Affichage des articles dont le libellé est Cœur de fantôme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Cœur de fantôme. Afficher tous les articles

mardi 23 mai 2017

Cœur de fantôme, le livre

Pas d'épisode aujourd'hui, mais voilà, ça y est, Cœur de fantôme, le livre est disponible sur The Book édition.

Cœur de fantôme comprend 235 pages dont un épilogue inédit et coûte 9,11€ en papier et 6,19 € en numérique.

Pour ceux et celles qui souhaiteraient amortir niveau frais de port, sachez que Orcéant devrait être également disponible d'ici la fin de la semaine.

mercredi 10 août 2016

Cœur de fantôme - 93

L'été passa, l'automne revint. Un an jour pour jour s'était écoulé depuis que Zack avait rencontré Nino et Kazuya. Ils n'avaient rien prévu de spécial pour l'occasion. Zack s'était contenté de ramener de bons petits plats d'un restaurant indien et avait convaincu Nino et Kazuya de visionner avec lui une de ses comédies romantiques préférés.
Nino et lui étaient collés l'un à l'autre dans le canapé, les mains jointes, Kazuya flottant derrière eux, quand soudain Zack sentit quelque chose sur sa tête.
Surpris, un cri lui échappa. Nino se joignit à lui comme s'ils avaient été en train de regarder un film d'horreur.
— Quelle réaction pour un premier contact ! s'amusa Kazuya.
— C'était toi ?! s'exclamèrent Zack et Nino en chœur, incrédules, en se tournant vers lui.
— Oui.
— Mais comment ?
— Je voulais vous faire la surprise. Voilà plusieurs années que je m'exerce...
Dans un même mouvement, Zack et Nino se précipitèrent pour le prendre dans leurs bras. Ils passèrent au travers du fantôme et se retrouvèrent enlacés.
Kazuya éclata de rire.
— Désolé, ma tangibilité n'est pas encore au point.
Ils leur tendit les mains et ils purent chacun en attraper une. Elle était large et fraîche. Le toucher, enfin. 

Des larmes perlèrent au cil de Nino.
— Jamais, je n'aurais cru qu'un jour, je pourrais...
Zack était ému également. Lui aussi en avait rêvé, en sachant... non, en croyant que c'était impossible.
— Tu aurais pu nous informer de tes tentatives quand même, râla-t-il.
— Plutôt que de vous causer une belle frayeur ? Non, cela n'aurait pas été drôle, déclara Kazuya. En vérité, c'était pour vous épargner une déception, car je n'étais pas certain d'y parvenir, précisa-t-il.
— C'est merveilleux, intervint Nino avec un sourire ravi, ses doigts agrippés à ceux de Kazuya.
Zack non plus n'avait pas lâché le fantôme. C'était un miracle.
Après la découverte que Kazuya était attaché au sabre, il n'avait pas pensé que leur vie à trois pouvait être encore plus heureuse. Il se trompait.
Quelque mois auparavant, la tangibilité, même partielle de Kazuya l'aurait catastrophé et il serait déjà imaginé être jeté comme une vieille chaussette, mais il en avait fini avec les doutes et il était tout simplement heureux. Nino, Kazuya et lui étaient inséparables.
— Y-a-t-il une autre partie de ton anatomie que tu peux rendre solide ? demanda Zack avec une idée bien précise en tête.
Nino s'empourpra comme il ne l'avait pas fait depuis longtemps, montrant qu'il savait très bien où Zack voulait en venir, qu'il désirait la même chose.
— Techniquement, toutes, mais dans la pratique, pas en même temps.
— Tu devrais t'entraîner avec nous à partir de maintenant, déclara Zack.
— J'y compte bien, répliqua Kazuya avant de leur donner à chacun un baiser.

FIN

mardi 9 août 2016

Cœur de fantôme - 92

Au début du printemps, ils touchèrent enfin au but et sortirent le sabre tout abîmé par son long séjour dans la terre.
Pressés de savoir s'ils avaient eu raison de se donner toute cette peine, Kazuya posséda Nino et ils s'éloignèrent à pieds avec l'arme. Il n'était pas question de reboucher le trou, ni même d'attendre d'être rentrés à l'appartement pour tester.
Dès que le 7 rue des Sycomores fut hors vue, Kazuya quitta le corps du jeune homme. Zack retint son souffle, le cœur tambourinant. Nino lui serra la main, partageant ses craintes et son espoir.
Le fantôme apparut devant eux sur le trottoir, un sourire triomphal aux lèvres.
Ils n'avaient plus besoin de s'inquiéter de ce qui serait construit ou non sur le terrain. Ils n'auraient plus jamais à passer prendre Kazuya.
Ils allaient pouvoir être tous les trois partout, sans que Kazuya possède nécessairement Zack ou Nino.
Il y avait de quoi oublier l'aspect morbide de posséder l'arme d'un crime fratricide, quand bien même celui-ci avait eu lieu sept cent ans plus tôt.

Le sabre leur changea la vie. En le cachant dans un grand sac de sport, ils pouvaient désormais se promener tous les trois.
Kazuya pouvait même se matérialiser aux yeux de tous, faire semblant de marcher à leurs côtés. Il évitait cependant de le faire, car cela nécessitait beaucoup d'énergie de sa part et préférait participer à la conversation en demeurant invisible.
Nino avait initialement refusé qu'ils se baladent ensemble.
— Pourquoi ? avait demandé Zack.
— Nous pourrions croiser un exorciste, avait expliqué Nino.
— La probabilité est plus que faible, avait rétorqué Kazuya. Et même si le hasard jouait en notre défaveur, pour quelle raison ferait-il du zèle ? La majorité font payer leur service. Tu te montres moitié moins prudent quand il s'agit de toi, avait encore ajouté Kazuya.
Nino avait dû en convenir.

D'ailleurs, leurs propres entreprises d'exorcisme avec Kazuya à leurs côtés étaient nettement moins dangereuses. Quand il n'occupait pas leurs corps, il pouvait parler avec les autres fantômes directement et juger de lui-même s'il était possible de les aider sans risque en les laissant posséder Nino. 

lundi 8 août 2016

Cœur de fantôme - 91

— Comment se sent-il ?
La réponse mit deux bonnes minutes à arriver, Nino et le fantôme devant être en plein échange mental.
— Il est sonné. Il se réjouit à l'avance que je sois lié au sabre et pas forcément au terrain. Dès la fin du chantier, nous verrons ce qu'il en est. Dans l'intervalle, je me charge de découvrir son emplacement exact.
— Comment comptes-tu t'y prendre ?
— Je peux me promener sous terre.
Évidemment, en tant que fantôme, il était capable de passer au travers comme dans du beurre...
— Je suis soulagé d'apprendre que nous n'allons pas devoir retourner tout le terrain.
— Nino aussi... Je vais vous laisser.
— Déjà ?
— Toujours aussi synchrones... Oui, car après cette double possession, il vaut mieux que Nino soit lui-même pour se remettre. A bientôt mes amours.

