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jeudi 5 décembre 2019

Bleu Ciel Océan, le livre est disponible


Le livre Bleu Ciel Océan est disponible TheBookedition au prix de 6,72€ en papier et de 5,29€ en numérique.
141 pages dont 6 pages inédites bonus pour passer un moment de plus en compagnie de Lukas et Wata.

Notez qu'en ce moment et jusqu'au 31 décembre sur TheBookedition, la livraison en lettre suivie est à 0.01 € dès 15 € d'achat. 


jeudi 7 novembre 2019

Bleu Ciel Océan - 56 (fin)

— C’était lui qui voulait, mais j’aurais dû refuser et ne pas le laisser non plus se substituer à moi auprès de mes petits amis.
— C’est sûr que ce n’est pas sympa pour toutes les personnes que vous avez trompés. En même temps, qui peut prétendre ne jamais faire d’erreur ?
— Ils comme elles nous confondaient. C’était dur. Parfois, même nos parents se faisaient avoir.
— C’était un jeu de jumeaux.
— Nous aurions dû arrêter en grandissant.
— Tu comptes continuer ?
— Non, bien sûr que non ! Mais j’avoue, cela me fait plaisir que tu aies compris que ce n’était pas moi.
En d’autres termes, il ne désapprouvait pas totalement la supercherie de son frère, ce qui était irritant. En même temps, c’était compréhensible.
— Si je m’étais trompé, tu m’en aurais voulu et tu aurais rompu ?
— Non !
C’était un cri du cœur. Lukas décida de ne plus s’appesantir sur le sujet.
— Les démarches pour t’installer en France progressent ?
— Lentement.
— Je vais revenir te voir avant, alors.
— Mais ton travail ?
— Je suis mon propre patron, cela a des avantages.
Lukas pouvait toujours déléguer. Il le faisait de plus en plus depuis son séjour sur l’île déserte. Quand il avait disparu, ses employés avaient bien été obligés de mener la barque sans lui et ils s’étaient bien débrouillés. Il n’était pas aussi indispensable à sa propre entreprise qu’il avait bien voulu le croire, ce qui avait de quoi rendre humble, mais le mérite de se rendre compte qu’il pouvait se consacrer davantage à sa vie personnelle.
— Je t’aime, dit Wataru en français avec chaleur, et il tendit le bras vers Lukas comme pour le toucher.
Lukas aurait pu répéter les mêmes mots en écho, mais n’en fit rien, car entre eux, tout avait commencé des gestes, alors il forma un cœur avec ses mains.
Wataru lui adressa un sourire rayonnant de bonheur.
Lukas était heureux aussi.
Ils se regardèrent en silence, les yeux dans les yeux. L’avenir qui se dessinait devant eux s’annonçait d’un bleu radieux.



                                                          FIN

mercredi 6 novembre 2019

Bleu Ciel Océan - 55

— Bonjour, dit Wataru en français avec son adorable accent.
— Bonjour. Je tiens à t’informer que j’ai eu un visiteur hier. Ton frère.
Il n’était pas question de passer sous silence la venue de Ryuu et sa supercherie. Wataru avait le droit de savoir jusqu’où son jumeau était capable d’aller pour lui. S’il avait eu un frère jumeau, il aurait détesté qu’il emprunte son identité.
Wata repassa aussitôt en japonais.
— Je sais. Wataru m’a contacté tout à l’heure. Nous nous sommes expliqués.
Wata était à priori bouleversé et son débit s’accéléra au point que Lukas ne put saisir ses propos.
Il regretta les kilomètres qui les séparaient et qui l’empêchaient de le réconforter en le serrant dans ses bras. Sur l’île, cela avait été la seule chose qu’il pouvait faire, et à présent, il n’avait plus que les mots.
Il l’interrompit :
— Je te rassure, je l’ai reconnu tout de suite.
— Pardon pour mon frère.
— Tu n’es pas responsable de ses actions.
— Je l’envie d’être avec toi.
— Il est à l’hôtel pour le moment. Moi aussi je préférerai que ce soit toi qui soit là.
— Je ne vaux pas mieux que lui, pourtant, gémit Wataru.
Lukas ravala sa protestation spontanée en le voyant se frotter les tempes avec l’énergie du désespoir.
— Pourquoi affirmes-tu cela ? lâcha-t-il.
— Je me souviens.
Le ton était amer, fatidique.
— La mémoire t’est revenue ?
Lukas n’abordait presque jamais l’amnésie de Wataru, mais cette fois, impossible de s’en empêcher.
— En quelque sorte. Cela s’est fait de façon progressive. Certaines zones restent floues.
Wata paraissait catastrophé. Pas Lukas. L’épée de Damoklès suspendue au-dessus de leurs tête était tombé et Wataru ne l’avait pas oublié.
— Et tu étais si terrible que cela avant ?
— Je me suis fait passer pour lui auprès de ses petites amies.
Ryuu l’avait déjà mis au parfum là-dessus, mais sans précision aucune.
— A sa demande ou de ta propre initiative ?
Si c’était la seconde option, Lukas était d’avis en effet que c’était terrible, mais c’était dans le passé.

