Affichage des articles dont le libellé est Le Beau et la Bête. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Le Beau et la Bête. Afficher tous les articles

vendredi 14 juillet 2017

Le Beau et la Bête - 16 (fin)

Cependant, même après cela, Beau ne s'éloigna guère de Orso, surveillant son rétablissement de près.
Orso, dès qu'il en fut capable, voulut savoir s'il n'avait pas rêvé que Beau l'aimait. Le jeune homme le lui confirma en l'embrassant.
Orso qui commençait à regagner ses forces l'attira à lui de sorte que Beau se retrouva plaqué sur son torse puissant.
— Ta blessure ! s'exclama-t-il en s'écartant avec hâte.
— Ça va, reviens contre moi.
Beau s'allongea avec précaution aux côtés de Orso, posant sa tête contre son épaule.
— Je sens que tu vas être un malade insupportable, du genre à vouloir quitter le lit trop tôt, soupira-t-il.
— Pas si tu es avec moi dedans, répliqua Orso.
Beau se redressa sur un coude.
— Tu ne dois pas bouger pour le moment, protesta-t-il, les joues rouges ayant compris ce qu'il entendait par là.
— Je serais sage, promit Orso.
— Depuis combien de temps me vois-tu ainsi ? demanda Beau avec curiosité. Tu ne cessais de réclamer mon amitié, je ne me doutais pas que tu désirais mon amour...
— Eh bien, j'aurais dû être aveugle pour demeurer de marbre face à toi, vu comment tu es horriblement séduisant, mais c'est depuis que tu as pris ma main dans la tienne pour t'occuper de mes ongles... J'ai eu envie que tu me touches davantage, mais je n'ai rien dit pour ne pas t'effaroucher. Mon plan était de d'abord gagner ton amitié. Je craignais déjà ne jamais l'obtenir. Comment un homme aussi beau que toi aurais pu vouloir d'une bête comme moi ? Et pourtant, plus le temps passait et plus je brûlais de te faire mien.  Seulement, je n'osais pas te parler d'amour.
Ils en avaient perdu du temps à se montrer timides tous les deux, mais cela n'avait plus d'importance désormais puisqu'ils s'étaient trouvés, qu'ils avaient su chacun voir au-delà des apparences. Beau avait perçu la bonté et le charme de la Bête en dépit de son allure impressionnante et de sa rudesse. Orso avait été capable de comprendre que le jeune homme n'était pas seulement beau, mais aussi généreux et que s'il était calme en surface, il avait aussi son caractère.
Ils s'étaient sentis attirés l'un par l'autre en même temps, leurs sentiments l'un envers l'autre grandissant peu à peu tels des boutons de roses déployant leurs pétales.
Quand Orso fut totalement remis, il fit l'amour à Beau avec sauvagerie. Les fantasmes du jeune homme cessèrent d'en être pour devenir réalité. Orso le combla même davantage qu'il n'avait pu l'imaginer, le possédant totalement, l'emplissant de lui et l'éblouissant.
Ensemble, ils vécurent heureux jusqu'à la fin de leurs jours, entourés de roses et de livres. 

FIN

jeudi 13 juillet 2017

Le Beau et la Bête - 15

Orso glissa sur le sol et s'y étendit, se tenant la poitrine au niveau de la tâche sanglante. Beau s'agenouilla près de lui, paniqué.
— Ne meurs pas, je t'en conjure. Je suis désolé. Je ne me doutais pas que mes vautours de frères complotaient de t'ôter la vie.
Orso esquissa un sourire proche de la grimace.
— Ce qui compte, c'est que tu sois revenu, même si sur le moment je les ai crus quand ils ont dit que tu étais de mèche avec eux, que toi aussi tu souhaitais que je disparaisse...
Orso toussa, la respiration sifflante.
— Ne parle plus. Je vais te soigner et tu vas vite guérir, déclara Beau, commençant à déchirer sa chemise pour bander la plaie de la Bête.
— C'est inutile, mon heure est venue. Avant ma blessure, j'étais déjà affaibli. En ton absence, la nourriture avait perdu tout goût, et j'ai peu à peu cesser de me sustenter.
Les paupières de Orso se fermèrent.
— Non ! Non ! Je t'aime, je t'en supplie, accroche-toi, cria Beau, les yeux plein de larmes.
La poitrine de Orso s'abaissait de plus en plus lentement.
Le jeune homme se pencha pour l'embrasser. Que la Bête se fâche, trouve l'énergie de le repousser et puise dedans la force de vivre ! Mais contre toute attente, Orso prit le contrôle du baiser, l'approfondissant avant de s'immobiliser.
Beau, catastrophé, posa la main sur le cœur de la Bête, et constata avec soulagement qu'il battait toujours quoique faiblement. Il allait vivre, décida-t-il. Il le banda avec difficulté, puis réveilla ses frères en les aspergeant avec l'eau du bassin et appela ses sœurs d'une voix forte. Ils allaient l'aider ou bien il se chargeait de leur faire regretter durant le restant de leurs jours.
A le voir si furieux et si menaçant, lui qui avait toujours été conciliant avec eux, ils coopèrent avec lui pour porter la Bête dans un lit, faire bouillir de l'eau, panser et désinfecter la plaie, puis préparer un bouillon nourrissant.
Après quoi, Beau hésita à les enfermer dans un des cachots, mais finalement il leur donna des bijoux en les faisant promettre de ne plus jamais revenir et leur confia un message pour leur père où il l'assurait qu'il serait heureux auprès de la Bête et qu'il le visiterait de temps à autre. Ses frères et sœurs partirent sans demander leur reste, trop heureux de s'en tirer à si bon compte, le laissant au chevet de Orso.
Beau le veilla nuit et jour, changeant régulièrement le linge mouillé sur son front fiévreux, le faisant boire et manger à la cuillère, jusqu'à ce qu'il l'estime tiré d'affaire. 

