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vendredi 1 juin 2018

Raiponce - 8 (fin)

Quand Melvyn appela Raiponce, la sorcière lui envoya la tresse de cheveux.
Le prince ne se méfia pas un instant. Il pensa que le jeune homme avait encore quelques scrupules à partir et il grimpa jusqu'en haut. Cependant, c'est la vieille qu'il trouva devant la fenêtre qu'il avait pris l'habitude d'enjamber les semaines passées.
— L'oiseau a quitté son perchoir et plus jamais il ne roucoulera avec qui que ce soit, ricana-t-elle.
La prise du prince sur la corde se relâcha à cette nouvelle. Son doux Raiponce était donc mort ?
La sorcière détacha alors la tresse et Melvyn tomba dans le vide.
Sa chute fut longue, mais il ne se débattit pas. Sans Raiponce, il préférait mourir. Cependant, il fut épargné. Une branche de pin ralentit sa chute et seuls ses yeux furent touchés.
Il se mit à errer dans la forêt à l'aveugle, se moquant bien d'essayer de regagner le chemin de son château. Il respirait encore, mais à l'intérieur, il était comme mort. Il aurait tout donné pour entendre à nouveau Raiponce chanter, et plus encore, pour pouvoir le prendre dans ses bras.
Rendu fou par la douleur d'avoir perdu son bien-aimé, il marcha au hasard des mois et mois durant, subsistant en se nourrissant de baies et de racines.
   
    De son côté, dans le désert où l'avait laissé la sorcière, Raiponce survivait comme il pouvait. Il avait même pris sous son aile deux petits enfants, un garçon et une fille, également abandonnés par leurs parents pour mourir dans les sables.
Il était en train de leur chanter une berceuse dans leur misérable hutte, quand il vit un homme crasseux entrer à tâtons dans leur demeure. Malgré son allure misérable, il le reconnut aussitôt.
Sa voix se brisa et il se jeta dans les bras de Melvyn en répétant son nom sans discontinuer. Il pleura de joie et ses larmes coulèrent sur les yeux éteints du prince. C'était le chant de Raiponce qu'il avait cru reconnaître qui avait guidé ses pas.
Ils s'embrassèrent. Et puis Raiponce se rappela de la présence des deux enfants qui s'étaient endormis juste avant l'arrivée du prince et il l'attira hors de la hutte.
Melvyn cligna des paupières. Il avait retrouvé celui qui illuminait ses jours et sa vue était en train de lui revenir.
Ils se racontèrent ce qui s'était passé durant leur longue séparation et se promirent de ne plus jamais se quitter.
Ensemble, accompagnés des deux enfants, ils retournèrent dans le royaume du prince qui fut accueilli dans la liesse.
Ses parents enchantés de retrouver leur fils qu'ils avaient cru disparu à jamais, acceptèrent tout ce que Melvyn désirait. C'est ainsi qu'il épousa Raiponce et adopta les deux orphelins. Et ensemble, ils vécurent très heureux, se montrant toujours plein de bienveillance et tolérance envers leurs sujets.