mardi 5 novembre 2019

Bleu Ciel Océan - 54

— Je suis désolé, dit Ryuu, mais c’est une bonne méthode...
— C’est surtout étrange et je doute que Wataru approuve.
— Il était loin d’être contre avant…
— Il jouait ton rôle auprès de tes petites amies ?
Ryuu but une gorgée.
— Quelquefois, oui.
— Ce ne devait pas lui plaire.
— Tu es riche, hein ? lança Ryuu, changeant de sujet de façon pour le moins abrupte.
Ce n’était pas une déduction difficile vu le standing de l’immeuble et le look de l’appartement.
— Oui, confirma Lukas, se demandant ce qui pouvait bien se passer dans la tête du jumeau de Wata.
— Mon frère ne l’a pas mentionné.
Lukas n’était pas sûr que Wata l’ait réalisé et lui-même ne s’en était pas vanté.
— Cela change quelque chose ?
— Je ne m’y attendais pas, c’est tout.
Lukas retint un soupir. Peut-être que si Ryuu jugeait qu’il était un bon parti, il allait l’accepter et cesser d’essayer de les séparer par tous les moyens possibles et inimaginables.
Lukas, lui, savait bien que Wata l’aimait pour lui-même dans la mesure où ils étaient tombés amoureux sur l’île alors qu’ils ne possédaient rien ni l’un ni l’autre si ce n’est les maigres effets qu’ils avaient sur le dos.
— J’aime Wataru, affirma Lukas.
— Même s’il t’oubliait ?
Le cœur de Lukas se serra douloureusement dans sa poitrine.
— Si cela devait arriver, je m’efforcerai de le reconquérir. Au moins, cette fois, je parlerai le japonais.
— Pas très bien, répliqua Ryuu.
Lukas décida qu’il avait subi assez longtemps la présence de cet invité non prévu et non désiré. Sa ressemblance avec Wata rendait encore plus douloureuse l’absence de ce dernier.
— Tu as une chambre à l’hôtel quelque part ?
— Oui.
Ce qui signifiait qu’il n’avait pas eu l’intention de terminer dans le lit de Lukas, qu’il aurait révélé son imposture ou trouvé une excuse bidon avant cela, c’était bon à savoir. Il se serait à priori en revanche laissé embrasser, ce qui était déjà trop.
— Je vais t’appeler un taxi.
— Merci, dit Ryuu du bout des lèvres.
— Tout le plaisir est pour moi, répliqua Lukas.
Il était trop content de se débarrasser de lui. Il était hélas trop tard au Japon pour pouvoir contacter Wata et bavarder avec lui. Il devrait patienter jusqu’au lendemain midi, l’heure de leur rendez-vous quotidien.

lundi 4 novembre 2019

Bleu Ciel Océan - 53

Lukas rentrait après une journée productive quand il repéra une silhouette familière au pied de son immeuble.
Wata.
Cela faisait déjà trois semaines qu’ils ne s’étaient pas vus autrement que par écrans interposés et il lui manquait terriblement.
Sur le moment, il ne réfléchit à rien, il se contenta de le rejoindre en quelques enjambées et de l’enlacer.
Wata lui sourit, mais pas avec les yeux. Lukas qui s’apprêtait à l’embrasser s’arrêta dans son geste.
Il le regarda mieux. En dépit de son sweat-shirt avec un personnage coloré, sa posture n’avait rien de familier.
Il le relâcha, peinant malgré tout à croire que le jumeau de Wataru ait eu le culot de venir lui jouer la comédie jusqu’en France.
— Ryuu, qu’est-ce que tu fais-là ?
Le Japonais se raidit.
— Comment as-tu su ?
— Vous êtes différents.
Lukas aurait pu le renvoyer comme un malpropre. Il l’aurait mérité, mais discuter debout sur le trottoir n’avait rien de pratique ou confortable et vu le voyage qu’il avait accompli, il méritait cette courtoise. Il l’invita à monter chez lui et fit même l’effort de lui offrir à boire, chose que Ryuu accepta tout en regardant de façon admirative l’appartement de Lukas.
Lukas lui tendit le verre et attaqua :
— Pourquoi n’arrêtes-tu pas de vouloir te faire passer pour ton frère ? Je veux bien que tu ne m’apprécie pas et que tu n’approuves pas notre relation, mais c’est excessif. Non, vraiment, c’est quoi le but ?
— Les autres copains de mon frère, ils se sont tous fait avoir. Toi aussi, d’ailleurs la première fois…
Apparemment, c’était une espèce de test tordu.
— Attends, c’est à peine si je t’ai vu avant que tu ne refermes la porte et je ne savais même pas qu’il avait un frère jumeau. En tout cas, maintenant, tu sais que cela ne marche pas avec moi.
— Comment m’as-tu reconnu ? demanda encore Ryuu avec insistance.
— Vous n’avez pas le même langage corporel.
Observer Wata sur l’île pour le comprendre avait été une nécessité. Le distinguer de Ryuu n’avait rien eu de compliqué.
Ryuu se frotta la nuque, enfin embarrassé. Il ressemblait plus à Wataru avec ce visage-là. Sa gestuelle n’était pas la même malgré tout.
Même quand le bleu du ciel se confondait avec celui de l’océan, il demeurait différent.

vendredi 1 novembre 2019

Bleu Ciel Océan - 52

— Ma mère a hâte de te rencontrer, annonça Lukas à Wata dès le lendemain.
— Elle est au courant pour nous ? demanda-t-il en écarquillant les yeux.
— Je ne te fais pas venir en France pour te cacher dans un placard.
— Oui… Merci.
— Elle n’est pas la seule à être impatiente que tu viennes. Je voudrais que tu sois déjà à mes côtés.
Wata n’était peut-être pas aussi pressé que lui. Lukas avait conscience que changer de pays n’avait rien d’anodin. Par moments, il s’interrogeait. C’était peut-être lui qui aurait dû emménager au Japon. Sa mère vivait en France et son entreprise y était basée, mais Wata, même s’il pouvait dessiner de n’importe où devrait composer avec le décalage horaire. Sans compter qu’il avait également de la famille au Japon. Qu’il l’ait oublié n’était pas une raison pour le déraciner.
Lukas reprit :
— Si tu préfères finalement rester au Japon, je comprendrai.
— Mon responsable éditorial est partant. Il m’imagine déjà en train de dessiner mes mésaventures en France, de rapporter de façon comique les différences culturelles et tout ça.
— Et toi ?
— Moi, j’ai envie que nous soyons à nouveau ensemble. L’endroit m’importe peu.
— Je te promets de tout faire pour que tu te plaises en France. Si mon appartement ne te plaît pas, nous nous installerons ailleurs ou tu pourras redécorer.
Lukas était prêt à tout faire pour que Wata se sente bien une fois qu’il serait là.
— Ce ne sera sûrement pas nécessaire, dit Wataru alors qu’il n’avait pas la plus petite idée d’à quoi ressemblait le logis de Lukas vu que ce dernier le contactait à l’heure du midi dans les locaux de son entreprise.
Il n’avait certes aucune raison qu’il n’apprécie pas, mais Lukas voulait que Wata sache que c’était possible. Il avait été égoïste en demandant à ce que Wata le rejoigne, mais s’il avait vraiment fallu qu’il s’installe à l’autre bout du monde, il l’aurait fait.

