Affichage des articles dont le libellé est A travers les millénaires. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est A travers les millénaires. Afficher tous les articles

dimanche 23 juillet 2017

A travers les millénaires, le livre

A travers les millénaires, le livre est disponible sur The Book édition. Il comprend 163 pages dont un bonus inédit et coûte 7,04€ en papier et 5,69 € en PDF numérique.
https://www.thebookedition.com/fr/a-travers-les-millenaires-p-351295.html
Résumé : Ils se sont aimés à travers les âges, de vies en vies, se réincarnant... et leur histoire d'amour est éternelle, mais la guerre interplanétaire qui fait rage risque d'apporter un point final à la vie elle-même. Voici la suite de A travers les âges, du côté de celui qui se souvient.

jeudi 22 juin 2017

A travers les millénaires - 65 (fin)

— Merci, fut le premier mot que Joan prononça.
Zark regretta de ne pas être en mesure de lui sourire. Ce n'était pas quelque chose que les saturniens pouvaient faire.
— Je n'aurais pas réussi sans aide, déclara-t-il modestement.
Il avait envie de l'enlacer, même s'il avait plein de monde autour d'eux, mais avait trop peur que Joan ne le prenne mal et ne le repousse.
Ce fut Joan qui l'attira à lui et posa ses lèvres sur les siennes.
— Est-ce que cet humain vous dérange ? intervint un végalien.
— Pas du tout, assura Zark, sa peau scintillant de plaisir.
Il espérait que Joan ne l'avait pas embrassé que pour le remercier.
— C'est même plutôt le contraire. Nous étions amants dans une autre vie, enchérit Joan.
— Vous faites partie du groupe des réincarnés, dit le végalien, agitant sa trompe en signe de compréhension.
— Éloignons d'ici, suggéra Zark.
Joan le suivit, mais évidemment, ils attiraient les regards. Un humain et un saturnien foulant ensemble le sol de Végalie, voilà une chose qui ne s'était pas produit depuis des siècles.
D'autres végaliens les abordèrent. Zark finit par suggérer qu'ils se rendent à sa chambre d'hôtel.
— Toujours pressé de me mettre dans ton lit, hein...
Zark protesta faiblement, puis s'immobilisa. Il n'avait pas eu l'occasion de lui raconter tout ce qu'ils avaient vécu et partagé depuis la préhistoire. Cette conversation, il l'avait eu avec Hoshi, pas avec Joan.
— Tu te souviens à présent ?
Sa voix était tremblante en posant la question.
— Oui, tout m'est revenu et j'en suis heureux. J'avais tort de croire que je n'étais pas le bon quand je m'appelais Manfred. Même aveugle, tu ne t'étais pas trompé.
— Mon cœur... murmura Zark en l'enlaçant, puis l'embrassant en profondeur.
— Allons à ton hôtel. J'ai envie d'admirer les étoiles, sans attendre la nuit.
Il n'eut pas besoin de le répéter.
Sur le chemin, ils parlèrent à bâtons rompus, leurs doigts entelacés.
Puis, à l'abri des regards, ils caressèrent leurs peaux brûlantes, la blanche de Joan contre la sombre et brillante de Zark. Leurs différences physiques n'avaient pas d'importance. Ils s'étaient une fois de plus retrouvés, deux moitiés qui formaient un tout.
Entre deux baisers, Joan lui souffla :
— Je suis content que tu aies affirmé que cela ne te dérangeait pas devoir me reconquérir.
— Tu en doutais ?
— Pas vraiment, parce que tu as été d'une constance admirable des millénaires durant, mais tu pourrais te lasser à la longue, à force.
— Jamais.
Que les circonstances leur soient ou non favorables, qu'ils oublient ou se souviennent, tant qu'il y aurait une étincelle de vie dans l'univers, quelles que soient leurs identités, ils s'aimeraient pour l'éternité.

FIN

mercredi 21 juin 2017

A travers les millénaires - 64

Joan lui adressa un sourire qui illumina ses traits.
— Nous pourrons être en couple à ma sortie.
Zark avait trop vécu pour se faire avoir. Joan n'avait pas vraiment envie qu'ils se mettent ensemble, pas à ce stade de leur relation, il voulait juste être certain que Zark allait continuer à œuvrer pour la libération des humains. Zark ne pouvait l'en blâmer.
— Je n'ai pas besoin de promesse de ta part pour poursuivre dans cette voie.
— Je ne...
— Une fois que tu seras hors de ses murs, nous en reparlerons. Je dois à présent converser avec d'autres prisonniers. A bientôt, mon cœur.
Le mot doux lui avait échappé.
Joan sursauta.
Zark se demanda si cela avait eu un écho chez lui, mais il s'en alla. Il avait eu son compte d'espoirs déçus.
Il fit la connaissance de plusieurs hommes et femmes. Certains avaient de véritables souvenirs de leurs vies antérieures, d'autres non. Les interroger un peu suffisait à les confondre.
Zark ne réussit pas cependant à obtenir la permission de revenir discuter avec les quelques humains ayant la mémoire de leurs vies passées.
En dépit de son envie de reparler à Joan, il repartit sur Sarturne où il continua à mener avec une ardeur renouvelée son combat pour la fermeture des prisons pleines d'humains.
Il lui fallut plus d'un an pour enfin aboutir. Le jour de la libération des humains, il se débrouilla pour être sur Végalie pour attendre Joan à la sortie, laissant ses alliés assister à la libération des humains sur Saturne.
Il n'était pas sûr que son âme sœur apprécie sa présence, mais il ne pouvait risquer que ce dernier aille où bon lui semblait, compromettant ses chances de le revoir. Au minimum, il fallait qu'il sache où il allait résider afin de pouvoir communiquer avec lui.
Il n'avait pas ménagé ses efforts, taraudé par l'envie de le voir et c'était sa récompense que de le revoir enfin, ne serait-ce qu'un instant pour s'enquérir de ce qu'il comptait faire.
Il le repéra immédiatement au milieu de la foule d'humains qui avait reçu chacun une espèce de robe marron. Il n'était pas le seul à patienter. Plein de curieux étaient venus assister à la libération des humains. Il y avait aussi un groupe de protestataires que les forces de l'ordre tenait à distance.
Il l'appela.
Joan se détacha des autres humains pour venir le voir, le rejoignant à grandes enjambées.