    Le chantier terminé, les derniers gravas évacués, Zack et Nino s'achetèrent chacun une pelle et pioche ainsi qu'une lampe de chantier.
A la nuit tombée, en douce, ils se mirent à l'ouvrage à l'endroit que leur avait indiqué Kazuya.
Avec les années, le sabre était désormais enfoui à plusieurs mètres de profondeur. Et, même avec la meilleure volonté du monde, le travail allait être de longue haleine.
Ni l'un ni l'autre, ils n'étaient familiers avec l'exercice et ils furent surpris de constater à quel point il était dur de creuser la terre. C'est fourbu qu'ils s'arrêtèrent après avoir recouvert le trou d'une bâche verte pour rendre leur trou moins visible.
C'est bras et mains douloureux qu'ils reprirent leur tâche le lendemain, encouragés par Kazuya.
Au bout de quelques jours, ils avaient gagnés du muscle. Plus le trou devenait profond, plus il était dur d'évacuer la terre. Devoir travailler de nuit n'arrangeait rien.
Ils durent se procurer une échelle, des seaux et des cordes. Transporter tout cela ne fut pas commode.
Ils étaient éreintés, mais motivés et surtout ne voulaient pas s'arrêter avant d'avoir touché au but. S'ils étaient découverts, leurs efforts seraient perdus.
— C'est radical pour avoir de beaux biceps en un rien de temps, plus efficace même que de la musculation en salle. J'imagine la tête des clients du centre où je travaille, si je leur conseillais de faire des trous...
— Tu te retrouverais vite au chômage, répliqua Nino.
— Pas sûr. Il faudrait bien quelqu'un pour superviser la mise en gruyère d'un terrain.

vendredi 5 août 2016

Cœur de fantôme - 90

« Vous l'avez payé cher. La piste de l'arme me semble meilleure, surtout que je sais où se trouve le sabre. Mon frère l'a enterré dans le jardin. »
Zack émit des réserves : Kazuya était attaché à la maison, c'était entre ses murs qu'il revenait à chaque fois, il n'y avait peut-être aucun moyen de le lier à l'arme.
« Je le suis peut-être déjà. La demeure où j'ai vécu autrefois n'était pas bâtie au même endroit que celle qui a été démolie. »
Zack réalisa alors que c'était finalement peut-être une bonne chose que la maison ait été détruite. Ainsi, ils pourraient récupérer le sabre plus facilement. Ils avaient cependant un problème plus pressant : ramener Nino qui était toujours évanoui.
« Je vais le posséder. Tu n'auras pas à le porter. »
Zack en était tout à fait capable, mais cela aurait attiré l'attention des gens, et après le trajet jusqu'au 7 rue des Sycomores avec un Nino qui tentait de s'échapper, cela aurait été tenté le diable...
Kazuya le déposséda et Nino se redressa, ses yeux vairons étrangement fixes.
— Posséder quelqu'un qui a perdu conscience est moins aisé, car cela oblige à contrôler des choses qui fonctionnent autrement tout seul, expliqua Kazuya comme Zack s'étonnait.
Avant de quitter les lieux, Kazuya-Nino prit une grosse poignée de terre dans le jardin et, faute d'un sac adapté, la fourra dans la poche du jeans du jeune homme.
Nino ne serait pas ravi que son pantalon soit sali, mais il était important de réparer le talisman. Même si celui-ci était en partie à l'origine de leurs ennuis cette fois, cela valait toujours mieux que d'être à la merci du premier fantôme venu.
Ensuite, ils marchèrent - Kazuya-Nino avec une certaine raideur -  jusqu'à l'arrêt de bus le plus proche.

    De retour à l'appartement,  Kazuya-Nino voulut s'occuper en priorité de recoudre la pochette. Zack dut ressortir pour se procurer une aiguille et du fil, ainsi que du tissu, car il n'en avait pas.  Kazuya-Nino ne l'accompagna pas, jugeant que le corps de Nino avait besoin de repos après la lutte dont il avait été l'objet.
Zack se dépêcha d'acheter le nécessaire. Quand il revint, Nino était toujours inconscient. C'était bizarre qu'il soit là sans y être.
Kazuya n'eut pas à informer Zack quand  le jeune homme se réveilla, il s'en rendit compte de lui-même.

jeudi 4 août 2016

Cœur de fantôme - 89

« Mais qu'est-ce qui vous a pris, bon sang ! ? »
C'était quelque chose de le voir fâché, le vivre de l'intérieur en était une autre. C'était limite plus effrayant.
La tempête ne dura cependant pas. Elle était à la hauteur de la peur que Kazuya avait ressenti, car il avait bien failli ne pas avoir le dessus. C'était un fantôme presque aussi vieux que lui qui avait infiltré Nino et il aurait tout aussi bien pu posséder Zack. Sans le baiser qui l'avait déstabilisé, car il n'était pas à l'aise avec l'homosexualité, Kazuya aurait pu échouer à le chasser du corps du jeune homme.
«Votre conversation l'a intrigué et le talisman a encore attisé sa curiosité. Je n'aurais jamais pensé que cette protection puisse être source de problèmes. Rien n'est jamais parfait. »
Zack frémit intérieurement à l'idée qu'il avait failli être à la merci d'un fantôme aux intentions douteuses.
« Je te rassure. Il n'avait pas de but précis. A priori, comme moi, sa vengeance ne peut plus être accomplie. En revanche, plutôt que de hanter, il préfère passer d'un corps à l'autre pour accumuler différentes connaissances. »
Il n'avait rien à voir avec Kazuya. Il était antipathique. Il avait cherché à semer la confusion dans l'esprit de Zack en prétendant à toute force être Nino.
« J'ai moi aussi pris le contrôle de nombreux hommes et femmes. Jamais longtemps, certes, mais je ne suis pas plus respectable. »
Zack n'était pas de cet avis. Il était certain que Kazuya avait toujours veillé à ne pas briser la vie de ses hôtes en ne leur faisant pas faire n'importe quoi.
« J'ai en effet fait attention à ne pas blesser leur entourage, mais je les ai quand même plié à ma volonté, les obligeant à agir comme cela m'arrangeait. Le dernier en date que j'ai possédé, le policier, n'a cessé de me résister durant tout le temps où je l'ai occupé. Et je parie que depuis qu'il est libre, cela le ronge, surtout que se confier à quelqu'un sur ce genre de mésaventure est délicat. »
C'était sûr que parler fantôme avait de bonnes chances de voir son interlocuteur s'interroger sur sa santé mentale. Cela avait d'ailleurs dissuadé Zack d'en discuter avec quiconque. Il aimait que Kazuya se soucie de ce genre de chose à la différence de l'autre qui l'avait embrouillé sans vergogne en s'accrochant à l'identité de Nino.