jeudi 31 octobre 2019

Bleu Ciel Océan - 51

Peu après son retour, Lukas rendit visite à sa mère avec l’intention de confier ses sentiments au sujet de Wata. C’était sérieux entre eux et il n’était pas question de cacher plus longtemps à sa mère qu’il avait trouvé la personne avec laquelle il souhaitait partager son existence.
— Alors, ton voyage au Japon ? demanda sa mère, une fois qu’ils furent installés dans le salon.
— C’était bien. J’ai revu Wata. Enfin, Wataru. Le Japonais avec lequel j’ai vécu sur l’île.
Il aurait pu se passer de le préciser, il n’y avait aucune chance que sa mère ait oublié, mais même en la sachant ouverte d’esprit, il appréhendait un peu de lui révéler ce que représentait Wata pour lui. Il allait après tout mettre fin à ses espoirs d’avoir des petits enfants.
— Il s’est bien remis ?
— Oui, même si ses souvenirs ne lui sont pas revenus.
Lukas se rendit compte qu’il tergiversait faute de savoir comment aborder le sujet avec délicatesse.
Heureusement sa mère ne perdait pas le nord sur les choses qui lui tenaient à cœur et lui tendit en tout innocence une perche.
— Tu as rencontré une jolie Japonaise ?
— Non, mais je suis tombé amoureux de Wataru.
Sa mère eut un hoquet surpris.
— Tu plaisantes… commença-t-elle. Non, tu es sérieux, rectifia-t-elle d’elle-même. Mais aux dernières nouvelles, tu n’as jamais été intéressé par les hommes… Si ?
— En effet, mais une personne ne se résume pas à son sexe et j’aime Wata.
— Ah, tu es pansexuel.
Ce fut au tour de Lukas d’être étonné. Le terme lui était inconnu. Pour le coup, sa mère en savait plus que lui.
— Hein ?
— C’est le terme utilisé par ceux qui sont attirés par les gens indépendamment de leur sexe ou genre.
C’était une étiquette comme une autre, songea Lukas et elle semblait mieux coller que d’autres. Il mit de côté l’information.
— Tu n’es pas déçue ? s’enquit-il.
— Pourquoi le serais-je ? Je suis surtout contente que tu aies enfin quelqu’un dans ta vie, mon chéri.
— Que nous soyons deux hommes compromet tes plans d’avoir des petits enfants, avança-t-il prudemment.
— Vous pourrez toujours adopter, décréta sa mère. En Belgique, la gestation pour autrui est possible.
Elle était impayable et il avait eu tort de s’inquiéter ne serait-ce que légèrement de sa réaction.
Elle accueillerait Wata à bras ouverts. Lukas ne pouvait en dire autant de la famille du Japonais. Enfin, il n’avait pas encore eu l’occasion de faire connaissance avec ses parents. Ils seraient peut-être moins hostiles que le jumeau. Ils pouvaient difficilement l’être plus en tout cas.

mercredi 30 octobre 2019

Bleu Ciel Océan - 50

La dispute entre les deux frères prenait un vilain tour. L’air furieux de Wata promettait le pire. Avant qu’il ne dise quelque chose qu’il aurait du mal à reprendre et regretterait à son frère, Lukas l’embrassa. Et tant pis pour le spectateur !
Ryuu fut suffoqué, puis marmonna quelque chose sur « ces barbares d’étranger. »
Le baiser s’acheva. Wata cligna des yeux. La colère avait laissé place au désir. Lukas ne demandait pas mieux que d’y répondre, mais encore fallait-il se débarrasser de Ryuu.
Wataru s’en chargea avec les formes.
— Ryuu, que je déménage ou non, cela ne va pas se faire en deux jours, alors en attendant, laisse-moi profiter de Lukas qui n’est au Japon que pour quelques jours.
Ryuu quitta les lieux, non sans une dernière mise en garde à l’égard de son frère.
— Tu ne parles pas un mot de français. Comment te dérouilleras-tu là-bas ? Tu seras complètement dépendant de lui.
— Je suis en train d’apprendre, rétorqua Wata avant de claquer la porte sur son jumeau.
Décidément, Wata était un cachotier. Ses mangas. L’autobiographique comme l’érotique. Son apprentissage de la langue française… Cela aurait peut-être dû inquiéter Lukas que Wata ait autant de secrets, excepté qu’ils n’avaient rien de négatifs. Quelque part, cela contribuait à son charme.
— On peut se parler en français plutôt qu’en japonais, si tu veux t’entraîner.
— Je ne suis qu’au début du manuel, murmura Wata avec embarras.
— Je t’aime, dit Lukas en français.
Les yeux de Wata brillèrent. Il lui dit la même chose avec un accent aussi terrible que craquant.
A l’exception d’une sortie pour remplir le réfrigérateur et les placards, ils passèrent le restant du séjour de Lukas dans l’appartement de Wata, l’hôtel oublié. Il y étaient seuls comme dans leur île, sans le bleu  du ciel et avec tout le confort moderne. Ryuu eut la bonne grâce de ne pas revenir à l’improviste.
Ils firent l’amour à de nombreuses reprises et se parlèrent en japonais comme en français, même si Wata n’avait pas menti en prévenant qu’il débutait.
Ils se dirent au revoir sur place plutôt qu’à l’aéroport. Même en sachant que Wata allait effectuer les démarches nécessaires pour le rejoindre en France, ce fut un véritable arrachement.