mardi 20 juin 2017

A travers les millénaires - 63

Quand il revint le surlendemain, il eut la bonne surprise de retrouver Joan dans la liste qui lui fut communiquée. Est-ce que leur rencontre avait par miracle  réveillé sa mémoire ?
Il demanda à voir Joan en premier. Hélas, ce dernier lui avoua immédiatement qu'il avait menti et pensait d'ailleurs ne pas être le seul à l'avoir fait, juste pour le plaisir d'apporter un peu de nouveauté à un quotidien très morne.
— Je suis déçu et triste, déclara Zark sachant que Joan ne pouvait lire ses émotions sur son visage puisqu'en tant que saturnien, il ne possédait pas d'expressivité faciale.
— Désolé, mais je voulais vraiment te revoir.
Cette affirmation consola un peu Zark.
— Pourquoi ?
— J'aimerai comprendre...
— Reconnaître mon âme sœur au premier coup d'œil est une capacité qui m'est propre et non pas le fait de tous les réincarnés.
— Âme sœur... Dans le sens d'amoureux ?
Zark confirma. Il ne voyait pas l'intérêt de mentir, surtout que Joan avait l'air de prendre tout ça plutôt bien.
— Est-ce que tu as un moyen qui permet aux gens de se souvenir de leurs anciennes vies, via l'hypnotisme ou autre ? Non, parce que ce serait la solution. Le monde entier serait obligé de vous croire.
— Tu as envie de te souvenir ?
— Tout ce que je veux, c'est sortir d'ici. Et j'ai bien peur que votre groupe de réincarné soit notre meilleure chance.
Joan, sans le vouloir, ne cessait de jouer avec les espoirs de Zark.
— Il n'existe pas de méthode pour rendre aux gens leur mémoire d'autrefois, pas encore en tout cas. Le docteur Kazan fait des recherches à ce sujet, mais pour le moment, il n'est arrivé à rien de concret. Mais qui sait peut-être un jour une machine, un médicament ou un parfum susceptible d'aider sera créée, auquel cas, je n'aurais plus à te séduire vie après vie.
— Ce serait une bonne ou une mauvaise chose ? demanda Joan.
Zark se rappela de l'unique fois où croyant à la réincarnation, il lui était tombé dans les bras. Cela avait été agréable, mais au bout du compte, cela ne changeait rien, être à ses côtés était l'essentiel.
— Ce n'est pas devoir te rappeler ce que nous étions l'un pour l'autre qui me pose problème, mais quand nous ne pouvons être ensemble pour des raisons qui nous échappent telles la guerre ou les mentalités.

lundi 19 juin 2017

A travers les millénaires - 62

— J'ai été un homme comme vous dans une autre vie.
— Ah ! J'ai entendu parler de vous au réfectoire, des gardes se moquaient... Le groupe des réincarnés !
— Et toi, trouves-tu cela risible ?
L'homme au crâne rasé pencha la tête sur le côté et réfléchit.
— Je ne sais pas. Je ne me souviens pas d'autre chose que des trente-quatre années que j'ai vécu depuis ma naissance, et encore il ne me reste presque rien de ma petite enfance, alors avant cela... Mais peut-être est-ce possible. En fait, tout ce qui m'intéresse c'est que votre groupe parvienne à nous faire sortir de ces quatre murs. Je n'aimais pas être soldat, mais être prisonnier n'est pas beaucoup mieux. Quand nous nous sommes rendus, je ne m'imaginais pas cela.
Zark buvait chacune de ses paroles, appréciant qu'en dépit de son agressivité initiale, il se montre bavard.
Il mourrait d'envie de lui révéler ce qu'il représentait pour lui, mais n'était pas sûr que ce soit judicieux.
— Cette façon que tu as de me regarder devient gênante.
— Désolé, déclara Zark. Toi et moi, nous avons un passé commun et peut-être un futur.
— Hein ?
— Dis-moi ton nom, s'il-te-plaît.
— Joan. Et maintenant, tu peux m'expliquer d'où tu me connais ? Tu as l'air trop jeune pour avoir combattu et hormis sur le champ de bataille,  je ne vois pas... Oh... Tu veux dire... dans d'autres vies... Mais je ne dois pas avoir la même tête... C'est fou !
— Tu dis toujours ça, s'amusa Zark.
Il avait l'impression de nager dans le bonheur tellement il était heureux de passer un moment avec son âme sœur. L'intervention de son guide végalien le fit retomber sur terre.
— Nous n'allons pas passer toute la journée là quand même.
— Je reviendrai, promit Zark à Joan, juste avant que le végalien ne coupe la canal de communication.
Zark eut du mal à s'intéresser au reste du tour de la prison, mais une fois face au directeur de la prison dont la fille avait des réminiscences, il morigéna et se força de se concentrer.
Même s'il voulait revoir Joan et vite, il ne devait pas perdre de vue son objectif premier : faire libérer les humains, tous sans exception.
A la fin de son plaidoyer pour un univers où  ils vivraient à nouveau tous en paix et en harmonie comme ils avaient déjà réussi par le passé, il ne put toutefois se retenir de négocier une nouvelle visite afin de s'enquérir si certains des prisonniers possédaient des souvenirs de leurs vies antérieures.
Le directeur lui accorda la permission, lui proposant même aimablement de passer une annonce permettant aux réincarnés de se manifester d'eux-mêmes. Zark pourrait ainsi discuter avec eux en priorité.