« Me faire posséder le corps d'un individu plongé dans le coma était une idée que je croyais que vous aviez abandonné. »
Zack se justifia et défendit Nino qui, inanimé entre leurs bras ne le pouvait pas : ils s'étaient rendus à l'hôpital sans désir réel de mettre en pratique leur plan.

mercredi 3 août 2016

Cœur de fantôme - 88

Se rendre au 7 rue des Sycomores dans ses conditions dura une éternité. Zack ne fléchit pas, même quand le fantôme arrêta de vouloir aller dans la direction opposée pour tenter de le persuader qu'il était Nino et qu'agir ainsi était stupide. Zack était certain de ne pas se tromper et resta sourd aux insultes qui suivirent son refus de le lâcher.
Comme c'était dimanche, le chantier était heureusement désert. Il n'y avait désormais plus qu'un tas de gravas à la place de la vieille demeure.
Zack n'eut pas à appeler Kazuya. La voix de celui-ci retentit aussitôt, accusatrice :
— Que faîtes-vous là ?
— Zack est convaincu qu'un fantôme m'habite. Ce qui est absurde puisque je suis sous ta protection, déclara Nino en extirpant le talisman.
Zack nota que ses doigts le masquait partiellement, comme précédemment, ce qui confirmait son hypothèse qu'il était abîmé. Le nœud n'avait pas cédé, mais les coutures, sûrement.
— Je vois, dit Kazuya sobrement.
Avant que Zack n'ait à défendre son opinion, Nino se plia en deux, comme s'il avait reçu un coup de poing.
Il se redressa aussitôt, le visage torturé, les yeux papillotant. Des grognements s'échappèrent de sa bouche, son corps entier  agité de drôles de soubresauts.
Zack ne le lâcha pas. Il ne savait pas quoi faire d'autre.
— Embrasse-moi. Assomme-moi. Non ! Non !
La voix de Nino d'abord normale s'était muée en hurlement. Il secoua la tête en tout sens comme un dément.
C'était affolant.
Kazuya et le fantôme inconnu menaient à priori une lutte terrible pour le contrôle du corps de Nino.
Jugeant le baiser sans danger, Zack s'efforça d'immobiliser Nino. Mais en proie des consignes contradictoires, ce dernier était dur à maîtriser. Il battait l'air d'une main et tapait du pied comme une forcené sans se soucier du fait qu'il pouvait causer des éboulis vu qu'ils se tenaient sur des gravas.
L'espace d'un instant, il se figea totalement. Zack en profita pour plaquer sa bouche sur la sienne.
Ce fut un baiser étrange, Nino agitant l'un de ses bras comme s'il voulait s'envoler, puis leurs langues se mêlèrent et le corps de Nino s'amollit. Si Zack ne l'en avait pas empêché, il se serait effondré.
Zack sentit soudain Kazuya entrer en lui, mais sans qu'il ne cache rien de ses pensées ou de sa colère.
Ce flot inattendu de souvenirs et de sentiments submergea Zack au point qu'il oublie un instant sa propre identité.

mardi 2 août 2016

Cœur de fantôme - 87

— Désolé si je me trompe, mais je crois que vous êtes un fantôme, que vous êtes passé du corps du type dans le coma à mon Nino.
— Qu'est-ce que tu racontes ? Je suis protégé par le talisman de Kazuya.
Nino était fâché en dépit des excuses préventives.
— Pardon, mais ton comportement est étrange depuis tout à l'heure et il y avait bel et bien un fantôme.
— Oui. Un de plus. D'où mon envie de tranquillité.
Zack ne savait plus quoi penser : était-ce ou non Nino ?
— Et moi, j'ai besoin de tenir dans mes bras.
La grimace de dégoût du jeune homme le fit pencher en faveur du non. Pour une raison ou une autre, ce fantôme prétendait être Nino, piochant dans ses souvenirs pour donner le change, mais ce n'était pas lui. 
Zack avait deux possibilités : soit il l'obligeait à admettre la vérité, soit il faisait semblant, comme lui. Dans tous les cas, il ne fallait pas le lâcher d'une semelle.
— Montre-moi le talisman, exigea-t-il, choisissant de piéger le fantôme.
Nino soupira et sortit lentement le talisman de sous son pull.
— Et maintenant, ça suffit !
— Mais ce n'est pas possible... dit Zack, perdant de sa superbe, et doutant de nouveau.
Il approcha la main pour toucher la petite pochette, mais Nino qui la tenait en partie cachée, la rangea vivement.
Sa promptitude à la soustraire à sa vue interpella Zack. Le talisman devait être endommagé. Il n'y avait pas d'autre explication.
— Si tu veux me faire plaisir, rentrons à l'appart.
— Laisse-moi respirer de temps en temps, répliqua Nino et il le planta là.
Zack, même en sachant que ce n'était pas le jeune homme qui parlait, accusa le coup. C'était sa voix, après tout.
Il partit à sa poursuite. Nino tenta de le distancer, mais en vain.
Arrivé à son niveau, Zack jugea qu'il valait mieux employer la manière forte. L'expérience avec Victor lui ayant servi de leçon, il lui saisit le bras avec fermeté.
L'individu qui avait pris possession de Nino voulut lui flanquer un coup, mais il le para et l'obligea ensuite à avancer.
Ils attiraient évidemment l'attention des patients, Nino ne cessant de chercher à se dérober à son emprise, mais Zack ne renonça pas pour autant. Tout ce qu'il pouvait espérer, c'est que personne n'appellerait la police, car alors, il aurait été dans de sales draps.