FIN

jeudi 31 mai 2018

Raiponce - 7

Hélas, la sorcière voulu comme d'habitude connaître les symptômes engendrés par sa potion et Raiponce, en utilisant des mots qu'il n'était pas supposé connaître, se trahit.
La vieille eût tôt fait de lui arracher toute l'histoire.
— Pauvre sot, c'est un prince, vous êtes deux hommes, votre relation est sans avenir !
— Pourquoi ?
La sorcière ricana et tâcha de lui expliquer comment le monde marchait, chose dont elle ne s'était jamais donnée la peine jusqu'ici.
Grâce à Melvyn, Raiponce en savait plus qu'avant, mais  certains aspects lui échappaient toujours. Jusqu'alors, il ne s'était pas douté que les relations entre personnes de même sexe étaient mal considérées, que les princes devaient se marier pour avoir un héritier.
Il ne mit pas en doute les paroles de sa marraine, mais trouva cela absurde. Quel mal cela faisait-il si le prince l'épousait lui ? Quelle nécessité y-avait-il à ce que ce soit la chair de sa chair qui monte sur le trône ? L'important était quelqu'un de qualifié soit à la tête du pays.
— Le prince n'a fait que s'amuser avec toi, affirma la sorcière avec assurance.
— Non, il m'aime, protesta Raiponce.
— Peu importe, ta place est ici.
Le jeune homme secoua la tête.
La sorcière, furieuse, le gifla avec force. Elle ne l'avait jamais frappé auparavant, mais elle sentait qu'il lui échappait et ne le supportait pas. Raiponce était sa chose, son commode cobaye.
Le jeune homme, les joues cuisantes, réalisa enfin que sa marraine n'en avait rien à faire de son bonheur, que Melvyn avait eu raison de lui faire remarquer que ce n'était pas normal qu'elle se serve de lui pour tester ses mixtures, le laissant subir toutes les conséquences.
De son côté, la sorcière comprit que c'était fini, que Raiponce ne lui obéirait plus et qu'il lui devenait donc inutile. Elle empoigna le jeune homme à la racine de sa tresse et brandissant la serpe qui lui servaient à couper les plantes qu'elle mettait dans ses potions, la lui trancha.
Profitant du choc du jeune homme, elle le renversa au sol et le roua de coups. Raiponce tenta bien de se défendre, mais rien ne l'avait préparé à cette débauche de violence et sa tête était étrangement légère, ses cheveux étant désormais courts.
Une fois qu'il eut perdu connaissance, la vieille se débrouilla pour le descendre en l'attachant à la tresse, puis le conduisit dans une étendue désertique où elle l'abandonna. Après quoi, elle retourna à la tour décider à se venger de cet imbécile de prince qui l'avait contraint à se séparer de son cobaye.

mercredi 30 mai 2018

Raiponce - 6

Le jeune homme, cependant, même après, était toujours en érection. Celle de Melvyn devenant dur à supporter, il se déshabilla à son tour, la libérant.
Raiponce haletait et se tordait.
Le prince le rassura avec des mots doux.
Tout en l'embrassant pour la première fois, il frotta son pénis contre celui du jeune homme qui fut pris d'un nouvel orgasme, mais demeura plein de désir.
Melvyn lécha le membre toujours dur et dressé et le doigta. Quand il l'estima prêt à l'accueillir en lui, il le pénétra.
Raiponce se mordit les lèvres en poussant une plainte, mais l'attira contre lui.
Le prince effectua des mouvements de va-et-viens de plus en plus rapides jusqu'à ce qu'ils jouissent ensemble.
Melvyn aurait voulu le garder enlacé, mais le jeune homme s'écarta.
La fièvre était tombée et, même sans comprendre ce qui s'était passé, il était bouleversé de l'intimité qu'il venait de partager avec le prince.
— Je t'aime, déclara  Melvyn.
Ce n'était peut-être pas les meilleures circonstances pour le dire, mais il était inutile de lui cacher plus longtemps.
Il continua :
— C'est pour ça ce que je t'ai fait l'amour, même si je n'aurais sans doute pas dû profiter du fait que tu étais sous l'influence d'un espèce d'aphrodisiaque.
Raiponce, comme souvent, ne connaissait pas tous le sens des mots prononcés par le prince, mais ses sentiments ne lui échappèrent pas.
Un lien s'était tissé entre eux à mesure que dans son tiroir les cordons de soie devenaient une corde. Il n'avait su le définir jusqu'à présent. C'était donc de l'amour ce manque quand il n'était pas là, cette tristesse au moment où il partait, cette envie d'être tout près de lui. Cela n'avait aucun rapport avec l'affection qu'il éprouvait pour sa marraine.
— Que ressens-tu pour moi, Raiponce ?
— La même chose, murmura le jeune homme.
— Alors, pourquoi ne viens-tu pas dans mes bras ?
Raiponce vint s'y nicher timidement. Le prince posa tout doux ses lèvres contre celles du jeune homme qui se sentit à nouveau fiévreux, mais de façon agréable et non douloureuse, comme un peu plus tôt.
— Demain, je partirai d'ici avec toi.
Sa marraine ne tenait pas tant que cela à lui. Sans Melvyn, il aurait davantage souffert, de surcroît sans comprendre ce qui lui arrivait.
— Pourquoi pas aujourd'hui ? La corde est prête, non ?
— Je voudrais lui dire au revoir.
— Elle n'acceptera jamais ton départ.
— Je ne le mentionnerai pas.
Le prince n'insista pas. Un jour de plus, ce n'était pas grand chose, surtout si cela permettait à Raiponce de quitter sa prison, le cœur serein.

mardi 29 mai 2018

Raiponce - 5

Le matin suivant, il débarqua à nouveau, l'appelant d'une voix forte. Il avait le cordon de soie, comme promis.
Raiponce le prit et le cacha au fond du tiroir de sa commode. Il n'était pas encore sûr de ce qu'il en ferait. Il avait toujours obéi à sa marraine, mais le monde dépeint par le prince était attirant.
Après la troisième visite du prince, Raiponce décida que cela ne l'engageait à rien de préparer une corde, qu'il pourrait l'utiliser ou ne rien en faire.