vendredi 16 juin 2017

A travers les millénaires - 61

Zark finit par obtenir le droit de visiter les prisons pleines d'humains et put ainsi dénoncer les conditions dans lesquels ils étaient détenus. Certains étaient plus mal lotis que d'autres. Ainsi, sur Uranus, ils étaient maintenus couchés dans ce qui s'apparentait fort à des cercueils.
C'est en visitant l'une des prisons de Végalie qu'il le vit, debout dans une étroite cellule pas plus large qu'un placard à balai derrière une paroi transparente. Il s'arrêta devant l'homme d'une trentaine d'années au crâne rasé vêtu d'un simple slip.
Le garde chargé de la visite revint sur ses pas.
— Il y a un problème ?
— Non, mais je voudrais parler à ce prisonnier. Est-ce possible ?
— Pourquoi lui ?
— Est-ce que par hasard vous auriez lu mon article sur les liens existant entre les âmes ?
Le garde secoua sa trompe, tout en remuant sa grosse queues reptilienne.
— Oui. Mais comment pouvez-vous savoir que vous avez connu ce type dans une autre vie ?
Zark, sans quitter des yeux l'homme qui abritait l'âme de son cher cœur, tâcha de trouver les bons arguments face au palpable scepticisme du végalien.
Ce n'était pas facile de le convaincre alors qu'il brûlait de parler à celui qui se tenait debout dans sa cellule et les regardait.
Le végalien finit heureusement par lui montrer l'interphone qui permettait d'entrer en communication avec le prisonnier et leur laissa même un semblant d'intimité en s'éloignant de quelques pas.
Zark appuya sur le bouton, le cœur battant à tout rompre, la gorge sèche.
— Bonjour. Je m'appelle Zark et toi ?
— Qu'est-ce qu'un saturnien vient faire sur Végalie ? Ici, c'est une prison, pas un zoo, que je sache !
Son agressivité peina Zark. Conquérir son cœur s'annonçait compliqué, mais au moins, il l'avait retrouvé et il œuvrait pour sa libération.
Il était convaincu depuis le début du bien fondé de son entreprise, mais était à présent encore plus content d'avoir osé se lancer dedans. Sans lui répondre, car il ne savait par où commencer, il posa les mains contre la paroi transparente qui les séparait, désireux d'être plus proche de lui.
— Que me voulez-vous ? Est-ce que je vais être transféré dans une prison saturnienne ?
Sentant son inquiétude sous ses airs bravaches, Zark recouvra l'usage de la parole :
— Je souhaite le meilleur pour les humains. 
Vous seriez bien le premier saturnien dans ce cas.

jeudi 15 juin 2017

A travers les millénaires - 60

Toutes les batailles qu'ils avaient menées étaient ridicules puisqu'au fond, ils étaient tous semblables, tous des âmes susceptibles de se réincarner.
Zark n'avait jamais vraiment utilisé pour la bonne cause sa connaissance intime des millénaires passés, mais il était temps qu'il le fasse, car il n'était plus un cas isolé. Enfin, peut-être y en avait-il plus qu'il ne le croyait autrefois, c'est juste qu'il n'avait jamais vraiment cherché auparavant des gens qui, comme lui, se rappelaient avoir eu d'autres identités parce qu'il avait été trop traité de fou des siècles durant et aussi parce qu'il avait toujours été plus intéressé par retrouver Kuma, ou plus exactement ceux et celles qu'il avait été ensuite.
— Te voilà bien pensif, commenta la femme du docteur alias Svein.
Zark évoqua le projet qui venait de germer dans son esprit. Ses deux camarades, bien que trouvant son idée ambitieuse, l'approuvèrent.
 
 Au grand dam de sa mère, Zark abandonna complètement ses études pour se consacrer à son projet. Il rencontra plusieurs patients du docteur Kazan qu'il avait tous croisés au moins fois dans une de ses vies antérieures et se servit de leur témoignage pour lancer un appel sur le Réseau.
Il multiplia les messages et les réunions entre gens qui se souvenaient. Si les débuts furent timides, les choses prirent vite de l'ampleur.
A chaque message reçu, il espérait malgré lui que ce soit son âme sœur qui lui écrive, et à chaque rencontre il se demandait s'il n'allait pas se retrouver en sa présence, quand bien même les précédents échanges ne le laissaient pas penser.
Il essuya aussi des critiques de saturniens incrédules qui se refusaient à envisager que certains d'entre eux aient pu être humains, pour lesquels la réincarnation était impossible.
Zark les ignorait et continua à rassembler de monde autour de lui.
Quand il jugea qu'ils étaient assez nombreux, il mit en branle la deuxième partie de son projet : faire libérer les humains.
Même parmi ceux qui se souvenaient ne pas avoir toujours été des saturniens, il rencontra de l'opposition. Il obtint cependant le soutien de la majorité. Ils furent plusieurs centaines à manifester, puis des milliers, une fois que les saturniens qui ne possédaient pas de souvenirs, mais étaient d'accord avec eux concernant l'enfermement humains, les eurent rejoints. Ils ne croyaient pas tous à la réincarnation, mais considéraient que cela n'avait pas de sens de garder les humains en prison alors qu'ils n'étaient pas des criminels : soit la guerre était finie, soit elle ne l'était pas.

mercredi 14 juin 2017

A travers les millénaires - 59

Ils discutaient à bâtons rompus quand l'autre saturnien arriva. Il était tout jeune, son anneau encore petit. Il s'étonna de leur complicité, qu'ils tâchèrent de lui expliquer.
— Mais donne-nous donc les noms que tu as porté, peut-être que toi aussi, nous t'avons connu autrefois, suggéra Zark.
Le jeune saturnien s'exécuta. Dans la longue liste, rien n'éveilla quoi que ce soit, si ce n'est  Ghao.
Zark le coupa.
— Nous avons partagé une cage.
Le jeune saturnien tapota son front du doigt.
— Wen ?
— Oui, c'était moi.
— C'est toi qui m'a aidé à accepter que ces rêves qui me tourmentait tant étaient des souvenirs, comme me l'affirmait le docteur Kazan.
— Tant mieux. Tu ne me prends plus pour un fou maintenant...
— Non, évidemment pas. Comment cela s'est fini avec Hoshi, après que je me sois échappé grâce à lui ?
Zark lui raconta sa vie d'humain de compagnie.
— Heureusement que cette mode n'a pas duré, conclut-il.
— On dirait bien que je n'étais pas là pour vous aider dans cette vie, intervint la femme de Kazan.
— Apparemment, vous avez plus de souvenirs communs.
— Oui. Mais tout de même qu'on se soit connu, ne serait-ce qu'une fois et qu'on se retrouve, cela prouve bien que les âmes sont liées, dit Zark.
C'était quelque chose de fort, mais ce qui l'était davantage, c'était la manière dont ils avaient changé de camp, anciens humains renaissant saturniens.
Mais c'était logique : le nombre d'hommes s'étant réduit à une peau de chagrin, il avait bien fallu que leurs âmes se réfugient quelque part.
Cela signifiait que les humains n'avaient pas leur place en prison. Ils avaient été assez punis en perdant leur planète, suite à un emploi combiné d'armes aussi différentes que dangereuses...
Zark se souvint alors des paroles de Manfred sur la manière dont la mémoire des vies antérieures auraient pu rendre les gens plus sages vis à vis de la guerre et ce qu'il devait faire lui apparut avec clarté.
Il fallait qu'il rassemble tous ceux qui se souvenaient, faire libérer les humains et mettre ainsi véritablement au conflit qui les avait opposés de façon définitive.