lundi 1 août 2016

Cœur de fantôme - 86

Un cri échappa à Nino. Le type lui faisait mal. Zack s'emmêla. Il y eut un instant de confusion, de bras et mains poussés et tirés, puis l'homme retomba lourdement sur l'oreiller, paupières closes, sa perfusion décrochée.
— Ça va, Nino ?
— Oui. Partons avant que quelqu'un ne vienne aux nouvelles.
Ils se précipitèrent hors de la chambre et quittèrent l'hôpital en vitesse.
Une fois dehors, Nino partit à grandes enjambées dans la direction opposée de l'endroit où Zack avait garé sa moto.
— Hé ! Où vas-tu ? cria Zack, en le rattrapant.
— J'ai une course à faire, répondit Nino sans lui accorder un regard.
— Je t'accompagne.
— J'ai besoin d'être seul.
— Et l'incident à l'hôpital, on ne va pas en parler ? Ce type dans le coma était possédé par un fantôme, non ?
— Tout s'est bien terminé, c'est l'essentiel.
C'était le genre de truc que Kazuya pouvait sortir, pas trop le style de Nino... Comme s'il n'était pas lui-même. Zack se figea. Nino ne s'en préoccupa pas et continua à avancer.
Les pieds de Zack refusaient de lui obéir. Il ne voulait pas croire que le jeune homme soit une fois encore victime d'une possession non désirée. Il rejoua la scène dans son esprit. Le type l'avait empoigné par le col de son pull sous lequel se trouvait le talisman. Était-il possible qu'il lui ait arraché ?
Zack se mit à courir après Nino. S'il avait raison, que le jeune homme était sous l'influence d'un fantôme, il ne fallait surtout pas qu'il le perde de vue.
— Mais quel pot de colle ! s'exclama Nino en le voyant. Tu vas me lâcher les baskets, oui ?
Cela rappela à Zack sa première rencontre avec le jeune homme. S'était-il monté la tête ? Le nœud de Kazuya n'avait pas pu se défaire comme cela.
— Il me semble que nous devrions discuter...
Si aucun fantôme n'avait pris possession de Nino, le jeune homme risquait de mal prendre     ses soupçons. A contrario, il n'apprécierait pas que Zack ne se soit rendu compte de rien.
— Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans le mot « seul » ? aboya Nino.
— Même sans moi, le seras-tu vraiment ? riposta Zack.
Nino se troubla, puis s'écria :
— Fiche-moi la paix !
Cela n'avait pas de sens. Cela faisait bien longtemps que le jeune homme ne le rejetait plus ainsi. Zack aurait aimé pouvoir retourner à l'hôpital et vérifier sa théorie au sujet du talisman, mais c'était impossible, car cela aurait impliqué de laisser Nino.

vendredi 29 juillet 2016

Cœur de fantôme - 85

Ils assurèrent que cela ne les dérangeait pas d'attendre, mais n'en firent rien. Nino voulait en effet retourner voir un homme d'une trentaine d'années entretenant une très vague ressemblance avec Kazuya.
Zack l'accompagna, de plus en en plus inconfortable avec l'idée de s'en prendre à quelqu'un cloué à un lit d'hôpital. C'était comme profaner une tombe et même pire. Il peinait à comprendre comment Nino pouvait envisager sérieusement un truc pareil, lui qui avait souffert de devenir le jouet des fantômes.
Kazuya qui avait accès aux pensées intimes du jeune homme aurait pu éclairer sa lanterne, si seulement il avait été avec eux.
Zack n'avait d'autre choix que de poser la question à Nino en direct. Il fallait cependant reconnaître que pour certaines choses, il était plus facile de passer par un intermédiaire.
— Même si par miracle, nous parvenions à emmener ce type afin que Kazuya ait un corps, a-t-on le droit de bouleverser ainsi sa vie ?
— N'est-ce pas mieux pour lui que d'être ici, incapable de faire quoi que ce soit ? Kazuya pourrait le libérer si sa conscience se réveille, répliqua Nino.
Il s'assit sur le bord du lit de l'homme aux paupières closes, tout près de sa main sous perfusion et reprit :
— Cependant, quand je pense aux gens qui doivent le visiter, que j'imagine leur désarroi face à sa disparition, je me dis que c'est mal. Sans compter que je ne me vois pas l'embrasser en sachant qu'il ne le désire pas.
Zack n'avait pas réfléchi aussi loin, car, à la différence de Nino, il ne savait pas vraiment ce que cela faisait quand quelqu'un agissait sans tenir compte de sa volonté. Kazuya l'écoutait toujours.
— Le chantier va bientôt se terminer. Même si je ne dois plus voir Kazuya, je préfère ça à fréquenter un étranger qui n'a rien demandé.
— Dans ce cas, restons en là. Je faisais taire mes scrupules vis-à-vis de la personne dont nous allions utiliser le corps pour toi et Kazuya, pour que nous soyons tous les trois pour de bon.
— Nous ferions mieux de retourner dans le couloir dès fois que l'infirmière se demande où nous sommes passés.
Nino hocha la tête. Il allait se lever quand soudain, l'homme dans le coma ouvrit les yeux et l'attrapa par le col de son pull.
Ce réveil subi digne d'un film d'horreur prit Zack par surprise. Fallait-il sonner une infirmière, courir en chercher une ?
Nino, tout en murmurant des mots apaisants, attrapa le poignet du type pour se libérer, mais ce dernier ne relâcha pas son emprise. Pareille force pour un homme venant d'émerger d'un long sommeil était étonnante... surnaturelle même. Il devait être possédé !

jeudi 28 juillet 2016

Cœur de fantôme - 84

Nino lui passa la main devant les yeux.
— Toujours avec moi ?
Zack acquiesça.
— Tu te rappelles quand on avait évoqué la possibilité que Kazuya prenne possession de quelqu'un dans le coma ?
— Oui et aussi que nous étions d'avis que ce n'était pas juste pour la personne sur qui cela tomberait.
Nino soupira et sombra dans le silence.
— Comment nous y prendrions nous de toute façon ? reprit Zack.
C'était plus une question rhétorique qu'autre chose pour montrer que c'était voué à l'échec, mais Nino répondit sérieusement :
— Nous pourrions prétendre être des journalistes désireux d'écrire un article sur le sujet ou bien des écrivains en quête d'informations pour un roman. Avec ton physique avantageux, tu n'auras aucune peine à persuader une infirmière. Après, d'une façon ou d'une autre, nous prendrions un des patients.
Zack aimait le côté audacieux de Nino. Seulement, dans le cas présent, c'était limite délirant. Un hôpital, c'était surveillé.
— Nous aurions surtout de bonnes chances de terminer en prison.
— C'est vrai, reconnut Nino et il se tut.
Devant son air peiné, Zack se laissa fléchir.
— Nous pouvons toujours faire un repérage. Cela ne n'engage à rien.
— Se renseigner sur le sabre ne nous coûterait pas grand chose non plus.
Ils se regardèrent. Aucun d'eux ne croyait vraiment aux solutions dénichées, mais ils tenaient tous les deux à faire plaisir à l'autre. C'était aussi une façon de s'occuper en attendant que la maison soit rasée et les gravas évacués. Kazuya y aurait sûrement trouvé à redire, leur conseillant de se choisir un film s'ils s'ennuyaient, mais il n'était pas là. C'était lui qui avait décrété qu'ils ne devaient pas revenir tant que les travaux n'étaient pas terminés. Cette tendance qu'il avait à les paterner était parfois agaçante, mais elle était une conséquence logique des sept cent années qu'il avait passé à hanter.
 