mercredi 12 juillet 2017

Le Beau et la Bête - 14

Ils attelèrent le cheval à la charrette et s'en furent au pas. Ils traversèrent la forêt, son frère et sa sœur devisant gaiment, Beau silencieux, toutes ses pensées tournées vers celui qu'il allait retrouver.
Une fois devant les remparts, il eut la surprise de voir son autre frère et une autre de ses sœurs  descendre de la charrette. Ils y étaient montés en douce, se cachant sous des couvertures. Beau se fâcha, mais ils se moquèrent et le jeune homme dut se résigner à entrer avec eux dans le château, se consolant que la plus jeune de ses sœurs ait eu la présence d'esprit de rester auprès de leur père.
— Orso ! Je suis de retour ! cria-t-il.
Mais la Bête ne répondit pas. Considérait-il que la présence des frères et sœurs de Beau constituait une invasion de son territoire ? Ces derniers s'égayaient dans les jardins en propriétaire.
Ils exagéraient, songea Beau. Sa sœur aînée revint soudain vers lui, exigeant qu'il lui fasse visiter l'intérieur. Beau se laissa entraîner, espérant y trouver Orso.
Ils grimpait les escaliers d'une des tours tarabiscotées, quand un hurlement déchirant retentit. Il se précipita à la fenêtre. Sa sœur se mit en travers de son chemin, mais il la repoussa sans ménagement, sans écouter ses dires rassurants. Il avait reconnu la voix de la Bête.
En contrebas, près du bassin, ses frères s'attaquaient à Orso sous les yeux de sa sœur cadette qui applaudissait à deux mains. Orso semblait avoir du mal à s'en sortir et une tâche rouge maculait le devant de sa chemise.
Le sang de Beau ne fit qu'un tour, s'arrachant aux mains de sa sœur, il dévala les marches et courut jusqu'au jardin, jusqu'à lui. Il comprenait maintenant pourquoi ses frères et sœurs lui avaient demandé à maintes reprises si la Bête était vraiment seule dans sa demeure. Ils voulaient la tuer pour s'emparer de ses richesses.
— Arrêtez ! s'écria-t-il en fonçant droit sur le trio.
Orso était tout décharné et il luttait mollement contre ses assaillants, comme si mourir lui était égal.
Beau se jeta sur son aîné et, le débarrassant de son poignard, lui infligea une correction musclée.  
Apparemment, le voir voler à son secours avait redonné du courage à Orso, car le frère cadet de Beau mangea à son tour la poussière.
Voyant ses frères à terre, assommés, sa sœur préféra pour sa part s'éclipser plutôt que de subir le courroux conjoint de Beau et de la Bête.

mardi 11 juillet 2017

Le Beau et la Bête - 13

— Ne vas-tu donc jamais accepter d'être mon ami ? s'agaça Orso un soir, peu après avoir essuyé un nouveau refus de Beau, alors même qu'ils riaient ensemble de bon cœur quelques minutes plus tôt.
Beau craignait trop de lui avouer qu'en vérité, il aurait mieux aimé être son amoureux. Il ne voulait pas retourner au cachot ou pire, être chassé à tout jamais du château, loin de Orso. En même temps, il voyait bien que la situation n'était plus tenable. Peut-être qu'avec du recul, il y verrait plus clair.
— Laissez-moi rendre visite à ma famille pour la rassurer, après je reviendrai et je serai ce que vous voulez, déclara-t-il.
— Très bien. Je te fais confiance pour revenir dans une semaine au plus tard.
Beau sourit, le cœur serré. Oui, il se résignerait à être son ami à défaut de plus et garderait enfoui au plus profond de lui son désir qu'il l'enlace dans ses bras puissants et le dévore de baisers.
Le lendemain, sous le regard maussade de Orso, le jeune homme se prépara à partir. Beau traîna, n'ayant pas vraiment envie de quitter la Bête, puis songeant à son père qui devait être rongé d'inquiétude à son sujet, il enjoignit son cheval chargé de présents pour sa famille à avancer.
C'était Orso qui l'avait encouragé à se servir, déclarant que tous ses habits princiers trop petits, robes et bijoux dans les armoires et les malles l'encombraient plus qu'autre chose.

Beau, à son retour dans la demeure familiale,  trouva son père alité, les champs labourés de travers et la maison dans un état déplorable.
Ses frères et sœurs s'extasièrent sur la richesse des vêtements qu'il rapportait avec lui, bien que les aînés ne pussent s'empêcher de souligner que leurs coupes étaient passées de mode. Ils l'interrogèrent longuement sur la fortune de la Bête.
Il raconta qu'elle était un homme impressionnant, mais certes pas un monstre et que c'était parce qu'elle se sentait bien seule dans son château vide qu'elle avait exigé une épouse ou un prisonnier. Il avait donc prévu de retourner auprès d'elle.
Tout en prenant soin de son père qui s'était réjoui d'apprendre que son benjamin n'avait pas été maltraité, Beau fit de son mieux pour satisfaire leur insatiable curiosité.
Craignant que ses frères et sœurs ne soient pas de très bon gardes malades, le jeune homme prolongea son séjour, ne voulant pas abandonner le vieux marchand tant qu'il ne serait pas sur pieds.
Il espérait que Orso ne lui en tiendrait pas grief. Il lui manquait chaque jour et au bout de deux semaines, constatant que l'état de son père s'améliorait, il voulut repartir. Il n'avait pas prévu que ses frères et sœurs veuillent l'accompagner.
Il n'avait guère envie de partager Orso avec quiconque et ne voulait pas que leur père demeure sans personne, mais ils le cajolèrent tant et bien qu'il céda à moitié. Deux d'entre eux pouvaient venir. La Bête apprécierait sans doute de connaître davantage de gens.