mardi 13 juin 2017

A travers les millénaires - 58

— Je respecterai les décisions de tous ceux qui ont des réminiscences, libres à eux de discuter ou pas avec moi.
— Vous escomptez retrouver votre âme sœur parmi eux ?
Zark avait bien cet espoir, mais ce n'était pas sa seule motivation. Il voulait échanger avec d'autres ayant la même expérience que lui, qui se souvenaient avoir été humain et s'être battu contre sa propre espèces, d'avoir connu des morts atroces et d'avoir eu tant d'identités différentes qu'ils en avaient le tournis.
Le docteur Kazan avait beau lui prêter une oreille attentive, il ne pouvait vraiment comprendre ce que c'était. Par ailleurs, par le passé, il n'avait eu que trop rarement l'occasion de partager cela avec d'autres, n'ayant rencontré personne possédant la mémoire de ses vies antérieures.
— J'en serais ravi...
— Peut-être n'est-ce pas un saturnien. Cela pourrait être très bien un végalien, un uranien ou... un humain.
Zark n'avait pas envisagé cela. Il aurait dû pourtant. Les urnaniens n'étaient que de grosses boules et les végaliens étaient massifs avec des trompes en guise de nez et de grandes queues. Mais au fond, cela n'avait pas d'importance. Il lui avait assuré, il y a longtemps et il était sincère... « que tu sois homme, femme, hermaphrodite ou que sais-je encore, je te séduirai autant de fois qu'il faudra, pour l'éternité. » C'était tout de même plus simple d'être de la même espèce.
 
Il se passa de longs jours avant qu'un des patients de Kazan ne prenne contact avec lui par le réseau. Dans la foulée, il reçut un message de la femme du docteur. Il offrit qu'ils se rencontrent tous les trois autour d'une tasse de sirop de santhe et reçut des réponses positives.
C'est avec impatience qu'il attendit le jour du rendez-vous et il s'y rendit à l'avance. Il eut la bonne surprise d'être rejoint plus tôt que prévu par la femme de Kazan.
Il avait eu l'intention de se présenter en donnant tous les noms qu'il avait eu du premier jusqu'au dernier, mais elle l'interrompit assez tôt dans son énumération.
Il crut qu'il l'avait lassée jusqu'à ce qu'elle lui annonce d'une voix émue qu'elle s'était appelée Svein. Son frère viking. Celui avec qui il avait déjà partagé des souvenirs, quelques siècles plutôt, à l'hôpital, à l'époque où il était Jem et lui Salomon. Spontanément, ils se donnèrent une accolade très humaine.

lundi 12 juin 2017

A travers les millénaires - 57

Dès qu'il eut admis que ses rêves n'en étaient pas vraiment, les images se mirent à affluer à sa mémoire, plus vives et précises. Des pans entiers de conversations lui revenaient même. 
Il cessa de se rendre en cours. Cela faisait de toute façon déjà un moment qu'il avait du mal à suivre en raison de ses nuits tronqués et plongea dans ses souvenirs.
Au milieu des horreurs de la guerre qu'il avait apparemment menée durant des siècles du mauvais côté de la barrière, tranchant des anneaux, il y avait cet amour pur et éblouissant.
Autant il aurait aimé oublier tous ceux qu'ils avaient dû tuer et toutes les souffrances qu'il avait causées et subies, autant il voulait préserver la mémoire de cet âme qui avait traversé les millénaires à ses côtés. En lui, naissait l'espoir de retrouver une fois encore Kuma.

    Quand il retourna chez le médecin, il lui demanda s'il pouvait le mettre en relation avec ses autres patients qui étaient comme lui. D'abord, le docteur Kazan refusa, question de secret professionnel, puis il dit qu'il parlerait aux personnes concernées et communiquerait ses coordonnées. Ainsi, s'ils souhaitaient contacter Zark, ils le feraient.
Zark dut se contenter de cela. Après quoi, il se confia sur certaines morts épouvantables qu'il avait vécues. En fin de séance, il mentionna son âme sœur. Kazan fut très intéressé, car aucun de ses autres patients se rappelant de leurs réincarnations n'avaient abordé le sujet. Sa femme, par contre, avait affirmé qu'il était son âme sœur. Elle l'avait reconnu avec son cœur cependant, et pas au premier regard. C'était d'ailleurs pour cela qu'elle avait longtemps rechigné à s'unir à lui.
— Est-ce que votre femme accepterait de me rencontrer ?
— Je ne sais pas si mélanger ainsi ma vie privée et professionnelle... commença Kazan.
— Ce n'est pas vous que je veux voir en dehors des murs de votre cabinet, argua Zark. Vous n'avez pas à craindre que je la séduise puisque vous êtes le bon.
— Je n'ai pas de crainte de ce genre. Je suppose que c'est à elle de décider si elle veut ou pas faire votre connaissance.  Mais je vous prierai de ne plus insister si elle refuse, ou alors vous vous passerez de mes services.