    Melvyn aimait Raiponce. L'évidence lui apparut alors qu'il chantait devant lui. Ce n'était pas que sa voix, ni même son physique avantageux – il avait retrouvé son teint de pêche – c'était son être tout entier. Il n'était pas seulement innocent, il était profondément bienveillant. Il rayonnait de bonté. Quand Melvyn lui avait parlé des problèmes de récolte des paysans cette année, le jeune homme avait pleuré.
Le prince l'avait pris dans ses bras pour consoler et en avait ressenti une troublante excitation. Cependant, quelque soit son désir de l'embrasser, il n'en avait rien fait. Raiponce était si pur qu'il n'avait pas osé.
    Un soir, cependant, il le retrouva agité et fiévreux.
La sorcière était passée un peu plus tôt et lui avait fait boire un breuvage sucré. Raiponce ne savait pas ce que c'était, bien sûr.
— Cela passera, assura-t-il d'une voix altérée en s'allongeant sur son lit. Ou bien elle me soignera. Il y a parfois des étranges effets secondaires. Je suis habitué.
Il l'était peut-être, mais pas Melvyn. Hormis, pour le teint verdâtre, il n'avait encore jamais vu Raiponce souffrir des potions de la sorcière. De nouveau, il aurait voulu l'emmener avec lui, loin de la tour, à l'abri de la méchante vieille.
Il était en train d'envisager d'aller chercher un médecin au château, quand Raiponce ôta ses vêtements qui lui collaient à la peau et l'irritaient.
— J'ai trop chaud, gémit-il.
Melvyn déglutit devant la perfection des lignes de son corps. Tout était beau chez lui, jusqu'à la courbe de son pénis érigé.
Raiponce ne savait pas ce que cela signifiait. Il ne se doutait pas que le voir ainsi plongeait le prince dans un état d'excitation similaire.
Cependant, quand Melvyn lui toucha le sexe, il éprouva une sensation de soulagement qui l'incita à réclamer davantage.
Le prince, même s'il avait quelques scrupules à profiter de la naïveté du jeune homme et de l'excitation provoquée par la potion que ce dernier avait ingéré, ne se fit pas prier. Il le caressa encore et encore, partout, jusqu'à ce que Raiponce éjacule.

lundi 28 mai 2018

Raiponce - 4

— Alors ? demanda Melvyn.
Le jeune homme lui expliqua et le prince fut horrifié. Pour lui, c'était une évidence que Raiponce était utilisé.
— Tu devrais venir avec moi, dans mon château. Coupons tes cheveux et descendons ensemble.
Il aurait tout aussi bien pu demander au jeune homme de s'arracher un bras. Sa chevelure faisait partie de lui au même titre qu'un membre.
Une rapide inspection de la chambrette apprit de toute façon à Melvyn qu'il n'y avait rien dedans pour trancher la tresse d'or. Il n'aurait cependant pas été difficile d'aller chercher son épée suspendue dans son fourreau au pommeau de la selle de son cheval. Mais Raiponce ne semblait hélas pas prêt à se sacrifice.
— Je peux revenir demain avec une corde, déclara le prince.
— Non, c'est inutile. Et d'abord, pourquoi tenez-vous autant à ce que je vienne avec vous ?
— Il est injuste que vous soyez ainsi tenu à l'écart du monde, que nul ne puisse profiter de la beauté de votre chant.
— Ma marraine m'aime, je lui causerai bien du chagrin si je disparaissais.
Melvyn faillit s'emporter en l'entendant se soucier de la vieille folle qui le rendait malade et le tenait enfermé.
Il se contint de justesse.
— Et ma tristesse à moi de vous savoir dans votre perchoir ? s'enquit-il.
— J'en serais désolé, mais je vous connais à peine, répondit Raiponce.
C'était vrai. Melvyn comprit alors qu'il avait été trop brusque avec le jeune homme.
— Me donnes-tu le droit de te rendre visite ?
Raiponce opina. C'était agréable d'avoir quelqu'un à qui parler, quand bien même le dit individu n'était pas un modèle de douceur et de délicatesse.
— Je t'apporterai un cordon de soie à chaque fois. Libre à toi de fabriquer ou non de quoi descendre.
Raiponce préféra ne pas relever.
Sans gêne, le prince s'assit sur son lit et se mit à lui parler de sa vie au château. Des professeurs lui enseignaient tout ce qu'il fallait pour qu'il devienne un bon souverain.
Cela ne le passionnait pas et il prenait n'importe quel prétexte pour échapper à ses heures d'études. Il trouvait qu'il apprenait davantage au contact de son peuple qu'en restant devant un bureau.
En l'écoutant, Raiponce ne tarda pas à prendre conscience que sa situation n'avait rien de normal.
Le prince l'interrogea ensuite sur ses occupations, mais Raiponce, en deux mots, eut fini et le vide de sa vie par rapport à celle de Melvyn le frappa douloureusement.
Il le poussa à repartir, sous prétexte que sa marraine risquait de ne pas tarder et le prince obéit.

