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lundi 23 mai 2011

Blanc-Neige - 8 (fin)

Docteur, lassé du sans-gêne des deux cavaliers, leur indiqua d'un ton sec la route qu'ils devaient prendre pour rejoindre le château, et, tous les nains regardèrent avec soulagement le frère et la sœur s'éloigner.
Quand ils eurent disparu à l'horizon, Grognon attrapa le couvercle du cercueil de Blanc-Neige pour le refermer, mais il ne put s'y résoudre. Les mots du cavalier lui trottaient dans la tête. Du vivant de Blanc-Neige, il n'avait pas réussi à être honnête avec ses sentiments et s'était toujours montré désagréable avec le jeune prince, mais à présent, qu'est-ce qui le retenait encore de l'embrasser comme il en avait eu si souvent envie ? Il était un nain, Blanc-Neige était un jeune homme... mais tout cela n'avait plus d'importance.
– Que fais-tu ? l'interpella Docteur comme Grognon se penchait pour poser ses lèvres à celles de Blanc-Neige.
Grognon ne répondit pas, trop occupé à embrasser le jeune prince. Ses camarades voulurent le détacher de Blanc-Neige, l'accusant de profaner son cadavre et dans l'agitation, le corps du jeune prince tomba du cercueil et le morceau de pomme empoisonnée qui était resté coincé dans sa gorge tomba. Il poussa un faible gémissement que les nains qui étaient en train de se battre, n'entendirent pas. Cependant, Grognon fut le premier à voir qu'il bougeait à nouveau.
– Il est vivant, cria-t-il et la bagarre cessa sur le champ.
– Que s'est-il passé ? demanda Blanc-Neige l'esprit encore tout engourdi.
Heureux, Farouche, Valétudinaire, Paresseux et Docteur, dans une joyeuse cacophonie, lui racontèrent ce qui s'était passé pendant qu'ils l'avaient cru mort, sans oublier de mentionner, pour finir, le baiser de Grognon.
En entendant cela, le cœur de Blanc-Neige se gonfla de joie. Jamais il n'aurait osé espérer que son amour puisse lui être retourné. Sous les yeux ébahis, des six autres nains, Blanc-Neige souleva Grognon de terre et l'embrassa.
– Je crois bien que nous allons devoir construire une annexe à la chaumière pour ces deux tourtereaux, conclut Docteur avec pragmatisme.
Muet, Valétudinaire, Farouche, Paresseux et Heureux opinèrent du bonnet. Si Blanc-Neige aimait Grognon, alors ils ne voyaient pas d'inconvénients à leur couple et tout était bien qui finissait bien.

