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lundi 18 novembre 2013

A travers les âges, le livre est disponible

A travers les âges est désormais disponible en livre. Il comprend 260 pages dont un chapitre bonus et coûte 11,69€.

A un moment, il était question qu'une artiste réalise ma couverture, mais cette personne est désormais très occupée, aussi, j'ai finalement décidé de sortir le roman. Si vous êtes allergiques à la couverture pour laquelle j'ai opté, sachez que peut-être un jour (mais rien n'est moins sûr), il y aura une autre version.

Acheter A travers les âges 

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Résumé : Le nouveau professeur d'histoire de Dake prétend qu'ils se connaissent depuis la préhistoire, qu'ils sont des âmes sœurs qui, à travers les âges, se croisent et s'aiment... Et si, aussi fou que cela paraisse, c’était vrai ? Dake a la troublante impression de l'avoir déjà rencontré... 

Le pilote du roman a été publié sur le blog en avril 2012 et repris d'octobre à mai 2013.

Extrait
– Nous nous sommes rencontrés pour la première fois, il y a environ 40 000 ans, j'étais un néanderthalien appelé Iol et toi un homo sapiens autrement dit homme de Cromagnon, répondant au nom de Kuma, appartenant au clan des Trois Silex.
Ayant noté la date et les noms, M.Toukka se tourna vers l'adolescent, l'enveloppa d'un regard pénétrant et commença son récit.
En quelques mots, Dake oublia la pluie qui battait aux carreaux, la salle de classe à la peinture fatiguée, le professeur et jusqu'à son nom...

Il s'appelait Kuma. Il revenait de la chasse, les bras et les jambes fatigués, mais fier de la viande que lui et ses compagnons rapportait au clan.

mercredi 15 mai 2013

A travers les âges - 106 (fin)

Ils se caressèrent mutuellement la joue, puis posèrent chacun la main sur le torse de l'autre, écoutant le rythme effréné des battements de leurs cœurs, avant d'oser glisser les doigts sur le sexe de l'autre. Ils étaient excités tout les deux. Plus rien n'existait hormis l'instant présent : leurs langues emmêlées, leurs mains touchant leurs peaux brûlantes, leurs pénis frottés l'un contre l'autre. Ils jouirent en même temps. Et, encore tout engourdis de plaisir, ils reprirent doucement leur souffle.
Cette première fois venait s'ajouter à toutes celles d'autrefois, songea Dake. « Qui pénètre qui ? » avait-il oser demander, à l'époque où il était Claude. Noah avait-il gardé les préférences de son alter ego ?
L'adolescent hésita, et sa curiosité l'emportant, il interrogea Noah.
Ce dernier qui avait gardé ses lunettes car il voulait voir Dake pendant qu'ils faisaient l'amour, les réajusta sur son nez avant de répondre :
– J'ai plus l'habitude d'avoir le « rôle dominant » que le passif, c'est tout. Il y a du plaisir dans les deux positions. Ce que j'aime, c'est que nous ne fassions plus qu'un.
Dake se rappela de la sauvagerie de leur toute première union, puis de toutes les autres et il sentit le désir monter en lui à nouveau. Il embrassa son professeur encore et encore jusqu'à que ce dernier soit dans le même état d'excitation que lui. Noah ne s'écarta que pour récupérer préservatifs et lubrifiant qu'il avait acheté en prévision de ce moment, même s'il ne savait pas quand il arriverait.
Sans en discuter vraiment, ils se pénétrèrent l'un, puis l'autre, alternant leurs positions jusqu'à atteindre la jouissance.
Comblés et fatigués, ils restaient enlacés sur le lit, quand une pensée terrible frappa soudainement Dake.
– Noah...
– Oui, mon cœur ?
– Cette vie se terminera aussi, un jour... Dans longtemps, j'espère... Tu crois qu'on se retrouvera dans la suivante ?
Noah lui attrapa la main et entremêla ses doigts à ceux de l'adolescent.
– Ou celle d'après, j'en suis certain. Tu es mon âme sœur et je suis la tienne.
– Mais de nouveau, j'aurais tout oublié, et pas toi, n'est-ce pas ?
– Oui, mon cœur, c'est probable, mais ce n'est pas grave, que tu sois homme, femme, hermaphrodite ou que sais-je encore, je te séduirai autant de fois qu'il le faudra, pour l'éternité.
Dake se sentit apaisé par ses mots. Il n'avait pas à s'inquiéter de ce futur lointain, pas plus qu'il n'avait à se soucier des obstacles qu'ils devraient franchir pour rester ensemble dans cette vie. Noah, d'une façon ou d'une autre, serait toujours là pour lui.

FIN

mardi 14 mai 2013

A travers les âges - 105

Le lendemain, dès la première heure de cours, Dake s'arrangea avec un de ses camarades pour qu'il lui prête ses notes. C'était sous prétexte de rattraper ce qu'il avait manqué qu'il avait persuadé sa mère du bien-fondé de ne pas rentrer directement se reposer après les cours du mercredi matin. Le mensonge n'était pas complet puisque Noah pourrait effectivement l'aider pour l'histoire.
Dès que Noah entra dans la salle de classe, Dake sentit son cœur battre plus fort. Maintenant qu'il se rappelait vraiment de tout, il lui était encore plus cher. Il ne put le quitter des yeux durant toute la durée du cours. Ce n'était peut-être pas malin de le fixer comme ça, mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Noah croisa son regard à trois reprises, esquissant à chaque fois un sourire.
Comme convenu, par mesure de discrétion, ils se retrouvèrent directement à l'appartement. Noah qui était véhiculé, arriva le premier et accueillit Dake qui s'engouffra à l'intérieur où il se débarrassa rapidement de ses chaussures et de sa veste. Ils échangèrent quelques mots, puis comme Noah ne l'embrassait pas, Dake prit l'initiative. Maintenant qu'il savait qu'ils n'avaient que tous les deux leurs expériences de leurs vies passées, il n'avait plus peur.
Ce fut Noah qui s'arracha à la bouche avide de l'adolescent.
– Si tu continues comme ça, nous allons terminer au lit, le prévint-il.
– C'est ce que j'espère, avoua Dake.
Noah parut embarrassé. L'adolescent soupira. Son professeur avait un côté exaspérant. Tant que l'adolescent le fuyait, il le pourchassait, mais dès que Dake prenait les devants, il hésitait.
– Ne veux-tu pas attendre ?
L'adolescent s'y refusait. Il comprenait désormais toute la fragilité de la vie, et était conscient que tout pouvait basculer en l'espace de quelques minutes.
– Attendre quoi ? répliqua-t-il.
– Que tu sois majeur ou au moins que je ne sois plus ton professeur. Si notre relation est découverte, j'aurai des ennuis et nous serons séparés.
Comparé à la guerre, rien n'était effrayant.
– Si on est prudent, tout ira bien, murmura l'adolescent avant d'attirer dans ses bras son professeur qui ne protesta plus.
Leurs lèvres se joignirent une nouvelle fois, puis Noah entraîna Dake dans la chambre où ils se retirèrent leurs habits avec impatience. Cependant, quand tous les vêtements furent tombés, ils sentirent intimidés. Ils s'allongèrent lentement, se mettant l'un en face de l'autre. C'était  leur première fois dans cette vie. Tout était nouveau, même si tout avait déjà été vécu.

