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mercredi 10 octobre 2012

Le Beau au bois dormant - 5

L'enchanteresse transformée  hurla de douleur et de colère. Elle voulut ensuite arracher la tête d'Aaron, mais c'était sans compter sur le fidèle Eclipse qui se lança à son tour à l'assaut, en envoyant un coup de sabot dans le ventre du dragon. Les mâchoires du reptile claquèrent dans le vide. Aaron et Crépuscule portèrent un d'autres coups. Ces nouvelles blessures firent perdre à l'enchanteresse sa forme monstrueuse. Emportés dans leur élan, les deux princes l'achevèrent. La vieille enchanteresse s'écroula sur le sol, chercha à prononcer une dernière malédiction et expira dans un râle.
Les deux princes tombèrent dans les bras l'un de l'autre, soulagés d'avoir triomphé du monstre, même si ce dernier s'était révélé une personne. Avoir vu la mort de près les avait rapprochés. Aaron captura impulsivement les lèvres de Crépuscule, transformant l'étreinte virile en un baiser fougueux qui exprimait tout son amour. Crépuscule, loin de résister, y répondit.
La fée plus si jeune que ça qui était montée en haut de la plus haute tour du château pour guetter le retour de son protégé et qui avait vu le dragon, arriva à tire d'ailes juste à ce moment-là. Elle identifia la vieille enchanteresse, puis avec un raclement de gorge embarrassé, elle signala sa présence et rappela à Crépuscule que chez lui, tout le monde attendait son retour.
Les deux princes se détachèrent l'un de l'autre, à regret.
Aaron avait bien envie de sauter sur son fidèle destrier, d'attraper Crépuscule par la taille et de l'emmener très loin, afin qu'ils puissent s'aimer en paix. Hélas, il avait le devoir d'annoncer à sa sœur Amandine que le Beau au bois dormant s'était réveillé et aurait son mot à dire sur un éventuel mariage. Quant à Crépuscule, même s'il semblait partager son amour, ce qui le ravissait, sa place était auprès de sa famille et non pas à ses côtés.
– Nous allons chacun rentrer chez nous, annonça-t-il.
– Ta sœur risque de ne pas te pardonner, objecta Crépuscule. Viens plutôt moi.
– Je doute que tes parents m'accueillent à bras ouverts. Je suis en quelque sorte ton ravisseur,  en jetant un coup d'œil gêné à la fée qui les observait en silence, les bras croisés.
– Tu n'as fait qu'obéir à des ordres et tu me ramenais ! Et puis, de toute façon, sans toi, cette femme dragon m'aurait tué.
– Nous nous sommes mutuellement sauvés la vie.
– Peu importe, dans mon sommeil, je t'entendais. J'ai envie d'apprendre à te connaître... et à t'aimer.
A ces mots, la résolution d'Aaron se fissura. Sa soeur Amandine ne méritait pas vraiment d'être informée...
La fée se décida enfin à intervenir dans la discussion des deux princes :
– Je me charge de tout. J'annoncerai à ta soeur que le Beau au bois dormant n'est plus, puisqu'il est désormais éveillé et je me chargerai d'expliquer aux parents de Crépuscule qu'ils auront un gendre au lieu d'une bru.
Aaron, même s'il doutait que la famille de Crépuscule prenne bien la nouvelle, accompagna ce dernier et la fée jusqu'au château autour duquel les ronces avaient désormais disparu, remplacées par des fleurs multicolores.
Ils furent accueillis avec joie et émotion. Le roi et la reine serrèrent contre leur cœur leur fils chéri qu'ils avaient craint ne jamais revoir et adressèrent de chaleureux remerciements à la fée qui en profita pour introduire Aaron auprès d'eux, racontant la bravoure dont il avait fait preuve et comment lui et Crépuscule avaient pourfendu la vile enchanteresse métamorphosée en dragon. Pour finir, elle révéla leur amour. Le roi et la reine qui n'avaient pas dormi durant un siècle pour empêcher leur fils chéri d'être heureux, approuvèrent leur union.
Et c'est ainsi qu'Aaron et Crépuscule se marièrent et furent heureux à tout jamais.