vendredi 9 juin 2017

A travers les millénaires - 56

Le premier docteur que consulta Zark ne lui fut d'aucune aide, le second non plus, les somnifères ne résolvant en rien son problème. Le troisième se contenta de le renvoyer à un de ses confrères qui, apparemment, avait déjà eu affaire à ce genre de cas.
C'est un peu désabusé que Zark prit la navette pour rencontrer le docteur Kazan. Ce dernier l'écouta attentivement parler de ses rêves bizarres qui empiétaient sur ses temps d'éveil et l'empêchaient de se reposer.
— Vous n'êtes pas le premier à venir me consulter pour cela. Beaucoup de saturniens sont troublés. Ses rêves n'en sont pas, ce sont des souvenirs de vos vies passées.
Zark ne s'insurgea pas. Il ne pouvait nier chaque fois s'être identifié à l'un des humains, comme s'il était l'un d'eux.
— Mais je suis un saturnien.
— Je ne dis pas le contraire, mais vous avez été humain. Même si la réincarnation n'est en effet pas une croyance saturnienne, nous partageons le concept d'âme avec les humains.
Zark avait quand même du mal à accepter qu'il ait pu être humain autant de fois et qu'il était lié à un autre qu'il reconnaissait toujours quels que soient les traits de son visage.
— Comment faire pour que ses images arrêtent de tourner dans ma tête?
— Il n'existe pas de véritable médicament pour oublier, pas encore en tout cas. Peut-être dans quelques siècles.
Zark déglutit. Il se sentait si fatigué.
— Il n'y avait vraiment aucun moyen ?
— Certains souvenirs sont-ils traumatiques ?
— Oui. Et puis, c'est une question d'identité. Je suis un saturnien. Les humains sont nos ennemis.
— Il fut pourtant un temps où nous avions réussi à vivre en bons termes avec eux. Racontez donc moi ce qui vous perturbe...
— Je crois que je vais devoir d'abord digérer que mes cauchemars n'en sont pas, mais une réalité passée.
— Très bien, mais reprenons rendez-vous, voulez-vous ?
Zark accepta.
Sur le pas de la porte, avant de partir, il demanda :
— Est-ce que vous avez mémoire de vos vies antérieures, vous aussi ?
— Non, pas moi, mais ma femme, oui.
Zark aurait aimé que le médecin soit fou, mais ce qu'il avait affirmé collait avec son propre ressenti, même si jusque là, il s'était refusé à croire qu'il soit possible qu'autrefois, il ait été humain.

jeudi 8 juin 2017

A travers les millénaires - 55


3700. Zark se réveilla dans sa couchette pas reposé du tout. Il avait passé une mauvaise nuit, encore une. C'était comme ça depuis sont dix-huitième anniversaire et il en avait assez de ses drôles de rêves qui perturbaient son sommeil.
Il n'avait pas envie de consulter un docteur à cause de cela, mais si cela continuait, il serait obligé de le faire. Il en venait à craindre le moment de dormir, repoussant au maximum le moment de se coucher. Sa mère n'était évidemment pas d'accord avec ça et le houspillait.
— Ton anneau va s'abîmer à force, si tu ne prends pas soin de ta santé.
Zark ne répliquait rien. Il était trop âgé pour croire à ce genre de menace. Par contre, il est vrai qu'à force de rogner sur ses nuits, sa peau devenait terne au lieu de scintiller de mille feux comme celle de ses camarades.
Il n'avait osé pour le moment se confier à personne. Comment expliquer à quiconque qu'il ne cessait de rêver d'êtres humains, s'imaginant en être un ? Il n'en avait jamais vu en chair et en os pourtant. Ces derniers avaient admis leur défaite alors qu'il restait un peu moins d'un million d'entre eux, eux qui avaient été un jour des milliards.
Actuellement, ils étaient répartis dans de grandes prisons sur Saturne, Végalie et Unarus. Personne ne savait trop quoi faire d'eux.
La mode des humains de compagnie n'avait pas pris. Elle soulevait trop de problèmes éthiques et puis les humains étaient dangereux et il y en avait toujours pour se rebeller et résister. C'était aussi pourquoi ils n'avaient été relégués au rang d'esclave. Les humains ne se résignaient pas à être sous le joug de quiconque. Même dans les prisons, il fallait étouffer des soulèvements, mais jusque là, aucun humain n'était parvenu à s'échapper pour aller organiser quelque guérilla.
L'univers était à nouveau en paix, mais Zark lui n'était pas tranquille. Les êtres humains le hantaient. Pourtant, il n'en avait pas peur. Et d'ailleurs, il était sûr qu'il aurait fait un excellent soldat.
Zark commença à s'inquiéter vraiment, quand il se mit à rêver, même éveillé. Il voyait des scènes avec des tas d'humains costumés de façon différente. Certains ressemblaient à peine à des hommes d'ailleurs. Ils étaient vêtus de peaux de bêtes. D'autres étaient drapés dans de grands tissus. D'autres encore portaient d'étranges trucs poudrés sur la tête.
Ils chassaient, se baignaient, se parlaient et s'embrassaient. Et puis il y avait aussi ce saturnien qui faisait l'amour à un homme. C'était si excitant que c'en était perturbant.
Certains rêves qu'il les fasse les yeux ouverts ou pas, étaient plutôt plaisants, mais d'autres étaient beaucoup moins agréables et même franchement horribles avec des combats et des morts toutes plus épouvantables que les précédentes.

lundi 22 mai 2017

A travers les millénaires - 54

Quand Jem révéla à Manfred que c'était irrévocable, qu'il demeurerait aveugle, ce dernier en fut désolé pour lui, puis il lui fit valoir que tous ses autres sens allaient s'aiguiser.
— Et mon séjour à l'hôpital va se prolonger, précisa Jem.
Cela lui démangeait de rapporter toute sa conversation avec Salomon, mais il ne pouvait risquer quelqu'un d'autre n'apprenne que le docteur allait faire une fausse déclaration au sujet de l'état de Manfred. Il lui chuchoterait cette nuit au creux de l'oreille.
— Jem... Et si ce n'était pas moi, ton âme-sœur ?
— Tu doutes encore ?
— Je ne sais pas. Nous ne pourrons jamais avoir la certitude.
— Entre nous, cela colle, il n'y a pas besoin d'autre preuve.
— C'est vrai. Parle moi encore de nous...
— D'accord, mon cœur.
— Je m'en passerai bien, moi, grommela Geoffrey.
Jem ne lui prêta pas attention - bientôt ils auraient plus d'intimité - et recommença depuis le début, quand il était un néandertalien et Manfred, un homme de cromagnon...