mardi 29 octobre 2019

Bleu Ciel Océan - 49

Lukas s’interrompit un instant le temps de mettre du lubrifiant sur ses doigts pour préparer Wata dont les gémissements de plaisir étaient enivrant. Lukas enfila à la hâte un préservatif et le pénétra centimètre par centimètre. Enfin, il fut à l’intérieur. C’était si bon qu’il faillit éjaculer sur le champ comme un adolescent, mais se contrôla in extremis. Il resta immobile autant pour se calmer que laisser à Wata le temps de s’habituer, puis les yeux dans les yeux, ils bougèrent de concert jusqu’à trouver le rythme parfait, celui qui les conduit à la jouissance.
Lukas se retira, ôta le préservatif qu’il posa sans cérémonie par terre et enlaça Wata sans se soucier du sperme qui maculait son ventre. Wata eut un soupir de bien-être significatif.
Ils se douchèrent ensemble, se caressant à nouveau, mais sans aller jusqu’au bout et mangèrent ensemble leur premier repas partagé qui ne soit pas à base de coco et de poisson !
— Tu veux visiter Tokyo ? demanda Wata.
— Non, pas vraiment.
Lukas n’avait jamais eu l’intention de jouer les touristes. Il était venu voir Wata pas la ville et à présent, tout ce qu’il désirait explorer, c’était le corps de Wata.
Ils demeurèrent donc dans leur bulle jusqu’à ce que Ryuu débarque et l’éclate.
Il avait beau avoir le même visage que Wata, il n’avait rien d’adorable et Lukas finit par arrêter d’être poli pour le remettre à sa place et dans le processus, il eut le malheur de révéler que Wataru allait s’installer en France. C’était une affirmation présomptueuse dans la mesure où Wata ne s’était pas encore décidé sur la question, mais ce n’est pas lui qui s’insurgea.
— C’est n’importe quoi. Vous vous connaissez à peine, protesta Ryuu.
— Tu ne comprends pas, riposta Wata. Ce que nous avons vécu sur l’île, Lukas et moi…
Ryuu le coupa, empêchant également Lukas d’en placer une :
— Votre aventure était peut-être intense, mais ce n’était pas réel.
On voyait que ce n’était pas lui qui avait été privé de tout pendant des semaines durant. C’était cependant leurs sentiments que Ryuu remettait en question et là-dessus, il n’avait pas tort. Lukas, lui aussi, avait douté de ce qu’il ressentait pour Wata, seulement le retour au monde civilisé n’avait rien changé. Leur lien avait perduré.
— Tu n’en sais rien, répliqua Wata.
— Tu ne vas pas renoncer à tout pour un étranger. Ce n’est pas toi.

lundi 28 octobre 2019

Bleu Ciel Océan - 48

— Passe-moi la suite de ton manga, s’il-te-plaît.
Lukas voulait absolument savoir ce qu’il avait imaginé pour leur histoire d’amour, même si ce n’était pas vraiment eux.
— Cela devient assez vite…
Il ne termina pas, mais à son adorable air embarrassé, il n’était pas dur de deviner la fin de sa phrase.
— Oui, je me doute.
Il y avait là une opportunité en or d’en apprendre plus sur les fantasmes de Wata.
Le second chapitre était effectivement chaud. Entre une cueillette de noix de coco et une séance de pêche, leurs versions de papier s’en donnaient à cœur joie entre caresses dans la mer et fellation contre un palmier suivi d’une pénétration sans préparation ni préservatif. Ce n’était pas réaliste pour un sou, mais émoustillant.
Lukas détacha son regard des dessins pour jeter un coup d’œil à Wata dont la respiration s’était accélérée. Il devait être excité, tout comme lui.
Lukas l’attira à lui et le poussa à s’asseoir sur ses genoux. Il pointa la case où leur alter ego étaient en pleine action, intiment liés.
— Tu voudrais cela ?
Wata eut un bref hochement de tête et se leva des genoux de Lukas qu’il entraîna dans sa chambre, récupéra un préservatif et un tube de lubrifiant qu’il jeta sur le futon.
La parole était redevenue superflue. Ils se déshabillèrent. Wata vibrait d’une impatience mêlée de nervosité que partageait Lukas. Il n’était pas un total novice en matière de sodomie vu qu’il avait eu l’occasion d’expérimenter avec quelques femmes portées sur la chose, mais c’était différent, c’était Wata et Lukas était conscient que c’était en quelque sorte sa première fois. Wataru avait probablement de l’expérience, mais Wata ne s’en souvenait pas aux dernières nouvelles. L’excitation de Lukas augmenta d’un cran à l’idée qu’il allait lui prendre sa seconde virginité.
Ils s’embrassèrent longuement, accrochés l’un à l’autre, puis Wata lui mordilla le lobe de l’oreille et le creux du cou.
Ils s’allongèrent. Lukas sema un chemin de baisers jusqu’au pénis de Wata qu’il enserra dans sa main droite, insinua sa gauche entre ses cuisses jusqu’à la raie de ses fesses, massant l’entrée de Wata qui émit des plaintes délicieuses.

vendredi 25 octobre 2019

Bleu Ciel Océan - 47

— Je dessine aussi un autre manga.
Il lui mit entre les mains un autre magazine dont la couverture annonçait la couleur du contenu avec deux éphèbes à moitié dévêtus  enlacés dans une brûlante étreinte.
Après feuilletage, le caractère érotique de la revue se confirma. Les yeux de Lukas s’arrêtèrent sur une case où un jeune homme allait en pénétrer un autre, leurs pénis réduits à de vagues formes blanches. C’était une forme de censure pour le moins étrange et un rappel que la culture japonaise différait de la française.
Wata posa soudain une main sur son poignet.
— Attends, je vais te mettre au bon endroit.
Il tourna les pages à la place de Lukas jusqu’à une page avec une plage et des cocotiers.
Une gracieuse créature androgyne était étendue  sur le sable, les vagues léchant ses pieds. Un homme à la large carrure qui entretenait un air de ressemblance avec Lukas, s’agenouillait à ses côtés et entreprenait de lui faire du bouche à bouche.
— C’est une version romancée, murmura Wata avec nervosité.
— Tu aurais voulu que les choses se passent ainsi ? demanda Lukas, espérant le détendre en le taquinant.
— Non… Non... Je suis désolé.
— Pourquoi ? Tu ne cites pas mon nom. Cela ne me cause aucun tort, dans un cas comme dans l’autre.
— Tu n’es pas fâché ?
— Non. Je suis surtout étonné que ton frère soit au courant que tu dessines ce genre de manga érotique et les lises.
— Je crois que nous étions très proches avant la croisière et ma perte de mémoire.
C’était souvent le cas avec les jumeaux et cela d’ailleurs excusait en partie le comportement de Ryuu. Et c’était peut-être parce que Ryuu avait conscience que désormais c’était Lukas qui connaissait le mieux Wataru qu’il ne l’appréciait guère.
Si un jour Wata l’oubliait, lui et leur séjour sur l’île, Lukas doutait le vivre bien. Il ne voulait toutefois pas que cette peur le contrôle. Ils étaient ensemble maintenant, pour le meilleur et pour le pire.
Le Wataru qu’il avait rencontré n’était sûrement pas pas exactement le même qu’avant son amnésie, mais de toute façon personne ne pouvait prétendre ne pas évoluer au cours de son existence. L’île et Wata avaient d’ailleurs changé Lukas.