FIN


mardi 9 octobre 2012

Le Beau au bois dormant - 4

– Quoi... comment... ? souffla Crépuscule.
Aaron expliqua alors la légende et comment sa sœur lui avait demandé d'aller le chercher, ce qu'il avait fait avant de réaliser que c'était mal de ne pas tenir compte de ce que voulait le prince endormi.
En l'écoutant, Crépuscule dont le dernier souvenir avait été de décrocher une magnifique épée, se rappela des rêves étranges qu'il avait fait durant son long sommeil. La voix de Aaron ne lui était pas inconnue. Cet homme lui avait déjà parlé. Il l'avait complimenté sur sa beauté, porté, soutenu... et même rhabillé après qu'une femme, une certaine Amandine, l'ait dévêtu, pincé et touché sans vergogne. Crépuscule avait détesté être manipulé comme une poupée, mais endormi, il avait subi sans pouvoir rien faire, croyant cauchemarder alors que c'était la réalité. Le corps de Crépuscule fut parcouru de frissons.
– Cela ne va pas ? s'enquit Aaron avec sollicitude.
Crépuscule ne répondit pas. Il ne savait pas s'il devait être furieux contre Aaron de l'avoir arraché à son château ou au contraire le remercier d'avoir finalement décidé de l'y ramener. Une chose était certaine, il ne s'était permis aucune privauté, alors même qu'il semblait être sous le charme  de sa personne.
Pendant ce temps, les habitants du château du Beau au bois dormant sortaient à leur tour du sommeil. Le roi et la reine découvrirent vite que leur fils n'était plus couché dans sa chambre. Ils s'affolèrent et appelèrent à cors et à cris la fée responsable de leurs cent années passées à dormir.
Cette dernière qui était désormais une fée expérimentée, arriva promptement et agitant sa baguette magique, elle put leur apprendre que leur fils était en vie et qu'il n'allait pas tarder à revenir, en compagnie d'un autre prince.
Au même moment, au château de la princesse Amandine, la disparition du Beau au bois dormant et d'Aaron était découverte. Amandine, furieuse, supplia son père d'envoyer une armée de chevaliers pour les ramener et punir son frère. Le roi était sur le point de céder quand la vieille enchanteresse qui guettait le réveil du prince pour se venger qu'on ait détourné son mauvais sort, apparut dans un nuage de fumée noir pour offrir ses services. Amandine, enchantée d'avoir une puissante alliée, s'empressa d'accepter et le roi n'eut plus qu'à s'incliner.
La très vieille enchanteresse se métamorphosa en un gigantesque dragon rouge et en quelques coups d'ailes, elle rejoignit Aaron et Crépuscule qui venaient de se remettre en route.
Crépuscule avait fini par remercier Aaron et se tenait derrière lui sur la croupe d'Eclipse.  Ce fut lui qui vit en premier l'affreux reptile volant et qui prévint son compagnon de route. Aaron enserra les flancs de son cheval pour qu'il accélère l'allure, mais le dragon se posa devant eux, leur barrant la route.
Aaron dégaina son épée et chargea la bête. Cependant, les flammes du reptile l'obligèrent à reculer. Crépuscule qui n'avait pas d'armes ne put qu'admirer la bravoure de son compagnon.
– Je veux récupérer le Beau au bois dormant, écarte-toi ou meurs calciné, cracha le dragon dans un souffle brûlant.
– Jamais ! s'écria Aaron, en brandissant haut son épée. Je le défendrai au péril de ma vie.
– Je peux me battre moi-aussi, glissa Crépuscule à mi-voix.
Aaron lui confia un poignard et son bouclier. Le dragon se gaussa d'eux, ouvrit grand la gueule et expulsa une grande flamme orangée. Seul la promptitude d'Eclipse évita aux deux princes d'être brûlés vifs.
Les deux jeunes hommes établirent un plan en hâte et le mirent aussitôt à exécution. Aaron talonna sa monture et fonça droit vers le dragon. L'enchanteresse métamorphosée rit de leur témérité. Les deux princes sautèrent alors ensemble du dos d'Eclipse et se précipitèrent chacun sur un flanc du dragon.  L'enchanteresse hésita un instant : lequel devait-elle mettre hors d'état de nuire en premier ? Son indécision permit aux deux princes d'enfoncer leurs lames dans son corps reptilien.  

