vendredi 29 avril 2011

Si Cendrillon était un homme... 1

Gustave Léonias était un homme riche qui avait une femme belle et intelligente et un charmant petit garçon appelé Céleste.  Gustave Léonias avait tout pour être heureux, mais il ne l'était pas. Il avait bâti sa fortune en étant tout le temps sur les routes et la jalousie l'avait convaincue que sa femme l'avait trompé et que Céleste n'était pas son fils. Pour éviter sa présence, il se mit à être de plus en plus souvent absent, inconscient du chagrin qu'il causait à sa femme qui l'aimait tendrement et lui avait été toujours fidèle. Hiver comme été, elle allait sans cesse guetter son retour en haut du chemin qui conduisait à leur demeure. Un jour, cependant, elle ne put se lever de son lit. Elle était restée immobile sur le chemin trop longtemps par un temps glacial et avait attrapé mal. Elle en mourut.
Quand Gustave Léonias revint quelques jours avant Noël, il trouva à la place de sa femme, une petite tombe solitaire. Bien qu'il la crût infidèle, il en éprouva du chagrin. Cependant, il ne parvint pas à éprouver de la tendresse pour Céleste qui pleurait sa mère à chaudes larmes. Il n'avait, après tout, que onze ans. Après un Noël sinistre et un hiver lugubre, Gustave confia le petit à la vieille servante de la maison et repartit sur les routes. Avant son départ, il déclara au malheureux Céleste :
– Ne pleure plus, ne te plains pas et sois un homme.
Le petit garçon connaissait mal son père, mais était triste de le voir partir, car il était la seule famille qui lui restait, aussi avait-il les yeux remplis de larmes. En entendant ces mots, il essuya ses pleurs et releva bravement la tête. 

Gustave Léonias ne revint que l'année d'après, mais il n'était pas seul. Dans ses bagages, il ramenait une comtesse qu'il avait épousé et les deux filles de cette dernière, Javotte et Jubilé. Si Céleste se réjouit dans un premier temps d'avoir une nouvelle maman et deux petites sœurs, il déchanta bien vite. Après avoir mis à la porte la vieille servante qui ne faisait pas un travail satisfaisant à son goût, la comtesse chargea Céleste de toutes les corvées ménagères. Elle avait en effet compris que Gustave n'appréciait guère son fils et elle prenait un malin plaisir à malmener le garçon. Au début Céleste avait protesté, mais il avait vite compris que cela ne faisait qu'empirer sa situation. Quand il avait voulu empêcher le renvoi de la vieille Lili, la comtesse lui avait simplement déclaré qu'à présent il dormirait à la place de la brave femme sur une paillasse dans la cuisine. Quand il s'était plaint du nombre de tâches qu'on lui demandait de faire, ses vêtements avaient été remplacés par des guenilles. Et pour finir, il avait perdu son nom et était devenu Cendrillon. La première à lui donner ce surnom avait été Javotte qui avait trouvé drôle de le voir tout couvert de cendre après que la comtesse lui ait ordonnée ramoner la cheminée. A partir de là, le prénom de Céleste n'avait été plus jamais prononcé. Même son père, désormais plus souvent à la maison, l'appelait ainsi. Céleste, lui-même finit par oublier son nom pour adopter celui qu'on lui avait donné. « Cendrillon !  Cendrillon ! »,  le jeune homme entendait cet appel à longueur de journée.  Il fallait couper le bois, préparer le déjeuner, récurer le sol, laver les vitres. Il n'y avait pas de fin aux tâches à accomplir.

jeudi 28 avril 2011

Entracte

Fleur Bleue, c'est fini ! Il s'agit d'un roman assez court (173 pages) qui sera complété par une histoire bonus inédite consacrée à Aoki et à Tony (9 pages.) Le livre contenant l'histoire bonus devrait sortir d'ici la mi mai.

Pour ce qui vous attend pour la suite, les voix allaient plutôt vers Lykandré à quasi-égalité avec le conte de fée.
Après réflexion, je commence par le conte de fée et plus précisément par "Si Cendrillon était un homme" qui fera office d'entracte entre Fleur Bleue et Lykandré puisque je pense que la publication du conte ne devrait pas s'étaler sur plus de 2 semaines.

A demain, pour le début de Si Cendrillon était un homme...

Fleur Bleue - 72 (épilogue)

Juste avant la rentrée scolaire, ils célébrèrent l'anniversaire de Misha en grande pompe, mais sans chercher à inviter de petits camarades afin de ne pas afficher au grand jour le fait qu'ils formaient à eux trois une famille un peu particulière. Le petit garçon fut déçu, mais pas trop, car il avait l'habitude que ses camarades ne soient pas forcément rentrés de vacances et puis, il ne voulait pas être considéré comme le chouchou du professeur si cela venait à se savoir que M.Yamatatomo vivait chez lui. Heureusement, à la rentrée, Misha ne fut pas mis dans la classe de CE2 de Ludovic, ce qui soulagea les deux parties. Il était dur de donner du « M.Yamatatomo » quand à la maison c'était juste « Ludovic. » Et, pour Ludovic, il était difficile de rester impartial en notant Misha et pénible de ne pouvoir l'aider pour ses devoirs et pour la révision de ses contrôles, de peur de trop l'avantager par rapport à ses camarades.

Quand les feuilles dans les arbres roussirent, ils fêtèrent l'anniversaire de Ludovic. Puis, au début du mois suivant celui de Vlad. Bien qu'accordant peu d'importance aux anniversaires, Ludovic fit les choses dans les règles de l'art afin de faire plaisir à Vlad. Il prépara un délicieux gâteau, acheta un cadeau et concocta une surprise avec Misha.

En novembre, ils traversèrent une période difficile avec cette fois un bien triste anniversaire, celui de la mort de Katia. Le jour J, Ludovic accompagna Vlad et Misha au cimetière et se recueillit avec eux sur la tombe de la jeune femme.

Quand décembre arriva, ils décorèrent la maison pour les fêtes. Ils s'y prirent plus tôt que l'année dernière, profitant que Vlad n'avait pas de projet sur le feu. C'était la deuxième fois qu'ils le faisaient tout les trois, mais les circonstances étaient différentes et l'ambiance nettement plus joyeuse. Sur les fenêtres, ils peignirent chacun un père Noël et disposèrent autour des étoiles autocollantes.

Puis, pour marquer le fait ce que cela faisait un an qu'ils s'étaient rencontrés, en souvenir du mensonge de Misha, Ludovic acheta un habit de père Noël. Ce soir-là, quand Vlad le vit ressortir du cabinet de toilettes vêtu du costume, il éclata de rire. Ce n'était pas l'effet qu'avait escompté Ludovic, mais il le prit avec philosophie. Après un baiser passionné, il avait bon espoir de parvenir à ses fins. En attendant, l'hilarité de Vlad était signe qu'il était heureux, et c'était là l'essentiel.