lundi 10 juillet 2017

Le Beau et la Bête - 12

— Vous feriez mieux de vous habiller avant de prendre froid, dit Beau d'une voix rauque.
La Bête se servit dans une armoire couchée et enfila des habits beaux, mais étriqués vu sa stature.
— Il vous faudrait du sur-mesure. Je ne suis pas couturier, mais j'ai dû apprendre à repriser, aussi je sais manier un fil et une aiguille, et avec l'aide d'un livre sur la confection, je pourrais peut-être arriver à quelque chose, vous seriez ainsi plus à votre aise.
— Tu n'as pas besoin de te donner tant de peine.
— J'y tiens, répliqua Beau.
Si cette grosse Bête s'imaginait qu'elle était une cause perdue, il allait la détromper ! Dès que Orso fut rhabillé, il l'encouragea à se contempler dans un miroir.
La Bête se fit tirer l'oreille, mais céda.
Devant son reflet, il resta interdit avant de murmurer quelque chose qui ressemble fort à « c'est magique », puis il toucha ses joues barrés des traits lie-de-vin.
— La barbe les cachait au moins, bougonna-t-il.
— C'est discret et on ne voyait vraiment plus votre visage sous tous ses poils ! Et puis, de toute façon, vous pouvez laisser repousser, si ça ne vous convient pas.
— Non, non, c'est bon.

    Les jours s'écoulèrent tranquillement. Beau, à l'aide d'un manuel de couture, confectionna des vêtements adaptés à Orso et lut jusqu'à plus soif. Il jardina aussi aux côtés de son geôlier, et l'aida également à nettoyer le château. Plus il passait du temps avec lui et plus il l'appréciait. Orso était soupe au lait, mais très gentil, toujours à chercher à lui faire plaisir. Oui, depuis le début, il était un diamant brut qui n'avait besoin que d'être poli.
A chaque dîner, Orso lui demandait de devenir son ami et chaque fois, Beau refusait, non plus parce qu'il jugeait absurde qu'un prisonnier se lie d'amitié avec son geôlier, mais car il voulait être davantage.
Il le désirait chaque jour davantage, avec plus de force, rêvant de partager sa couche, de glisser les doigts sur son torse velu. Cependant, il avait peur de la réaction de Orso si jamais il se rendait compte de la manière dont ile le regardait, aussi il fantasmait le plus discrètement possible.

vendredi 7 juillet 2017

Le Beau et la Bête - 11

Beau était excité. Il rougit et détourna les yeux en s'humectant les lèvres. Pour se calmer, il s'activa pour remplir le baquet d'eau chaude.
Quand la Bête s'immergea dedans, Beau en éprouva un regret coupable. Il aurait aimé contempler sa nudité plus longuement, même si alors, peut-être n'aurait-il pas pu résister à l'envie de perdre ses doigts dans les poils de son torse.
La Bête n'avait apparemment pas remarqué son trouble, à moins qu'elle ne l'ait encore interprété de travers, car si elle avait su, elle aurait sans aucun doute mal réagi.
— Comment vous appelez-vous ? demanda Beau, songeant qu'il ne pouvait continuer à le nommer la Bête, alors qu'elle était un homme, certes immense, mais on ne peut plus attirant.
— La Bête, le Diable, je n'ai point d'autres noms.
— Mais comme cela se fait-il ? Tout le monde...
La Bête l'interrompit :
— Ma nourrice m'a raconté que ma mère n'avait pu se résoudre à me donner le prénom qu'elle avait prévu à l'origine pour moi.
— Quel était-il ?
— Je ne sais.
Beau lui choisit sur le champ un nom, un qui, il en était convaincu, irait comme un gant à la Bête.
— Pour moi, vous serez désormais Orso.
— Comme il te plaira, bougonna la Bête en se frottant énergiquement le corps avec un savon.
Ce spectacle était par trop fascinant. Beau  préféra s'en arracher sous prétexte d'aller lui chercher des habits propres pour Orso.
Ce n'est que dans le couloir qu'il réalisa qu'il tenait là une excuse pour braver l'interdit et se rendre dans les quartiers du maître des lieux.
Ce qu'il y découvrit le laissa pantois : tout y était saccagé, les meubles étaient renversés et cassés, les tableaux éventrés, les miroirs brisés...
La Bête déboula alors, encore toute mouillée et nue. Elle secoua Beau par les épaules.
— Tu n'avais pas le droit !
— Pardon. Mais que s'est-il passé ici ? Vous ne devriez pas vivre dans cette aile...
— Si, pour me rappeler que je mérite mon sort,  que je ne suis qu'une Bête... s'écria Orso d'un ton qui trahissait une profonde souffrance.
— Vous êtes homme, certes plus grand que la moyenne, et avec un sacré tempérament, mais...
— Et pourtant, j'ai été abandonné de tous. Même toi, tu n'es sous mon toit que parce que tu es mon prisonnier.
Beau ne nia pas, c'était vrai. Mais il était loin de trouver la compagnie de Orso déplaisante. Plus il en apprenait sur lui, plus il l'appréciait. Le problème, c'était que le désir tout neuf qu'il éprouvait pour lui l'embarrassait.

