plus souvent se déplacer sur des bateaux que la mer soit d'huile ou agitée. Parmi les marins, il y avait un homme brun pas particulièrement beau en comparaison avec les tritons et les sirènes, mais qui avait de magnifiques jambes et surtout un cœur compatissant : il avait fait libérer un dauphin capturé malencontreusement dans un filet de pêche. Et ce n'était pas n'importe lequel, c'était Flap, l'ami de toujours de Ondin.
Dans l'espoir de le revoir, Ondin était monté à la surface un nombre incalculable de fois au mépris des risques de se faire attraper et de finir dans quelque cirque humain comme monstre de foire.
Ses tentatives furent le plus souvent vaines et ce n'était jamais la troisième fois qu'il parvenait à le voir quand le vent se leva. Le ciel s'obscurcit d'un coup, le soleil caché par d'épais nuages noirs. La pluie se mit à tomber de plus en plus forte. Sur le pont du bateau, les humains s'activaient en tout sens, leurs voix se perdant dans le bruit des vagues furieuses et du vent mugissant.

vendredi 14 juillet 2017

Le Beau et la Bête - 16 (fin)

Cependant, même après cela, Beau ne s'éloigna guère de Orso, surveillant son rétablissement de près.
Orso, dès qu'il en fut capable, voulut savoir s'il n'avait pas rêvé que Beau l'aimait. Le jeune homme le lui confirma en l'embrassant.
Orso qui commençait à regagner ses forces l'attira à lui de sorte que Beau se retrouva plaqué sur son torse puissant.
— Ta blessure ! s'exclama-t-il en s'écartant avec hâte.
— Ça va, reviens contre moi.
Beau s'allongea avec précaution aux côtés de Orso, posant sa tête contre son épaule.
— Je sens que tu vas être un malade insupportable, du genre à vouloir quitter le lit trop tôt, soupira-t-il.
— Pas si tu es avec moi dedans, répliqua Orso.
Beau se redressa sur un coude.
— Tu ne dois pas bouger pour le moment, protesta-t-il, les joues rouges ayant compris ce qu'il entendait par là.
— Je serais sage, promit Orso.
— Depuis combien de temps me vois-tu ainsi ? demanda Beau avec curiosité. Tu ne cessais de réclamer mon amitié, je ne me doutais pas que tu désirais mon amour...
— Eh bien, j'aurais dû être aveugle pour demeurer de marbre face à toi, vu comment tu es horriblement séduisant, mais c'est depuis que tu as pris ma main dans la tienne pour t'occuper de mes ongles... J'ai eu envie que tu me touches davantage, mais je n'ai rien dit pour ne pas t'effaroucher. Mon plan était de d'abord gagner ton amitié. Je craignais déjà ne jamais l'obtenir. Comment un homme aussi beau que toi aurais pu vouloir d'une bête comme moi ? Et pourtant, plus le temps passait et plus je brûlais de te faire mien.  Seulement, je n'osais pas te parler d'amour.
Ils en avaient perdu du temps à se montrer timides tous les deux, mais cela n'avait plus d'importance désormais puisqu'ils s'étaient trouvés, qu'ils avaient su chacun voir au-delà des apparences. Beau avait perçu la bonté et le charme de la Bête en dépit de son allure impressionnante et de sa rudesse. Orso avait été capable de comprendre que le jeune homme n'était pas seulement beau, mais aussi généreux et que s'il était calme en surface, il avait aussi son caractère.
Ils s'étaient sentis attirés l'un par l'autre en même temps, leurs sentiments l'un envers l'autre grandissant peu à peu tels des boutons de roses déployant leurs pétales.
Quand Orso fut totalement remis, il fit l'amour à Beau avec sauvagerie. Les fantasmes du jeune homme cessèrent d'en être pour devenir réalité. Orso le combla même davantage qu'il n'avait pu l'imaginer, le possédant totalement, l'emplissant de lui et l'éblouissant.
Ensemble, ils vécurent heureux jusqu'à la fin de leurs jours, entourés de roses et de livres. 

FIN

jeudi 13 juillet 2017

Le Beau et la Bête - 15

Orso glissa sur le sol et s'y étendit, se tenant la poitrine au niveau de la tâche sanglante. Beau s'agenouilla près de lui, paniqué.
— Ne meurs pas, je t'en conjure. Je suis désolé. Je ne me doutais pas que mes vautours de frères complotaient de t'ôter la vie.
Orso esquissa un sourire proche de la grimace.
— Ce qui compte, c'est que tu sois revenu, même si sur le moment je les ai crus quand ils ont dit que tu étais de mèche avec eux, que toi aussi tu souhaitais que je disparaisse...
Orso toussa, la respiration sifflante.
— Ne parle plus. Je vais te soigner et tu vas vite guérir, déclara Beau, commençant à déchirer sa chemise pour bander la plaie de la Bête.
— C'est inutile, mon heure est venue. Avant ma blessure, j'étais déjà affaibli. En ton absence, la nourriture avait perdu tout goût, et j'ai peu à peu cesser de me sustenter.
Les paupières de Orso se fermèrent.
— Non ! Non ! Je t'aime, je t'en supplie, accroche-toi, cria Beau, les yeux plein de larmes.
La poitrine de Orso s'abaissait de plus en plus lentement.
Le jeune homme se pencha pour l'embrasser. Que la Bête se fâche, trouve l'énergie de le repousser et puise dedans la force de vivre ! Mais contre toute attente, Orso prit le contrôle du baiser, l'approfondissant avant de s'immobiliser.
Beau, catastrophé, posa la main sur le cœur de la Bête, et constata avec soulagement qu'il battait toujours quoique faiblement. Il allait vivre, décida-t-il. Il le banda avec difficulté, puis réveilla ses frères en les aspergeant avec l'eau du bassin et appela ses sœurs d'une voix forte. Ils allaient l'aider ou bien il se chargeait de leur faire regretter durant le restant de leurs jours.
A le voir si furieux et si menaçant, lui qui avait toujours été conciliant avec eux, ils coopèrent avec lui pour porter la Bête dans un lit, faire bouillir de l'eau, panser et désinfecter la plaie, puis préparer un bouillon nourrissant.
Après quoi, Beau hésita à les enfermer dans un des cachots, mais finalement il leur donna des bijoux en les faisant promettre de ne plus jamais revenir et leur confia un message pour leur père où il l'assurait qu'il serait heureux auprès de la Bête et qu'il le visiterait de temps à autre. Ses frères et sœurs partirent sans demander leur reste, trop heureux de s'en tirer à si bon compte, le laissant au chevet de Orso.
Beau le veilla nuit et jour, changeant régulièrement le linge mouillé sur son front fiévreux, le faisant boire et manger à la cuillère, jusqu'à ce qu'il l'estime tiré d'affaire.