mercredi 27 avril 2011

Fleur Bleue - 71

Cette nuit-là, dans la chambre de l'appartement qu'ils avaient loué, Ludovic s'inquiéta de l'air songeur de Vlad. Étaient-ce les jumelles et leur indélicatesse qui l'avaient mis dans cet état ? Il s'excusa à leur sujet.
– Tu n'es pas en faute. C'était une « incroyable coïncidence », répliqua Vlad.
– J'ai l'impression que cela t'a gêné.
– Un peu, mais cela m'a surtout fait réfléchir. Je t'ai vu avec leurs yeux un court instant. Comme un beau brun mince aux yeux bleus et au sourire éclatant. J'ai réalisé que j'avais beaucoup de chance de t'avoir pour compagnon. Et je t'ai désiré. Je suis embarrassé de te le dire, mais... c'est un fait.
Ludovic n'en crut pas ses oreilles. Vlad l'avait trouvé désirable. Il le désirait. C'était arrivé. Il se rapprocha de lui dans le lit afin de l'embrasser et Vlad lui rendit son baiser avec une passion qu'il n'avait jamais eu auparavant. Il parut assez vite évident à Ludovic que Vlad menait le jeu. Pour la première fois. C'était agréablement inattendu. Ces dernières semaines, Vlad s'était montré un peu plus entreprenant, mais il franchissait là une nouvelle étape. Tandis que la bouche et les mains de Vlad exploraient son corps avec une fièvre nouvelle, le ciel, au loin, se mit à gronder. Dans le ballet des baisers et des caresses, il y eut une brève pause, le temps de récupérer lubrifiant et préservatif. Ludovic sentit Vlad hésiter un court instant avant de glisser la main dans la raie des fesses, peut-être parce qu'il n'était pas certain de sa réaction. Ludovic s'arcbouta pour mieux s'offrir. Vlad était malhabile dans sa manière de procéder, mais Ludovic était excité par le simple fait qu'il mène le jeu. Vlad l'attrapa par les hanches et le pénétra en douceur. Une fois à l'intérieur, il donna des coups de rein puissants. Sa main droite se referma sur le pénis de Ludovic et il dessina des mouvements circulaires sur le gland avec son pouce. C'était divin et Ludovic gémit. Vlad n'était pas si maladroit que ça... Bientôt, un grand frisson le parcourut et il jouit, pratiquement en même temps que Vlad. Alors que ce dernier roulait sur le côté, encore haletant, l'orage qui couvait éclata.
Ils venaient à peine de s'essuyer avec des mouchoirs et de remettre leurs sous-vêtements quand des pas derrière la porte se firent entendre. Il y eut un grincement et une petite silhouette inquiète se glissa dans la pièce.
– Papa ? Ludovic ? Je peux venir avec vous ?
Heureusement que le tonnerre n'avait pas grondé plus tôt, se dit Ludovic tout en expliquant à Misha qu'il ne fallait pas avoir peur, que ce n'était qu'un phénomène météorologique.
– Bertrand a entendu à la radio qu'il y avait un jeune homme qui était mort frappé par la foudre lors d'un orage, répliqua Misha d'un ton sinistre.
– Tu n'es pas dehors, mais à l'abri à l'intérieur, intervint Vlad.
– Tout de même, marmonna l'enfant. Je peux rester ? redemanda-t-il. C'est normal que vous avez pas peur, vous, vous êtes tout les deux, mais moi, je suis tout seul dans ma chambre.
C'était d'une logique implacable.
– Allez, grimpe, déclara Ludovic.
L'enfant ne se fit pas prier. Il monta dans le lit, s'installant confortablement entre eux. Avec émotion, Ludovic se dit qu'ils formaient désormais une vraie petite famille.

mardi 26 avril 2011

Fleur Bleue - 70

La première semaine de leur séjour à la mer, la plage principale étant noire de monde, ils dénichèrent, après exploration, une petite crique moins peuplée. Sur la plage, ils firent des châteaux de sable et nagèrent dans la mer en compagnie de l'affreux crocodile en plastique. Ludovic put constater avec soulagement que Vlad ne reluquait ni les femmes en bikini ni celles qui bronzaient les seins à l'air libre et qu'il semblait indifférent aux regards féminins qui s'attardaient sur lui. Ludovic le trouvait à croquer dans ses slip de bains de couleurs unis qui ne cachait pas grand chose.
Au cours de leur seconde semaine de vacances, alors qu'ils mangeaient tranquillement dans une crêperie assis sur des petites chaises peintes à l'ancienne, deux jolies blondes, des jumelles en tout point identiques, les abordèrent bruyamment, attirant sur eux l'attention des autres clients du restaurant.
– Ludo ! Quelle incroyable coïncidence ! s'exclama la première.
– Qu'es-tu devenu depuis le lycée ? T'es professeur comme tu le souhaitais ? interrogea la seconde d'une voix forte.
Ludovic qui ne les avait pas vu depuis près de dix ans n'eut aucune difficulté à les reconnaître. Anne et Anaïs. Ils avaient été dans la même classe durant leur trois années de lycée. Elles savaient qu'il était gay. A l'époque, sans aller jusqu'à le crier sur les toits, il n'en faisait pas un secret d'état. Une erreur de jeunesse... car les pétillantes jumelles étaient tout sauf discrètes.
– Je suis instituteur, oui. Et vous, que faîtes-vous de beau ?
– Fleuristes, mais pas dans le coin. Là, nous sommes en vacances, répondit Anne.
– Alors Ludo, toujours pas intéressé par les femmes ? demanda Anaïs.
– Nous sommes toujours libres, nous ! ajouta Anne en papillonnant des paupières.
Ludovic eut envie de les étrangler de mettre ainsi les pieds dans le plats. Il coula un regard en coin à Vlad, mais ce dernier paraissait passionné par le contenu de son assiette.
– Toujours célibataires deux jolies filles comme vous ? Ma parole, les hétéro sont aveugles !
Anne et Anaïs gloussèrent.
– Cela ne vous dérange pas que nous nous installions à la table d'à côté, n'est-ce pas ? Ainsi, nous pourrons continuer à discuter, déclara Anne en s'asseyant sans attendre de réponse.
Anaïs s'empressa de faire de même en s'esclaffant sur les « drôles de petites chaises. »
Elles aimaient se donner en spectacle, songea Ludovic en espérant que Vlad ne soit pas trop contrarié. Il fut contraint de faire les présentations. Vlad comme Misha saluèrent, mais ne participèrent pas à la conversation qui roulait essentiellement sur le passé commun des jumelles et de Ludovic.
– Tu es resté en contact avec des gens de la classe ? demanda Anaïs.
– Seulement Aoki. Et vous ?
– Aoki ! C'est vrai que vous étiez toujours fourrés ensemble ! s'écria Anne.
– Je me rappelle, une fois, je m'étais retrouvée assisse à côté de lui, et c'était terrible, il avait les jambes sagement croisées, mais n'arrêtait pas de balancer son pied de droite à gauche ! Cela me fatiguait rien que de le regarder...
En raison de l'insistance des jumelles, ils attendirent qu'elles aient fini de déguster leurs crêpes avant de quitter le restaurant en leur compagnie. Sans que Ludovic l'ait voulu, ils passèrent toute l'après-midi et le début de la soirée avec les deux sœurs. Quand ils se séparèrent enfin, Ludovic fut plus ou moins obligé de leur donner son numéro de mobile. Aucun plan cependant ne fut établi pour se réunir le lendemain, les jumelles étant fort heureusement à la veille du départ.