vendredi 20 mai 2011

Blanc-Neige - 7

Avant qu'il n'ait pu trouver une réponse, il entendit les nains chanter au loin. L'ours grogna et s'éloigna, mais il était trop tard pour le chasseur pour s'esquiver en vitesse avec le corps de Blanc-Neige, sans être vu des nains. S'il s'échappait, cela ne pouvait être que sans poids mort...
 Les sept nains soupçonnèrent immédiatement qu'il y avait eu un nouveau problème, car aucune fumée ne s'échappait de la cheminée. Leurs craintes se confirmèrent quand ils virent un curieux vieillard sortir en courant à tout allure de leur demeure.  Alors qu'ils hésitaient à se lancer à sa poursuite, un ours se jeta sur l'homme et lui arracha ses vêtements d'un puissant coup de patte. Sans chercher porter secours à la victime de l'ours, considérant que le fuyard ne le méritait pas, ils se dépêchèrent de gagner leur chaumière, mais c'était trop tard. Le jeune prince était étendu sur le sol, la peau plus blanche que jamais et il ne respirait plus. Docteur qui l'examina, ne put que confirmer son décès. Grognon eut beau râler et pester, rien n'y fit. Ils le pleurèrent et le veillèrent durant trois jours et trois nuits, puis Docteur voulut qu'il soit enterré, mais Grognon refusa. Il proposa de fabriquer un cercueil de verre. Il voulait pouvoir continuer à le contempler ainsi endormi aussi longtemps que possible. Cela lui rappelait le premier jour où il l'avait découvert allongé sur son lit et celui de Farouche, le jour où il était tombé amoureux de lui. Ses camarades furent étonnés par sa suggestion, mais il cédèrent à son caprice et ils confectionnèrent un cercueil de verre qu'ils installèrent juste à côté de leur maisonnette.
Ils venaient à peine de finir leur ouvrage et d'allonger Blanc-Neige dedans que deux cavaliers arrivèrent. L'un d'eux était une jeune fille vêtue d'une élégante tenue d'équitation, l'autre un homme aux habits princiers. La jeune fille se plaignait qu'ils s'étaient perdus tandis que l'autre se montrait plein de désinvolture.
– Pouvons-nous vous aider à retrouver votre chemin ? proposa Docteur.
La jeune fille, en voyant les nains, poussa un petit cri horrifié. L'autre cavalier, lui, ne réagit pas. Ignorant la question du nain, il sauta de cheval, s'approcha du cercueil de verre et souleva le couvercle.
Grognon qui était agenouillé devant réagit au quart de tour.
– Que croyez-vous faire ? aboya-t-il en s'interposant entre le cavalier et le cadavre de Blanc-Neige.
– Je voulais juste admirer de plus près cette beauté.
– Vous n'aviez pas besoin d'ouvrir son cercueil pour ça, gronda Grognon.
– Elle est donc morte ? Quel dommage... Je l'aurais bien réveillée d'un baiser, car ce n'est pas un petit bonhomme comme toi qui en trouverait le courage !
– C'est un jeune homme, intervint Heureux tout en retenant Grognon qui voulait se jeter sur le cavalier pour lui apprendre les bonnes manières.
– Un garçon... Quelle déception ! Enfin, ce n'est guère important. Il paraît que la reine de ce pays est très belle et je compte bien demander sa main.
– Encore faut-il que nous arrivions à sortir de cette forêt, rétorqua la cavalière.
Puis jetant un coup d'œil à Blanc-Neige, elle ajouta :
– Cela se voit que c'est un garçon, tu es vraiment aveugle, mon cher frère. Enfin, là où tu as raison c'est qu'aucune femme ne voudrait de lui pour mari, il ferait par trop ombrage à sa propre beauté..
– Une naine, peut-être, avança le cavalier moqueur en remontant sur sa monture.

jeudi 19 mai 2011

Blanc-Neige - 6

Ce jour-là, alors qu'il songeait à Grognon, se demandant combien de temps encore il arriverait à cacher aux nains le doux penchant qu'il avait pour l'un d'entre eux, il vit arriver par la fenêtre un vieillard, un panier rempli de pommes rouges sous le bras. Le vieil homme toqua à la porte tout en déclarant d'une voix chevrotante :
– Je vends de belles pommes. N'y aurait-il personne ici pour m'en acheter ?
Blanc-Neige hésita un peu avant d'ouvrir, mais intéressé par les pommes, se disant qu'il pourrait cuisiner une délicieuse tarte pour les nains, il laissa entrer l'inconnu.
– Tiens, goûte-donc en une, proposa le vieillard en lui tendant une superbe pomme rouge qui semblait ne demander qu'à être croqué.
Sans se méfier, Blanc-Neige la prit, mordit à belle dents dedans et s'écroula sur le champ, apparemment mort.
Le chasseur - car c'était lui qui s'était déguisé en vieillard pour tromper le jeune prince - ricana, satisfait d'avoir réussi son coup. Cette fois, la reine serait contente de lui. Quand il lui avait rapporté son échec, elle s'était mise dans une colère noire et avait jeté son miroir par terre, le faisant éclater en mille morceaux. Après cela, un peu calmée, elle lui avait soumis ce plan.
– La force brute ne valant rien, nous ruserons. Puisque Blanc-Neige ne semble pas désireux de revenir au château et qu'il semble s'être acoquiné avec ses gnomes, le mieux est de patienter un moment. Quand il se croira hors de danger, tu passeras à l'attaque sous un déguisement. Une pomme empoisonnée et le tour sera joué.
Le chasseur mit le corps glacé de Blanc-Neige sur son épaule et quitta la chaumière afin de ramener le jeune prince à la reine. Cette dernière pourrait prouver à toute la cour que le prince avait bel et bien cesser de respirer.
Pensant que plus personne ne pourrait l'arrêter et qu'il était  désormais tiré d'affaire, le chasseur venait de pénétrer dans le bois quand soudain un ours immense se dressa devant lui. Effrayé, le chasseur recula, et toujours avec son fardeau sur l'épaule, il se dépêcha de se mettre à l'abri dans la maison des nains. En sueur, le chasseur referma la porte de la chaumière juste au nez de l'ours qui l'avait suivi. Il déposa ensuite Blanc-Neige sur le sol et attendit que l'ours s'en aille. Toutefois, ce dernier ne semblait pas décidé à partir, ayant trouvé un buisson de mûres à son goût sous la fenêtre des nains. Avec une impatiente grandissante, le chasseur vit le soir arriver. Les nains ne tarderaient plus et l'ours le bloquait toujours à l'intérieur. Qu'allait-il faire ainsi pris entre le marteau et l'enclume ?