La nuit venue, il se glissa dans le lit de Manfred et lui annonça que si tout se passait bien, ils allaient pouvoir demeurer ensemble jusqu'à leur mort.
Manfred se réjouit immédiatement. Optimiste, il ne voulait pas croire que Salomon échouerait.
Et il avait raison. Quelques semaines plus tard, au lieu de rejoindre une base militaire, ils quittèrent l'aile des patients pour rejoindre celle du personnel de l'hôpital.
Les années passèrent, étrangement douces alors que la guerre ne cessait pas et que les blessés affluaient.
Manfred finit par ne plus craindre de ne pas être son âme-sœur tellement leur entente était complète.
Si parfois cela pesait à Jem de ne rien voir, il pouvait compter sur la lumineuse et chaleureuse présence de Manfred pour éclairer sa nuit.

vendredi 19 mai 2017

A travers les millénaires - 53

Quelques jours s'écoulèrent, quelques nuits aussi qu'ils passèrent à se caresser le plus silencieusement et discrètement possible, l'un ou l'autre regagnant son lit avant l'aube. La vue de Jem ne s'était plus améliorée et ce matin-là, il constata qu'elle s'était même dégradée.
— On dirait que ton vœu concernant ma vue, va être exaucé, déclara-t-il à Manfred.
Ce dernier essaya de se montrer encourageant, peut-être était ce normal un affaiblissement avant récupération complète.
Cependant, un passage de Salomon mit à mal sa théorie. Le docteur emmena Jem pour des examens complémentaires et il s'avéra qu'il s'agissait d'un rejet de greffe. Il conclut par ailleurs qu'une autre opération n'était pas envisageable.
Jem, loin de paniquer, s'enquit alors du sort qu'il allait lui être réservé, sachant qu'il ne pouvait retourner combattre et qu'étant aveugle, ce qu'il pouvait faire était limité.
— Détrompe-toi, tu peux faire des tas de choses, même dans le noir à l'hôpital, comme t'occuper du linge. Et avec tous les lits, il y a du boulot. Tu es bien calme, ajouta Salomon, comme Jem opinait avec un sourire.
— Oui, parce que pour moi, cela signifie la paix, même si le reste du monde est en guerre.
— Je te comprends. C'est aussi pour cela que mes tremblements ne me gênent pas. Même s'ils m'obligent parfois à m'y reprendre plusieurs fois et à guetter le moment où ils cessent pour examiner mes patients.
— Je me réjouis de rester auprès de mon âme-sœur,  Manfred, du moins tant qu'il n'est pas considéré guéri.
— Je peux déclarer qu'il est définitivement inapte. Je ne suis bien sûr pas seul à décider, mais le docteur Lisa est également ma compagne et je peux la convaincre de donner le même avis.
— Ton âme-sœur ?
— Oui, je le pense. C'est grâce à elle d'ailleurs que j'ai pu changer de carrière et soigner plutôt que blesser. Elle a défendu mon cas alors que certains pensaient qu'avec ma tremblote, c'était peine perdue, mais elle a réussi à faire valoir qu'ils manquaient de bras et de bonnes volontés...
Jem commençait à entrevoir un avenir radieux, même s'il serait plongé dans l'obscurité.
— Merci de nous aider, vie après vie.
— Je n'ai pas été si sympa que cela quand nous étions vikings.
— Tu t'es largement rattrapé depuis et même à cette époque, tu avais fini par nous soutenir.
— Mais toi aussi, tu as été là pour moi à de nombreuses reprises.
— Oui, notre lien est fort, même si je l'ignorais jusqu'alors.
Salomon lui donna une petite tape dans le dos.
— Il n'y a pas que l'amour dans la vie, il y a l'amitié et la famille aussi.
Jem acquiesça. Il constatait surtout que même après plusieurs millénaires d'existences, il découvrait toujours de nouveaux possibles, apprenait toujours de nouvelles choses...

jeudi 18 mai 2017

A travers les millénaires - 52

— Je suis heureux et toi ? demanda Jem, une fois que l'infirmière repartie.
— Moi aussi, mais nous devrions éviter de recommencer.
— Ouais, parce que vous étiez sacrément bruyants, s'emmêla Geoffrey. Enfin, je m'en fiche, j'avais eu le droit à une super pipe dans les toilettes, ajouta-t-il.
— Désolé et tant mieux pour toi, déclara Manfred.
Jem ignora l'intervention de Geoffrey.
— Pourquoi tu ne veux pas ? Tu as peur que nous nous fassions pincer par le personnel de l'hôpital et que nous soyons séparés ? Nous ne faisons rien de mal. Ce n'est pas si grave si les autres nous entendent. Notre temps ensemble est hélas, une fois encore limité.
— Je sais, mais...
— Et tu m'aimes, le coupa Jem.
— C'est vrai aussi, seulement, je ne te mérite pas...
— Si c'est à cause de ton apparence...
— Ce n'est pas ça, pas que en tout cas...
— Alors, quoi ?
Ils ne cessaient de s'interrompre l'un l'autre.
— Je souhaite que tu restes aveugle et ça, c'est horrible de ma part. Je voudrais que tu ne puisse pas quitter l'hôpital alors que ton âme-sœur doit t'attendre quelque part.
— C'est toi. J'en suis certain. Je n'ai pas le moindre doute, pas après ce que nous avons partagé cette nuit.
— Vous avez juste baisé, maugréa Geoffrey.
— Si le sexe avec n'importe qui procurait une telle sensation de plénitude, cela se saurait, répliqua Jem.
Il était impossible de ne pas réagir aux propos de Geoffrey, pas alors qu'il ne faisait qu'augmenter les craintes de Manfred de ne pas être le bon.
— Parce que tu as beaucoup d'expériences, peut-être....
— Oui, des siècles, même si j'étais différent alors. A un moment, j'ai couché à droite à gauche et il y avait du plaisir, oui, mais pas cette harmonie. Ça, je ne l'ai jamais ressenti qu'avec mon âme-sœur. Manfred, même si tu ne te souviens pas de nous, fais-moi confiance, je t'en prie. La plupart des gens se passent du souvenir des liens qui se sont tissés entre eux à travers les siècles, car quand c'est la bonne personne, on finit toujours par le comprendre.
Manfred s'extirpa de son lit avec raideur, couleurs mouvantes, et vint près de lui.
— Oui, tu as raison. Peut-être que j'accorde trop d'importance a cette façon que tu as de me reconnaître d'habitude au premier coup d'œil.
Enfin, Manfred admettait que cela pouvait être lui, Kuma et tous les autres...

mercredi 17 mai 2017

A travers les millénaires - 51

Le baiser se prolongea jusqu'à les laisser pantelants et à nouveau emplis de désir. Manfred se mit à le caresser partout, tout inhibition envolée. Il n'y avait plus qu'eux au monde et cette faim désespérée qu'ils avaient l'un pour l'autre. Cela faisait tant d'années qu'ils ne s'étaient pas unis.
Jem suça les tétons de Manfred, glissa ses main sur ses fesses, engloutit son pénis. Avec lui, cela semblait juste et naturel.  Quand il le doigta, Manfred ne protesta pas et pas plus quand il lui lécha l'anus. Quand il ne pénétra, Manfred se contracta autour de lui, poussant des gémissements étouffées. Il devait avoir mordu l'oreiller ou enfoui sa tête dedans. Jem allait et venait en lui à un rythme de plus en en plus effréné. Dans sa main, le sexe de Manfred palpitait.
D'un instant à l'autre, il jouirait. Quand il sentit le sperme de Manfred lui maculer les doigts, Jem se retira et éjacula à l'extérieur par prévenance à l'égard de Manfred.
Ce dernier vint se blottir contre lui et Jem l'enlaça. Ils n'avaient plus besoin de mots et ils s'endormirent.