jeudi 24 octobre 2019

Bleu Ciel Océan - 46

Il était adorable et Lukas lui donna un baiser que Wata lui rendit avec enthousiasme, sans que les choses n’aillent plus loin pour autant.
Wata devait être aussi d’avis qu’il était important qu’ils discutent.
— Ce qu’a dit mon frère… Cela ne te dérange pas que j’utilise notre histoire pour mes mangas ?
Sur le principe, non. C’était normal que cela inspire Wata. Après, c’était difficile à dire sans avoir vu ce qu’il avait dessiné.
— Tu veux bien me les montrer ?
— Oui… Quand nous retournerons chez moi.
Lukas acquiesça.
— Je me douche et allons-y.
Sans être vraiment pressé de découvrir les mangas de Wata, Lukas était curieux et aussi désireux de tranquilliser Wata qui avait l’air de culpabiliser à fond.
Le mieux était de tirer l’affaire au clair au plus vite et de mettre ça derrière eux. Il doutait que Wata l’ait ridiculisé d’une façon ou d’une autre dans ses dessins.
Wata tint à lui faire emprunter les transports en commun pour le ramener chez lui. Ils n’échangèrent que quelques commentaires d’ordre pratique dans le wagon bondé et dans les rues animées.
Une fois dans l’appartement, Wata sortit immédiatement le magazine dans lequel était publié leur aventure sur l’île.
Lukas s’assit sur une chaise tandis que Wata restait debout, à regarder par dessus son épaule pour guetter sa réaction.
Si Lukas commençait à connaître les hiraganas et les katanas, il ne pouvait prétendre lire le japonais, pas alors que les kanjis demeuraient indéchiffrables en l’absence de furiganas, les dessins étaient heureusement assez parlant et sa version de papier barbu avait une bonne bouille. Il sourit en voyant son double dessiné jeté son harpon de fortune d’un geste furieux sur le sable, frustré d’avoir échoué une fois de plus à attraper un poisson.
Il n’y avait là rien de compromettant ou de gênant.
Lukas était surtout admiratif de la manière dont Wata avait réussi à croquer leur vie sur l’île.
Il feuilleta différents numéros de plus en plus fasciné par le travail de Wata. Il remarqua que leur rapprochement physique était suggéré sans être montré, même s’il était peut-être verbalement explicité.
Lukas complimenta Wata qui parut ne plus savoir où se mettre.

mercredi 23 octobre 2019

Bleu Ciel Océan - 45

Il restait à savoir si Wata partageait ses sentiments, si ce n’était pas juste de l’attirance sexuelle pour lui. Lukas soupçonnait que non, mais peut-être était-ce arrogant de sa part. Wata avait après tout mis plusieurs jours avant de reprendre contact avec lui et n’avait pas paru attendre plus que de l’amitié de la part de Lukas. Leurs faces à faces via webcams interposées n’avaient jamais pris un tour intime, même si Lukas avait songé à plus d’une reprise à lui demander de se déshabiller et de se caresser pour lui.
Dans ses bras, Wata remua. Il devait souhaiter faire un brin de toilette et rentrer à son appartement.
Lukas le retint.
— Je… commença-t-il sans finir.
Entre la fatigue du voyage et le décalage horaire, le sommeil le gagnait et parler en japonais lui était plus difficile, et il avait également plus de peine à le comprendre.
Il ne saisit pas les propos de Wata et le lâcha à contre-cœur, luttant pour rester réveillé.
Avant de sombrer, il se rappela toutefois de la bonne formule pour déclarer son amour.
Quand il émergea, beaucoup plus tard, il eut la bonne surprise de constater que Wata était toujours là. Rhabillé, il contemplait la vue par la fenêtre de la chambre.
Lukas le rejoignit dans le plus simple appareil. L’attention de Wata se reporta immédiatement sur lui.
— Je t’aime aussi, annonça Wata et il pressa ses lèvres sur le torse de Lukas, au niveau de son cœur.
Un sentiment de joie et de bonheur envahit Lukas. Apparemment, il avait trouvé l’énergie de prononcer « ai shiteru » avant de s’endormir comme une masse.
Ils s’embrassèrent. La verge de Lukas palpita, prête pour une second round, mais Lukas se contint. Il lui semblait qu’ils avaient besoin de poser davantage de mots sur leur relation avant de laisser à nouveau leurs corps parler.
— Tu serais prêt à déménager en France ? Je veux dire, tu peux dessiner de n’importe où, n’est-ce pas ?
C’était brutal comme question, mais pour le moment son niveau de japonais ne lui permettait pas de la jouer fine.
L’essentiel était que Wata comprenne que Lukas souhaitait qu’ils soient ensemble et pas uniquement pour le temps de son séjour ou pour une relation à distance avec des kilomètres entre eux comme ces derniers mois.
— Je ne sais pas. Peut-être. Oui.