mercredi 18 mai 2011

Blanc-Neige - 5

Ces tergiversions lui firent fatales. Valétudinaire étant plus malade qu'à son habitude, les nains avaient décidé de rentrer plus tôt ce jour-là et, voyant le chasseur en train d'agresser Blanc-Neige, ils se précipitèrent sur lui, Grognon en tête. Le chasseur, comprenant qu'il n'avait aucune chance de l'emporter contre sept nains en colère, prit la fuite, décidant qu'il reviendrait plus tard. Avec leurs petites jambes, les nains réalisèrent rapidement qu'ils ne pouvaient le rattraper et ils renoncèrent à la poursuite pour s'occuper de Blanc-Neige
Ce dernier avait eu plus de peur que de mal et il s'inquiétait surtout des dégâts qu'avait occasionné sa course-poursuite avec le chasseur. Valétudinaire, particulièrement contrarié par la destruction de sa chaise abonda dans son sens ce qui lui valu de subir les foudres de Grognon.
– Blanc-Neige a failli mourir et toi tu te tracasses de ta chaise, c'est n'importe quoi ! cria-t-il.
Valétudinaire esquiva la dispute en montant s'allonger à l'étage, parce qu'il se sentait mal. C'était la première fois que Grognon était de son côté et le cœur de Blanc-Neige se mit à battre un peu plus fort. Avec un mélange d'excitation et d'effroi, il réalisa qu'il ne voulait pas seulement que le nain accepte sa présence, il souhaitait qu'il l'aime, et pas seulement en tant qu'ami... Décidant d'enfouir cette découverte au plus profond de lui-même, Blanc-Neige proposa aux nains de s'en aller afin de ne pas les mêler plus longtemps à ses ennuis.
– Où iras-tu ? Et puis de toute façon, ce n'est pas ça qui empêchera cet assassin de revenir, rétorqua Grognon.
Docteur approuva :
– Il vaut mieux que tu demeures avec nous. Nous allons réparer cette porte, en construire une plus solide et pendant quelques temps, tu te barricaderas à l'intérieur. Cet homme finira bien par renoncer en constatant qu'il ne peut t'atteindre.
Blanc-Neige n'en était pas si sûr, mais il ne chercha pas à discuter. Il aimait sa vie avec les nains et il n'avait pas du tout envie de s'éloigner de Grognon. Désormais, il resterait sur ses gardes.
Néanmoins, pendant plusieurs semaines, il ne se passa rien et petit à petit, Blanc-Neige relâcha son attention, tourmenté par les sentiments grandissants qu'il ressentait pour Grognon. Le nain n'était pas franchement beau à proprement parlé. Il était courtaud, ses oreilles pointues, son nez un peu épaté et sa tignasse blonde hirsute, mais il possédait des yeux d'un bleu profond et une belle voix grave.

mardi 17 mai 2011

Blanc-Neige - 4

Pendant que la reine, frustrée et inquiète, attendait devant son miroir de mettre la main sur le chasseur, Blanc-Neige, lui, prenait goût à sa nouvelle vie. Chez les nains, il était traité comme un jeune homme normal. Il n'y avait pas de courtisans pour lui lécher les bottes, pas de manigances politiques... Tout était délicieusement simple. Le seul problème était Grognon qui n'arrêtait pas de ronchonner et de trouver à redire à tout ce qu'il faisait. Il râlait même quand Blanc-Neige lui préparait ses plats préférés. C'était trop cuit, pas assez sucré, trop salé, pas assez tendre... Cela peinait Blanc-Neige, mais ne l'empêchait pas d'essayer de satisfaire les exigences du nain. Il appréciait beaucoup Grognon, car il avait remarqué que ce dernier, tout en se plaignant et tout en marmonnant dans sa barbe, l'aidait discrètement dans ses corvées. Il savait que c'était lui qui coupait le bois pour le feu de la cheminée, évitant à Blanc-Neige de le faire. Il l'avait aussi vu débarrasser en douce la table et ramener en cachette des seaux d'eau de la rivière. Les autres nains, eux, se reposaient entièrement sur Blanc-Neige, considérant que tout cela faisait partie de son travail. Toutefois, quand le prince avait cherché à remercier Grognon, celui-ci s'était esquivé et avait arrêté de lui donner des coups de main durant une semaine entière. Blanc-Neige n'avait donc pas réitéré l'expérience, mais s'était efforcé de faire encore plus plaisir à Grognon, glissant systématiquement ses mets favoris dans les casse-croûtes du midi que les nains emportaient à la mine.