C'est la voix indignée d'une infirmière qui les réveilla. Plutôt qu'à une ombre, elle ressemblait à un tableau impressionniste, composée de tâches de couleurs.
— Veuillez regagner votre lit tout de suite.
— Je me suis trompée dans le noir, prétendit Jem.
— Oh, ça va, je ne suis pas née de la dernière pluie, râla l'infirmière. Vous pourriez penser un peu aux autres patients. Vous n'êtes pas seuls ici.
Ça, Jem l'avait oublié ou presque et à priori Manfred aussi. Les excuses que le brûlé débita d'une voix altérée en était la preuve. Ils étaient restés sous la couverture sous laquelle ils étouffaient à moitié tellement ils brûlaient de désir et avaient retenus leurs cris de plaisir, mais au fond, ils n'avaient pensé qu'à eux.
Jem ne fit pas d'histoire et regagna son lit avec une facilité nouvelle. Tout était terriblement flou, mais il voyait. Manfred n'était que des points de couleurs, mais plus pour longtemps. Il aurait bientôt la confirmation que c'était lui, car il ne pouvait en être autrement.
— Que je ne vous y reprenne plus, sinon, je me débrouillerai pour que vous soyez mis dans des salles différentes, les gronda encore la femme comme s'ils avaient été des enfants ayant commis une bêtise. 
Il y avait un côté cocasse, mais mieux valait se montrer repentant, même en ne regrettant rien.

mardi 16 mai 2017

A travers les millénaires - 50

Jem s'allongea contre Manfred qui émit une plainte.
— Je t'ai fait mal ?
— Ça va. Parfois, même le frottement du drap est douloureux.
Jem caressa très légèrement ce qui se révéla être un bras. Il remonta le long de ce dernier jusqu'au cou.
Manfred murmura quelque chose d'indistinct, retint sa main, puis finalement le laissa libre de tracer les contours de son visage.
Sa peau n'était pas lisse, l'arrête de son nez presque inexistante. Une image  de lui se forma dans la tête de Jem. Il redescendit, glissant sur son épaule, puis son torse.
C'était excitant de découvrir son corps dans ses moindres reliefs. Manfred dégageait une chaleur de plus en plus grande à mesure qu'il progressait dans son exploration. Par moment, il geignait.
Quand les doigts de Jem rencontrèrent son pénis, il ne fut pas surpris de le sentir dur. Le sien avait gonflé tout pareil et se pressait contre la cuisse de Manfred.
Il n'eut pas à lui demander de le toucher. Manfred le fit spontanément. Leurs mains fermées sur le membre de l'autre, ils exécutèrent le même ballet. La bouche de Jem chercha celle de Manfred et la trouva. Sa langue s'enroula autour de la sienne. C'était si bon, d'aimer enfin plutôt que de se souvenir.
Ils jouirent ensemble, en parfaite harmonie.
— Mon amour... chuchota Jem.
— Tu ne devrais pas m'appeler ainsi. Je ne suis pas forcément ton âme-sœur.
Jem ne se laissa pas décourager par ce refus de Manfred.
— Je suis persuadé que c'est toi, même si j'ai mis longtemps à le réaliser, trop habitué à voir avec mes yeux plutôt qu'avec mon cœur.
— Et si tu réalises que tu t'es trompé ? Tu vas me détester.
Jem le sentit trembler dans ses bras.
— Jamais. Tu ne profites pas de moi. Ce serait plutôt l'inverse. Promets-moi que tu ne demanderas plus de faveur à aucune infirmière.
— Je ne l'ai jamais fait...
— Mais alors, quand tu as dit à Geoffrey...
— L'une d'elle me l'a proposé, par pitié, parce que j'ai eu une réaction pendant qu'elle me nettoyait. Et j'ai refusé. Je suis stupide, hein ? Seulement, j'ai toujours pensé qu'il valait mieux être amoureux de la personne pour ce genre de truc.
Cette fois, c'était clair et sûr, Manfred éprouvait aussi de l'amour pour lui, autrement, il n'aurait pas accepté ses caresses.
Jem en aurait dansé de joie, mais il préféra l'embrasser à pleine bouche.

lundi 15 mai 2017

A travers les millénaires - 49

— Le moment viendra aussi pour moi de quitter l'hôpital et j'appréhende, même si les docteurs vont m'arranger du mieux qu'ils peuvent.
Soudain S,alomon fut là à confirmer qu'en effet, tout irait bien pour Manfred. Il s'occupa ensuite du bandeau de Jem dont la nuit se transforma en brouillard où les gens n'étant que des ombres mouvantes et les choses de vagues formes indistinctes. Le docteur agita en effet différents objets devant ses yeux sans que Jem ne parvienne à déterminer exactement quoi.
Salomon, après lui expliqué comment sa vision allait évoluer dans les jours qui venaient, s'excusa de ne pas avoir pu passer bavarder. Il s'attarda pour évoquer ses vies antérieures et les noms qu'il avait portés. C'est ainsi qu'ils découvrirent que leurs âmes étaient liées. Il avait été sa sœur et son frère à plus d'une reprise. Du temps où il s'appelait Tim, il l'avait aidé à faire accepter sa relation avec Dake auprès de leurs parents.
Après le départ du docteur, Manfred regretta de ne pas être en mesure de se souvenir lui aussi et que plus de gens ne possèdent pas cette mémoire. Il lui semblait qu'alors, plus sages de plusieurs siècles, les humains mettraient fin à la guerre.
Geoffrey ne se mêla heureusement pas à leur conversation, peut-être se sentait-il tout de même morveux de son attitude de la veille.
Jem avait de toute façon résolu de faire comme s'il n'était pas là. Ce qui lui importait à présent, c'était de persuader Manfred d'entamer une relation avec lui.
Il parla une grande partie de la journée avec lui, jusqu'à en avoir la gorge sèche, mais sans oser se montrer trop pressant.
Il attendit que la salle devienne silencieuse, qu'il n'y ait plus que les respirations plus ou moins fortes des autres patients présents dans la salle, puis il guetta le passage de l'infirmière de garde et quand les pas de cette dernière décrurent dans le lointain, il tourna le dos aux ronflements de Geoffrey et sortit de son lit, avança précautionneusement jusqu'à rencontrer celui de Manfred.
Il souleva un coin de sa couverture et Manfred remua.
— Hum...
— C'est moi, chuchota-t-il.
— Jem ?
— Je peux m'allonger avec toi ? Laisse-moi te toucher, c'est pour le moment toujours pour moi, la seule manière de voir.
Il y eut un silence, suivi d'un oui timide.