lundi 25 avril 2011

Fleur Bleue - 69

– Vous avez prévu de partir en vacances, n'est-ce pas ? Non, parce que Vlad, l'année dernière sous prétexte qu'il avait du travail, il n'a pas pris la peine d'emmener mon petit-fils adoré et il a catégoriquement refusé qu'il aille avec nous en Guadeloupe pour un mois parce que cela serait trop long ! Vous vous rendez compte, le pauvre petit privé de grand air, d'espace et d'aventures ?
– Nous avons loué un appartement au bord de la mer pour trois semaines en août, répondit sobrement Ludovic.
– Vraiment, quelle bonne nouvelle ! Heureusement que vous êtes là pour dynamiser Vlad...
Ludovic supporta encore quelques minutes le bavardage de Pauline, puis se débrouilla pour mettre fin à la conversation et raccrocher. Depuis ce fatidique jour de juin où elle était passée à l'improviste, il devait régulièrement supporter ces discours à l'emporte pièce. Cependant, désireux de rester dans ses petits papiers, il continuait à se montrer charmant, ce qui n'empêchait pas que l'entendre critiquer Vlad sans pouvoir lui rabattre son caquet était une véritable torture. Cependant, toute autre attitude aurait mené à une guerre ouverte dont ni Vlad, ni Misha, ni lui n'auraient pu se sortir indemne. Et puisque c'était le prix à payer pour continuer à vivre avec Vlad et Misha, il s'y était volontiers résigné.
Au début du mois de juillet, les cours étant terminés et la cohabitation s'étant bien passée jusque là, il avait abandonné son appartement et s'était installé complètement avec les Glonorov. Pour le déménagement, Aoki avait été une aide d'une efficacité redoutable : il avait transporté cartons et meubles d'un point à un autre sans fatigue apparente. Si l'emménagement de « test » de Ludovic avait déjà occasionné quelques bouleversements dans la maisonnette aux murs grisâtre, son définitif en avait apporté de nouveaux. Vlad avait dû se débarrasser d'affaires de Katia dont il n'avait pas encore eu le courage de se séparer jusque là afin de faire de la place et accepter de remplacer une partie du mobilier et des ustensiles de cuisines par ceux de Ludovic. Après son bureau, le salon des Glonorov avait accueilli son canapé et ses fauteuils en cuir noir. Du salon d'origine, il ne restait plus que la couleur des murs et le tapis aux motifs égyptiens.
C'était en quelque sorte devenu sa pièce, songea Ludovic en y entrant. Un peu surpris, car il le croyait dans son bureau, il vit Vlad debout devant l'étagère en train de contempler le cadre-photo que lui avait offert Misha pour Noël. En avril peu de temps après qu'il eût commencé à vivre avec eux, la photo de Vlad, sa femme et son fils avait disparu du cadre et un coucher de soleil lui avait succédé. Ludovic avait été sensible au geste, mais n'avait rien dit.
– Tu peux remettre l'ancienne photo, si tu veux, déclara-t-il.
Deux mois plus tôt, il n'aurait pas été capable de le lui proposer, mais il avait désormais compris que Katia ne représentait pas le désir caché de Vlad de retourner un jour vers la gente féminine, mais faisait partie d'un passé chéri et révolu auquel il ne pouvait songer sans mélancolie quand bien même le présent le satisfaisait.
Vlad sursauta comme s'il avait été surpris dans une situation compromettante.
– Comment as-tu su que je pensais à Katia ?
– Je commence à te connaître.
– Je suis désolé. J'avais enlevé cette photo de nous trois car ce n'était pas juste pour toi, mais j'aimais la voir.
– C'était gentil de ta part, mais maintenant, tu peux la ressortir.
– Tu es sûr que cela ne te dérange pas ?
– Certain. Et puis peut-être que Misha fabriquera un autre cadre pour qu'on puisse en mettre une de toi, moi et lui qu'on prendra pendant nos premières vacances ensemble.
Vlad répondit par un sourire qui valait tous les discours. Sur ces entrefaites, Misha arriva en bondissant comme un cabri avec un catalogue à la main.
– Papa, Ludovic, vous voulez bien m'acheter cette bouée crocodile ?
– Montre-nous et on verra, répondit Vlad.
Tout en jetant un coup d'œil à la monstrueuse bouée, Ludovic repensa à la discussion qu'il avait eu avec Pauline, et sentit énervé à postériori. Contrairement à ce qu'avait l'air de croire Pauline, c'était Vlad qui avait mis sur le tapis le premier le sujet de vacances et c'était également lui qui avait opté pour l'appartement plutôt que l'hôtel qui leur permettrait de faire un plus long séjour et d'être plus libre de leurs mouvements. Il était dommage que Pauline se réalise pas à quel point Vlad était attentionné, à quel point il était soucieux du bien-être de ses proches.

vendredi 22 avril 2011

Fleur Bleue - 68

– Ta belle-mère se trompe. D'ailleurs, je te rappelle que c'est toi qui m'as invité à Noël. Tu voulais qu'il y ait de l'ambiance pour Misha.
– Non. Je suis maladroit, soupe au lait et j'ai des difficultés à communiquer. Je n'ai même pas été fichu de te dire que l'anniversaire de Katia était demain et je me suis rendu compte seulement aujourd'hui que je ne connaissais pas le tien.
– Ne t'accable pas comme ça... Mes parents n'ont jamais été très anniversaire et finalement, moi-même, je n'y accorde que peu d'importance. Ceci dit, puisque cela t'intéresse, sache que le 21 septembre,  j'aurai vingt huit ans.
– Vingt huit ans !? Je ne m'étais pas rendu compte que tu étais plus jeune que moi de six ans. J'aurais  trente quatre ans le 7 octobre. Quant à Misha, son anniversaire est le 31 août.
– Notre petite différence d'âge ne te pose pas de problème, j'espère ? Personnellement je me doutais que tu étais plus âgé que moi vu que Misha est en CE1.
Vlad secoua la tête. Cela ne le gênait pas. Il avait été juste surpris. Décidément, il avait bien des choses à apprendre sur Ludovic...
– Tu sais, tout à l'heure, juste avant que Pauline ne débarque, je me disais que j'aimerais en savoir plus sur toi, sur ton passé. Aoki est plus bavard que toi sur le sujet.
– Il suffit de me demander.
Vlad hésita, n'osant pas. Finalement, il se jeta à l'eau et apprit ainsi que la vie amoureuse de Ludovic n'avait pas été très heureuse. Le premier garçon qu'il avait aimé, l'avait fait languir longtemps avant de le dépuceler et de le tromper. Le second l'avait quitté, ayant l'impression qu'Aoki passait toujours avant lui. Le troisième l'avait rejeté sans pitié. Et, enfin, après une période sans histoires, il l'avait rencontré, lui.
Vlad était sur le point de demander des détails supplémentaires quand la fenêtre de la chambre de Misha s'ouvrit.
– Ludovic, c'est bon ? Papa va mieux ? Tu peux venir ?
Ludovic fit signe que oui et Misha referma. Se tournant vers Vlad, Ludovic plaisanta :
– Le devoir m'appelle dirait-on...
Vlad se rappela alors qu'il n'aurait pas dû être en train de flâner dans le jardin, mais devant son bureau.
– Moi aussi. Il faut que je retourner travailler. Le passage de Pauline m'a fait perdre la tête. Je suis très en retard. Une horreur...
– Vois ça positivement, notre association est maintenant tolérée par belle-maman et cela nous a donné l'occasion de bavarder. L'esprit à présent délivré de toute tracasserie, tu vas pouvoir mettre les bouchées doubles et finir à temps !
Vlad sourit. Il aimait cette capacité de Ludovic à trouver les mots justes. Songeant que se mettre en couple ne marquait en vérité que le tout premier pas d'une relation amoureuse et que celle-ci se construisait ensuite petit à petit, d'échanges en discussions, Vlad déposa un rapide baiser sur les lèvres de Ludovic et prit le chemin son bureau.

jeudi 21 avril 2011

Fleur Bleue - 67

Finalement, Vlad n'y tint plus et Misha sur ses talons, il quitta le fond du jardin situé à l'arrière de la maison. Arrivés devant la porte d'entrée, ils virent le portail entrouvert. Alors que l'imagination de Vlad commençait à s'emballer, Ludovic apparut dans l'entrebâillement et referma derrière lui.
– Où est mamie ?
– Elle est partie. Elle ne se sentait pas très bien. Elle reviendra te rendre visite bientôt, répondit Ludovic.
Vlad trouva qu'il paraissait incroyablement serein pour quelqu'un qui avait dû se faire traiter comme du poisson pourri.
– Tu as réussi à la consoler ? s'inquiéta Misha.
– Oui, rassure-toi.
– Je crois que papa aussi a besoin d'un câlin.
Vlad s'en voulut de ne pas avoir réussi à garder sa détresse pour lui-même. Mais regarder Pauline pleurer sans rien pouvoir faire avait été éprouvant. Sans compter tout ce dont elle l'avait accusé... Il avait eu la sensation pénible d'être responsable de ses larmes.
– Et toi bonhomme, ça va ? s'enquit Ludovic.
Misha opina du menton, puis demanda :
– Tu viendras jouer avec moi dans ma chambre quand tu aurais finis de réconforter papa ?
– Promis !
Dès que Misha eut disparu dans la maison, Vlad fit des excuses à Ludovic.
– Je suis désolé tu aies dû l'affronter tout seul...
– Toi aussi, tu as été obligé de le faire et plus d'une fois, répliqua Ludovic avant de raconter en détails sa confrontation avec Pauline.
Dans un premier temps, elle lui avait crié dessus, remettant en cause sa capacité à enseigner à des enfants, lui reprochant de détruire toutes les chances de Misha de mener un jour une vie normale et heureuse. Sachant à quelle point elle était opposée à leur relation, il n'avait pas été étonné et avait réussi à rester calme. Il avait ensuite répondu à chacune de ses critiques, les démontant point par point, s'efforçant de lui faire comprendre qu'elle se trompait. Et le miracle était arrivé. Elle l'avait accepté. Du bout des lèvres, bien sûr. Mais tout de même, elle avait reconnu qu'il était en mesure de contribuer au bonheur de Misha.
– Je ne sais pas pourquoi, mais elle ne te fait pas confiance pour ça, conclut Ludovic.
Vlad aurait dû soulagé que son compagnon ait charmé Pauline et l'ait convaincu que leur couple n'était pas néfaste au développement de Misha, mais, en vérité, il se sentit déprimé que sa belle-mère considère Ludovic comme plus apte que lui-même à s'occuper de son propre fils.
– Tu n'as pas remarqué que j'étais renfermé sur moi-même et peu social ? déclara-t-il avec amertume, songeant que les amis de Katia, hommes comme femmes, avaient petit à petit désertés la maison après sa mort, preuve que c'était uniquement pour Katia qu'ils avaient sympathisé avec lui.