lundi 13 mai 2013

A travers les âges - 104

 Dake émergea, entortillé dans sa couette, fatigué, mais l'esprit clair.  Le mal de crâne qui ne le quittait plus depuis des jours s'était envolé comme par magie. C'est d'un pas alerte qu'il gagna la salle de bains. Le miroir lui renvoya son reflet habituel : celui d'un adolescent brun aux yeux noirs à la peau mate. Il n'avait rien oublié des vies passées, mais toutes les pièces du puzzle avaient enfin été rassemblées et il avait retrouvé ses repères.
Sa mère fut soulagée quand elle vit descendre l'escalier pour grignoter quelque chose en cuisine. Elle le renvoya cependant au lit pour qu'il se repose. Dake, même s'il ne tenait pas à y retourner, céda. Cela ne pouvait pas lui faire de mal. Cependant, comme il ne souhaitait pas passer le reste de l'après-midi, à se souvenir - les atrocités de la guerre le faisaient toujours frémir - il bouquina pour s'occuper l'esprit.
Pressé de confier à Noah tout ce qu'il avait vécu, il chercha à le joindre à plusieurs reprises. Il n'y parvint que le soir venu. C'était la première fois qu'il lui téléphonait et quand il entendit sa voix dans le combiné, il s'empêtra dans ce qu'il voulait dire. Noah ne releva pas.
– Je me faisais du soucis pour toi comme tu étais absent en cours. J'aurais aimé t'appeler, mais tu n'as pas de téléphone portable.
Dake expliqua ce qui s'était passé, ne touchant que brièvement le sujet de la guerre. Cela lui était trop pénible. Noah l'écouta sans l'interrompre, mais quand l'adolescent eut fini, il demanda :
– Quand tu étais Hans... puisque tu te souviens de tout... Tu as pensé quoi ? Ai-je rendu encore plus terribles les dernières minutes de ta vie ? Non... Désolé, je n'aurais pas dû te poser la question, c'est vain. Cela n'a plus d'importance.
L'inflexion torturée de sa voix prouvait que non. Dake, bien qu'il n'en eut pas envie, se remémora la fin de sa vie en tant que Hans afin de répondre à son professeur le plus honnêtement possible :
– Tu étais tout proche, c'était positif. Je n'ai pas eu le temps de réfléchir aux implications ni rien, alors je ne sais pas comment j'aurais réagi si nous avions survécu.
– Merci. Et encore désolé. Je sais que c'est un souvenir douloureux.
Dake, en entendant Noah si triste, regretta de ne pas être dans la même pièce que lui pour pouvoir le réconforter. Ils le partageaient ce difficile passé.
– Je peux venir chez toi demain après les cours ?
– N'as-tu pas encore besoin de temps pour te remettre ?
– Non, c'est bon.
Le plus dur serait de convaincre sa mère qu'il pouvait passer l'après-midi dehors après être resté deux jours au lit. Ne pas l'en informer aurait été aussi simple, mais il lui avait causé assez de tracas comme ça. 

vendredi 10 mai 2013

A travers les âges - 103

– Dake... Dake, le docteur est là, mon chéri.
L'adolescent sortit de son rêve éveillé avec difficulté. Il lui semblait entendre encore le bruit des armes à feu et les cris. Un goût amer à la bouche, il salua la femme munie d'une lourde sacoche en cuir. Ce n'était leur médecin habituel, cela devait être sa remplaçante. Elle prit sa température, son pouls, regarda sa gorge, ses oreilles, écouta son cœur, posa quelques questions sur les symptômes de sa maladie, puis établit que l'adolescent était en manque de magnésium et était victime d'une intoxication alimentaire. Elle rédigea une ordonnance d'une main rapide, prescrit à Dake deux jours de repos et s'éclipsa après avoir été payée.
La mère de Dake chercha à savoir s'il avait besoin de quelque chose, puis fila à la pharmacie. L'adolescent essaya de remettre de l'ordre dans sa tête. Son identité lui échappait, de même que son sexe, sa nationalité et l'époque dans lequel il vivait. Par moments, il savait, par d'autres, il était perdu. Dans tous les cas, il avait peur.

Sous le couvert de la nuit, Hans et Heinz sortirent pour réparer les barbelés de protection. A quelques mètres d'eux, des cadavres de leurs camarades pourrissaient, mais ils n'avaient pas le temps de s'occuper de les enterrer. Après les barbelés, ils devaient creuser une nouvelle tranchée car, quand le jour reviendrait, ils ne pourraient pas le faire sans être complètement exposés au tir ennemi. Ils recommenceraient ensuite à attendre, aux aguets, pendant que pleuvaient les projectiles. Les assauts étaient cependant pires. Ils avaient réchappé de justesse au dernier ordonné par leur officier. Hans avait fauché des vies, comme autrefois le blé à la ferme. La mort était partout. Au bout de leurs fusils à baïonnette, dans le tir nourri d'artillerie...
Heinz et lui se protégeaient mutuellement, mais ni l'un ni l'autre n'eurent le temps d'éviter l'obus qui leur tomba dessus. Après cet instant, Hans ne fut plus que douleur. Il lut la même souffrance sur le visage tout proche de Heinz, puisant du réconfort dans sa présence. Il essaya de parler, d'apprendre ce que lui cachait Heinz avant de mourir, mais ne réussit pas à prononcer une seule syllabe. Il se concentra sur la respiration sifflante de son frère, s'efforçant de s'abstraire de son corps qui n'était plus qu'une gigantesque plaie béante. C'était impossible. Les minutes s'égrenaient, prolongeant la torture. Soudain, Heinz réduisit à néant la distance qui les séparait et colla sa bouche sanglante à la sienne. Hans comprit enfin la nature de l'amour que lui portait Heinz, mais fut incapable de lui dire quoi que ce soit. « C'était donc ça » pensa-t-il, avant de se sentir partir.

Dake se traîna jusqu'aux toilettes et comme il avait l'estomac vide, il vomit de la bile. Tout le reste du lundi, il fut hanté par des images de guerre : des corps aux entrailles mises à nues, du sang frais et séché, de la boue, des armes, des blessures gangrenées... Quand la nuit fut tombée, il cauchemarda sur d'autres passages de ses vies passées, se réveillant à plusieurs reprises en sueur, le cœur au bord des lèvres.