jeudi 6 juillet 2017

Le Beau et la Bête - 10

La Bête lui prépara un petit déjeuner de roi : chocolat chaud, petits pains et confiture de pomme parfumée à la rose.
Beau le remercia et le félicita pour ses talents culinaires, jouissant de son embarras. Il voulut ensuite s'occuper des ongles de la Bête qui renacla et retarda le moment en lui offrant de prendre des vêtements de son choix dans les armoires du château.
Beau n'était pas du genre à se soucier de son habillement, mais il accepta, se disant qu'il dénicherait peut-être quelque chose de plus adaptée à la taille de son geôlier qui décidément semblait à l'étroit dans les tenues qu'il portait.
Ses recherches n'aboutirent pas. Sur l'insistance de la Bête, il dut sélectionner pour lui-même des chemises aux manches bouffantes, des jaquettes brodées et des pantalons assortis. Il refusa cependant de les enfiler avant que la Bête n'ait accepté que Beau le rase, et lui coupe ongles et cheveux.
Ellese résigna, refusant toutefois catégoriquement qu'ils aillent dans ses quartiers pour procéder.
— Mais que cachez-vous donc là-bas ? Des cadavres ? demanda Beau.
La Bête s'offusqua.
— Tu as trop d'imagination !
— Certes, mais en m'interdisant de visiter vos quartiers et uniquement eux, avouez que cela à de quoi piquer la curiosité.
— Ne compte pas sur moi pour la satisfaire.
Beau s'inclina et finalement, ils s'installèrent dans la cuisine sur des tabourets.
Quand Beau prit la main de la Bête dans la sienne pour tailler ses ongles, il fut frappé par la rugosité de ses doigts et la largeur de sa paume et une pensée incongrue le traversa : quel effet cela lui ferait si la Bête le caressait avec ?
Les joues en feu, il termina le travail, puis s'attaqua à la barbe de la Bête, révélant des joues aux hautes pommettes marquées de traits lie-de-vin. Beau se sentit tout chose en les effleurant.
Il lui épila ensuite les sourcils sur l'arrête du nez, arrachant des cris terribles à la Bête qui lui intima d'arrêter. Beau cependant su lui faire accepter cette « torture » jusqu'au bout. Il lui coupa ensuite les cheveux qui se révélèrent doux, mais emmêlés.
Il n'avait pas pensé à mettre une serviette protectrice autour du cou de la Bête, aussi, quand il eut fini, elle ne tarda pas à se plaindre que cela la démangeait épouvantablement.
Les petits cheveux taillés étaient les coupables, comprit Beau, en le voyant s'agiter et pester en se frottant la nuque.
Il offrit de lui préparer un bain et l'aida à se déshabiller comme la Bête se grattait comme un forcené.
Tout était allé très vite, sans que Beau réfléchisse vraiment à ce qu'il faisait, mais quand il le vit nu, il cessa de respirer un instant. Son geôlier était  toujours monstrueusement grand, mais avec le visage dégagé, il avait figure humaine, son corps était indéniablement celui d'un homme. Il était velu et musclé. Tout était décidément énorme chez lui, y compris ses parties génitales.

mercredi 5 juillet 2017

Le Beau et la Bête - 9

Ils déambulèrent dans les couloirs et pièces du château désert, puis se promenèrent dans les jardins. Beau dut assurer la majeure partie de la conversation, la Bête se montrant réticente à faire des confidences. Il lui raconta des anecdotes sur ses frères et sœurs, et comment leur vie avait basculé à la perte de la fortune de leur père.
Il eut ensuite de la bonne idée de le lancer sur ses rosiers et à ce sujet, la Bête se montra intarissable.
A l'heure du dîner, la cuisine se révéla un autre domaine sur laquelle son geôlier s'étalait volontiers. 
Beau le complimenta pour ses plats. La Bête se tortilla sur sa chaise et Beau trouva sa gêne mignonne.
— Veux-tu bien être mon ami, alors ? grommela la Bête tandis que Beau terminait sa savoureuse mousse au chocolat.
— Je ne sais pas si c'est compatible avec mon statut de prisonnier, répondit le jeune homme en toute honnêteté.
La Bête grimaça, se leva brusquement, lui souhaita bonne nuit et s'en fut.
Beau songea qu'il y avait de l'amélioration : il ne lui avait pas crié dessus. Après avoir débarrassé la table, il alla se coucher dans sa belle chambre et lut jusque tard dans la nuit.
    Cependant, par habitude, il se réveilla quand même tôt le lendemain matin et partit aussitôt à la recherche de la Bête. Il ne le trouva ni dans la cuisine ni dans la salle à manger, mais au jardin, assis au bord d'un petit bassin, se parlant à voix basse à lui-même, à moins qu'il ne s'adresse aux poissons... Beau s'approcha subrepticement pour entendre.
— Comment faire pour qu'il m'apprécie ? Je n'aurais pas dû le mettre au cachot. Je crains qu'il ne soit déçu en découvrant que rien ne peut m'améliorer...
Le jeune homme fut touché par ses inquiétudes. Afin qu'il ne sache pas qu'il l'avait écouté, il recula de quelques pas, puis s'avança à nouveau, en faisant du bruit.
— Bonjour ! s'écria-t-il.
— As-tu bien dormi ? demanda la Bête en se mettant debout, le dominant de toute sa hauteur.
— Oui. Ce lit princier m'a changé de mon habituel.
La Bête se méprit une fois de plus, croyant qu'il faisait allusion à la nuit qu'il avait passé à même le sol dans le cachot, et s'emporta.
Beau laissa passer l'orage, puis précisa que c'était en comparaison avec son couchage dans la maison campagnarde où il habitait avec son père, ses frères et ses sœurs.
Il eut un pincement de cœur en pensant à eux. Il espérait que tout allait bien pour eux, car son sort à lui n'était pas si mauvais en fin de compte.
— Pardon, marmonna la Bête, penaude.
C'était la première fois qu'il s'excusait et Beau trouva que décidément, il y avait du progrès.