mercredi 20 avril 2011

Fleur Bleue - 66

Pauline était toujours en train de pleurer sous les yeux impuissants de Vlad, lui reprochant d'être un père indigne, quand Ludovic et Misha revinrent de leur promenade.
– On est rentré ! crièrent Misha et Ludovic en chœur.
Pauline se leva d'une canapé comme montée su ressort, son mouchoir serré contre son cœur. Vlad se sentit paniqué à l'idée qu'elle ne fasse une scène devant Misha. Hélas, avant qu'il n'ait une idée de génie pour éviter ça, Misha et Ludovic furent en haut.
– Mamie ! s'exclama Misha. Pourquoi tu pleures, mamie ?
Pauline ne lui répondit pas, tout entière focalisée sur l'homme qui se tenait derrière le petit garçon. Silencieusement Vlad transmit son angoisse à Ludovic qui parut comprendre la situation en un clin d'œil : une scène était inévitable et il valait mieux que Misha n'y assiste pas. Vlad, profitant de l'instant de grâce où Pauline tétanisée comme en présence d'un serpent venimeux ne disait rien, attrapa la main de son fils et l'emmena hors du salon.
Avant qu'ils ne fussent dans le jardin, hors de portée de voix, ils entendirent Ludovic se présenter et Pauline pousser un glapissement outragé. Vlad éprouva un sentiment de culpabilité terrible d'avoir abandonné Ludovic aux griffes de sa belle-mère, mais il savait qu'il avait agi au mieux pour Misha.
– Qu'est-ce qu'elle a, mamie ?
– Elle pensait à ta maman et elle était triste. Ne t'en fais pas.
Misha leva ses grands yeux innocents vers lui et demanda :
– Pourquoi on est parti ? Pourquoi on est pas resté pour la consoler ?
Vlad, en cherchant la réponse adéquate, eut l'occasion de constater qu'il avait négligé de tondre la pelouse depuis trop longtemps.
Misha reprit la parole :
– Toi aussi, tu as envie de pleurer, papa ? C'est pour ça que tu ne peux pas aider mamie ? Ludovic, il dit que les gens qui sont morts, il faut y penser avec le sourire, parce que les larmes, ça les fera pas revenir.
Vlad ébouriffa les cheveux du petit garçon, soulagé qu'il ait trouvé lui-même une explication à leur désertion.
– Ludovic a raison.
– Tu crois qu'il va pouvoir réconforter mamie ?
Honnêtement Vlad ne le pensait pas. Il s'attendait plutôt à voir Pauline débouler dans le jardin pour lui arracher Misha. Néanmoins, il répondit :
– Je l'espère.
Vlad avait envie de retourner dans le salon auprès de Ludovic, mais comme Misha refusait de patienter seul dans le jardin, il y renonça. Histoire de tuer le temps, ils se mirent à jouer avec le ballon en plastique qui trainait, mais le cœur n'y était pas.

mardi 19 avril 2011

Fleur Bleue - 65

Pauline ne fut pas longue à remarquer que la maison n'était pas comme dans son souvenir. Impossible en effet de rater le nouvel aménagement du salon dans un coin duquel trônait désormais un bureau blanc et une chaise molletonnée en cuir noir. C'était là que Ludovic corrigeait ses copies et préparait ses cours.
– Je le savais ! s'exclama-t-elle d'un ton furieux.
– Oui, il vit avec nous désormais.
– Vraiment Vlad, c'est insensé ! Misha ne voulait plus rien me dire sur son professeur, mais je me doutais qu'il ne pouvait pas être sorti de votre vie aussi facilement !
Comme une furie, Pauline se précipita sur le bureau et envoya valser au sol les papiers et stylos qui se trouvaient dessus.
– Qu'est-ce que vous faîtes ?! s'écria Vlad en se baissant pour commencer à ramasser.
– Où est Misha ? Je vais l'emmener sur le champ, loin de votre perversion !
Ces mots glacèrent Vlad, mais il garda son sang froid.
– Il est en promenade. Et il est inutile de vous dépêcher de me l'enlever, cela fait déjà deux mois que nous habitons tous les trois.
La nouvelle suffoqua Pauline.
– Quand je pense que vous avez osé prétendre avoir rompu ! Vraiment !
– Je n'ai jamais dit ça.
– Ma pauvre petite Katia, si elle voit ça de là où elle est, si elle voit ça...
Pauline s'effondra sur le canapé et se mit à sangloter. Vlad resta interdit devant ces larmes soudaines, puis, il se rappela que demain, c'était le 3 juin, le jour où Pauline avait mis Katia au monde, il y a trente quatre ans de cela. Cela ne justifiait pas tout, mais expliquait bien des choses. Vlad se redressa, laissant les feuilles éparpillées au sol et tenta d'aller poser une main  consolatrice sur le l'épaule de Pauline. Elle le repoussa d'un geste vif et la sympathie de Vlad s'estompa quelque peu.
– Pourquoi êtes-vous venue ?
Pauline récupéra un mouchoir en dentelles dans son élégant sac à main en cuir et tout en se tamponnant les yeux, elle expliqua :
– J'avais une course à faire dans le quartier et quand je suis passée devant la maison, j'ai eu envie d'embrasser Misha, de revoir le foyer chaleureux crée par ma fille. Mais toi et cet individu, vous ne respectez rien et vous avez tout détruit !
Ce qui disait Pauline n'avait pas de sens. Si, comme elle avait voulu, une autre femme était entrée dans sa vie, elle aurait sans aucun doute apporté des modifications dans la maison. Peut-être d'ailleurs n'aurait-elle même pas accepté de vivre dans la maison où Vlad avait vécu avec sa précédente femme et souhaité la vendre pour qu'ils en achètent une autre. Mais Pauline, tout à son chagrin que sa fille ne soit plus parmi eux, ne réfléchissait pas de façon cohérente. Et cela Vlad pouvait le comprendre.