jeudi 9 mai 2013

A travers les âges - 102

– Hans, regarde les nuages !
L'adolescent leva les yeux vers le ciel où des formes blanches et vaporeuses s'étiraient en un long serpent. C'était un de leurs jeux à son frère et lui, sauf que là, ils auraient dû se concentrer sur le chargement du foin. Il admira cependant un moment l'éphémère animal qui ondulait au gré du vent, avant de se remettre au travail. De son côté, Heinz reprit sa fourche et s'activa à nouveau.
Une fois que la charrette fut pleine, ils la conduisirent jusqu'à la grange et se dépêchèrent de rentrer le foin. Ils repartirent ensuite pour recommencer. C'était une tâche répétitive, mais Hans ne détestait pas. Rien n'était ennuyeux quand Heinz était avec lui.
Le seul problème, c'est que Heinz, ces derniers mois, était bizarre. Il soufflait le chaud et le froid, montait sur ses grands chevaux, puis s'excusait. Tout avait commencé avec ce nouveau jeu « Et si nous étions nés à une époque différente, que nous n'avions pas les mêmes parents... » Hans n'aimait pas cela. Il avait l'impression que Heinz ne voulait plus être son frère, qu'il lui cachait quelque chose. Il sentait souvent le regard inquisiteur de Heinz s'appesantir sur lui et son cœur frémissait empli d'une étrange appréhension, mais quand leurs yeux se rencontraient, Heinz se détournait avec brusquerie, l'air coupable. Toutes les tentatives de Hans pour clarifier ce qui n'allait pas s'étaient soldées par un échec. Heinz s'énervait, s'enfuyait, changeait de sujet, prétendait que Hans se faisait des idées. A la longue, Hans avait renoncé, espérant tout de même que son frère finirait par se confier à lui. Ils avaient toujours tout partagés depuis le jour de leur naissance et ce secret entre eux lui pesait. Ils restaient malgré tout très proches. Heinz, même quand il se fâchait, ne tardait jamais à revenir. Ils travaillaient à la ferme côte à côte, trayant les vaches, nourrissant les cochons, arrangeant la clôture... Ils se divertissaient également ensemble, s'allongeant dans l'herbe pour contempler la course des nuages, inventant des histoires, cherchant à savoir qui courait le plus vite, sautait le plus haut...
Et puis, la guerre avait éclaté. Heinz, sans rien dire à personne, s'était inscrit pour partir au front. Il avait tout juste l'âge minimum requis. Hans s'était dépêché de faire de même. Il ne voulait à aucun prix être séparé de son frère. C'était son jumeau, l'autre moitié de lui-même. Leurs parents, fiers d'eux, mais inquiets, les avaient accompagnés sur le quai de la gare où ils s'étaient dit au revoir.
Hans et Heinz avaient appris le maniement des armes et la discipline militaire dans un camp. Hans avait détesté. Sans Heinz, il n'aurait pas supporté. Leur entraînement fini, ils avaient découverts les tranchées et cela avait été l'enfer.

mercredi 8 mai 2013

A travers les âges - 101

Il chassait un ours, l'os d'Iol à son cou frappait sa poitrine tandis qu'il courait à travers les arbres. Elle suppliait un guerrier couturé de cicatrices de lui revenir en un seul morceau. Il se laissait embrasser par Titus sur leur banc, dans le jardin. Il la regarda, séduit par la douceur dont elle faisait preuve avec l'enfant. Elle lui sourit, malgré la douleur, heureuse de mettre au monde le fruit de leur amour. Il ne pouvait pas résister à Ulf, c'était plus fort que lui. Ses branches pliaient sous l'assaut du vent, mais ses racines, elles, étaient enfoncées dans la terre, accrochées à celles de l'arbre voisin. Elle était attirée par cette femme, comme le papillon par la flamme d'une bougie. Il écoutait la chanson de Jehan. Elle dansait sur le sable avec lui. Il brodait, confortablement assis tandis qu'Eustache lisait le journal dans le fauteuil d'en face. Elle était tombée amoureuse de ce goujat qui avait osé lui voler un baiser. Il plongeait encore et encore dans Antoine, au bord de la jouissance. Il dormait roulé en boule, au soleil. Ils étaient recroquevillés dans les tranchées sous une pluie torrentielle. Il sautillait sur un toit. Elle nourrissait les pigeons quand il s'était dirigé droit vers elle, d'un pas claudiquant. Il avait su qu'il l'avait déjà vu quelque part dès son entrée dans la salle de classe.

Dake ouvrit en grand les yeux. Une femme au chevet de son lit, lui demanda comment il se sentait.  L'adolescent reconnut alors sa mère et fut horrifié : comment avait-il pu oublier qui elle était, ne serait-ce qu'un instant ?
– Je suis... commença-t-il, avant de tousser, troublé.
Sa propre voix lui était étrangère.
– Je vais téléphoner au docteur pour qu'il vienne t'examiner. Tu as une sale mine. Tu es tout blanc.
Dake voulut la retenir, lui dire que c'était inutile, mais déjà, elle était partie.  Le bras qu'il levait vers elle retomba le long de son corps. Il avait eu plusieurs mamans. Il avait aussi été une mère et... un père. Il n'avait pas toujours été enfant unique. Il avait eu des frères et des sœurs. Il avait eu tellement d'identités différentes. Les liens du sang avaient-il encore un sens dans ces conditions ? Il faudrait qu'il pose la question à Noah... Il ferma les yeux. C'était la pagaille dans sa tête et dans son corps. Quelque chose clochait. Son pyjama le gênait. Sa moustache lui manquait. Ce lit n'était pas le sien. Il fallait qu'il aille chasser. Non, il était attendu en cuisine. Il avait envie de prier. Il aurait dû être en train de plier du linge. Il n'était pas un garçon, pas une fille. Il... L'adolescent se recroquevilla sous la couette. Quel jour était-on ? De quelle année ? Et quel était son nom déjà ?

mardi 7 mai 2013

A travers les âges - 100

– Il est presque minuit. Tes parents doivent être inquiets, constata soudainement Noah.
Dake se redressa d'un coup, cherchant l'heure, mais retomba aussitôt sur l'oreiller, en grimaçant. Il avait l'impression d'être passé sous un rouleau compresseur. Il était vidé de toute énergie.
– Je ne suis pas sûr d'arriver à me lever.
Un pli soucieux barra le front de Noah.
– Cela ne me pose pas de problème que tu restes ici, je peux dormir sur le canapé. Je peux aussi te raccompagner chez toi en voiture. Dans tout les cas, tu devrais téléphoner à tes parents.
Dès que Noah lui eut apporté son mobile, Dake composa le numéro de chez lui. Sa mère décrocha immédiatement. Sa voix angoissée donna du remords à Dake. Il la rassura du mieux qu'il put, expliquant qu'il était toujours chez son ami, mais qu'il était malade. Sa mère offrit de venir le chercher. L'adolescent essaya de faire valoir qu'il était aussi bien qu'il ne rentre pas, sans succès. Comme sa mère insistait, arguant qu'il serait mieux dans installé dans sa chambre, dans ses affaires, Dake annonça que son ami le reconduirait. Il lui semblait préférable que sa mère ne vienne pas chez son professeur d'histoire. Il valait mieux qu'elle ne le rencontre pas. Elle s'étonnerait de son âge et voudrait savoir comment Dake avait fait sa connaissance. Or, si jamais elle apprenait la vérité, à savoir que M.Toukka était le professeur d'histoire remplaçant, elle trouverait cela étrange... Un jour, il faudrait le lui dire, le présenter comme l'élu de son cœur en espérant que cela ne lui causerait pas un trop grand choc, mais pas tout de suite.
La conversation terminée, Noah qui avait suivi l'échange, aida l'adolescent à se lever. La tête de Dake lui tournait et il s'appuya lourdement sur l'épaule de son professeur. Son ami. Son maître. Son geôlier.  Son mari. Son amant. Son frère. Il avait été tellement de choses pour lui. Il avait toujours été à ses côtés.
C'est dans un état second que l'adolescent vécut le trajet de retour jusqu'à chez lui. Noah, en dépit des complications qui risquaient d'en découler, voulut le soutenir jusqu'à la porte de la maison, pour être sûr qu'il n'allait pas s'évanouir sur le pallier avant que ses parents ne le réceptionnent. Dake, l'esprit brumeux, négocia et obtint qu'il vérifie de loin, en restant dans sa voiture. Plutôt que d'utiliser sa clef, il sonna. Sa mère se précipita vers lui, la mine soucieuse. Son père commença par lui crier dessus, puis, se rendant compte que l'adolescent n'était vraiment pas dans son assiette, cessa.
Ses parents le poussèrent à se déshabiller et se coucher, ce que Dake fit machinalement. Il sombra presque aussitôt dans un sommeil tourmenté.