mardi 4 juillet 2017

Le Beau et la Bête - 8

— Vous avez vraiment tendance à prendre la mouche pour un rien. Si vous faisiez des efforts là-dessus, que vous vous montriez plus aimable et que vous vous arrangiez un peu, je suis sûr que les gens cesseraient de vous fuir.
— Ah ! C'est facile à dire pour toi qui est plus resplendissant que le soleil couchant, même dans des nippes terreuses, beau à faire pâlir les roses de mon jardin. Moi, mère nature m'a maudit dès la naissance en m'affligeant de cette affreuse enveloppe !
En prononçant ses paroles, la Bête dévora Beau du regard et le jeune homme se sentit troublé. Tout le monde l'avait toujours admiré, il avait souvent été jalousé, mais cela semblait aller plus loin pour la Bête.
— Laissez-moi vous aider à soigner votre apparence et à améliorer vos manières,  qu'avez-vous à perdre ?
La Bête tourna les talons. Beau regretta son départ.
Heureusement, tel un papillon attiré par la flamme, l'immense homme revint et le sortit à nouveau de son cachot, pour le conduire cette fois à une chambre digne d'un prince : tableaux aux murs, tapis au sol, lit à baldaquin, armoire sculptée et peinte, petite bibliothèque...
 — Cela te convient-il ?
— Je serais difficile, si ce n'était pas le cas, répondit Beau.
— Par ailleurs, à partir de maintenant, tu dîneras à ma table.
Beau aurait bien aimé connaître le pourquoi de son nouveau revirement, mais se garda de poser la question. Vu comme son geôlier était soupe au lait, il risquait de se voir renvoyé derrière les barreaux.
— Tu peux explorer le château, hormis mes quartiers dans l'aile sud, mais tu ne dois pas franchir les remparts, continua la Bête.
— C'est gentil à vous de m'accorder autant de libertés.
Il était sincère, mais la Bête crut qu'il se moquait et s'énerva.
Beau qui commençait à s'habituer à ses soudains colères et qui avait appris la patience avec ses frères et sœurs, attendit que la Bête se calme de lui même.
Et, une fois que son geôlier eut cessé de tempêter, il lui sourit.
La Bête le dévisagea, ses yeux dorés étincelant. 
— Tu n'étais pas ironique ?
— Non, pas du tout, dit Beau, amusé par l'air désarçonné de la Bête.
Son geôlier était décidément un drôle de personnage.
— Tu veux vraiment m'aider ?
— Oui. Je suggère que nous commencions par vous couper les cheveux et vous raser.
— Je te vois venir... Tu en profiteras pour me trancher la gorge ! s'écria la Bête.
Beau éclata de rire.
— Même armé, vous êtes plus fort que moi. Mais si cela vous inquiète, je peux débuter par vos ongles.
— Nous verrons tout cela demain. Bavardons plutôt aujourd'hui.

lundi 3 juillet 2017

Le Beau et la Bête - 7

Ils traversèrent, sans croiser personne, des salles et des couloirs tous décorés et tapissés, beaux, bien que poussiéreux et plein de toiles d'araignées, puis ils parvinrent dans une grande pièce qui contenait des rayonnages entiers de livres. Les étagères allaient jusqu'au plafond et débordaient. C'était une vision de rêve.
— Il faudrait plus d'une vie pour en venir à bout... souffla Beau.
— Je veux bien la partager avec toi. Et je suppose que tu pourrais avoir la chambre attenante, si tu promets de ne pas t'enfuir.
S'en aller alors qu'il avait pareille bibliothèque à disposition, il aurait fallu que Beau soit fou ! Cependant, l'enthousiasme du jeune homme retomba vite. Il était supposément le prisonnier de la Bête. Cette soudaine générosité ne cachait-elle pas quelque piège ?
— Pourquoi m'offrir cela ?
La Bête s'emporta aussitôt, envoyant valdinguer l'échelle à roulettes permettant d'accéder aux planches de livres les plus hautes.
— Ne peux-tu te réjouir sans me questionner ? Si cela ne te plaît pas, retourne au cachot !
L'attrapant d'un mouvement vif, il le jeta sur son épaule comme un vulgaire sac de patates et le rapporta à grandes enjambées dans sa cellule où il le laissa choir brutalement avant de l'abandonner.
Beau se massa le postérieur et s'épousseta. Son geôlier avait un fichu caractère. Le jeune homme se surprit toutefois à guetter son retour. Mêmes les deux livres qu'il avait encore ne l'empêchèrent pas de trouver le temps long.
Enfin, la Bête revint rôder devant sa cellule.
— Je ne voulais pas vous vexer, tout à l'heure, commença Beau comme son geôlier faisait les cent pas devant sa porte. C'est juste que je ne comprends pas. Pourquoi me faire des amabilités, si je suis votre prisonnier...
— Et pourquoi pas ? rétorqua la Bête. Pourquoi, à défaut d'une femme, ne pourrais-je avoir un ami ?
— A part vous, nul n'habite ce château ?
— En effet. Ils sont tous partis, prétendant que j'étais le diable incarné...
— Ainsi, vous êtes seul pour entretenir cette vaste demeure ? Cela doit être dur...
Et la Bête devait être bien solitaire.
— JE NE VEUX PAS DE TA PITIÉ ! hurla la Bête, ses mains aux ongles griffus crispées sur les barreaux de la cellule.
Beau rentra la tête dans les épaules, puis se redressa, refusant de se laisser intimider.