lundi 18 avril 2011

Fleur Bleue - 64

Dans sa précipitation à ramasser les feuilles qu'il avait fait tombé par terre, Vlad renversa sa chaise de bureau. Il jura à mi-voix. Il n'avait pas de temps à perdre. Le client lui avait demandé des modifications à la dernière minute sur les illustrations.  Il fallait les rendre le 3 juin et on était déjà le 2.
Afin de lui laisser le champ libre, Ludovic avait emmené Misha se promener, mais malgré ça, Vlad n'arrivait pas à avancer. Le 3 juin, c'était l'anniversaire de Katia. Elle aurait dû avoir trente quatre ans cette année... Misha était trop petit pour se rappeler de la date de naissance de sa mère, mais Vlad lui ne pouvait s'empêcher d'y penser. Cela lui avait donné l'occasion de se rendre compte qu'il ne connaissait ni l'âge exact de Ludovic ni son jour d'anniversaire alors qu'ils vivaient sous le même toit depuis deux mois. Avec gêne, il s'était demandé si le jour était passé sans qu'il lui ait souhaité. Que Ludovic ne sache pas non plus le sien ne l'avait pas rassuré. Le quotidien était prenant entre le travail, le ménage, Misha et ils n'avaient pas tant d'occasions que ça de bavarder longuement. Les soirées, moment privilégié pour discuter tranquillement, était parfois écornées par les corrections de copies de Ludovic. Parfois aussi, Ludovic avait envie de faire de l'amour et ils échangeaient à un autre niveau. Et enfin, parfois aussi, ils étaient simplement trop fatigués pour faire autre chose que dormir. Le sujet des dates d'anniversaires n'était jamais venu sur le tapis, voilà tout. Néanmoins, c'était symptomatique du fait que, par bien des côtés, Ludovic gardait tout ses mystères. Sa vie amoureuse passée, par exemple, était un gigantesque point d'interrogation.
Vlad en était arrivé à ce point là de ses réflexions quand la sonnette retentit. Était-ce Ludovic et Misha qui avaient-ils oublié leurs clefs ? Non, ils étaient trop tôt dans l'après-midi pour qu'ils soient de retour. Peut-être était-ce Aoki ? Depuis que Ludovic vivait avec eux, son ami était passé cinq fois à l'improviste. Comme jamais il ne s'attardait, cela n'était pas gênant. Cela pouvait bien sûr être aussi un démarchage, mais dans le doute, Vlad descendit ouvrir. Hélas, ce n'était rien de tout cela, c'était Pauline. Débarquer sans prévenir n'était pas du tout son genre, et à dire vrai, dieu merci, elle ne mettait quasiment jamais les pieds chez eux, mais elle n'avait pas l'air dans son état normal.
– Je passais dans le quartier, déclara-t-elle comme si cela expliquait tout.
Se retenant de lui claquer la porte au nez, Vlad l'a fit entrer, non sans appréhension. Il s'était bien gardé de l'informer que le professeur de Misha avait emménagé avec eux et de son côté, il savait que le petit garçon n'avait pas parlé de l'évènement, car il n'avait reçu aucun coup de fil indigné de Pauline sur le sujet. Les deux fois où elle avait voulu savoir s'il avait mis fin à cette « atroce relation », il avait esquivé le sujet en répliquant qu'il avait « fait ce qu'il devait. »

vendredi 15 avril 2011

Fleur Bleue - 63

Vlad nicha la tête contre l'épaule de Ludovic, mit la main sur son cœur comme s'il avait besoin de vérifier qu'il était bien vivant et lui raconta comment Katia avait trouvé la mort.
– Elle était sortie à pieds pour une petite course. C'était le 12 novembre, mais il faisait très froid et il avait neigé. Un automobiliste a dérapé sur une plaque de verglas et il lui est rentré dedans. Ils sont morts tout deux sur le coup.
Ludovic serra  plus fort contre lui Vlad qui reprit d'une voix presque éteinte :
– Ce jour-là, elle me disait justement qu'elle avait envie qu'on mette en route un petit frère ou un petite sœur à Misha. J'étais partant... Nous croyions avoir tout le temps du monde devant nous alors que nous n'avions plus que quelques minutes ensemble. En vérité, quoiqu'on fasse, nous n'avons que l'instant présent.
– Cela a dû être horrible quand tu as appris ce qui était arrivé, souffla Ludovic en caressant doucement le dos de son compagnon.
– Katia... La première fois que je l'ai vu, j'ai été conquis. J'ai eu de la chance qu'elle m'ait aussi repéré. Elle était lumineuse et généreuse...
Pendant un long moment, Vlad parla de Katia, de sa gentillesse et de sa vivacité, et en l'écoutant, Ludovic qui, jusque là avait surtout compatis avec la douleur de Vlad, se sentit triste pour cette jeune femme qui avait été injustement arrachée à son mari et à son fils.
Même après que Vlad se soit tut, ils restèrent longtemps enlacés, silencieux. Puis, finalement, Vlad, les joues striées de larmes se détacha doucement de l'étreinte de Ludovic et déclara qu'il était l'heure d'aller dormir.
Quand ils furent couchés, Ludovic qui avait pourtant escompté qu'ils feraient l'amour, demeura de son côté du lit. Parler de la mort de Katia avait coûté à Vlad et il aurait été malvenu d'entreprendre quoique ce soit. Songeur, il écouta la respiration de l'homme qu'il aimait devenir lente et régulière, puis, en son for intérieur, il promit à Katia qu'il prendrait soin de lui et de Misha aussi longtemps que possible.

jeudi 14 avril 2011

Fleur Bleue - 62

D'un ton sec, il répliqua :
– J'ai beau ne pas être très adroit, j'ai du sens artistique et à force de persévérance et grâce au soutien de Katia, j'ai réussi à en faire mon métier et à en vivre.
Une ombre passa sur le visage de Ludovic, à nouveau torturé par l'idée que Vlad le quitterait un jour pour une femme.
– Je suis désolé, je ne voulais pas dire que... commença-t-il.
Vlad ne le laissa pas finir de s'excuser, il le coupa :
– Indépendamment de ça, tu peux m'expliquer pourquoi tu fais toujours la tête quand j'évoque Katia ?
Ludovic avait côtoyé suffisamment Vlad pour savoir que s'il s'emportait vite, il se calmait tout aussi rapidement. Il suffisait pour cela de lui expliquer que sa colère n'avait pas lieu d'être.
– Cela ne me dérange pas que tu me parles de Katia. Mais je me dis toujours que je ne suis pour toi qu'une parenthèse dans ta vie avant qu'une femme ne parvienne à capter  ton attention.
Comme prévu, l'énervement de Vlad se dissipa. A son tour, il donna des explications.
– Je sais que ce n'est pas délicat de ma part de mentionner Katia pour un oui ou pour non, et c'est pour cela que jusque là, je n'étais pas fâché que tu ne sois pas ravi quand je le faisais... Maintenant je comprends mieux. Hélas, je ne peux pas te garantir qu'une jolie femme ne pourrait réussir à me séduire, mais toi-même, peux-tu promettre qu'un autre homme ne saurait te faire tourner la tête, que tu ne te lasseras jamais de moi et de Misha ?
Ludovic fut tenté de répondre que c'était différent, mais il réalisa que ce n'était pas vrai. Quelque soient le sexe des personnes impliquées, contrôler ses sentiments était du domaine de l'impossible. On pouvait se jurer un amour éternel, être convaincu que c'était la vérité au moment où on la proférait, mais il n'y avait au fond aucune garantie que cela changerait.
– J'ai une chance incroyable de t'avoir rencontré et que je t'aime, mais il est vrai que je ne peux prédire l'avenir.
– Pour ma part, je pense que Katia était la seule et unique pour moi et que toi, tu es l'homme de ma vie... Alors, j'espère qu'il ne t'arrivera rien.
En disant ces derniers mots, sa voix se brisa. Ludovic prit conscience que Vlad avait peut-être encore plus peur que lui de le perdre. Mais lui, ce qu'il craignait, ce n'était pas tant que Ludovic le quitte qu'il ne meure.
– Je n'irais nulle part, murmura Ludovic en attirant Vlad dans ses bras, incapable de trouver autre chose pour le réconforter.