lundi 6 mai 2013

A travers les âges - 99

– Le baiser hier... C'était votre premier ?
Noah se racla la gorge, embarrassé avant de hocher la tête, en murmurant :
– Dans cette vie, oui.
Il était à égalité là-dessus malgré leur différence d'âge et cela devait être la première fois. Avant cela, l'un ou l'autre était déjà expérimenté ou même carrément dépravé dans le cas de Claude. Dake s'efforça de chasser de sa mémoire toutes les heures en compagnie de prostituées. Il n'était plus ce jeune homme noble du XVIIIème siècle, pas plus qu'il n'était encore une humble blanchisseuse. Et Dieu merci, il n'était pas non plus un membre de la famille de Noah...
– Nous étions vraiment frères ? demanda Dake à nouveau.
Il avait vraiment du mal à l'accepter.
– Oui. Des faux jumeaux, pour être précis. Nous étions très proches, toujours collés l'un à l'autre jusqu'à ce que le passé me rattrape, que je découvre que mon amour n'avait rien de fraternel. J'ai essayé de te parler de réincarnation, sous forme de jeu. Je te disais « Et si nous étions nés à une époque différente, que nous n'avions pas les mêmes parents... », parfois tu continuais, nous inventant d'autres identités, mais le plus souvent tu me répondais que tu préférais être mon frère. J'ai affronté bien des souffrances physiques, mais psychiquement, c'était le pire. Je me sentais coupable de te désirer. Je n'osais plus regarder notre mère, notre père ou toi dans les yeux. J'avais honte, et pourtant j'étais incapable de quitter la maison et de m'éloigner de toi. De toute façon, nous vivions dans une ferme, et père avait besoin de bras. L'avenir me semblait sombre dans tous les cas. Un jour, tu allais te marier et je devrais assister à ça. Continuer à te voir en sachant que je ne pourrais jamais t'avoir, jamais t'avouer quoique ce soit. Oui, c'est sûrement cela qui se serait produit, si nous n'avions pas été au début du XXème siècle et que la guerre ne s'était pas déclenchée. La première guerre mondiale. Je me suis porté volontaire pour le front. Tu m'as imité, quand bien même je n'étais pas d'accord et nous sommes partis nous battre ensemble. Nous avons vécu dans la boue des tranchées, nous avons fait couler le sang d'autres hommes, et nous sommes morts à cause d'un obus. Pas sur le coup, hélas. Nous avons eu le droit à une longue agonie... Je t'ai embrassé sur les lèvres pour la première et dernière fois, un baiser au goût de sang et tu t'es éteint. Je t'ai suivi de peu. Tu as eu le premier souffle en naissant, j'ai eu le dernier.
Dake s'aperçut qu'il ne respirait plus. Il était soulagé de ne pas se souvenir de tout cela, catastrophé de se dire qu'il allait bientôt en rêver. Il avait eu une mort encore plus pénible que la guillotine. Il avait tué des gens. Cela remettait en perspective d'avoir été désiré par son frère jumeau.

vendredi 3 mai 2013

A travers les âges - 98

– Il ne me manque plus que les souvenirs d'une vie antérieure, je crois... avança-t-il.
Noah détourna le regard et lui lâcha la main.
– Peut-être plus. Tu as sans doute vécu des choses sans moi.
– Tu avais promis de me raconter... insista Dake.
– Une seule phrase t'a suffit pour que notre rencontre durant la Révolution Française te revienne. Quand j'y songe, j'aurais pu me taire les autres fois...
– Non, ce n'est pas vrai. Je t'entends quand même, même si ce n'est pas de façon consciente... C'est bizarre... N'empêche que la première fois, j'ai remarqué que votre... ta version de l'histoire et mes souvenirs différaient. Cela me permet de connaître ton points de vue sur les événements.
– Conclusion, je ne peux pas te mentir et tu ne lâcheras pas l'affaire, n'est-ce pas ? Tout au plus, je repousserai le moment...                                                   
– Oui, le coupa l'adolescent.
Noah prit une grande inspiration et lança :
– Nous étions frères.
Dake ouvrit de grands yeux effarés. Ce n'était pas possible.
– De façon figuré ? Nous n'étions pas liés par le sang quand même ?!
Noah ne dit rien, ce qui était une réponse en soi. C'était incestueux et répugnant, surtout quand Dake pensait au frère de M.Toukka qu'il avait croisé à peine une heure plus tôt... à moitié dévêtu.
– Nous sommes restés de simples frères. Enfin, toi. J'avais du mal à t'aimer autrement., précisa Noah.
Qu'ils n'aient rien fait de sexuel n'empêchait pas Dake de trouver cela malsain et d'être perturbé en repensant à Tim.
– Pourquoi vous étiez déshabillés, ton frère et toi ?
Noah sembla se demander ce que la question venait faire dans leur conversation, puis il parut suffoqué par l'insinuation.
– Qu'est-ce que tu vas t'imaginer !? Je me lave le soir, et je sortais de la douche. Quant à Tim, il avait tâché sa chemise en mangeant, mais avait repoussé le moment de se changer. Je suis peut-être romantique et vieux-jeu, mais c'est avec la personne que j'aime que je veux m'unir et trouver le plaisir. J'attendais de te rencontrer !
L'implication de cette dernière phrase fit perdre momentanément de vue cette histoire d'amour entre frères d'une même famille. Son professeur était puceau, comme lui !
– Dans les autres vies, aussi ?
– Eh bien, à la préhistoire, je ne me doutais pas de ton existence et durant la seconde vie, je ne croyais pas que j'aurais la chance que tu te réincarnes, toi aussi. Après ça, je t'ai toujours cherché,  même si j'ai été obligé de me marier avant de te rencontrer quand j'étais viking.
Autrement dit, son professeur avait toujours fait preuve de patience et Dake n'avait à être jaloux que de ses alter ego ou presque, à moins bien sûr que Noah ne mente parce qu'il semblait quand même bizarrement à l'aise pour quelqu'un vivant dans l'abstinence... excepté qu'était gravé en lui toutes leurs nuits d'amour passées. C'était plus que de la théorie, c'était un souvenir, même si c'était arrivé dans un autre corps, à une autre époque.