vendredi 25 mai 2018

Raiponce - 3

Raiponce détailla aussi Melvyn des pieds à la tête. Il était aussi brun que lui-même était blond et doté d'yeux d'un noir profond. Sa peau était également sombre. Il le dépassait d'au moins deux têtes et avait de larges épaules.
Le jeune homme recula, ce que Melvyn ne manqua pas de remarquer.
— Ne t'inquiète pas, je ne te veux aucun mal.
— Oui… Que désirez-vous au juste ?
Melvyn ne le savait pas trop lui-même. La voix du jeune homme l'avait remué au plus profond de son être, mais écouter son chant ne lui avait pas suffit.
— Pourquoi es-tu emprisonné dans cette tour ?
— J'habite ici, répondit Raiponce.
— Mais tu ne peux sortir à ta guise, tes cheveux étant nécessaire pour descendre.
Raiponce dut en convenir.
— N'as-tu pas envie de découvrir le monde extérieur ?
Le jeune homme ne pouvait nier y avoir songé, car il trouvait les heures longues, seul dans sa petite pièce ronde, mais cela le terrifiait également, il n'avait jamais été qu'entouré de murs.
Durant sa seule sortie, le bref trajet entre la maison de sa marraine et la tour, il avait dormi. Le ciel et les frondaisons des arbres, il ne les avait jamais vus que d'une fenêtre.
— Je suis bien là où je suis.
Melvyn peinait à le croire.
— Tu as mauvaise mine, sûrement parce que tu ne prends pas assez le soleil.
— Je ne suis malade ! s'écria Raiponce. C'est vous qui avez une drôle de tête toute marron, ajouta-t-il avant de le regretter aussitôt, car ce n'était pas gentil de sa part.
La mode au pays était le teint clair, mais le prince ne s'en souciait pas et se promenait toujours sans chapeau par monts et par vaux.
— Je suis bronzé, c'est signe de bonne santé. Je ne veut pas entendre cela de quelqu'un qui est vert.
Raiponce s'offusqua. 

Melvyn décrocha la petite glace suspendue au mur derrière eux et lui tendit.
Le jeune homme qui n'avait pas pris la peine de regarder son reflet ce matin-là fut obligé de constater avec mortification que son interlocuteur avait raison. Au moins, il n'avait pas de pustules, comme une fois. Il aurait bien aimé parfois que la vieille dame ne le tartine pas de toutes ses pommades et ne lui fasse goûter toutes ses bizarres mixtures. Seulement, cela lui faisait tellement plaisir… Et en plus, elle revenait vite pour voir par elle-même les effets. Cela évitait à Raiponce des jours solitaires.