vendredi 30 juin 2017

Le Beau et la Bête - 6

A travers la grille, la Bête lui tendit le pain.
— Merci, dit Beau, en prenant la miche de la main aux ongles griffus.
— Aujourd'hui, non plus, vous n'allez pas réclamer votre liberté ?
Il avait décidément l'air d'y tenir, mais Beau était sûr qu'il la lui refuserait.
— Me l'accorderez-vous ?
— Non ! cracha la Bête.
Beau sourit.
— En gros, vous voulez que je dépense ma salive pour rien.
— Pourquoi me tiens-tu ainsi tête ? grogna la Bête, le toisant de toute sa hauteur.
— Parce que je n'ai pas l'impression que ramper  devant vous m'apportera quoique ce soit.
— Je pourrais te briser en deux comme un simple fétu de paille, répliqua la Bête, en mimant le geste.
Beau ne trembla pas. Il avait déjà pu constater que la Bête était plus prompt à grogner qu'à griffer.
— Je n'en doute pas.
La Bête repartit, mais revint dans la matinée l'interroger sur son livre en cours, puis réapparut le midi avec un copieux déjeuner. Apparemment, l'affamer n'était pas au programme.
Quand il débarqua à nouveau dans l'après-midi, à en croire le rayon de soleil qui venait éclairer son cachot, Beau arriva à la conclusion que pour une raison mystérieuse la Bête appréciait sa compagnie.
— Vos roses sont très belles, dit-t-il en caressant les pétales flétrissant de la sienne.
La Bête partit dans une longue tirade sur les soins qu'il accordait à ses rosiers et Beau comprit enfin pourquoi l'étrange homme qui lui faisait face avait pu s'énerver autant qu'une soit cueillie sans son autorisation. Il chérissait ses fleurs comme le marchand ses enfants. Le prix exigé en contrepartie de ce vol demeurait dément, mais s'expliquait, à défaut de se justifier vraiment.
— Je dois vous ennuyer avec mes histoires de taille et de pucerons, conclut finalement la Bête.
Beau qui avait en effet décroché sur la fin, s'en voulut.
— Mais non, assura-t-il. Je lisais de temps en temps des ouvrages de botanique, autrefois, quand mon père avait les moyens.
— Vous adorez vraiment les livres, constata la Bête.
Ouvrant la porte de la cellule de Beau, il lui intima de le suivre. Le jeune homme, plein de curiosité, ne se fit pas prier. Mais s'il n'y avait passé qu'une journée, il n'était que trop content de quitter le sinistre endroit pour découvrir le reste du château.

jeudi 29 juin 2017

Le Beau et la Bête - 5

Beau, plutôt que de se laisser aller au découragement d'être enfermé dans un endroit aussi lugubre pour toujours peut-être, se rappela qu'il avait encore sa besace dont il avait passé la lanière sur son cou. Il l'ouvrit et en sortit ses maigres possessions. La rose malgré ses pétales froissés égayait le gris des lieux. Ses habits roulés en boule faisaient un coussin confortable et surtout, il avait ses livres préférés. Il allait pouvoir les relire tranquillement.
Il avait donc le nez dans les pages quand il entendit le pas lourd de la Bête.
Il s'interrompit pour le regarder, le trouvant moins effrayant et moins bestial que la première fois. Sans mot dire, il soutint son regard doré,
— Alors, vous ne plaidez pas pour votre libération ? gronda la Bête.
— Cela servirait-il à quelque chose ?
La Bête grommela. Étant au beau milieu d'un passage passionnant, Beau préféra reprendre sa lecture.
Son geôlier, à priori furieux du peu de cas qu'il faisait de lui, entra dans sa cellule et lui arracha le livre des mains.
Beau en fut fâché. Il serra les poings. Cela ne suffisait à ce type de le garder prisonnier, il fallait en plus qu'il lui pique ses affaires. Ah, il voulait qu'il le supplie, eh bien, il pouvait toujours rêver. Beau s'empara du second bouquin qu'il avait emmené avec lui. La Bête en allait être pour ses frais ! Même si la mettre en rage n'était peut-être pas une très bonne idée...
Les dents de la Bête claquèrent bruyamment.
— Lisez donc si cela vous chante, quand la nuit sera tombée, dans le noir, vous ne pourrez plus et il s'en fut, en gardant le roman qu'il avait confisqué.
Beau constata que la luminosité avait en effet baissé et mangea son casse-croûte avant de s'allonger pour dormir. Le sol était dur, froid et humide. Il éprouva quelques regrets à s'être montré aussi cavalier vis-à-vis de la Bête qui allait peut-être le laisser mourir de faim.