jeudi 2 mai 2013

A travers les âges - 97

Dake poussa un grand cri, et porta les mains à son cou dans un geste aussi instinctif qu'inutile.  Mourir noyé n'avait rien eu d'une partie de plaisir et il n'était prêt de se rendre à la piscine et encore moins d'aller à la mer, mais cette fin-là, avait été terrible. Être saucissonné, coincé, juste après avoir vu son bien-aimé se faire trancher la tête... Noah l'attira à lui et l'embrassa. La douceur et la chaleur de ses bras et ses lèvres rappelèrent l'adolescent au présent. Il était bel et bien vivant.
– C'était horrible, souffla-t-il d'une voix étranglée.
– C'est derrière nous, répondit M.Toukka, en le serrant un peu plus fort contre lui.
Le crâne de Dake lui faisait un mal de chien. Ce n'était pas que sa vie en tant que Claude qui lui était revenue, mais aussi celle en tant que blanchisseuse. Encore mal remis de l'expérience de la guillotine, l'adolescent eut un haut le cœur.
– J'ai envie de vomir, gémit-il.
Noah le souleva, glissa un bras sous les siens et un sous ses genoux et l'apporta en urgence dans la salle de bains qui était à deux pas. Le dîner de l'adolescent termina dans les toilettes de M.Toukka, puis il s'évanouit.
 Quand Dake reprit conscience, plusieurs choses le frappèrent : une immense lézarde traversait le plafond bleu pâle, un gant mouillé était étalé sur son front, il était allongé sur un lit moelleux et son professeur lui tenait la main.
– Mes souvenirs... Je ne contrôle rien, vous... tu sais, bégaya Dake avant d'avouer comment « Gabriel » lui avait rendu visite dans la nuit et prolongé son séjour dans la matinée alors même que l'adolescent était parfaitement réveillé.
– C'est pour cette raison que tu es venu ce soir ? demanda doucement Noah.
– Non... Je voulais vous... te dire... Je t'aime.
Un sourire extraordinaire illumina le visage de Noah, et comme un écho, il prononça les mêmes mots, avant de se pencher pour lui effleurer les lèvres d'un baiser.
– Je dois avoir un sale goût, balbutia l'adolescent.
– Je m'en moque. Je suis trop heureux pour m'en soucier.
Dake lui se sentait encore nauséeux et un espèce de malaise ne le quittait pas. 
– J'étais insupportable au XVIIIème siècle... Quand j'étais Claude...
– Mais non, tu étais juste pourri-gâté. N'y pense plus. Laissons le passé là où il est, désormais.
Il était tentant d'acquiescer, car Dake avait peur des souvenirs encore cachés dans sa mémoire. Seulement, il y avait cette histoire comme quoi ils n'avaient pas fait l'amour depuis deux siècles... Et l'adolescent voulait savoir. Peut-être que l'un d'eux avait été handicapé ou atteint d'une maladie grave ?

mercredi 1 mai 2013

A travers les âges - 96

Que Claude retourne les sentiments d'Antoine ne bouleversa pas fondamentalement leur relation, simplement parce qu'elle avait déjà changée.
Ils vécurent quelques mois délicieux, assombris toutefois par l'augmentation des troubles dans le pays. Ils ne faisaient pas bon d'être nobles, même avec des idées républicaines. Claude et Antoine songeaient à émigrer, tout en ayant du mal à s'y résoudre, quand un soir, alors qu'ils étaient nus, enlacés sur le tapis dans le bureau qui était situé au rez-de-chaussé, les choses tournèrent au cauchemar. Habitués désormais à entendre des clameurs et des cris dans les rues, ils n'y avaient pas prêtés garde.
Soudain, une pierre brisa la fenêtre, et entre les rideaux une tête ébouriffée apparut. L'homme les vit, et attira aussitôt l'attention de ses compagnons sur ces nobles immoraux et pervertis. Déjà, ils se rhabillaient, mais le mal était fait.
Ils ne purent échapper à la foule d'hommes qui les captura et les entraîna sans les écouter, sans se préoccuper des serviteurs du duc qui réveillés par l'ampleur du bruit, étaient venus aux nouvelles.
Ils furent jetés en prison comme des criminels. Depuis l'exécution du roi, quelques semaines auparavant, les massacres avaient pris de l'ampleur. Toute personne supposée contre-révolutionnaire pouvait être emprisonnée et être exécutée sans aucune forme de procès. Ils passèrent une nuit épouvantable, espérant tout de même qu'ils seraient relâchés,  la sodomie ayant été dépénalisée en 1791, se consolant de la situation parce qu'ils étaient ensemble. Le lendemain, Antoine essaya de soudoyer un garde, en vain. Ils passèrent deux longues journées dans leur petite cellule avant qu'ils leurs soient annoncés qu'ils allaient être guillotinés. Leurs protestations, leurs plaidoyers tout cela tomba dans l'oreille d'un sourd. Ils furent obligés de monter avec d'autres condamnés dans une charrette qui les conduisit jusqu'à la guillotine.
Il fallut ensuite grimper sur l'estrade où Antoine glissa à Claude sur le ton de la confidence :
– N'ai-je pas toujours dit que tu me faisais perdre la tête, mon cœur ?
Vu leur situation, la plaisanterie était d'un mauvais goût total, mais elle arracha un sourire à Claude, car il aurait pu la faire. Finir sa vie par un pied nez était préférable à pleurer et supplier d'être épargné.
Trop vite, Antoine fut attaché à la planche, la lunette de bois tomba, suivi du couperet et la tête du duc se détacha. Le bourreau la récupéra dans le panier et la montra à la foule. Claude ferma les yeux pour ne pas voir, puis, ce fut son tour. Il fut placé sous la guillotine et attendit les dents serrées que la machine de mort fasse son office. Il allait rejoindre Antoine en Enfer ou au Paradis, ou qui sait, peut-être dans une autre vie... Il ressentit une brève douleur et tout fut terminé.

mardi 30 avril 2013

A travers les âges - 95

A partir de cette nuit-là, ils ne cessèrent de se voir. Même s'ils ne se rendaient pas toujours aux mêmes fêtes, Claude retrouvait le duc chez lui pour coucher. Ils plongeaient à tour de rôle dans la moiteur du corps de l'autre, tirant du plaisir dans les deux positions. Durant les soirées, Claude obligeait le duc à lui parler de leur passé commun, car même si ce n'était pour lui que des histoires, elles le divertissaient agréablement.
Parfois le jeune homme voyait que le duc en était peiné, mais il y refusait de se laisser attendrir. Tout ce qu'il cherchait, c'était son plaisir. Il n'aimait pas quand le duc évoquait la famine du peuple et la situation qui s'envenimait entre le roi et ses sujets. Il ne sentait pas concerné.
Cependant, à mesure que les mois passaient et leur relation se poursuivait, Claude commença à apprécier. Antoine disait des choses sensées. Le nombre d'émeutes augmentait. Si la situation perdurait, le pays allait droit dans le mur...
Claude qui n'avait jamais été très porté sur la lecture, conseillé par Antoine, se mit à lire, découvrit Diderot et Rousseau. Il commença à voir le monde autrement, à ne plus mépriser les gens du peuple. Ce n'est plus seulement le soir qu'il vint rendre visite au duc, mais aussi en journée, pour discuter.
Une après-midi, alors qu'il parlait avec animation avec Antoine dans le bureau de ce dernier, il réalisa que ce n'était plus purement sexuel entre eux. Sinon, il n'aurait pas été là, à refaire le monde avec le duc.
– Pourquoi tu ne dis plus rien ? demanda Antoine.
– Une pensée m'a frappé.
– Qu'elle est-elle, si ce n'est pas indiscret ?
Claude fut tenté de changer de sujet. Par fierté, il n'avait envie d'avouer que le duc, en ne cherchant pas à toute force à lui imposer ses sentiments, avait gagné. Claude ne couchait plus, il faisait l'amour. Il ne pouvait pas dire à quel moment exact les choses avaient basculé, cela s'était produit, tout naturellement, sans même qu'il s'en rende compte.
– Tu ne m'appelles plus mon cœur... répondit-il, après un silence.
– Cela te déplaisait, remarqua Antoine en haussant un sourcil surpris.
– Tout le monde peut changer d'avis, riposta Claude avec un sourire narquois.
Il n'en fallut pas plus à Antoine qui se rapprocha pour l'embrasser, bien qu'ils soient en pleine journée et qu'un serviteur puisse entrer dans la pièce à tout moment.