Ils commencèrent par se rendre à l'hôpital. A l'accueil, Zack baratina une infirmière qui succomba à son charme de beau blond sportif et leur fit visiter l'aile des patients en réanimation, tout en leur glissant des tas d'infos entre deux battements de cil.
Quand une de ses collègues lui demanda de l'aide pour un soin, elle leur promit de revenir s'ils voulaient bien patienter dans le couloir.

mercredi 27 juillet 2016

Cœur de fantôme - 83

Zack comme Nino auraient vraiment aimé sauver la maison ou du moins devenir propriétaires du terrain, mais Kazuya s'y opposant, ils renoncèrent.
Ils eurent un moment de répit, le temps que le chantier commence vraiment, puis les premiers murs tombèrent et Kazuya déclara qu'il fallait mieux que Nino et Zack ne viennent pas pendant la durée des travaux. Cela pouvait être dangereux.
En une semaine, deux grand maximum, tout devrait être terminé. Zack suggéra que Kazuya demeure dans l'un d'eux durant cette période, mais le fantôme refusa, expliquant qu'une possession prolongée était mauvaise pour l'hôte, même quand elle était volontaire.
Comme il était impossible de le faire changer d'avis, que le danger était réel – Nino s'était fait interpeler par l'un des ouvriers qui s'était attardé sur le chantier – ils se retrouvèrent à nouveau tous les deux.
D'un commun accord, ils décidèrent de mettre ce temps à profit pour trouver une solution afin que Kazuya ne soit plus coincé au 7 rue des Sycomores.
Zack passa des heures et des heures sur internet à chercher des informations sur les fantômes et leur attachement au lieu de leur mort. C'était délicat car la plupart des informations disponibles se basaient sur des mythes et légendes ou bien étaient des élucubrations d'illuminés. Nino, lui, ramena des tas de livres de la bibliothèque dont il tenta d'extraire quelque chose d'utile.
Il perdit patience le premier, il faut dire que c'était plus laborieux de tourner des pages et des pages que de papillonner ci et là sur la toile.
— Merde ! Tout ça ne nous mène à rien ! Les trois quart des gens qui ont écrit ces bouquins n'ont jamais dû rencontrer un vrai fantôme !
Zack referma son ordinateur portable et rejoignit Nino sur le canapé duquel il évacua quelques livres pour s'asseoir.
— J'ai moi aussi de la peine à savoir ce qui peut être vrai dans tout ce que je lis. Le seul truc potable que j'ai relevé, c'est que les fantômes peuvent aussi être lié à l'arme qui les a conduit à être dans cet état.
— Le sabre avec lequel Kazuya a été tué a disparu depuis longtemps. Il a peut-être même été détruit.
— Il pourrait tout aussi bien être dans un musée ou chez un collectionneur.
— Mais de toute façon, on sait de manière sûre que Kazuya est attaché au 7 rue des Sycomores comme une chèvre ou un chien à son piquet. Il y retourne après chaque possession.
La comparaison donna une idée à Zack :
— Cela lui est-il possible de posséder un animal ?
— Non, je ne crois pas. Depuis que ma vue s'est réveillée, seuls des êtres humains ont pris possession de mon corps.
Zack fut déçu que sa piste comme son idée soient rejetées, mais il était forcé de reconnaître qu'elles ne fonctionnaient pas. Cela leur aurait fait une belle jambe que Kazuya soit à l'intérieur d'un chat pour leur miauler aux oreilles ou de retrouver le sabre qui lui avait ôté la vie s'il n'existait aucune méthode pour que l'arme devienne son point d'ancrage.

mercredi 20 juillet 2016

Cœur de fantôme - 82

— On n'a aucun moyen d'empêcher cela ?
— J'ai bien peur que non.
Nino donna un coup de pied dans le meuble le plus proche de lui. La table basse du salon manqua de se renverser.
— Merde et merde ! Tout ça c'est parce qu'on a appelé la police à propos du soit disant squat, n'est-ce pas ? Moi et mes grandes idées de vouloir réparer le mal que j'avais pu faire par le passé ! J'ai tout fichu en l'air, oui !
Kazuya-Zack le prit dans ses bras et l'immobilisa en le plaquant contre son torse.
— Calme-toi. Ce qui est fait, est fait.
Nino s'agita encore un peu, puis comprenant que Kazuya-Zack ne le lâcherait pas, enfouit son visage dans son épaule.
— Que va-t-on faire ? demanda-t-il.
Espérait-il que le fantôme ait quelque solution miracle ? Zack, lui, s'était déjà résigné. Kazuya demeurerait invisible en prenant possession de lui et il ne le verrait plus du tout puisqu'il n'avait pas le don de Nino.
Avant de répondre au jeune homme à haute voix, Kazuya tenta de le consoler :
« Qui sait peut-être qu'un autre bâtiment sera construit à la place ? »
— Rien. La maison ne nous appartient pas.
— Je n'ai jamais voulu être riche, mais là, j'aimerai bien, soupira Nino.
Zack était d'accord avec lui. L'idéal aurait été de pouvoir acheter la vieille demeure, puis de la retaper.
— Même si vous aviez l'argent, je vous conseillerai d'investir dans autre chose.
Zack protesta : devenir propriétaires des lieux leur aurait permis d'être tous les trois en permanence.
— Ah non, alors ! s'écria Nino, si j'obtenais une fortune d'une façon ou d'une autre, c'est à ça que je l'emploierai.
Zack sentit Kazuya se crisper. Pourquoi ?
« Parce que mon frère m'a tué pour des raisons bassement matérielles. »
Zack comprit. Il aurait voulu faire taire Nino qui continuait à parler compte en banque. Kazuya-Zack opta pour une méthode infaillible en l'embrassant en profondeur.
Quand il libéra la bouche de Nino, ce dernier avait le souffle court et avait perdu le fil de ses idées.
Faire l'amour ne résoudrait hélas rien.
« S'il n'y a pas de solution, c'est qu'il n'y a pas de problème. »
Beau proverbe, mais toujours est-il que bientôt la maison serait un tas de gravas et qu'il faudrait vivre avec.
Kazuya qui contrôlait Zack, lui fit capturer avec une ardeur renouvelée les lèvres de Nino jusqu'à ce que Zack ne pense plus qu'à la chaleur du corps qu'il étreignait.