    Après une mauvaise nuit perturbée par la visite de gros rats, il vit son geôlier approcher avec un plateau sur lequel reposait un gobelet et une miche de pain. Il y avait un côté incongru à ce qu'il lui apporte lui-même son repas. Était-il possible qu'il soit seul dans ce vaste château ? Le jardin devait nécessiter beaucoup d'entretien pourtant, sans compter toutes les pièces et couloirs à nettoyer. Non, s'il n'avait pas confié la tâche à un de ses serviteurs,  c'est qu'il devait éprouver un malin plaisir à le narguer. Il n'y avait pas d'autres explications.

mercredi 28 juin 2017

Le Beau et la Bête - 4

Et, puis, il apparut, immense, dépassant largement Beau. Il était vêtu d'habits riches, mais trop petits et déchirés par endroits. Son poitrail était large. Ses pieds, ses bras et jambes étaient énormes et ses mains étaient comme deux battoirs. Quant à son visage, il était mangé par d'épais cheveux bruns, une barbe drue et deux sourcils broussailleux qui n'en formait qu'un. C'est à peine si on voyait son nez épaté. Ses yeux dorés et menaçants étaient dardés sur lui et Beau rentra la tête dans les épaules, comme s'il avait besoin d'être encore plus petit de l'homme monstrueux qui lui faisait face.
— Qui es-tu ? tonna la Bête.
Le jeune homme sursauta et lâcha la bride de sa monture.
— Beau. Je viens prendre la place de mon père pour la rose, parvint-il à articuler.
— J'attendais une de ses tes sœurs, gronda la Bête.
— Désolé, mais elles avaient peur.
Lui aussi, ajouta Beau en son for intérieur. Rester debout immobile devant le maître des lieux lui demandait tout son courage, car son instinct lui commandait de tourner les talons et détaler comme un lapin.
La Bête s'approcha et empoigna le col de la chemise du jeune homme.
— N'importe laquelle des trois aurait eu le droit à la plus belle chambre de mon château et dîné à ma table, mais pour toi, ce sera le cachot.
— Pas la peine de m'y mettre de force, je suis prêt à vous suivre.
La Bête grogna, le souleva de terre et le maintint au-dessus du sol en le fixant d'un air féroce.
Beau s'agita, mal à l'aise. Il aurait voulu s'enfuir, mais était assez intelligent pour comprendre qu'il ne faisait pas le poids face à l'homme immense et velu qui le tenait.
La Bête le jeta sur son épaule, et l'y maintenant d'une main posée sur ses fesses, il s'engouffra dans le château.
Être transporté ainsi, tête vers le bas, aurait dû être inconfortable, mais Beau trouvait qu'il y avait quelque chose d'agréable à être tenu par un être aussi puissant.
Beau vit des sols recouverts de tapis, des marches et des marches, et puis des pierres nues et enfin, la Bête le projeta dans une cellule vide et poussiéreuse dont il claqua la grille rouillée avec violence avant de tourner la clef dans la serrure.
Après quoi, il s'en fut à grandes enjambées. Beau se redressa et en deux pas, eut fait le tour de sa prison. Les murs étaient gris percés par une fenêtre à barreaux, trop haute pour qu'il puisse regarder dehors, mais qui laissait passer la lumière du jour. Il n'y avait même pas un banc pour s'asseoir, pas même une paillasse, juste un pot de chambre.

mardi 27 juin 2017

Le Beau et la Bête - 3

Le marchand secoua la tête.
— Non. Que deviendrons-nous sans toi ? Tu es peut-être à l'origine de cette demande, mais je n'avais pas à m'emparer du bien d'autrui. Je suis vieux. Je suis juste venu vous revoir une dernière fois. Je ne voulais pas que vous restiez dans l'ignorance de mon sort.
— Rien ne t'oblige à retourner te constituer prisonnier, fit remarquer l'aîné.
— J'ai donné ma parole et je crains des représailles, si je la trahissais, soupira le marchand.
Beau, lui, était décidé. N'en déplaise à son père, il était coupable. S'il avait exigé quelque chose de matériel, comme ses frères et sœurs, son père ne se serait pas retrouvé dans cette situation.
— J'irai, répéta-t-il.
— Que tu es sot, tu n'es pas une fille ! s'écria la cadette. Tu aurais l'air fin en robe, ajouta-t-elle.
Beau n'avait pas pensé à se travestir, juste à prendre la place de son père et tenter de raisonner cet homme, tout monstrueux qu'il soit, lui faire valoir que c'était bien cher payé un instant d'égarement.
Il contempla l'idée sérieusement, puis renonça. S'il cherchait à tromper la Bête, il ne risquait que de l'énerver davantage, quand elle se rendrait compte de la supercherie, car il était inévitable qu'elle réalise le véritable sexe de Beau.
Le marchand tenta d'argumenter. Ses frères qui n'avaient guère envie de se retrouver avec toutes les corvées essayèrent de le raisonner. Ses sœurs s'efforcèrent également de le dissuader, mais mollement.
Beau ne fléchit pas et prépara un maigre bagage : quelques vêtements, ses trois livres favoris, un casse-croûte et la magnifique rose. Il leur donna à tous l'accolade en guise d'adieux, enfourcha le vieux cheval de son père, leur recommanda de bien veiller les uns sur les autres et s'en fut pour le château de la Bête dissimulé dans la forêt qu'ils devaient traverser avant d'arriver à leur modeste maison.
En dépit de la description sinistre qu'en avait fait son père, Beau demeura un instant interloqué en arrivant devant les tours noires tarabiscotées et les hauts remparts.
Déglutissant, il franchit la grand porte qui était étonnamment ouverte.
Il déboucha dans un splendide jardin où des roses de toutes les couleurs poussaient en abondance. Au milieu, des statues de pierres blanches de nymphes et de centaures se dressaient.
Beau descendit de sa monture et appela :
— Il y a quelqu'un ?
Il dressa l'oreille dans l'attente d'une réponse, mais n'entendit que le bourdonnements des abeilles qui butinaient.