lundi 29 avril 2013

A travers les âges - 94

Le jeune homme se réveilla avec une gueule de bois dans un lit vide aux draps froissés. La servante à la poitrine généreuse de la dernière fois débarqua soudainement pour déposer un plateau de petit déjeuner et repartit aussi sec après l'avoir prévenu qu'un bain allait lui être apporté. Claude se leva et alla tapoter le mur qui avait pivoté la dernière fois, mais le duc ne se manifesta pas et nul passage secret ne s'ouvrit.
Une fois que le bain eut été amené, le jeune homme se lava seul et quitta la chambre à la recherche de son hôte. Un valet lui précisa que monsieur le duc était dans son bureau et qu'il était occupé, mais cela Claude n'en avait que cure.
Antoine ne parut plus dérangé que par l'arrivée de Claude.
– Assois-toi, l'invita-t-il.
Le jeune homme vint poser sans façon ses fesses sur un coin du bureau devant lequel le duc était installé.
– Je crois que j'avais trop bu hier, déclara Claude comme Antoine ne disait rien, et s'était replongé dans les feuilles disposées devant lui.
– J'avais remarqué et si je puis me permettre, c'est imprudent de ta part. Nous avons un secret qu'il est préférable de garder.
La remontrance agaça Claude et tout en sachant que le duc parlait de leur pratique sodomite, il lança avec l'intention de blesser le duc :
– Même si je racontais que nous sommes des amoureux qui nous croisons, vie après vie, tout le monde penserait que c'est l'alcool qui me fait dire n'importe quoi.
– Ils auraient tort, répliqua laconiquement Antoine, sans lever les yeux de ses papiers.
– La prochaine fois que nous remettons ça, pourrons-nous inverser les rôles ? demanda Claude autant parce qu'il avait effectivement envie de tenter l'expérience que par désir d'obtenir l'attention du duc.
Antoine de Martigni daigna enfin le regarder.
– Oui, si tu veux. Je suis content de voir que tu veux poursuivre notre relation, même si tu n'y crois pas.
– Je parle de coucher, rien de plus, souligna Claude.
– Oui, j'avais compris, il est inutile de le préciser à chaque fois.
Le jeune homme fut presque déçu de l'impassibilité d'Antoine, puis se morigéna. Un partenaire sexuel, c'était tout ce qu'il voulait, il n'avait point besoin de déclarations enfiévrées et de mots mielleux.

 Ils se revirent le soir même. Le duc arriva tôt et Claude lui demanda de lui raconter une histoire de leur prétendu passé commun afin d'égayer la fête qui était ennuyeuse à mourir. Antoine se fit prier, puis finit par céder.
Ils partirent ensemble et dans la maison du duc, dans la chambre de ce dernier, autrement plus belle que celle destinée aux invités, Claude le lécha, le caressa et pénétra. C'était si bon et si serré qu'il faillit jouir immédiatement. Il ressortit, s'enfonça encore, faisant gémir le duc.

vendredi 26 avril 2013

A travers les âges - 93

Claude ne regagna son logis que tard en fin de matinée. Les cahots du coche l'avaient achevé, le duc l'ayant pénétré avec ardeur. C'est d'un pas chancelant qu'il partit s'allonger dans sa chambre, renvoyant le valet qui voulait l'aider à se dévêtir. Tout ce qu'il souhaitait, c'était de ne plus bouger jusqu'au soir.
Le jeune homme sommeilla quelques heures, se fit apporter une collation rapide en fin d'après-midi et après quelques hésitations, se rendit au bal auquel il avait été invité. Il savait que le duc n'y serait pas, Antoine de Martigni ayant cherché à savoir à quelles soirées ils seraient susceptibles de se croiser. Claude était décidé à en apprendre plus sur le mystérieux duc qui avait de drôles de considérations pour ses serviteurs et qui affirmait qu'ils s'aimaient à travers les siècles.
Glaner des informations sur le duc fut aisé. Nombreux nobles le jugeaient infréquentable. Le duc de Martigni s'abaissait à marchander des œuvres d'art. Il tenait des propos peu charitables sur le roi. Mais toutes ses extravagances ne l'empêchait pas d'être fortuné et ce détail qui n'en était pas un, lui ouvrait des portes.
Une fois qu'il eut délié les langues au sujet du duc, Claude joua aux cartes, perdit lamentablement et rentra chez lui. La famille de Chessac toute noble qu'elle soit ne roulait pas sur l'or, hélas. Il ne pouvait se permettre de dilapider trop d'argent au jeu.
Il s'ennuya tout le lendemain, ne s'animant qu'à la nuit tombée à la pensée qu'il allait revoir le duc. Antoine de Martigni, cependant, n'apparut que tard dans la soirée. Claude qui avait bu plus que de raison pour passer le temps, l'aborda cavalièrement, sans se soucier des autres personnes présentes :
– Ah, enfin ! Antoine, dis-moi, comment étais-je avant notre siècle ?
Un ami de Claude le tira par la dentelle de sa manche.
– Tu connais le duc ? murmura-t-il, surpris par le manque de manières du jeune homme.
– Intimement ! affirma Claude, en levant haut son verre.
Le double sens du terme n'échappa pas au duc qui ne parut pas goûter le trait d'esprit.
– Je pense que vous avez trop bu. Je vais vous raccompagner.
Claude protesta, mais son ami qui était de l'avis du duc, l'encouragea à regagner son logis. Antoine de Martigni qui venait pourtant à peine d'arriver, entraîna Claude dehors, héla un coche auquel il donna l'adresse de sa propre maison et non celle des Chessac. Bien que ce choix plaise à Claude, il s'en plaignit pour la forme. Le duc n'en fut d'ailleurs pas dupe.
A leur arrivée, il le conduisit dans la même chambre que la dernière fois, le déshabilla, l'embrassa, le caressa et le posséda jusqu'à ce que Claude perde conscience.