---------------------
En raison de soucis de connexion internet sur mon lieu de vacances, le prochain épisode sera mis en ligne le 27 juillet 2016.

mardi 19 juillet 2016

Cœur de fantôme - 81

    Ils passèrent Noël chez les parents de Zack, Kazuya habitant Nino. A la différence du jeune homme, il fut totalement à l'aise avec la mère et le père de Zack. Avec ses sept cent ans derrière lui, il lui en fallait plus pour être nerveux. C'était limite si par moments, ce n'était pas lui qui mena la conversation.
La mère de Zack ne manqua pas de remarquer la différence, mais elle apprécia que Nino se sente aussi bien chez eux, surtout après avoir appris qu'il s'était brouillé avec sa propre famille. Kazuya n'avait pas fait de mystère sur la question, se gardant toutefois bien de mentionner le séjour de Nino dans un hôpital psychiatrique.
C'est chez des amis de Zack qu'ils réveillonnèrent. Kazuya-Nino fut vite adopté par le groupe et heureusement, aucun fantôme ne vint troubler la fête.

    Leur petite vie tranquille prit fin quelques semaines plus tard, quand Zack en passant chercher Kazuya au 7 rue des Sycomores remarqua qu'un panneau d'une entreprise de travaux avait été accroché au grillage mangé par la rouille.  Le cœur battant, il s'approcha : il n'était pas question de rénovation, mais de démolition.
Il était tard et il n'y avait aucun ouvrier en vue, aussi Zack fit comme d'habitude et retrouva Kazuya à l'intérieur.
— Je ne sais pas si tu es au courant, mais la maison va être détruite, annonça-t-il sans tarder. Est-ce dangereux pour toi ?
— Je suis coincé sur le lieu de ma mort, pas attaché aux murs en eux-mêmes.
L'information rasséréna Zack, mais pas longtemps. La destruction de la maison posait d'autres problèmes. Elle signifiait notamment qu'ils ne pourraient plus être tout les trois face à face, Kazuya serait toujours dans Nino ou lui.
— Tu ne pourrais pas effrayer les ouvriers afin que la maison reste debout ?
— A ton avis, pour quelle raison, après toutes ses années le propriétaire a décidé de la raser ?
Zack haussa les épaules.
— Parce qu'elle tombait en ruines ?
— Elle aurait tenu encore longtemps en dépit de son délabrement. Il a plutôt fini par être excédé de tous les trucs bizarres qui s'y passait. Je ne ferai que retarder l'inévitable en jouant des tours aux ouvriers.
Il devait avoir raison, mais Zack était tout de même déçu. Il aurait voulu préserver les lieux. C'était leur nid d'amour, tout glauque qu'il soit.
Kazuya qui découvrit ses pensées en prenant possession de lui se moqua gentiment.
A l'appartement, quand ils apprirent la nouvelle à Nino, un énorme merde lui échappa. Pour lui, c'était encore plus terrible que pour Zack. C'était son ancien refuge qui allait terminer en miettes, l'endroit où il avait réussi à reprendre les rennes de sa vie grâce à sa rencontre avec Kazuya.

lundi 18 juillet 2016

Cœur de fantôme - 80

Ce n'est qu'après qu'ils se soient unis à deux reprises avec fièvre que Kazuya-Zack aborda l'éventualité que son frère soit devenu un fantôme, idée qui les avait tourmentés.
Kazuya était convaincu que ce dernier n'avait éprouvé aucun remords de son fratricide, en tout cas pas au point de s'accrocher au monde des vivants.
Il apaisa toutes leurs objections et inquiétudes verbales et mentales : il n'avait aucune envie de vérifier et conclut que si jamais c'était le cas, ce n'était pas son problème que son frère erre comme une âme en peine.
Son désir de vengeance envers son frère ne le rongeait plus comme avant. Certes, il ressentait toujours de la rage à son égard et ne lui avait pas pardonné, mais il n'était pas sûr que cela soit ça qui le retienne désormais dans le monde des vivants.
Il avait d'autres raisons de rester, deux pour être exact : Nino et Zack. Grâce à eux et à leur amour et en dépit de sa condition de fantôme, il pouvait jouir de la vie que son frère lui avait volé sans parasiter des innocents.
Là-dessus, il suivit du bout des doigts le contour des lèvres de Zack ainsi que celles de Nino. Aux commandes du corps du jeune homme, il embrassa ensuite franchement Zack. Il était insatiable et eux aussi.

    Dès qu'ils en eurent le loisir, ils reprirent le train pour se rendre chez l'étudiant dégingandé qui ne les accueillit pas très bien : le fantôme s'étant calmé, il ne voyait plus l'intérêt d'un quelconque exorcisme. Ils durent négocier ferme et accepter de faire leur « truc » gratuitement.
Nino laissa la femme fantôme le posséder et c'est dans la rue qu'ils lui apprirent la capture de son assassin. Elle fit sauter Nino de joie, embrassa Kazuya-Zack sur les deux joues et s'évapora.

    Ils reçurent une nouvelle demande d'exorcisme, mais une fois sur place, ils découvrirent que leur cliente, une femme d'une trentaine d'années s'était payée de leur tête. Elle les avait fait venir pour qu'elle et ses amis rient à leurs dépens.
Nino  fut totalement refroidi par l'épisode. Il ne s'était pas lancé dedans pour l'appât du gain, mais entre le manque de gratitude de l'étudiant et le canular, c'était trop. L'épisode avec Victor lui avait par ailleurs laissé un goût amer : le fantôme était  parvenu à l'apitoyer, mais il s'était révélé un tordu de première. En même temps, il ne voulait pas renoncer à aider les fantômes et ceux qu'ils troublaient par leur présence. Ce fut Kazuya qui suggéra de faire une pause. Ils l'avaient mérité. Zack se chargea donc d'indiquer sur le site que le service d'exorcisme était temporairement indisponible pour cause de vacances.