mardi 22 octobre 2019

Bleu Ciel Océan - 44

Lukas sentit l’érection de Wataru qui ne put manquer la sienne.
Wata gémit son prénom contre ses lèvres, souple entre ses bras.
Avide de contact direct, Lukas glissa ses mains sous le t-shirt robot et remonta jusqu’aux tétons qu’il titilla avec ses pouces.
— Lu… kas, souffla Wata.
Lukas localisa l’emplacement du lit, souleva Wata et l’y déposa. Il ôta ses vêtements à la hâte sans se soucier d’où ils atterrissaient et s’allongea face à Wata qu’il aida à se déshabiller.
Wata était haletant et brûlant. Ses mains gracieuses coururent sur le corps de Lukas comme s’il cherchait à en retracer les lignes.
Lukas le laissa faire, puis reprit le contrôle de leur étreinte, se collant à lui et le caressant avec fièvre.
Ce n’était pas assez. Il voulait s’enfoncer en lui et le faire sien. Seulement, il n’avait emporté avec lui ni préservatif ni lubrifiant. Il n’avait pas prévu le désir ardent qui l’assaillirait en retrouvant Wata qui n’était de toute façon peut-être pas réceptif au sexe anal.
Il caressa le membre de Wata d’une main, soupesa ses bourses de l’autre, avant de masser son périnée. Il descendit plus bas, effleurant l’anus de Wata qui écarta aussitôt les jambes et leva même les fesses pour lui donner un meilleur accès.
Son impatience mêlée de ferveur fit sourire Lukas. Il lécha son index et le plongea à l’intérieur, sans quitter du regard Wata, puis il se pencha pour embrasser le pénis de Wata avant d’en sucer le bout. C’était une sensation étrange et inédite, mais qui n’avait rien de déplaisant et les plaintes de Wata était une douce musique à ses oreilles.
— Lukas, je…
Il était au bord de la jouissance, devina Lukas. Il libéra la verge brûlante de Wata et se mit à se frotter son propre sexe contre dans un mouvement de va-et-vient identique à celui qu’il effectuait avec son doigt.
Wata éjacula dans un air d’extase qui eut raison de Lukas.
Pantelant, il retira son index, s’écroula sur le côté pour ne pas écraser Wata, puis l’attira contre lui de façon à ce qu’il s’allonge sur lui et garda une main possessive au creux de son dos.
Lukas l’aimait. Ce n’était pas juste du sexe, cela avait toujours été plus que cela et c’est pour cela que sur l’île, chaque orgasme partagé avait été aussi intense.
Non, ce n’était pas parce que Wata avait été l’unique option sur l’île déserte que Lukas s’était mis à le désirer alors même que c’était un homme, mais parce que c’était lui, tout simplement.

lundi 21 octobre 2019

Bleu Ciel Océan - 43

Lukas aurait probablement dû avoir pitié du jumeau de Wataru, car cela avait dû être terrible de croire son frère mort, puis finalement le retrouver amnésique, une part de lui disparue, mais tout ce qu’il voyait c’était la manière courageuse dont Wata avait accepté sa perte de mémoire.
— Allons boire un verre, déclara Ryuu.
Lukas était fatigué et n’avait pas la moindre envie de ressortir, si ce n’est pour se rendre à son hôtel. Wata avait bien proposé de l’héberger chez lui, mais Lukas avait préféré refuser de peur de le déranger dans la mesure où ce n’était pas seulement son lieu de vie, mais aussi de travail.
— J’ai des boissons et des trucs pour manger ici, répliqua Wataru.
— Parfait ! s’exclama Lukas.
Ryuu grommela, mais dut s’incliner. Ils étaient à deux contre un. Il ne fit pas pour autant signe de partir au grand dam de Lukas qui mourait d’envie d’être seul avec Wata comme ils l’avaient été sur l’île.
Non content de rester, Ryuu monopolisa la parole. Lukas dut répondre à ses questions qu’il était souvent de surcroît souvent obligé de lui faire répéter.
Ryuu ne faisait en effet aucun effort pour parler lentement en utilisant du vocabulaire simple, à la différence de Wata.
Quand Ryuu lui suggéra de gagner son hôtel, Lukas était trop épuisé pour se battre. Il était clair que Ryuu ne le portait pas dans son cœur et souhaitait le tenir à distance de son frère, même si Lukas ne voyait pas pour quelles raisons, hormis une éventuelle xénophobie.
— Je vais t’accompagner, dit Wataru.
— Tu ne devrais pas dessiner plutôt ? rétorqua Ryuu.
— Non.
Wataru passa le trajet en taxi jusqu’à l’hôtel à s’excuser auprès de Lukas pour l’attitude de son frère.
Lukas finit par lui assurer qu’il n’avait pas été gêné, résistant à l’impulsion de l’embrasser pour le faire taire. Il ne souhaitait pas plus se donner en spectacle au chauffeur de taxi qu’à Ryuu, mais en vérité, il avait de plus en plus de mal à se retenir de capturer les lèvres couleur pêche.
Quand ils furent enfin seuls dans sa chambre d’hôtel où Wata avait tenu à le suivre sans se soucier de ce que pourrait penser l’hôtesse d’accueil,  Lukas ne prêta aucune attention au décor, n’ayant d’eux que pour Wataru qui avait cessé de parler.
Lukas n’y tint plus, il se pencha et goûta à nouveau à la bouche de Wata, d’abord doucement, puis de plus en plus passionnément, jusqu’à l’attraper pour le presser contre lui.