jeudi 25 avril 2013

A travers les âges - 92

Claude fut réveillé le lendemain matin par une servante qui lui apportait un plateau avec des brioches, de la confiture, un bol et une théière. Elle ouvrit les rideaux, posa à droite du jeune homme sur le lit son petit déjeuner, l'informa qu'un bain allait lui être monté comme le maître des lieux l'avait ordonné, puis s'en fut. Claude s'attaqua de bel appétit aux mets disposés devant lui. Cependant, tandis qu'il dégustait une délicieuse brioche fourrée à l'abricot, le rêve qu'il avait fait durant la nuit, lui revint et le fit grimacer. Il avait lavé du linge, lui, Claude de Chessac, un véritable cauchemar ! Il maudit son hôte à mi-voix. C'était lui avec ses fariboles qui lui avait mis ça dans la tête ! En même temps, quand il repensait au plaisir qu'il avait ressenti entre ses bras, il ne pouvait resté fâché contre lui. Il éprouvait même un soupçon de culpabilité à lui avoir causé du chagrin en lui avouant qu'il ne croyait pas un traître mot de ses histoires de réincarnation...
La porte se rouvrit sur trois valets portant un bac et une servante chargée d'un paquet de linge. Ils déposèrent chacun leur fardeau, puis voulurent repartir. Claude retint la servante à l'opulente poitrine pour l'aider à se laver. Chez lui, il procédait toujours ainsi. Se faire savonner par une femme était plaisant et pouvait amener à une partie de jambes à l'air encore plus savoureuse.  La femme qui n'était déjà plus de première jeunesse, mais encore avenante avec ses seins généreux qui tendaient le tissu de son corsage, céda à sa requête sans enthousiasme.  Claude se leva avec un peu de peine, encore endolori par l'expérience de la veille, et entra dans la bassine pleine d'eau chaude.
– Frotte bien ma jolie, déclara-t-il, et, attrapant la main de la servante, la gratifia d'un baise-main.
Les gens du peuple étaient sensibles à ce genre d'hommage. La femme parut se renfrogner. Claude opta pour une approche moins raffinée, en donnant à la servante une tape légère sur son postérieur alors qu'elle se penchait pour prendre le savon. La femme poussa un cri outragé, comme si elle avait été une grande dame, et s'exclama :
– Si monsieur le prend sur ce ton, qu'il se débrouille seul. Les mains qui traînent, j'en ai soupé avant d'arriver chez monsieur le duc, mais maintenant, c'est fini !
– Un simple refus aurait suffi, je ne force jamais personne, bougonna Claude, étonné par l'éclat.
– Parce que vous croyez que toutes les femmes qui servent chez vous se laissent peloter de grand cœur ? Elles ont peur que vous les jetiez dehors, voilà tout ! Monsieur le duc, heureusement, n'est pas de cette espèce. Il a même renvoyé son majorme quand il a découvert qu'il s'en prenait aux servantes. D'ailleurs, d'habitude, il choisit mieux ses amis !
Claude, suffoqué par les insinuations de l'insolente, ne trouva rien à répliquer avant qu'elle ne s'en aille. Après le départ de cette dernière, un pan du mur de la chambre pivota  soudainement et le duc apparut vêtu d'un simple peignoir. Sa bouche avait un pli amer.
– Je n'aurais pas cru que tu sois du genre à te permettre des privautés avec le personnel, surtout après ce que nous avons partagé la veille. Toujours est-il que je suis prêt à te laver, moi et tu peux me toucher à ta guise.
Le duc avait assisté à sa déconvenue, comprit Claude avec embarras. Il contre-attaqua en lui reprochant d'espionner ses invités dans leur bain. Antoine le fit taire d'un baiser, puis commença à le caresser, lui faisant tout oublier...

mercredi 24 avril 2013

A travers les âges - 91

Ces nouvelles sensations étant agréables, Claude se mit à défaire le justaucorps du duc qui se laissa volontiers faire, aidant même le jeune homme qui s'attaqua ensuite au gilet et à la chemise. Le torse du duc était musclé et brûlant sous les doigts de Claude. Antoine  choisit de retirer en premier la perruque du jeune homme qu'il jeta négligemment au sol. Il caressa les boucles brunes du jeune homme, puis déboutonna à son tour les vêtements de ce dernier. Il ne leur resta bientôt plus que leurs culottes descendant jusqu'aux genoux et leurs bas de soies. Claude retira ses ultimes habits avant de faire glisser ceux d'Antoine, libérant son membre durci par le désir.
– Tu es beau, affirma Antoine.
Après quoi, il entraîna Claude sur le tapis devant la cheminée, le fit s'allonger dessus, et le recouvrit de son corps, frottant son sexe contre celui du jeune homme.
Claude en éprouvait du plaisir, mais il voulait plus, alors, il demanda :
– Qui pénètre qui ?
– Qu'est-ce que tu préfères ? répliqua Antoine.
L'expérience lui faisant défaut, Claude riposta :
– Et vous ?
Pour toute réponse, le duc vint placer sa tête entre les cuisses du jeune homme, lui écarta les fesses, et lui lécha l'anus. Claude fut parcouru d'un délicieux frisson, personne ne l'avait jamais touché là. La langue d'Antoine s'insinua à l'intérieur, s'y mouvant avec art. Claude gémit. Au bout d'un moment, le duc se redressa, le doigta et finalement, plongea son membre dans le corps du jeune homme d'une poussée. Claude se contracta, partagé entre plaisir et douleur. Le mouvement de va-vient accompagné d'une main caressante sur son sexe l'emporta ultimement vers la jouissance.
Le duc, après un dernier coup de boutoir, dans un râle, s'écrasa sur Claude. Leur crime avait été consommé.
Antoine proposa à mi-voix au jeune homme de dormir chez lui, dans une des nombreuses chambres réservées aux invités. Claude accepta volontiers l'hospitalité du duc. Son expérience sexuelle avec ce dernier l'avait privé de ses forces. Il dut même s'appuyer sur l'épaule duc pour rejoindre la fameuse chambre, une pièce cossue occupée par un grand lit en bois sculpté et laqué gris.
Antoine l'aida à s'y étendre, plein de sollicitude. Claude, agacé par les petits soins dont il était l'objet, s'énerva :
– Je ne suis pas en porcelaine ! Arrêtez avec les « mon coeur ! » à tout bout de champ, je ne suis pas votre amoureux. Nous avons couché ensemble, rien de plus.
Le visage du duc se ferma, et avec beaucoup de dignité, il déclara :
– Pour ma part, je t'ai fait l'amour. Mais j'aurais dû me douter que pour toi, cela ne pouvait être que charnel puisque tu ne te souviens pas de nos vies passées.
– Qui croirait de telles absurdités ?!
Antoine eut un sourire triste, souhaita une bonne nuit à Claude et sortit.

mardi 23 avril 2013

A travers les âges - 90

Il s'assit dans un fauteuil et goûta au whisky de son hôte. Il était en train de savourer le liquide ambré, se disant que même si le duc se révélait ennuyeux, son alcool valait le détour, quand Antoine déclara :
– Vous et moi, nous nous sommes déjà rencontrés dans une autre vie.
Claude avala d'un coup la gorgée qu'il avait en bouche.
– Oh, vraiment ?
– Nous avons été amants à plusieurs reprises à travers les siècles.
Cette seconde affirmation, comme la première d'ailleurs, prêtait à rire. Claude esquissa un sourire narquois et répliqua :
– Nous avons dû être mutilés, brûlés vifs et condamnés à plus d'une reprise, alors.
– Nous n'étions pas toujours deux hommes, comme aujourd'hui, précisa le duc.
Il était si sérieux que c'en était drôle. Claude fit comme s'il le croyait.
– Comment étais-je, en femme ?
– Au début du siècle, tu étais blanchisseuse et tu avais la main leste. Je t'ai embrassé dès que je t'ai vu et tu m'as giflé... J'ai tout de même fini par conquérir ton coeur.
L'idée qu'il ait pu être une fille du peuple tenait de la folie pure. Qu'il ait été sodomite était plus vraisemblable ! Depuis ses dix-sept ans, il avait l'habitude de fréquenter les bordels et si grâce aux prostitués, les plaisirs de la chair n'avaient plus de secret pour lui, il s'était demandé à plus d'une reprise ce que cela pouvait faire d'être avec un homme. Rien que l'aspect interdit de la chose était excitant.
– Vous comptez faire la même chose dans cette vie-ci ? demanda Claude avant de siffler son whisky.
Antoine de Martigni, même s'il semblait décontenancé par le calme avec lequel Claude prenait toute l'affaire, répondit par l'affirmative.
– Allez-y, embrassez-moi, le provoqua Claude.
Il n'eut pas besoin de répéter son invitation. Les lèvres du duc s'emparèrent des siennes sans douceur. L'expérience était plaisante, même si cela ne changeait guère d'un baiser de femme, décida le jeune homme alors que le duc se redressait, se détachant comme à regret.
– Vous vous arrêtez là ?
Le duc fit non de la tête. Il ôta le verre des mains de Claude et le posa sur la petite table d'acajou attenante au fauteuil avant de faire lever le jeune homme, l'attirant dans ses bras. Il le pressa contre lui, et captura sa bouche à nouveau. Claude commença à sentir les différences entre un partenaire masculin et un féminin. Antoine avait la même taille que lui, son corps était ferme sans moelleux ni rondeur, et sa virilité palpitait au niveau de son entrejambe.