vendredi 15 juillet 2016

Cœur de fantôme - 79

Kazuya, sans crier gare, fondit sur Nino, le posséder étant la manière la plus rapide d'apprendre tous les détails de l'affaire.
Dans la foulée, Kazuya-Nino attrapa Zack par le col de sa doudoune et happa ses lèvres. Il fouilla sa bouche d'une langue gourmande pour un long et profond baiser qui ne s'arrêta qu'une fois le fantôme à l'intérieur de son corps.
« Mon pauvre, ce Victor t'a fait du mal. »
Zack avait du mal à oublier le fantôme qui l'avait espionné durant toutes les premières années de sa vie, et avait cauchemardé sur lui chaque nuit depuis, mais il n'en avait rien dit à Nino pour ne pas l'accabler car le jeune homme s'en voulait déjà assez comme cela. Et de toute façon, ce n'était pas la faute de Nino si ce vieux tordu avait hanté la maison d'enfance de Zack, en profitant pour se rincer l'œil et juger ses occupants.
« C'est derrière toi à présent. Pense à autre chose. »
Après avoir été embrassé comme il l'avait été, avec la présence chaude et réconfortante de Kazuya en lui, ce n'était pas difficile.
« Tu as dû être terriblement frustré de t'en tenir aux baisers. Vous auriez pu faire l'amour ensemble au lieu de vous masturber chacun dans votre coin quand l'autre ne regardait pas. Seulement vous aviez peur tout les deux que je prenne ça comme prétexte pour que vous formiez un couple sans moi. Vous êtes délicieux. »
Zack se retrouva à embrasser Nino avec avidité.  Dirigé par Kazuya, il s'empara de la main du jeune homme et la posa sur son entrejambe avant d'aller le toucher au même endroit. Ils avaient une érection tous les deux.
Aller droit au but n'était pas une habitude du fantôme, plus de Zack. Heureusement, Nino ne semblait pas gêné.
« C'est cela de se retenir. On fera dans la dentelle au chaud chez toi... »
Chacun dégagea le membre de l'autre, caressant et palpant. Kazuya-Zack aspira la langue de Nino. Ses doigts s'activèrent de plus belle, son pouce effectuant de petits mouvements circulaires de plus en plus rapides sur le gland. Le jeune homme gémit, sa main se resserrant sur le pénis de Zack. Leur plaisir culmina et ils jouirent.
Encore haletant, ils s'essuyèrent et refermèrent leurs pantalons.
Kazuya choisit ce moment pour jaillir de Zack et retourna à l'intérieur de Nino. Il avait lu son envie de leur faire l'amour à tout les deux. Ses caresses intimes n'avait pas suffit à combler Zack. Il y avait du rattrapage à faire, des tétons framboises à sucer, des cuisses à pétrir...

jeudi 14 juillet 2016

Cœur de fantôme - 78

Le fantôme tendit les mains vers eux. Pendant un instant, ce fut comme s'il leur frôlait les épaules, puis ses doigts passèrent à travers eux.
— Pour ne pas faire de jaloux, bavardons... Racontez-moi donc ce que vous avez fait durant mon absence.
— Rien d'intéressant ! A toi l'honneur ! lança aussitôt Nino qui à priori préfèrerait retarder le moment de dévoiler son imprudence.
— Si vous êtes là, ce que vous savez que j'ai réussi à ce que Paul Adchmidi soit emprisonné.
— Oui, mais ça, c'est le résultat final, répliqua Nino.
— Et c'est l'essentiel. Les détails n'ont guère d'importance et sont même assez ennuyeux.
— Sans aller jusqu'à dévoiler tous les aspects de l'enquête, tu pourrais au moins nous dire comment ça s'est passé avec l'entourage du policier dont tu as endossé le rôle.
Zack, même s'il était resté vague, pensait bien sûr surtout à la femme du type. Kazuya ne fut pas dupe.
— J'ai été un bon policier, mais un bien mauvais mari.
— Tu n'as pas couché avec elle ?
— Je ne l'ai que embrassé, prétendant être trop fatigué pour plus.
— Nous nous en sommes aussi tenus aux baisers, précisa Nino.
Kazuya eut un sourire.
— Et sinon, qu'avez-vous fait ?
— Nous avons refusé plusieurs demandes d'exorcisme, répondit Nino.
C'était habile de sa part d'exposer à quel point il avait été raisonnable, mais Zack jugea qu'il était temps de tout révéler à Kazuya.
— Par contre, quand nous nous sommes rendus chez mes parents, nous avons dû affronter un fantôme.
— Nous avons échangé avec lui par signes et je l'ai laissé me posséder, avoua Nino.
Kazuya pinça pensivement l'arrête de son nez busqué. Il pouvait se toucher, lui, et pas eux, quel injustice !
Nino se défendit avant même que le fantôme ait émis le plus petit reproche :
— Nous avions déterminé qu'il voulait être pardonné par quelqu'un. Vous ne pouvez pas comprendre, mais moi, je les vois et ce vieil homme me suppliait à genoux, les mains jointes !
— Mais au bout du compte, je parie que ce que voulait ce fantôme était plus complexe que cela. Enfin, tout est bien qui finit bien, vous êtes tout les deux sains et saufs. Tempêter est donc inutile.
Nino parut vraiment embarrassé. La mansuétude de Kazuya à son égard le culpabilisait plus sûrement que sa colère.
Zack admira l'attitude du fantôme et son regard s'attarda sur ses lèvres. Comme il avait envie de l'embrasser...

mercredi 13 juillet 2016

Cœur de fantôme - 77

Au petit déjeuner, sa mère remarqua qu'ils avaient mauvaises mines tout les deux.
— Eh bien, c'est à se demander ce que vous avez fait cette nuit !
— Il y avait des petits pois sous nos matelas, plaisanta Zack.
Ses parents rirent, Nino également.
Sans le fantôme, en dépit de la fatigue, le jeune homme sut se montrer charmant et faire oublier sa distraction de la veille. Il n'y eut qu'un moment inconfortable quand le père de Zack évoqua celui de Nino, mais le sujet fut vite évacué.
Ils repartirent en début d'après-midi non sans que la mère de Zack ait affirmé que Nino serait toujours le bienvenu.
Au lieu de rentrer directement à l'appartement, ils firent d'un commun accord un crochet au 7 rue des Sycomores, mais Kazuya n'était toujours pas de retour.

Ils apprirent la bonne nouvelle à la radio quelques jours plus tard : le tueur aux appartements avait été  attrapé par la police. C'était le matin et Zack devait aller travailler, mais pas Nino dont c'était le jour de congé.
— J'attendrai ce soir, promit-il, sans que Zack n'ait à dire quoi que ce soit.
Il apprécia grandement l'offre du jeune homme, mais ne voulut pas se montrer égoïste.
— Rien ne t'y oblige.
— Je sais, mais je préfère que tu sois aussi là.
Afin de ne pas être en retard, Zack ne put l'interroger sur ses raisons, mais il les devinait multiples : éviter qu'il se sente jaloux ou en trop, ne pas affronter seul la colère que Kazuya ne manquerait pas de ressentir en apprenant comment en son absence Nino avait permis à un fantôme de le posséder, et aussi  pouvoir discuter de la  réaction de Kazuya au sujet d'une possible confrontation avec son frère.