vendredi 18 octobre 2019

Bleu Ciel Océan - 42

Derrière Wata se tenait le fameux frère en chemise et jeans qui lui ressemblait comme deux gouttes d’eau. Son jumeau. Wataru ne l’avait pas précisé.
Lukas aurait pu demander des comptes au frère de Wata pour le sale tour qu’il venait de lui faire, sauf qu’au final, cela n’avait pas d’importance.
Il enlaça Wataru, luttant contre l’envie de prolonger l’étreinte, puis serra la main du jumeau, Ryuu.
La différence de ressenti le frappa. Ryuu, pourtant physiquement identique à Wata, ne provoquait aucune réaction chez lui. Il ne put analyser plus avant, ayant besoin de toute son attention pour comprendre ce qui se disait.
— Il ne ressemble pas vraiment à la façon dont tu le dessines, lança Ryuu.
— Dans ce genre de manga, c’est rare qu’on utilise un trait réaliste, objecta Wata.
Lukas fut surpris. Wata lui avait caché dessiner un manga où il figurait, un que son frère lisait… Il est vrai que leur expérience sur l’île constituait un sujet en or.
Lukas n’avait hélas pas réussi à le convaincre de lui montrer la moindre de ses œuvres. Il n’avait pas insisté dans la mesure où il s’était rendu compte qu’apprendre à lire le japonais promettait d’être beaucoup plus long que de le maîtriser à l’oral.
— Il est plus reconnaissable dans la version pornographique de votre histoire.
Sûrement, Lukas devait avoir mal entendu, se tromper. Ou peut-être pas vu comme Wata s’était figé comme une biche entre les phares d’une voiture.
— Qu’est-ce que tu racontes ? demanda-t-il à son frère d’une voix faible.
Qu’elle que ce soit la vérité dans les propos de Ryuu, une chose était certaine : c’était une sacré fouteur de merde.
La curiosité de Lukas était piquée, mais il interrogerait plus tard Wata, entre quatre yeux, après avoir vérifié certains mots sur l’application dictionnaire qu’il avait sur son téléphone.
— Je doute que Wata me dessine autrement que séduisant.
Il n’était pas encore habitué à l’appeler par son véritable nom.
Le surnom fit grimacer Ryuu, mais Wataru sourit. Il n’était jamais contrarié que Lukas s’en serve. Si jamais Lukas employait un mot doux, cela lui plairait peut-être encore davantage. Cela mériterait d’être tenté une fois que l’encombrant jumeau aurait débarrassé le plancher.

jeudi 17 octobre 2019

Bleu Ciel Océan - 41

Wata lui avait proposé de venir le chercher à l’aéroport, mais Lukas avait refusé. Cela ne lui posait pas de problème de payer un taxi pour le conduire directement à bon port.
Après de longues heures d’avion, fatigué par le décalage horaire et impatient de retrouver Wata, Lukas sonna à la porte de l’appartement de ce dernier.
Le jeune homme qui n’en était pas vraiment un – il peinait à s’en remettre tellement il semblait jeune – lui ouvrit vêtu d’une chemise et d’un jeans qui différait de son look décontracté habituel. Il ne lui adressa pas un sourire, le jaugeant du regard comme s’il ne l’avait jamais vu auparavant. Cela fit froid dans le dos à Lukas.
C’était comme si son cauchemar où Wata recouvrait la mémoire au prix de celle du temps passé sur l’île s’était réalisé.
— C’est pour quoi ?
Lukas se répéta les mots dans sa tête pour être sûr d’avoir bien compris. Résultat, avant même qu’il ait eu le temps de formuler une réponse, Wataru refermait déjà la porte.
— Vous avez dû vous tromper d’adresse.
Lukas se retrouva comme un idiot sur le pallier, sa valise à ses pieds.
Ce n’était pas possible. Ce devait être une mauvaise blague. Quelles étaient les probabilités que Wataru ait des problèmes de mémoire aujourd’hui alors que la veille encore, il affirmait à Lukas qu’il était impatient qu’il vienne ? La coïncidence était par trop énorme.
La porte ne se rouvrit pas. Lukas ne tourna pas les talons pour autant. Il n’allait pas renoncer comme ça. Quand bien même il serait redevenu un étranger pour Wata, il voulait passer un moment en sa compagnie sans écran et des milliers de kilomètres entre eux.
Il lui téléphona.
Wata ne décrocha pas.
Lukas patienta et refit une nouvelle tentative qui fut couronnée de succès.
— Lukas, où es-tu ? demanda Wata d’une voix essoufflée.
Non, il ne l’avait pas oublié, ce qui rendait encore plus mystérieuse la comédie d’un peu plus tôt. A moins que la mémoire de Wata ne lui joue parfois de sales tours…
— Devant chez toi.
— Vraiment ?
— Oui.
— Pardon, j’étais sous la douche. Mon frère avait promis de t’accueillir. Je suis désolé. Il tenait à te rencontrer. Je lui avais demandé de te laisser le temps d’arriver, mais…
Wataru mit soudain fin à la communication et apparut dans l’embrasure, cheveux mouillés et pieds nus, portant un pantalon de jogging d’un bleu délavé et un t-shirt avec un énorme robot multicolore.

mercredi 16 octobre 2019

Bleu Ciel Océan - 40

PARTIE 3 : REUNION
Lukas était loin de maîtriser toutes les subtilités de la langue japonaise, mais il jugeait en savoir désormais assez. Toute l’énergie qu’il avait auparavant employée dans ses affaires, il l'avait utilisée à apprendre pour pouvoir parler avec Wataru.
Le séjour forcé sur l’île avait remis les choses en perspective. Il comprenait enfin ce que sa mère avait toujours essayé de lui dire. A trop privilégier sa vie professionnelle, il avait eu tendance à négliger sa personnelle, ou plutôt il avait si bien mélangée les deux qu’il ne s’était pas rendu compte qu’il n’en avait pas vraiment.
Il était allé plus souvent chez sa mère depuis son retour. Il lui avait raconté une version édulcorée de ses semaines de Robinson. Il avait bien sûr mentionné Wataru sans toutefois préciser le tour qu’avait pris leur relation. Il ne craignait pas que sa mère le juge mal. Il la savait ouverte d’esprit. S’il ne s’était pas confié à elle, c’est parce que lui-même ne savait pas exactement où il en était avec le jeune homme qui n’en était en fait pas un.
Wata comptait énormément pour lui et il lui manquait, mais en même temps les femmes éveillaient toujours son désir sans qu’il ait envie d’en séduire aucune et les hommes le laissaient indifférent, hormis Wata. Il était comme l’exception qui confirme la règle. Au fond, Lukas n’avait pas besoin de se catégoriser – hétéro ou homo –  il pouvait laisser ce soin aux autres.
Indépendamment de ces histoires d’étiquettes, il en était venu à la conclusion que seul revoir Wata en chair et en os lui permettrait de savoir où il en était. L’un comme l’autre avaient l’embarras du choix maintenant qu’ils étaient de retour dans le monde civilisé et lors de leurs échanges via webcam, Wataru n’avait pas paru vouloir plus que de son amitié.
En même temps, Lukas n’avait pas abordé la question lui-même. Il pouvait toujours prétendre que c’était par manque de vocabulaire, en vérité, c’est qu’il ne savait pas quoi dire. Il avait peine à s’expliquer à lui-même son attirance pour Wata.  Il était en revanche évident qu’il y avait une connexion entre eux, le partage d’une expérience assez unique en son genre que le retour à la normale ne pouvait effacer.