vendredi 12 mai 2017

A travers les millénaires - 48

— Qu'y-a-t-il ? L'aube pointe à peine.
Jem ne savait pas par où commencer pour avouer ses sentiments sans que Manfred puisse les mettre en doute.
— Geoffrey a raison sur le fait que je n'aurais pas dû me fait avoir aussi facilement, lança-t-il en guise de préambule.
— Mais non, c'est normal, tu avais envie d'y croire.
Jem le trouva adorable à être si compréhensif. Cela l'encouragea à poursuivre :
— J'aurais voulu que ce soit toi et pas lui qui vienne me retrouver dans la nuit.
— Je n'oserai jamais faire un truc pareil.
La question était de savoir si c'était parce que Jem n'était pas son genre ou si parce que ce n'était pas dans le caractère de Manfred faire ce genre de chose.
— Même si je t'y invite ?
Manfred ne répondit pas.
Jem reprit :
— Ce que je cherche à te dire, c'est que je suis amoureux de toi.
— Mais... Et ton âme-sœur ?
Sa voix hésitante trahissait le fait qu'il ne pensait pas pouvoir l'être.
— C'est toi, affirma Jem.
— Je croyais que tu avais besoin de voir pour savoir. C'est aujourd'hui qu'on te retire ton bandeau, non ?
— Oui, mais au début, ma vision ne sera que partielle, si j'ai bien suivi.
— Tu ferais mieux d'attendre. Tu ne m'as jamais vu. Je gagnerai haut la main à un concours de laideur.
Sans l'ombre d'un doute, son apparence de brûlé le gênait, même s'il s'efforçait de vivre au mieux avec.
— Et alors ? N'es-tu pas le premier à dire que les aveugles ont le droit aussi a une vie amoureuse ?
— Oui, et les monstres, aussi, confirma Manfred en soupirant.
— Le vrai problème, c'est tes sentiments à mon égard, dit Jem, puis il retint son souffle, dans l'expectative.
— Ton passé... Que tu te souviennes de tout, c'est génial. Vous avez de la chance le docteur Salomon et toi. C'est la preuve qu'il y autre chose que la guerre, la douleur et la mort. Et puis cet amour à travers les millénaires, je trouve cela très beau.
Ce n'était ni une déclaration ni un rejet. Jem aurait aimé pouvoir contempler les traits de son visage pour comprendre. Il devait hélas faire sans.
— Y-a-t-il un « mais » ?
— Il y a un risque assez élevé que je ne sois pas celui que tu espères. Nous devrions attendre.
— Je t'aime. Il n'y a pas besoin d'autres preuves. En plus, une fois que je serais complètement guéri, je ne pourrais plus rester ici.

jeudi 11 mai 2017

A travers les millénaires - 47

— Plutôt que d'abuser de Jem et de ses confidences, tu aurais mieux fait de t'adresser à une infirmière, elles sont gentilles et très compréhensives, chuchota Manfred.
— Elles acceptent de faire ce genre de choses ? demanda Geoffrey qui semblait ne pouvoir en croire ses oreilles.
— Certaines, oui.
L'idée de Manfred demandant cette faveur et se faisant sucer irrita Jem.
— Il n'empêche que s'il a vraiment une âme-sœur, il ne devrait pas se laisser tromper aussi facilement. Ce n'est pas de l'amour son truc.
Cette accusation de Geoffrey lui fit plus que mal que le coup qu'il lui avait donné et que la réalisation qu'il n'était pas son cher cœur. C'était vrai qu'aveugle, il avait accepté le premier venu...
Il ne protesta pas et le silence tomba entre eux.
— Reparlons de tout cela demain, suggéra Manfred tout bas.
— OK. Bonne nuit, marmonna Geoffrey.
Jem fut incapable de se rendormir après cela. Il écouta la respiration de Manfred ralentir et se faire régulière, puis Geoffrey se mettre à ronfler comme un bienheureux.
Il éprouvait cette envie absurde de rejoindre le grand brûlé dans son lit et de se justifier auprès de lui. Il ne savait pas exactement quoi lui dire, mais il voulait s'excuser de s'être montré aussi crédule. Il souhaitait aussi lui demander des précisions au sujet des infirmières, pas pour utiliser leurs services, non, mais plutôt pour lui proposer les siens... L'évidence lui apparut enfin : il aimait Manfred. Il était attiré par lui et sa personnalité rayonnante.  Il ne l'avait pas réalisé jusque là, trop obnubilé par la perspective de recouvrer la vue, sa seule manière d'identifier son âme-sœur. Mais quel besoin avait-il de ses yeux pour savoir une chose pareille ? Au tout début de leur histoire, des millénaires plus tôt, il était tombé amoureux de  Kuma tout simplement, sans souvenir de quoi que ce soit.
Il n'avait pas besoin d'attendre d'avoir recouvert la vue pour être sûr. Il lui suffisait d'écouter la voix de son cœur, la même qui lui avait indiqué que quelque chose clochait avec Geoffrey en dépit des affirmations de ce dernier.
Il finit par appeler doucement à voix basse le grand brûlé. Autour d'eux, le calme régnait encore. Il l'entendit remuer, puis bailler.