lundi 26 juin 2017

Le Beau et la Bête - 2

Ils vivaient à la campagne depuis un an, quand le marchand reçut une lettre lui annonçant qu'un de ses bateaux était finalement rentré à bon port. Les aînés se réjouirent, se voyant de retour en ville à mener la grande vie et chacun réclama à son père un cadeau : pipe, tabatière, mouchoirs brodés, robes et perles...
Voyant la liste s'allongeait, songeant que ce que récupèrerait son père ne suffirait jamais à payer tout cela, Beau s'abstint de réclamer quoique ce soit, pas même un livre.
— Ne voudrais-tu pas que je te ramène quelque chose ? demanda son père.
— Reviens juste en bonne santé, répondit-il.
Le marchand insista.
— Allons, il y a bien quelque chose qui te ferait plaisir.
Il voulait récompenser le benjamin pour les nombreuses les tâches qu'il accomplissait. Il aimait tous ses enfants tendrement, mais était conscient que son dernier était plus méritant.
Beau réfléchit alors à quelque chose qui ne coûterait rien.
— Une rose, lâcha-t-il finalement.
Ses frères et sœurs se gaussèrent pour ce choix manquant de virilité. Comme si cela ne lui suffisait pas d'être un rat de bibliothèque !
Beau qui savait que sa famille ne parvenait pas à s'adapter à leur nouvelle vie, se garda de réagir. Pourtant, contrairement à autrefois, il lui  aurait été facile de donner une correction à ses frères.

    Le marchand ne revint que longues semaines plus tard, les cheveux  blanchis, tout tremblant et l'air sinistre, avec dans ses bagages, une rose  aux pétales veloutés qui embaumait.
Non seulement il avait écopé d'un procès pour ses quelques marchandises et rien gagné, mais en plus, il s'était égaré sur le chemin du retour à cause d'une tempête et était tombé sur un étrange château dont le maître était un homme monstrueux ou plutôt une Bête.
Il avait voulu cueillir une rose pour Beau, pour ne pas revenir les mains tout à fait vides, et la Bête était devenue enragée, jugeant là que son hôte abusait de son hospitalité. Il est vrai qu'il lui avait offert gite et couvert, à lui et son cheval, mais pareille colère pour une fleur...
— Tout ça, c'est à cause de Beau, remarqua l'aîné.
Le père, sans soucier de l'interruption, continua son récit, expliquant que la Bête avait exigé qu'il lui ramène une de ses filles à marier sous peine de passer le restant de ses jours enfermé au cachot.
— Tu n'as pu accepter pareil marché ! s'insurgea la plus âgée des sœurs.
— Il a l'air riche, n'est-ce pas intéressant ? lança le cadet.
— Ce n'est pas le problème ! Il faut être fou pour réclamer l'emprisonnement à perpétuité pour quelque chose d'aussi éphémère qu'une rose. Avec de telles exigences, rien ne dit qu'il veuille nous épouser. Il va plutôt nous torturer et nous tuer.
— J'irai, intervint Beau.

vendredi 23 juin 2017

Le Beau et la Bête - 1

Il était une fois un marchand qui possédait une fortune immense et avait six enfants, trois filles et trois garçons qui étaient fort agréables à regarder, surtout le benjamin que tout le monde ne cessait de complimenter, si bien qu'il avait été surnommé Beau. Ses frères et sœurs en avaient conçu une jalousie certaine et se moquaient volontiers de lui. Beau, pourtant, avait excellent caractère et ne tirait aucune fierté ni de son apparence ni des richesses de son père. Il passait le plus clair de son temps le nez fourré dans un livre, sans se soucier des habits qu'il portait et c'est tout juste s'il donnait un coup de peigne à ses cheveux auburn.
A l'opposé ses deux frères et trois sœurs traînaient devant les miroirs, changeant sans cesse de tenue, se rendant de bals en festivités, ne recherchant que la compagnie de la bonne société. Ils voulaient épouser des gens de la noblesse et méprisaient les filles et fils de marchands moins riches qu'eux.

Un jour, cependant, la roue de la fortune tourna et le marchand, suite à de mauvais placements et la perte de plusieurs navires à marchandises, se retrouva forcé de quitter la ville pour une modeste maison à la campagne.
A l'idée de mener une vie de paysan, les aînés pâlirent et blâmèrent leur père. Ils tentèrent bien de se marier en urgence, mais désormais sans le sou, ils n'étaient plus de bons partis et toutes les portes leur furent fermées.
Beau, lui, accepta plus facilement la situation, même si sa bibliothèque se réduisit à une poignée de livres. A la différence de ses frères, il ne rechigna pas à labourer la terre et comme ses sœurs ne faisaient que pleurer et se lamenter, il se chargea même du ménage et de la préparation des repas.
Au début, ses tâches physiques l'épuisèrent, lui qui n'était pas habitué à s'activer autant, puis il s'endurcit, son corps mince se musclant et sa peau pâle dorant au soleil.
Il devint encore plus beau, agaçant encore davantage ses frères et sœurs qui se mirent à le railler plus cruellement encore.
De nature généreuse, Beau leur pardonnait. Il abattait plus d'ouvrage qu'eux tous réunis, mais pouvait encore se poser parfois pour lire un peu, là où ses sœurs et frères étaient définitivement privés de leur plaisir : se vêtir élégamment et sortir.