lundi 8 octobre 2012

Le Beau au bois dormant - 3

Amandine visitait également assez souvent celui qu'elle avait arraché à son château de ronces pour en faire son époux et essayait de le réveiller. Elle l'embrassa à plusieurs reprises, sans succès, le pinça un peu partout, en vain.
Une nuit, elle le déshabilla entièrement et se mit à le palper. Elle espérait qu'elle finirait par le toucher à un endroit qui le réveillerait. D'abord, énervée de n'obtenir aucune réaction, elle devint excitée. La peau du prince était douce comme de la soie. Elle osa alors caresser la virilité du Beau au Bois dormant et celle-ci se dressa. La princesse la regarda, fascinée. Elle savait pour avoir surpris des conversations entre des chambrières à quoi cela correspondait et quel plaisir pouvait en découler, si elle le chevauchait. Soudain, avoir un mari endormi lui parut fort intéressant. Il serait dans l'incapacité de l'empêcher de faire quoique ce soit la journée et la nuit, il serait sa chose. Elle était en train de rhabiller son futur époux, car elle préférait attendre d'être mariée avec le  Beau au Bois dormant avant de perdre sa virginité quand Aaron débarqua. Victime d'insomnie, il avait décidé d'aller voir le prince. Il vit le torse nu et les mains de sa sœur sur le pantalon de ce dernier.
– Que fais-tu ici au beau milieu de la nuit ? attaqua Amandine, ennuyée d'avoir été surprise dans une situation pour le moins curieuse.
– Et toi ? répliqua Aaron, sans se démonter.
Ils se défièrent du regard, puis Amandine déclara, comme si cela résolvait tout :
– Je me suis décidée à l'épouser, je l'annoncerai à père demain.
En entendant ça, Aaron pâlit. Il avait espéré que sa sœur renoncerait au Beau au Bois dormant et qu'il pourrait continuer à venir l'admirer.
– Félicitations, dit-il d'une voix étranglée.
– Termine de le revêtir au lieu de bayer aux corneilles, ordonna Amandine. Moi, je suis fatiguée et je vais me coucher, ajouta-t-elle, et elle quitta la pièce.
Aaron souleva le prince endormi avec précaution et lui enfila sa chemise. Au passage, il remarqua la douceur de sa peau et cela éveilla son désir. Ignorant sa coupable érection, il rallongea le Beau au Bois dormant. Il était anéanti en pensant que sa sœur allait l'épouser, gagnant le droit de le déshabiller sans que le pauvre prince ait son mot à dire, puisque toujours il dormait d'un sommeil semblable à la mort. Cette idée fut intolérable à Aaron qui prit la décision de ramener le prince dans son château de ronces où il pourrait dormir en paix, à l'abri de la concupiscence des gens, celle de sa sœur comme de la sienne.
Fort de cette résolution, il prit le  Beau au Bois dormant dans ses bras, le porta jusqu'aux écuries où se trouvait son fidèle destrier et quitta le château en ayant pris soin de dissimuler le corps du prince dans une couverture. Amandine serait furieuse en constatant sa disparition et celle du prince endormi, mais il était prêt à affronter son courroux ainsi que celui du roi, leur père.
Il chevaucha pendant près d'un jour entier sans presque s'arrêter, puis, son destrier se fatiguant, il fit la pause dans une clairière, au bord d'une rivière. Il étendit une couverture sur le sol et y allongea  le  Beau au Bois dormant. Son cheval se mit à brouter l'herbe, heureux de ne plus avoir de fardeau sur le dos. Aaron croqua dans une pomme qu'il avait dans sa besace en contemplant le visage du bel endormi. Cela faisait cent ans que le prince était plongé dans le sommeil et soudain, il ouvrit les yeux. De surprise, Aaron laissa tomber la pomme qu'il tenait.
Le  Beau au Bois dormant se redressa :
– Qui êtes-vous ? Où suis-je ?
Aaron était dans l'incapacité de répondre. Éveillé, son interlocuteur était plus beau que jamais. Ses yeux, d'un violet profond, étaient envoûtants.
Aaron se présenta en bonne due et forme, avant d'expliquer qu'ils étaient à quelques lieux du château du Beau au bois dormant.