mercredi 13 avril 2011

Fleur Bleue - 61

Cependant, une fois que la rencontre eut effectivement lieu, Ludovic fut obligé de reconnaître que ses craintes étaient infondées. Qu'Aoki soit une pile électrique ne posa pas l'ombre d'un souci et Vlad profita que ce dernier soit un ami de longue date de Ludovic pour en apprendre plus sur son enfance. Aoki qui n'avait pratiquement jamais l'occasion de parler du passé, fut ravi et il s'exécuta avec plaisir, illustrant ses propos à grands renforts de gestes. Misha, trop content d'apprendre les bêtises qu'avaient pu commettre son professeur, se révéla un auditeur enthousiaste et Ludovic n'eut plus qu'à se défendre comme il pût, rétablissant la vérité quand cette dernière lui semblait malmenée par Aoki.
 A la fin de la soirée, quand Aoki fut reparti et Misha couché, Ludovic réalisa qu'il n'avait jamais été aussi heureux de sa vie. Il était en couple avec un homme charmant qui l'aimait en retour, était par extension le père d'un sympathique petit garçon, possédait un excellent ami et avait un travail qu'il appréciait : plus rien ne semblait faire obstacle à son bonheur... excepté les préjugés des gens sur les homosexuels.
– A partir de maintenant, puisque je vis ici et qu'il a fait ta connaissance, il faudra t'attendre à recevoir des visites surprises d'Aoki, déclara-t-il à Vlad qui était en train de terminer de remplir le lave-vaisselle.
– J'ai cru comprendre ça oui. Mais ce n'est pas un problème, j'ai l'habitude. Certaines amies de Katia étaient spécialistes dans le genre.
A la mention de la femme de Vlad, le cœur de Ludovic eut un raté. Parfois le fantôme de Katia lui faisait peur, pas tant pour elle-même que pour ce qu'elle représentait. Ludovic savait que Vlad était attirée par les femmes et il craignait qu'un jour, il ne retourne vers elles.
– Tu es sûr que je ne veux pas que je t'aide ? demanda-t-il, en essayant de chasser cette détestable pensée au loin.
– C'est toi qui a cuisiné le repas, je peux bien faire ça.
Cela ne faisait que quelques jours que Ludovic ne rentrait plus dans son appartement, mais il avait déjà pu constater que Vlad était très attaché au partage des tâches ménagères. Il avait dû être un mari modèle.

– On y irait plus vite à deux, déclara Ludovic à haute voix tout en pensant qu'ainsi, ils seraient plus rapidement au lit, occupés à des choses autrement plus palpitantes.
– J'ai presque fini, répondit Vlad, et dans sa précipitation à ranger l'assiette qu'il tenait, il la laissa malencontreusement tomber. Ludovic la rattrapa de justesse.
– Parfois je me demande comment quelqu'un d'aussi maladroit que toi, aussi bien au quotidien que pour les travaux manuels, a réussi à devenir illustrateur freelance, commenta-t-il en rangeant l'assiette qui avait failli se briser sur le sol.
Il s'était déjà fait cette remarque à plusieurs reprises, mais c'était la première fois qu'il l'exprimait à haute voix et Vlad le prit mal.

Après la fin de Fleur Bleue...

Que préféreriez-vous lire en premier ?
  • Un conte de fée :  Si Cendrillon était un homme, Blanc Neige...
  • Une nouvelle 
  • Lykandré, l'histoire du loup qui se transforme en homme
Autres possibilités, mais pour lesquelles je suis moins motivée personnellement :
  • Le centaure et le prêtre (spin-off du Suivant du Prince)
  • Almort (suite de Mémoire Etoilée)

mardi 12 avril 2011

Fleur Bleue - 60

– Une période d'essai en quelque sorte ? conclut Vlad.
– Oui... Et puis de toute façon, je préfèrerai ne changer d'adresse que cet été. Je n'ai pas envie qu'il y ait de vagues avec l'école.
– C'est vrai qu'une secrétaire pourrait remarquer que tu as la même adresse qu'un de tes élèves, et comble de l'horreur celle de ton élève dont la rumeur veut que le papa soit homo car il embrasse les pères Noël !
Comme ils étaient au téléphone, Ludovic ne fut pas sûr que Vlad soit en train de plaisanter.
– Tu es fâché ? s'inquiéta-t-il.
– Non, je faisais de l'ironie. Je suis content que ce ne soit pas habiter avec nous qui te fasse peur.
– Au contraire, l'idée de me réveiller à côté de toi tous les matins m'enchante.
– C'est dommage que tu n'aies pas commencé par me dire ça...
– Oui, c'est vrai. J'ai eu besoin qu'Aoki me remonte les bretelles.
– J'aimerai bien le rencontrer ton ami. Pourquoi ne viendrait-il pas un soir ? Je pourrais le remercier.
Ludovic regretta soudain d'avoir avoué que c'était son ami Aoki qui l'avait aidé à se décider. Il n'était pas certain que les deux hommes s'apprécient, et ce d'autant plus, que Vlad avait admis qu'il était un peu jaloux... Néanmoins, il accepta de transmettre l'invitation à Aoki qui fut bien sûr ravi à l'idée de faire connaissance avec le « mystérieux veuf » qui lui avait démontré qu'on pouvait mélanger les torchons et les serviettes.
Ludovic crut bon de le mettre en garde pour éviter que les choses ne se passent mal.
– Tu n'insisteras pas lourdement sur le fait qu'on est comme les deux doigts de la main, inséparables depuis notre plus tendre enfance, entendu ?
Aoki soupira exagérément, faisant voler sa frange de cheveux noirs.
– Et pourquoi pas ? Tu es en quelque sorte ma seule famille. Enfin, je veux dire, la seule qui admet encore mon existence.
– Tu es comme un frère et justement, je ne veux pas me retrouver à choisir entre toi et Vlad.
– Ne t'en fais pas. D'après ce que tu m'as raconté sur lui, il n'a pas l'air du genre à poser des ultimatums. Pas comme toi, quoi. Bref, je te promets que je serais charmant.
– Tu ne te lèveras pas dix fois de table pendant le dîner ?
– Je ne suis plus un gamin, je sais me tenir quand il le faut. Arrête de t'inquiéter.
Malgré les assurances de Aoki, la perspective de la rencontre entre son ami de toujours et l'homme dont il était tombé passionnément amoureux tourmenta Ludovic pendant des jours.

lundi 11 avril 2011

Fleur Bleue - 59

Du bout sa botte, Aoki traça un cercle invisible.
– Bref, pour résumer, ce week-end, vous avez fait l'amour comme des bêtes et il t'a demandé d'habiter avec lui et son fils. Seulement toi, tu n'as pas accepté sur le champ...
Ludovic se justifia aussitôt :
– C'était trop précipité avec l'histoire de la belle-mère. Sans oublier que Misha est mon élève. Et puis, ce changement d'adresse risque de ne pas passer inaperçu aux yeux de l'école.
– Tout ça, ce sont des excuses. A mon avis, tu es tellement habitué à en baver que tu n'avais jamais vraiment envisagé un happy end avec ton veuf. Et maintenant, tu as peur de t'engluer dans un petit train train familial.
Cela faisait mal de s'entendre dire ces quatre vérités, mais entre Aoki et lui, la franchise avait toujours été de mise. Il savait que ses raisons de refuser d'emménager avec Vlad et Misha ne tenaient pas la route. Elles n'étaient pas fausses ou mauvaises, elles ne faisaient juste pas le poids en comparaison de ce qui lui était offert. Et pourtant, il hésitait.
– Quand même, ce n'est pas une décision à prendre à la légère. Nous ne sommes pas les seuls concernés, il y a aussi le petit garçon.
– Et la pression sociale. Mais personne n'a dit que tu devais de suite lâcher ton appartement. Commence par emporter une partie de tes affaires, campe là-bas et ensuite tu verras bien si vous êtes compatibles pour quelque chose de plus définitif.
Ludovic marqua un temps de pause, surpris qu'Aoki fasse preuve d'autant de mesure, lui qui avait tendance à agir avant de réfléchir.
– Depuis quand es-tu devenu si sage et raisonnable ?
– Tu sais bien, je suis toujours malin comme un singe quand il s'agit de la vie des autres.
Ludovic rit, puis demanda en plaisantant à moitié :
– Très sage Aoki, que dois-je faire ?
– Arrêter de traîner avec moi et te rendre illico presto chez ton cher Vlad pour lui faire part de ta décision toute fraîche.
Peut-être à tort, Ludovic ne suivit pas à la lettre les instructions de son ami et il se contenta de téléphoner à Vlad pour lui annoncer la nouvelle. Avec un brin de nervosité, il redemanda si son invitation à emménager tenait toujours, puis exposa à Vlad ses craintes et ses réticences avant de lui proposer d'habiter avec eux sans pour autant déménager complètement.