lundi 22 avril 2013

A travers les âges - 89

Claude s'ennuyait comme tous les jours. La vie oisive qu'il menait ne le satisfaisait pas. Ce n'était que fête après fête, vain enivrement, entouré d'hypocrites et menteurs dans un univers de paraître et de faux-semblants. Cependant, il était noble et s'abaisser à trouver un travail, une occupation tant soi peu utile, lui était interdit. La famille de Chesac avait un rang et une réputation à tenir. Le jeune homme errait donc dans le salon, se tâtant pour une partie de carte avec trois de ses amis, des fils cadets comme lui, quand soudain un inconnu l'aborda.
– Antoine, duc de Martigni.
Le nom disait quelque chose à Claude sans qu'il parvienne à se rappeler quelles rumeurs il avait pu entendre sur le personnage qui lui faisait face.
– Claude de Chesac. Que puis-je pour vous, monsieur le duc ?
– J'ai eu l'impression que vous ne trouviez point la soirée à votre goût. Que diriez-vous d'un verre de chez moi ? J'ai de l'excellent whisky et une fort belle collection de tableaux qui pourrait vous plaire.
Claude se moquait de la peinture. Ce n'était que des tâches de couleur, inutiles barbouillages étalés sur la toile, en revanche Antoine de Martigni avait piqué son intérêt. Quelque chose dans ses yeux gris, dans sa stature musclée, dans sa perruque blanche d'une sobriété peu en accord avec la mode, dans sa veste simple mais élégamment brodée.
– J'accepte.
Claude suivit le mystérieux duc sans se donner la peine de prévenir ses amis.
Antoine de Martigni n'avait bizarrement pas d'équipage avec ses armoiries. Il héla un coche à qui il donna son adresse. Sa demeure était située dans un beau quartier de la ville, et même s'il était difficile de juger de nuit, elle était imposante.
Quand ils pénétrèrent dans le vestibule, Claude ne put s'empêcher de s'étonner à haute voix de l'absence de serviteurs. N'y avait-il personne pour les accueillir ?
– Je ne tienne pas à ce qu'ils m'attendent pour aller se coucher.
Antoine de Martigni était un original, cela se confirmait, conclut Claude en emboîtant le pas de son hôte jusqu'à un bureau en velours vert doté d'une vaste cheminée où une bûche rougoyante achevait de se consumer. Le duc ramina les flammes avec un tison et remit du bois - une tâche peu en accord avec son titre. Il récupéra ensuite une bouteille et deux verres dans un petit meuble en bois sculpté avec art et servit Claude.
Ils n'avaient guère parlé sur le trajet, se contentant de quelques platitudes sur l'ambiance du salon qu'ils venaient de quitter, et Claude commençait à regretter un peu sa curiosité première, tout en restant intrigué par le duc.

vendredi 19 avril 2013

A travers les âges - 88

– Qui est-ce ? demanda l'inconnu.
Dake lui aurait bien retourné la question.
– C'est un de mes élèves, répondit M.Toukka, en se rapprochant de la porte.
– Un de tes élèves ? répéta l'homme, incrédule.
– Oui, mais on se connaît depuis très longtemps.
– Vraiment ? Et après, tu oses prétendre que tu n'as rien à raconter de spécial sur ton nouveau poste de remplacement.
– Entre, offrit Noah.
Dake recula d'un pas.
– Je ne veux pas vous déranger...
Il ne termina pas sa phrase.
– J'étais sur le point de partir, de toute façon. Je ne veux pas rater mon train de nuit, annonça alors l'homme brun en s'employant à refermer sa chemise.
M.Toukka en quelques enjambées combla la distance qui le séparait de l'adolescent, lui attrapa le poignet, l'attira à l'intérieur et referma la porte, lui coupant toute retraite. Il y eut un moment de flottement. Dake n'avait rien à dire devant l'inconnu qui se rhabillait. Noah, maintenant qu'il avait empêché l'adolescent de fuir, attendait qu'il s'explique. Quant à l'homme brun qui terminait de s'habiller, il restait muet, clairement curieux de voir ce qu'il allait se passer.
Ce fut finalement M.Toukka qui prit la parole :
– C'est mon frère, Tim. Sa visite était prévue depuis plusieurs semaines.
La douleur qui comprimait la poitrine de Dake disparut et tous les soupçons qu'il avait eu se dissipèrent.
– La prochaine fois, ce sera à toi de venir me voir, intervint Tim.
– Oui, oui... Dépêche-toi de te préparer ou tu seras obligé de prendre le train demain matin, ce qui te mettrait en retard à ton travail.
Tim se plaignit que son frère le jetait dehors, mais après un regard à sa montre, il cessa, poussa un juron, s'excusa et en temps record, rassembla ses affaires, enfila pull, chaussures et manteau. Il salua Dake et son frère avec lequel il échangea un regard qui semblait signifier « je compte sur toi pour satisfaire ma curiosité plus tard » et fila.
M.Toukka n'invita pas l'adolescent à s'installer dans le salon comme la dernière fois. D'emblée, il attaqua :
– Es-tu venu parce que tu voulais absolument entendre une nouveau morceau de notre passé ?
Dake qui en avait assez de cette accusation que lui jetait sans cesse son professeur à la figure, s'énerva :
– Mais oui bien sûr. Il n'y a que cela qui m'intéresse ! Vous croyez vraiment que dans toutes mes autres vies, il n'y avait que ça qui me captivait chez vous !?
Noah croisa les bras sur son torse et riposta :
– Dans les années 1780, tu avais beau ne pas me croire, m'écouter parler de tous ses fragments du passé te divertissait de ton ennui. Tu me déclarais d'un ton moqueur proche de celui que tu viens d'employer « Antoine, dis-moi, comment étais-je avant notre siècle ? »
Dake plissa les yeux. Ces mots résonnaient en lui, l'appelaient. Il chercha à résister à la vague de souvenirs qui montait, désireux de poursuivre la conversation avec Noah, mais son passé auquel il ne pouvait accéder librement, le submergea et l'emporta.