    Durant la journée, il consulta sa montre un nombre de fois incalculable au point que plusieurs personnes le remarque. Il nia attendre quoi que ce soit de particulier, mais sans cesser de jeter de fréquents coups d'œil à son poignet.
Enfin, l'heure de sortir du centre sportif fut là. Il le quitta au pas de course. Il trouva Nino qui rôdait autour de sa moto, partageant son impatience de revoir enfin Kazuya.
Ils filèrent comme le vent jusqu'à la maison hantée par leur cher fantôme et c'est en courant qu'ils traversèrent le jardin envahi par les mauvaises herbes.
Dès leur entrée, Kazuya qui devait les guetter apparut dans son sempiternel kimono bleu.
— Les nouvelles vont vite à ce que je vois.
Zack aurait voulu le prendre dans ses bras, mais tout ce qu'il pouvait espérer était que Kazuya habite son corps.

mardi 12 juillet 2016

Cœur de fantôme - 76

Toute combativité parut déserter le fantôme.
— J'étais vieux et je me suis éteint dans mon sommeil. Quand je me suis réveillé, j'étais un spectre. Je ne pouvais plus qu'errer dans cette maison qui avait pourtant été mienne.
Zack ne pouvait éprouver de compassion pour ce type qui avait détruit la vie de quelqu'un soit disant par amour, mais Victor s'exprimant avec la voix et le visage de Nino, il lui était impossible d'être imperméable à son visible chagrin.
— Tout ça dans l'espoir de la revoir...
— Oui, pour lui présenter mes excuses.
— Ce n'est pas ici que vous le pourrez. Tout le monde ne devient pas un fantôme.
— Oui... Je n'ai plus qu'à m'en aller. Tu as de la chance d'être aimé en retour. Ne la gâche pas.
Nino vacilla. Zack le soutint avec peine, tout remué par les évènements.
— Tu peux te vanter de m'avoir causé une belle frayeur !
— Pardon. Kazuya va me tuer en apprenant ce que j'ai fait.
— Et je serais tenté de le laisser ! Si cela s'est bien terminé, ce n'est pas grâce à toi.
Nino frissonna entre ses bras.
— Oui. Merci de l'avoir convaincu.
Zack étreignit fort le jeune homme. Ils avaient frôlé la catastrophe.
Nino émit une plainte légère. Zack relâcha sa prise, réalisant qu'il lui faisait mal et lui rendit le talisman.
— Il n'y a plus qu'à rentrer.
— Pauvre Claudia...
Zack pressa - en douceur - l'épaule de Nino. Rester près de ce lac sinistre où le squelette d'une innocente reposait ne pouvait leur apporter rien de bon.
C'est à petite allure qu'ils regagnèrent la maison. La maison était silencieuse à l'exception des ronflements du père de Zack et du tic tac de l'horloge du salon.
Une fois dans la chambre, ils déshabillèrent pour se coucher. Nino, plutôt que de s'installer dans le lit de camp se glissa dans celui de Zack en dépit du manque de place.
Zack ne se plaignit pas d'être à l'étroit. Il était secoué et trouvait du réconfort à être collé au jeune homme.
Incapables l'un comme l'autre de dormir, ils parlèrent de l'histoire de Victor et Claudia en long et en large.
— Tu crois que le frère de Kazuya est devenu un fantôme lui aussi ? finit par demander Nino.
— S'il éprouvait du regret, peut-être. Mais au final, ce n'était pas si simple que cela pour Victor.
— Kazuya pourrait alors enfin se venger.
Et disparaître.
Zack entendit les mots, même si Nino ne les prononça pas.
— Tout ça est très hypothétique, répondit-il avec assurance, mais sans pouvoir calmer les battements affolés de son cœur.
Cette fois, c'est sûr, il n'allait pas pouvoir fermer l'œil.

lundi 11 juillet 2016

Cœur de fantôme - 75

— Vous auriez dû informer la police.
— J'aurais fini en prison. Qu'elle ne soit plus était une punition bien suffisante ! s'insurgea Nino-Victor.
Accident ou pas, Victor aurait mérité de passer du temps derrière les barreaux, mais Zack se garda d'insister.
Le lac était à présent en vue. Nino-Victor ralentit.
Les eaux sombres étaient inquiétantes dans la pâleur lunaire. Qu'espérait-il en venant là ? La jeune femme qu'il avait aimé était décédée par sa faute depuis longtemps déjà...
— Claudia ! cria Nino-Victor à plusieurs reprises.
Zack comprit. Peut-être était-elle devenue un fantôme et grâce à la vue spéciale Nino, Victor serait en mesure de la voir et de lui exprimer ses regrets.
Il ne semblait hélas pas si repentant que cela, reportant en grande partie la faute sur la jeune femme qui s'était refusée à lui.
Ils firent le tour complet sans que Nino-Victor ne cesse d'appeler. Rien ne devait avoir retenu Claudia du côté des vivants.
— Elle n'est pas là.
— Mais elle doit y être. Ce n'est pas possible autrement ! Je veux m'excuser auprès d'elle. Sûrement, elle se cache au fond du lac, décréta Nino-Victor, en s'approchant du bord.
S'il plongeait dans l'eau glacée, il mettrait Nino en danger. Zack n'attendit pas qu'il fasse cette bêtise et le ceintura.
Ils roulèrent dans l'herbe, Nino-Victor se débattant et se tortillant comme un beau diable.
Grâce à un coup de coude traître, il réussit à échapper à Zack qui n'avait pas osé mettre trop de force de peur de le blesser.
— Cela ne t'a pas servi de leçon ? lança Zack, le souffle court en se relevant.
Nino-Victor se figea sur la rive.
Zack continua, espérant l'empêcher verbalement de commettre une folie :
— Mon petit ami n'a rien fait d'autre que t'aider. Si tu n'avais pas fait qu'écouter tes désirs égoïstes, ta Claudia n'aura pas eu à mourir.
Nino-Victor se mit les mains sur les oreilles.
— Mensonges ! Mensonges ! cria-t-il.
— Son pardon, tu l'obtiendras en passant de l'autre côté ! clama Zack en cherchant à capturer une nouvelle fois Nino.
Le jeune homme bondit de côté.
— Au moins, j'ai agi ! Je ne me suis pas contenté de me masturber dans mon coin en murmurant Quentin, Quentin comme un idiot !
Zack encaissa. Ce satané fantôme en savait presque autant sur son passé que s'il l'avait possédé ! S'il avait su, il aurait quitté la maison familiale bien plus tôt et il aurait incité ses parents à déménager.
— Je ne sais pas de quoi tu es mort, mais c'est dommage que tu aies cru bon de rester ! Personne ne t'obligeait à jouer le voyeur durant des dizaines d'années !