vendredi 5 octobre 2012

Le Beau au bois dormant - 2

Le temps passa et les ronces poussèrent autour du château, et la légende du château du Beau au Bois dormant se répandit dans les contrées environnantes jusqu'au jour, où près de cent ans plus tard, elle parvint aux oreilles de la princesse Amandine qui décida qu'elle prendrait comme époux le Beau au Bois dormant. Cependant, comme il n'était pas question qu'elle quitte le confort du palais, elle exigea que son frère Aaron aille chercher celui qui deviendrait son époux.
Le roi, faible devant les caprices de sa fille, appuya sa demande et  Aaron n'eut d'autre choix que d'enfiler son armure, ceindre à sa taille son épée et enfourcher Éclipse, son fidèle destrier pour partir à la recherche du  château du Beau au Bois dormant.
Après plusieurs semaines de vagabondage passé à interroger des voyageurs et des aubergistes, il aperçut enfin la plus haute tour du château qui dépassait de la forêt de ronces. Tout en se frayant un chemin à l'épée à travers l'épaisse végétation, le prince Aaron maudit silencieusement sa sœur qui l'avait forcé à se lancer dans cette aventure. Non, il n'aurait jamais dû aller vérifier pour elle s'il y avait bien, comme le voulait la légende, un prince endormi dans ce château entouré de plantes épineuses. C'était elle qui aurait dû faire le déplacement. Enfin, c'était trop tard pour regretter maintenant. Il était trop engagé pour reculer, et ce, d'autant plus, qu'à peine s'était-il frayé un passage que les ronces repoussaient encore plus vivaces qu'avant. Bénissant sa côte de maille qui le protégeait des épines, Aaron poursuivit sa lente progression et atteignit finalement le château.
Dans les cuisines, les marmitons étaient couchés sur une paillasse. Dans les couloirs, les gardes dormaient debout, appuyés sur leurs lances. Longtemps, Aaron erra avant de découvrir enfin la chambre où était étendu le prince depuis presque cent ans.
Il fut de suite frappé par la beauté du jeune homme. Les cheveux sombres aux reflets violets, les longs cils ourlés, la peau claire, le nez mutin, la bouche semblable à deux pétales de rose, le corps mince et élancé comme un jeune arbre, les mains aux doigts fins posées l'une sur l'autre au-dessus d'une couverture de velours. Une fée avait dû lui octroyer le don de beauté. Aaron essayer de l'éveiller en lui tapotant les joues, puis en lui aspergeant le visage avec un peu d'eau de sa gourde, mais cela ne fonctionna pas. A court d'idée, il souleva le Beau au bois dormant comme s'il avait été une princesse et le porta jusqu'à son destrier où il le déposa comme un vulgaire sac de pommes de terre à l'avant de sa selle. Si sa sœur voulait pour mari un endormi, elle l'aurait !
Contrairement à ce que Aaron craignait, il lui fut plus facile de franchir la barrière de ronces avec son fardeau que sans. Les plantes épineuses s'écartaient cette fois sur leur passage.
Rentrer chez lui, après ça, fut un jeu d'enfant. Dès son retour, sa sœur lui reprocha d'avoir mis autant de temps à accomplir sa mission avant de se plaindre de son manque d'égards envers son futur époux. Le roi approuva sa fille et Aaron fut obligé de présenter des excuses alors qu'il avait pourtant fait de son mieux. Amandine geignit ensuite que le Beau au bois dormant ne bougeait pas d'un cil. Elle réclama un temps de réflexion à son père, n'étant plus si sûre que ça de le vouloir pour époux. Le prince endormi fut donc installé dans une des nombreuses chambres du château qui était destinée aux invités.
Aaron qui aurait dû cesser de s'intéresser à celui qu'il avait ramené pour sa sœur, ne put s'empêcher de lui rendre régulièrement visite. Chaque fois qu'il le voyait son cœur ratait un battement devant sa beauté. Longtemps, il restait à le regarder, évoquant le temps qu'il faisait et les petits riens de sa journée.