Une après-midi, un mois après être arrivé chez les nains, alors que Blanc-Neige étendait la lessive sur une corde accrochée entre deux arbres, il entendit des bruits de pas. Inquiet, se demandant s'il était arrivé quelque chose aux nains et si c'était pour ça qu'ils rentraient si tôt, il scruta la forêt et eut la surprise de voir apparaître le chasseur qui avait cherché à le tuer. Lâchant sa corbeille de linge, Blanc-Neige courut se réfugier dans la maison des nains.
Le chasseur fut arrêté à la porte, mais pas très longtemps. D'un coup d'épaule, il la renversa et se mit à poursuivre le jeune prince dans toute la chaumière.
– Comprends-moi, je n'ai pas envie de tuer. Mais c'est toi ou moi, à présent. Ta belle-mère m'a dit qu'elle ne me pardonnerait que si je ramenais ton cadavre, sinon elle me fera pourchasser sans relâche et me pendra.
Blanc-Neige ne répondit rien à ses piètres excuses du chasseur. Il préférait économiser son souffle plutôt que de lui dire qu'il aurait mieux fait de ne jamais accepter au départ de lui ôter la vie.
Ils jouèrent longuement au jeu du chat et de la souris avant que Blanc-Neige, butant contre une chaise brisée lors d'un précédent passage, ne s'effondre sur le plancher, haletant. Le chasseur se mit à califourchon sur lui et commença à lui serrer le cou. Cependant, comme la première fois, en sentant Blanc-Neige se tortiller sous lui, le désir monta en lui et, il arrêta de l'étrangler. Il n'était plus étonné ni même gêné par l'excitation qu'il ressentait, mais il hésitait sur la marche à suivre, éprouvant l'envie perverse de satisfaire ses besoins physiques avant de mettre fin aux jours du jeune homme.

lundi 16 mai 2011

Blanc-Neige - 3

Mais, juste au moment où Grognon se penchait sur l'inconnu, Paresseux, Heureux, Farouche, Muet, Docteur et Valétudinaire déboulèrent bruyamment dans la pièce, réveillant le dormeur.
– Des nains ! Tout s'explique ! Je me disais aussi qu'il était étrange que des enfants vivent seuls au cœur de la forêt ! s'exclama le jeune prince.
– Que fais-tu chez nous ? aboya Grognon, l'air méchant.
Blanc-Neige s'empressa de s'excuser et raconta sa triste histoire.
– Ce n'est pas une raison pour s'incruster chez les gens... commença Grognon, mais ses camarades le firent taire.
– Si tu t'occupes de la maison, tu es le bienvenu ici, déclara Docteur.
Le jeune prince s'empressa d'accepter la proposition :
– Je ferais tout ce que vous voulez. La vaisselle, la cuisine, le ménage, la couture... Je ne suis pas très expérimenté dans toutes ses tâches, mais ma défunte nourrice m'a tout appris, car selon elle, il n'y a pas de raison que seules les femmes fassent tout cela.
Alors que les nains se réjouissaient de ne plus avoir de corvées ménagères à accomplir, Grognon intervint à nouveau pour râler
– C'est bien joli tout cela, mais où dormira-t-il ? Farouche et moi, nous n'allons pas nous priver de lits pour lui !
Docteur qui avait réponse à tout, répliqua :
– Nous lui en fabriquerons un dès demain et pour cette nuit, et bien, nous nous arrangerons.
– Et pendant que nous nous occuperons de confectionner un lit, qui ira à la mine ? grommela Grognon.
– Je peux dormir par terre, glissa Blanc-Neige.
– Mais non, il ne faut pas écouter ce grincheux personnage, notre mine peut bien attendre une journée, dit Heureux avec un bon sourire.
– Si la reine apprend d'une façon ou d'une autre que son beau-fils est chez nous, nous aurons des ennuis, ronchonna Grognon, et sur cette sinistre prévision, il quitta la pièce.
– Il a sûrement raison, s'inquiéta Blanc-Neige.
– Ah ! Tout cela me donne des palpitations d'estomac, soupira soudain Valétudinaire.
– C'est sûrement parce que tu as faim, répondit Docteur, provoquant l'hilarité d'Heureux.
Blanc-Neige se leva promptement du lit de Grognon où il était encore assis.
– Si vous êtes vraiment certains que je peux rester, je vais aller de suite vous préparer le dîner.
Docteur fit voter Farouche, Muet, Heureux, Valétudinaire et Paresseux à main levée et l'unanimité fut générale, le seul opposant apparent ayant déjà quitté la place.