mardi 15 octobre 2019

Bleu Ciel Océan - 39

Quelques jours plus tard, lors de leur communication quotidienne, Lukas annonça soudain :
— Je vais venir au Japon.
Le cœur de Wataru s’emballa.
— Pour ton travail ? demanda-t-il,  malgré tout, conscient que ce n’était pas forcément pour lui.
Lukas avait réussi à  lui expliquer lors d’une précédente conversation qu’il voyageait parfois pour ses affaires.
— Non, pour te rendre visite.
Wataru ne cacha plus sa joie. Même si ce n’était qu’en tant qu’amis, ils allaient être à nouveau ensemble.
— Combien de temps penses-tu rester ?
— Cinq jours.
Suivant les dates de rendus, Wataru n’aurait peut-être pas beaucoup de temps à consacrer à Lukas.
— Tu as déjà pris tes billets d’avion ?
— Oui.
Son jumeau se trompait vraiment sur le compte de Lukas. Ses progrès en japonais étaient remarquables et plus ils parlaient ensemble, plus Lukas se révélait le même que sur l’île. Il n’était pas sans défaut, il était très directif, par exemple, mais Wataru appréciait cela chez lui.
Il se promit de travailler d’arrache-pied afin de prendre de l’avance sur ses planches et d’être disponible quand Lukas serait au Japon. Il voulait pouvoir profiter pleinement de sa présence.
— Tu as déjà été à Tokyo ?
— Non, jamais.
— Je vais pouvoir te faire découvrir la ville, alors...
C’était parfois frustrant de se souvenir de choses générales et d’avoir oublié sa vie personnelle, mais il était bien obligé de faire avec, d’aller de l’avant. Hélas, constamment, il était obligé de faire face à son moi passé que ce soit à travers son jumeau, les mangas qu’il avait dessiné, et les objets de son appartement. Qu’il ait oublié son passé ne l’effaçait pas pour autant.
Il avait retrouvé des photos de couple datées d’il y a trois ans dans un dossier sur son ordinateur. Il n’avait à priori pas eu de petit ami après cela, pas un qui ait laissé de trace en tout cas. Il s’était peut-être contenté de sa main droite et du joujou du tiroir de sa commode, à moins qu’il s’en soit tenu à des relations sans lendemain.
C’était impossible à savoir. Mais il n’y avait que deux solutions : s’énerver et pleurer face à ce qu’il avait perdu ou y voir une chance de repartir de zéro. Il préférait la seconde option et en même temps, l’infime possibilité qu’il puisse un jour être victime d’une nouvelle perte de mémoire, une qui effacerait Lukas l’horrifiait. Dessiner leur histoire sur l’île, c’était l’assurance qu’il resterait quelque chose, même si sa mémoire lui faisait défaut.

lundi 14 octobre 2019

Bleu Ciel Océan - 38

— A quoi joues-tu ? demanda Wata à Ryuu.
Son frère ne se donna pas la peine de répondre.
— Tu t’es amouraché du type  avec lequel tu étais sur l’île, n’est-ce pas ?
— Cela ne te regarde pas, répliqua Wata, furieux que son frère le connaisse mieux qu’il n’aurait voulu alors que lui-même était dans le noir au sujet de son jumeau.
— Peut-être, mais tu ne t’en caches guère dans ton manga qui est indiqué comme autobiographique à chaque entête de chapitre.
Il le lisait donc. Wataru n’avait pas la moindre idée où cherchait à venir Ryuu.
— Et c’est un problème ?
— Oui et non. C’est juste que cela a tout du syndrome de Stockholm.
— Il ne m’a ni kidnappé ni retenu en otage !
— C’est tout comme. Vous avez survécu ensemble. Tes sentiments ne sont pas réels.
— Ce n’est pas à toi d’en décider.
Ryuu se pinça les lèvres.
— Tu ne connais pas ce type, vous n’avez jamais vraiment pu discuter, faute de parler la même langue.
Son frère se trompait. Même en ayant pu échanger que quelques mots, il en savait beaucoup sur Lukas avec lequel il avait vécu des semaines en vase clos. Il avait remarqué la manière dont Lukas avait gardé la tête froide en toute circonstance, comment il s’était montré réconfortant, comment il l’avait toujours soigné et su le mettre à l’aise.
Il avait bien plus de mal à cerner son jumeau que Lukas et c’était peut-être là que le bat blessait. Ils avaient dû être très proches tout les deux et à présent Ryuu et lui étaient presque comme deux étrangers. Ce n’était pas sa faute s’il avait perdu la mémoire.
— Il apprend le japonais.
— Vous êtes toujours en contact ?
— Oui.
Wata se demanda s’il n’aurait pas mieux fait de garder cette information pour lui vu la moue réprobatrice de son frère.
— A tous les coups, il va se lasser et ce n’est pas avec trois phrases d’un manuel que vous allez pouvoir converser.
Wataru se retint de rétorquer qu’ils s’étaient très bien débrouillés sur l’île. Parler la même langue était certes utile, mais cela ne faisait pas tout. Les gestes comptaient tout autant, se toucher aussi…
Wata but une gorgée d’eau. Il était face à son frère dans un lieu public. Ce n’était pas le moment de penser aux caresses de Lukas.
Ryuu en rajouta une couche :
— De toute façon, cela ne peut pas fonctionner entre vous, vous vivez dans deux pays différents.
Cela faisait mal de l’entendre, même si ce n’était que trop vrai.
Wataru rentra à son appartement, le moral au plus bas.