vendredi 8 avril 2011

Fleur Bleue - 58

Vlad se dévêtit à son tour, s'offrant au regard de Ludovic. Ce dernier s'agenouilla, et avec douceur, prit dans sa bouche le pénis de Vlad encore au repos qui, sous sa langue experte, s'allongea et se durcit. Après cela, les choses s'accélèrent. Ils s'installèrent dans le lit et Ludovic le caressa d'une main tout en lui titillant l'anus d'un doigt enduit de lubrifiant. Quand il le pénétra, Vlad haleta et gémit sous son poids, l'esprit vide de toutes pensées. Il n'y avait plus que le plaisir de leurs deux corps imbriqués l'un dans l'autre. Ils jouirent ensemble, poussant en même temps un râle de satisfaction.
Ils restèrent étendus là un moment, en silence. Ils n'avaient pas besoin de mots pour exprimer leur bien-être. Avec naturel, chacun procéda ensuite à un rapide nettoyage dans le cabinet de toilettes avant de retourner se coucher.
– Alors, que dirais-tu de déménager ici ? demanda Vlad.
Ludovic n'eut pas la réaction espérée. Il ne répondit pas de suite, et quand il le fit, ce fut d'un ton gêné :
– J'ai besoin d'y réfléchir.
– C'est normal, murmura Vlad, ne pouvant s'empêcher d'être déçu que Ludovic n'ait pas réagi avec enthousiasme.
Après tout la seule objection qu'il avait émise, il y avait une petite heure de cela, c'était qu'ils n'était pas un couple dans tous les sens du terme. Or, ils venaient de faire un premier pas dans la résolution de ce problème.
– Ce n'est pas que je ne veux pas... commença Ludovic.
– Je comprends. N'en parlons plus pour le moment, coupa Vlad.
Il se sentait soudainement vidé de ses forces. La journée avait été riche en émotions entre le travail, la belle-mère menaçante, la discussion avec Ludovic... et sa conclusion.
– D'accord, souffla Ludovic en l'attirant dans ses bras.
Alors que pas plus tard que la veille, cette étreinte aurait rendu Vlad mal à l'aise, qu'il aurait craint que cette intimité les conduisent à une plus grande encore, il l'accueillit avec bonheur. Lui qui avait eu besoin de temps à s'habituer à ce que la personne qu'il aime soit de sexe masculin, qui avait d'ailleurs encore un peu de mal à s'y faire, il pouvait difficilement en vouloir Ludovic de ne pas accepter de suite sa proposition d'emménager avec lui et son fils.

Manga Yaoi en avril 2011

9 sorties boy's love

Asuka qui ne propose en général plus que 3 sorties yaoi par mois, nous en offre 4, en comptant le magazine de prépublication Be x Boy :
  • Lost Memories de Yuu Minazuki (13 avril)
Ce one-shot parle d'amnésie, un thème que je trouve passionnant, comme vous le savez, puisque l'un de mes romans, Mémoire Etoilée s'y intéressait.
  • Open 24 Hours a Day de Mio Tennohji (21 avril)
Le début dans le magazine Be x Boy était très charmant, mais c'est une sucrerie qui est aussi vite lue qu'oubliée.
  • In God's Arms Vol.1 de Yonezou Nekota (21 avril)
J'aime le dessin de celui-là, mais les histoires sont un peu trop tristes à mon goût.
  • Be x Boy Magazine Vol.11 (28 avril)
Encore un petit cadeau avec ce numéro : un tapis souris !




Début avril, chez Taïfu Comics, deux nouveautés et deux fins de séries :

  • Love Holic  Vol.1 de Toko Kawai
En général, j'aime bien les titres de Toko Kawai, mais les personnages de celui-là ne m'attirent pas (cf. l'extrait sur le site de Taïfu Comics)
  • Restart de Hideka Shoko
L'extrait que j'ai lu sur le site de Taïfu Comics m'a mise en appétit. Une histoire entre 2 mannequins avec des malentendus et de l'alcool, c'est classique, mais ça a l'air bien fait.
  • Steal Moon Vol.2 de Takeno Makoto
  • Brother Vol.2 de Yuzugi Ougi 
Il faut savoir qu'à l'origine Brother était un one-shot, donc cette suite n'est peut-être pas indispensable, surtout qu'elle doit être également victime de l'auto-censure japonaise concernant les pénis.




 

Deuxième titre yaoi de la collection Eros  de Soleil, une série en 3 volumes :
Professor Strange Love Vol.1 de Chie Sasahara (13 avril)
Le résumé de celui-là est gratiné : un professeur qui rend son élève maladroit au possible avec une potion... J'adore l'idée. Promis, dès que je l'aurais acheté, je vous en parlerai...


Et il ne faut pas oublier de rajouter que Number de Kawori Tsubaki qui contient des sous-entendus entre hommes... Ce mois-ci, sortie du volume 4.



Total : 28,45€ (Asuka - BL) + 35,8€ (Taïfu - Yaoi) + 8,95€ (Soleil - Eros)+ 7,95€ (Soleil - Gothique) = 81,15€

jeudi 7 avril 2011

Fleur Bleue - 57

La frustration qu'avait accumulée Ludovic éclatait là au grand jour. Vlad eut soudain très peur de le perdre s'il n'avouait pas pourquoi il se dérobait.
– J'appréhende de recoucher avec toi.
– Pourquoi ? La fois où nous l'avons fait, tu avais paru aimer cela... et ce n'est pas comme si tu découvrais le monde de la sodomie.
– Oui, c'était bien meilleur qu'avec un des godes de Katia, et c'est là où le bas blesse...
Ludovic fronça les sourcils.
– Tu crains quoi au juste ? D'avoir toujours été un gay refoulé à ton insu ?
– Non, ce n'est pas ça. J'ai l'impression de la trahir.
– A mon avis, tu prends le problème de travers. Tu compares un pénis de chair et de sang, relié à son propriétaire, avec un bout de plastique froid et inerte. C'est logique que tu aies fait un rapprochement avec les seules expériences anales que tu as connues, mais c'est avec les fois où vos corps fusionnaient que tu devrais établir une comparaison. Mais, de toute façon, le plaisir que je te donne ne retire rien à Katia.
Vlad ferma brièvement les yeux. Les mots sans fioriture de Ludovic le libéraient d'un poids immense. Il se souvint des fois où Katia l'avait chevauché tout en enfonçant un gode en lui. Jamais il n'avait éprouvé une telle jouissance auparavant. Mais quand bien même Ludovic lui faisait découvrir un jour un plaisir supérieur, cela ne serait peut-être pas si grave...
– Tu as raison, c'était stupide de ma part, murmura-t-il.
– Non, pas tant que ça. Je suis content que tu aies réussi à m'en parler.
Vlad regarda le visage de Ludovic, ses yeux brillants, sa bouche pâle, puis son pull de coton bleu clair avant de s'attarder sur son entrejambe. Sous son jeans noir, une bosse caractéristique s'était formée. A présent Vlad se sentait prêt à s'abandonner de nouveau dans ses bras. Il le prit par la main et l'entraîna dans la chambre pour faire l'amour avec lui.
– Pas besoin d'éteindre la lumière, déclara-t-il.
– Tu es sûr ?
La question de Ludovic ne portait pas que sur l'éclairage de la pièce, c'était une évidence. Vlad acquiesça. Cette fois, il ne ferait pas semblant que Ludovic était Katia. Il voulait le voir et essayer de le caresser en retour. Il l'aimait et, à défaut d'éprouver du désir pour lui, il souhaitait le rendre heureux.
Comme dans un rêve, il l'aida à se déshabiller, effleurant du bout des doigts sa peau. Puis, même si c'était embarrassant, il le regarda. Ludovic était mince, presque imberbe, mais musclé. Il aurait fait une belle statue.