 Des jours tranquilles s'écoulèrent dans la chaumière. Pendant que les nains travaillaient à la mine, Blanc-Neige accomplissait toutes les corvées ménagères consciencieusement. Il était plein de reconnaissance pour les sept nains qui l'avaient accueilli avec générosité et faisait tout pour leur plaire. D'ailleurs, tous les nains, à l'exception de Grognon, étaient d'avis que leur vie était plus bien agréable depuis que Blanc-Neige avait débarqué sans prévenir chez eux.
Cependant, au château, la reine était lassée de l'atmosphère sinistre de la cour. Le nom de Blanc-Neige restait sur toutes les lèvres et une rumeur persistante flottait : peut-être que le jeune prince n'était pas mort, peut-être avait-il survécu à la féroce bête qui l'avait entraîné dans la forêt... Malgré elle, la reine s'était mise à douter et le fait que le chasseur ait disparu peu de temps après avoir exécuté ses ordres, avait renforcé ses soupçons. Finalement, agacée d'avoir l'impression que son propre reflet se moquait d'elle dans le miroir, elle paya des hommes pour qu'ils retrouvent le pauvre chasseur. Elle voulait lui arracher la vérité et, au besoin, l'obliger à faire ce qu'il avait originellement accepté : la débarrasser définitivement de Blanc-Neige.

vendredi 13 mai 2011

Blanc-Neige - 1 & 2

Oui, le premier épisode avait été posté hier et peut-être réapparaîtra-t-il par magie, mais comme vous l'avez peut-être remarqué Blogger ne fonctionnait pas correctement durant ces dernières 48 heures. J'espère que cette fois, cela va vraiment remarcher. Désolée pour les commentaires qui ont été mangés comme le post de la veille et bonne lecture de Blanc-Neige !
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Il était une fois dans un pays très lointain, une reine prénommée Flocon dont la santé était fragile. Bien que cela comporte des risques pour sa vie, elle voulait porter un enfant. Son époux désirait un fils, mais cela importait peu à Flocon qui souhaitait juste un enfant qu'elle pourrait bercer contre son cœur. Finalement, après de longs mois d'attente, elle fut enceinte. Une grande fête fut organisée. Les mois passèrent et enfin, Flocon accoucha par une froide nuit d'hiver. Elle mis au monde un garçon à la peau blanche comme la neige qui tombait dehors, aux lèvres rouges comme le sang et aux cheveux noirs comme les cendres de la cheminée. Elle décéda, hélas, juste après l'avoir serré dans ses bras. Le roi porta son deuil durant plusieurs années, puis se remaria avec une très belle femme qui lui rappelait la défunte Flocon. Son fils, Blanc-Neige, était alors âgé de seize ans. C'était un bel adolescent aux traits fins et au cœur d'or. Les jeunes femmes de la cour chuchotaient dans les corridors qu'il était mignon, les hommes pensaient qu'il était charmant. La reine qui était très coquette et qui entendaient les murmures de la cour, se  mit à jalouser Blanc-Neige.
Un an plus tard, alors que le roi venait de décéder, la reine crut entendre son reflet dans le miroir lui dire que l'adolescent était plus aimé et admiré qu'elle, et que tout le monde voudrait qu'il monte immédiatement sur le trône. Furieuse et inquiète à l'idée de ne plus régner, elle paya un pauvre chasseur pour qu'il emmène Blanc-Neige dans la forêt et le tue.
– Ramène-moi une preuve de sa mort, ordonna-t-elle.
Sachant que le jeune prince adorait les animaux, le chasseur le convainquit de l'accompagner se promener en forêt, lui promettant qu'il lui montrerait un endroit où l'on pouvait voir les biches s'abreuver.
Quand ils furent isolés dans les bois, le chasseur empoigna Blanc-Neige avec brutalité et dégaina son poignard. Le jeune homme ouvrit de grands yeux, mais ne pleura pas pour sa vie. Cependant, le corps chaud et vivant de Blanc-Neige collé au sien éveilla le désir du chasseur. Surpris et honteux de cette excitation qu'il éprouvait pour une personne de l'autre sexe, il relâcha son emprise. Blanc-Neige détala alors comme un lapin dans la forêt. Pris de pitié pour celui qui avait failli être sa victime, le chasseur lui cria :
– Surtout, ne reviens jamais, ta belle mère souhaite ta mort !
Pendant que Blanc-Neige courait, s'enfonçant de plus en plus profondément dans la forêt, le chasseur tua un cerf et rapporta son cœur à la reine, priant pour qu'elle ne se rende pas compte de la supercherie.