jeudi 4 octobre 2012

Le Beau au bois dormant - 1

Il était une fois un roi et une reine qui se désespéraient de ne pas avoir d'enfant. Cependant, un jour, leur souhait finit par être exaucé et la reine mit au monde un beau garçon aux cheveux et aux yeux couleur crépuscule. Pour fêter l'arrivée de l'enfant tant attendu, le roi organisa un grand banquet. Tout le monde y fut convié, du mendiant à la plus petite fée. Hélas, une vieille enchanteresse fut oubliée.
Alors que la fête s'achevait et que les fées pour remercier le roi venaient d'offrir des dons au nouveau-né, elle débarqua, le cœur empli d'amertume de ne pas avoir été invitée. Fonçant sur le berceau, elle déclara :
– Au cours de sa dix-neuvième année, le prince se blessera à une épée et mourra.
Sur cette sinistre prédiction, elle replia sa cape noire sur ses épaules et disparut dans un nuage de fumée pestilentielle.
Tout le monde se regardait, atterré, quand une jeune fée qui ne s'était pas encore penchée sur le berceau où reposait le petit prince, s'approcha. Elle était trop inexpérimentée pour annuler la malédiction de la vieille enchanteresse, mais elle avait assez de pouvoir pour la transformer :
– Quand le prince se blessera, il tombera dans un profond sommeil de cent ans, semblable à la mort.
Le roi qui voulait éviter à son fils un tel sort décréta que le prince ne devrait toucher à aucune épée, qu'elle soit de bois ou d'acier.
Crépuscule, le fils du roi, apprit donc à manier lances, massues, poignards et arcs, mais pas à se servir d'une épée. Cependant, peu après son dix-huitième anniversaire, alors qu'il explorait le château, il découvrit en haut d'une tour une petite salle d'armes ronde où était accrochée au mur une splendide épée à la longue lame étincelante dont la poignée était sertie de saphirs et de diamants. A côté d'elle, les autres armes suspendues dans la pièce étaient ternes. Le prince avait déjà vu des épées et déjà été tenté d'y toucher malgré le fait qu'on lui ait expressément interdit, sans jamais vraiment lui expliquer pourquoi. Cependant, cette épée était si magnifique qu'il ne parvint pas à la quitter des yeux. Il mourait d'envie de la prendre pour la soupeser, mais l'ordre parental le retenait. Alors qu'il détournait le regard, prêt à tourner les talons, malgré la tentation, une vieille dame dont les habits la faisaient ressembler à un corbeau, entra par une petite porte dérobée que Crépuscule n'avait pas remarqué jusqu'alors.
– Un chevalier m'a demandé de lui apporter cette arme, déclara-t-elle en pointant un doigt décharné sur l'épée resplendissante.
Cela parut curieux au prince, mais il ne commenta pas. Il s'écarta galamment pour laisser passer la vieille dame. Elle s'avança à pas lents vers le tabouret qui se trouvait près de la cheminée, le traîna sous le mur où l'épée était suspendue, monta dessus et tendit les mains. Elle était trop petite. La voyant se mettre sur la pointe des pieds en grimaçant, Crépuscule qui était gentil - une fée l'avait doté de cette qualité - décida d'intervenir.
– Permettez-moi de vous aider, lui proposa-t-il.
– Comme c'est aimable de votre part, jeune homme, répondit la vieille, en descendant du tabouret avec une promptitude surprenante.
Le prince grimpa à son tour et attrapa l'épée étincelante. Il ne voyait pas le mal qu'il y avait à la prendre pour la transmettre.
Mais la vieille enchanteresse, car c'était bien évidemment elle, avait tout prévu, et, quand le prince referma les mains sur l'épée, il se coupa sur la lame aiguisée par la magie. Crépuscule se sentit soudain épuisé. Il tendit l'arme à la vieille, retenant un bâillement, descendit du tabouret en clignant des yeux et s'écroula sur le sol pavé de la tour. La vieille ricana, glissa l'épée sous ses jupes, et s'en fut.
Plusieurs heures s'écoulèrent avant que le prince ne fut découvert. Tout fut essayé pour le ramener à lui, après quoi, il fallut se rendre à l'évidence, le contre-sort de la jeune fée avait agi. Elle fut appelée et tout ce qu'elle put proposer, ce fut d'endormir tout le château jusqu'au réveil du prince. Le roi et la reine acceptèrent : ils ne voulaient pas que leur fils se retrouve seul, cent ans plus tard. La nuit venue, la fée avec sa baguette répandit un peu de poudre du marchand de sable sur tous les habitants du château qui plongèrent à leur tour dans un profond sommeil.