mercredi 6 avril 2011

Fleur Bleue - 56

A la fin, pour la faire taire, Vlad promit qu'il prendrait le temps de réfléchir sérieusement à sa relation avec M.Yamatatomo. Et c'est pourquoi quand Ludovic et Misha arrivèrent, Vlad peina à faire bonne figure. Le venin craché par Pauline avait réussi à le mettre mal à l'aise.
– Tu as l'air tendu... Le client n'a pas aimé le résultat de tes efforts ? demanda Ludovic.
Comme Vlad ne voulait pas rapporter les propos de Pauline devant Misha, il prétendit qu'il était simplement fatigué, tout en faisant signe à Ludovic qu'il lui expliquerait tout plus tard. Ce dernier hocha la tête, montrant qu'il avait compris le message. La soirée s'en trouva bien évidemment gâchée. Même quand Misha s'absenta un moment dans sa chambre, Vlad refusa de se confier, préférant être sûr que le petit garçon n'ait aucune chance de surprendre leur conversation. Ludovic dut prendre son mal en patience, mais l'atmosphère s'en ressentit. Misha, pas dupe du fait qu'il se tramait quelque chose, se montra fatiguant  et c'est avec soulagement que Vlad vit arriver l'heure du coucher. Une fois Misha bordé, Ludovic l'entraîna dans la cuisine et attaqua bille en tête :
– Quel est le problème ?
Il semblait penser que c'était en rapport avec lui, et Vlad ne put le détromper, car indirectement, c'était bien le cas. Il résuma le coup de fil de Pauline et les menaces qu'elle avait proféré.
– Tu crois que ta belle-maman serait vraiment capable de te faire un procès et de prévenir mon école de mes « mœurs dépravées » ? demanda Ludovic d'un ton énervé.
– Je pense qu'elle ne le ferait qu'en ultime recours, à sa façon, elle pense surtout au bien-être de Misha, elle ne cherche pas à nous pourrir la vie pour le plaisir.  Pour le moment, je crois avoir réussi à la dissuader... surtout que je lui ai promis de reconsidérer les choses.
Vlad, quand il eut fini de parler, osa regarder à nouveau Ludovic en face. Les yeux bleus étincelant, ce dernier paraissait à la fois peiné et fâché.
– Tu veux rompre ?
– Non, j'ai dit ça juste pour la calmer. Pour ma part, ça fait un petit moment que j'ai envie de te proposer d'emménager avec nous.
Cette révélation n'apaisa pas le moins du monde du Ludovic.
– La belle affaire ! Comment peux-tu songer à ça alors que tu rechignes toujours à m'embrasser, que tu t'éloignes quand je cherche à dépasser le stade du baiser ? Ce serait intenable si nous étions sous le même toit !

mardi 5 avril 2011

Fleur Bleue - 55

Il n'était pas étonné que Misha ait vendu la mèche. Même si Ludovic et lui ne s'embrassaient pas devant le petit garçon, Vlad lui avait annoncé que son instituteur était devenu son amoureux. Il lui avait précisé qu'il valait mieux ne pas en parler, car cela pouvait heurter la sensibilité de certaines personnes, mais n'avait pas exigé le secret absolu. L'histoire à propos de l'existence du père Noël lui avait servi de leçon : demander à un enfant ce genre de chose ne pouvait conduire qu'à d'autres mensonges qui seraient éventuellement plus embarrassants que la vérité.

Pauline reprit d'un ton pincé :
– Quand je pense que tu refusais de te remettre en couple, je suis vraiment suffoquée. Je trouvais cela dommage, mais je me montrais compréhensive, il était touchant que tu restes attaché au souvenir de ma pauvre Katia. Mais non, depuis Noël, tu es obsédé par cet instituteur... Je soupçonnais déjà quelque chose, mais tu m'avais assuré que tu ne ferais rien qui puisse nuire à mon petit-fils. Vraiment, deux hommes ensemble, ce n'est pas naturel, c'est malsain. Ah ! Quand je pense que j'avais pris la peine de te présenter une charmante jeune femme pas plus tard que le mois dernier...!
La colère de Vlad qui était montée au fur et à mesure que Pauline se plaignait, finit par éclater :
– Vous n'avez pas à intervenir dans ma vie amoureuse. Vos préjugés sans fondements, vous pouvez vous les garder. Quant à la façon dont j'élève MON fils, elle ne concerne que moi.
Pauline émit un couinement outragée avant de riposter :
– Enfin, ce n'est pas pour rien qu'on interdit aux gays d'adopter ! Ma pauvre Katia doit se retourner dans sa tombe. En tant que grand-mère de cet enfant, il est de mon devoir de le protéger. Et j'ai des droits !
Le sang de Vlad se glaça dans ses veines. A mots couverts, Pauline le menaçait de procès. Il essaya de calmer le jeu.
– Si nous nous disputons, Misha sera le premier malheureux. Tout ce que je vous demande, c'est de respecter ma vie privée.
– Mais enfin, Vlad, vous et ce professeur, cela ne peut être sérieux. J'ai bien envie d'écrire un mot pour informer l'école.
Et voilà qu'elle s'attaquait à Ludovic. Il fallait la dissuader d'agir sans céder du terrain - une mission en somme quasi-impossible.
– Et après ? Il sera possiblement renvoyé, mais vous n'y gagnerez rien. Misha ne souffre pas le moins du monde de la situation actuelle.
Il y eut un blanc au bout du fil. Puis finalement, Pauline eut le bon goût d'admettre que le petit garçon  était content et en pleine forme. Elle déblatéra pendant encore un bon quart d'heure, cherchant à culpabiliser Vlad.

lundi 4 avril 2011

Fleur Bleue - 54

Après-demain, ce serait officiellement le printemps. L'air était doux et parfumé. Vlad, chargé de sacs de courses, se mit à siffloter joyeusement. Il avait été félicité de son travail par un client et, en fin d'après-midi, Ludovic ramènerait Misha de l'école et leur concocterait un délicieux dîner. Depuis qu'il avait fait la connaissance de l'instituteur de son fils, la vie n'était plus la même. Elle était plus belle. Vlad se sentait heureux, comme du temps de Katia. Il restait cependant une ombre au tableau. Il ne parvenait toujours pas à embrasser spontanément Ludovic. Et pourtant, quand ce dernier prenait l'initiative, il appréciait la chose. Vlad se rendait bien compte que Ludovic souffrait de la situation et voulait aller plus loin, mais, même s'il souhaitait le satisfaire, il ne ressentait pas cette étincelle de désir qui pousse à toucher l'autre. Sa simple présence suffisait à son bonheur. Par ailleurs, il craignait de laisser Ludovic lui faire à nouveau l'amour, car il avait peur de ressentir au moment de la pénétration cet intense plaisir qu'il n'avait jamais éprouvé quand Katia entrait un gode en lui. Cela lui donnait l'impression de trahir la mémoire de la femme qu'il avait tant aimée. Il n'avait pas encore trouvé le courage d'en parler à Ludovic et pourtant, il le faudrait bien, car il était évident que ce dernier ne supporterait pas que les choses en restent là où elles en étaient entre eux.
Vlad rangea les courses, vérifiant qu'il n'avait pas oublié d'acheter les ingrédients dont avait besoin Ludovic pour le repas de ce soir, puis il s'occupa de plier le linge qui pendait sur l'étendoir. Il serait bientôt quatre heures et demie, et Ludovic et Misha ne tarderaient pas à rentrer.
Il était en train de lancer une machine quand la sonnerie du téléphone de la maison retentit. Sans se presser, il alla répondre et eut la mauvaise surprise d'entendre la voix acidulée de Pauline.
– J'ai vraiment hésité longtemps à te donner ce coup de fil, mais je ne peux raisonnablement fermer les yeux sur cette affaire.
A cette entrée en matière, la bonne humeur de Vlad s'envola.
– Que se passe-t-il ?
– Mercredi après-midi, j'ai, comme tu sais, gardé Misha et j'ai eu une conversation vraiment édifiante avec lui. Il serait inutile, d'après lui, que je lui cherche une nouvelle maman, car il va bientôt avoir un second papa.
Pauline marqua un temps de pause, attendant probablement un déni, mais Vlad ne protesta pas.