Ignorant la duplicité du chasseur, la reine doubla sa récompense afin qu'il raconte à la cour, comment, en un éclair, sans qu'il ne puisse rien faire, une bête sauvage s'était attaquée au pauvre Blanc-Neige et avait entraîné son cadavre dans la forêt.
Pendant ce temps, le jeune prince, ses vêtements déchirés par les ronces et son visages griffé par les branches des arbres, avait découvert une chaumière isolée. Comme il était perdu et qu'il n'avait nulle part où aller puisqu'au château sa belle-mère voulait se débarrasser de lui, Blanc-Neige se permit d'entrer dans la maisonnette alors même que personne ne lui avait répondu quand il avait toqué.
A l'intérieur, tout le mobilier était de petite taille et le désordre le plus complet régnait : par terre, du linge sale traînait, la vaisselle débordait de l'évier et sur la table, on pouvait encore voir les reliefs du petit déjeuner. N'y avait-il personne pour s'occuper des enfants qui semblaient habiter ici ? songea Blanc-Neige en commençant à rassembler dans un coin les vêtements éparpillés dans la pièce. Il débarrassa ensuite la table et fut amusé de constater que chaque petite chaise portait une inscription avec le nom de leur propriétaire. Il y avait là Paresseux, Heureux, Grognon, Farouche, Muet, Docteur et Valétudinaire. Après cela, Blanc-Neige s'attaqua à la vaisselle avant de passer un coup de balai sur le plancher. Enfin, épuisé par les émotions de la journée et par le ménage qu'il venait de faire, Blanc-Neige s'allongea en transversale sur deux des sept lits qui se trouvaient à l'étage, juste sous le toit de la chaumière.
Quand les sept occupants de la maisonnette rentrèrent chez eux, ils comprirent de suite que quelqu'un avaient pénétrés leur logis en leur absence.
– Quelqu'un a nettoyé notre chaumière ! s'écria Docteur.
– Voilà une bonne chose de faîte ! s'exclama Heureux.
– Cela ne se fait pas d'entrer chez les gens sans autorisation... bougonna Grognon.
Muet, les yeux écarquillés, fit le tour de la pièce tandis que Valétudinaire se sentait pris de frissons à l'idée que quelqu'un avait touché à leurs affaires.
Paresseux, peu préoccupé par la situation qui somme toute l'arrangeait vu qu'il détestait faire le ménage, se rendit à l'étage pour piquer un roupillon avant le dîner. Il aperçut de suite Blanc-Neige et redescendit aussitôt pour annoncer que l'intrus était encore chez eux et qu'il était couché sur les lits de Farouche et Grognon.
En apprenant qu'un inconnu se trouvait dans son lit, Farouche rougit d'embarras tandis que Grognon s'empourpra de colère.
– Cela ne va pas se passer comme ça, grommela-t-il et, avant que ses camarades ne puissent le retenir, il monta à l'étage pour dire deux mots à l'intrus. Cependant, sa fureur se calma quand il vit le beau visage pâle entouré de boucles noirs. Fasciné par les lèvres rouges entrouvertes du jeune homme, il s'approcha doucement.