jeudi 24 mai 2018

Raiponce - 2

Sous le charme, il suivit la voix et arriva au pied de la tour. Il eût tôt fait de constater qu'il n'y avait aucun moyen d'y entrer, alors il appela :
— Hé, ho ! Qui êtes-vous, vous qui chantez si divinement ?
Raiponce se tut, surpris et effrayé. Nul ne lui avait jamais adressé la parole hormis la sorcière.
Melvyn répéta sa question, mais Raiponce garda le silence. Il ne savait pas s'il avait le droit de répondre.
Le prince finit par rentrer chez lui, se demandant s'il avait rêvé cette voix si émouvante.
La sorcière à qui Raiponce rapporta l'incident lui enjoignit de ne jamais au grand jamais se montrer à un inconnu.
Cependant, le prince revint. Il ne pouvait oublier la voix si envoûtante.
Il surprit un nouveau chant de Raiponce qu'il écouta jusqu'à ce que le jeune homme cesse, et il l'aborda encore une fois :
— Hé, ho ! Quel votre nom ? Le mien est Melvyn. J'aimerai faire votre connaissance.
Tenaillé par la curiosité, Raiponce faillit se pencher à la fenêtre pour voir l'homme qui s'adressait à lui. La recommandation de la sorcière le retint cependant à la dernière minute.
Le prince ne se découragea pas et prit chaque jour le chemin de la tour, s'adressant immanquablement à son mystérieux occupant, si bien qu'une fois, à l'abri des arbres, il assista à l'escalade de la sorcière.
Aussi, le lendemain, il fit comme la petite vieille et réclama la descente de la corde dorée. Raiponce dont la résolution d'obéir à la sorcière avait déjà été bien entamé les jours précédents, céda. Il avait envie lui aussi de savoir à quoi ressemblait le propriétaire de celui qui lui rendait visite avec encore plus de constance que sa marraine.
Le prince fut étonné de découvrir que c'était une impossiblement longue tresse de cheveux qui lui avait été envoyée et fut séduit par leur douceur.
Raiponce, de son côté, fut surpris de la rapidité avec laquelle  Melvyn grimpait. Rien à voir avec sa vieille marraine !
Le prince enjamba la fenêtre avec agilité et découvrit enfin celui qui possédait une voix si merveilleuse. Ses yeux et ses cheveux étaient magnifiques, mais gâchés par un teint verdâtre peu engageant. Melvyn ne pouvait savoir que c'était là le résultat d'une crème ratée de la sorcière qu'elle avait appliqué la veille au jeune homme.

mercredi 23 mai 2018

Raiponce - 1

Il était une fois un jeune homme appelé Raiponce qui avait été enfermé au dernier étage d'une haute tour. Il n'avait pourtant commis aucun crime. Il était même aussi innocent que l'enfant qui vient de naître.
Cependant, avant sa naissance, sa mère avait eu le malheur de vouloir absolument manger une des plantes qui poussait nulle part ailleurs que dans le jardin de la voisine, sorcière de son état.
Constatant que sa femme se dépérissait, le mari avait par conséquent franchi le mur qui séparait les deux propriétés pour en cueillir, mais la sorcière l'avait surpris et exigé qu'il donne son premier né pour son crime.
Bien sûr, le pauvre homme avait essayé de négocier - sûrement la sorcière pouvait se satisfaire d'autre chose - mais elle avait été intraitable. C'était son prix. Un bouquet de fleurs contre le bébé à naître ou la pendaison pour vol.
Raiponce fut donc confié à la sorcière et gardé entre les quatre murs la maison de cette dernière jusqu'à ses dix ans, âge où elle l'avait installé dans un tour isolée dans la forêt dont elle avait ensuite détruit l'escalier avant de condamner la porte.
    Les années avaient passé et Raiponce était devenu un beau jeune homme. Pour lui rendre visite, la sorcière lui criait de dérouler sa longue tresse de cheveux qu'il attachait à un crochet de la fenêtre.
Raiponce ne savait pas que la vieille femme l'avait arraché à ses parents. Pour lui, elle était sa marraine, sa seule famille. Il ne se doutait pas non plus que c'était à cause d'une lotion capillaire concoctée par la sorcière que ses cheveux avaient atteint une telle longueur aussi rapidement. Qu'ils soient semblables aux rayons du soleil était en revanche un pur hasard de la nature, de même pour ses yeux à la couleur aussi changeante que les cieux.
La sorcière considérait le jeune homme comme un cobaye. Elle testait sur lui diverses potions, notant leurs effets. Elle se moquait bien de le rendre malade à l'occasion. Raiponce qui ne connaissait rien au monde, lui obéissait en tout et attendait chacune de ses visites avec impatience. La sorcière s'amusait de sa naïveté et de son ignorance.
Raiponce n'avait rien pour s'occuper dans sa tour. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était regarder le ciel par la fenêtre, brosser ses cheveux et chanter. Il possédait une voix d'une beauté rare, encore plus resplendissante que sa longue chevelure dorée.
    Un jour, Melvyn, le prince du pays qui se promenait à cheval dans la forêt entendit Raiponce chanter.