CHAPITRE 30
Ils étaient tous réunis dans la cour du château, non pas pour des adieux, mais pour un au revoir.
Byll avait retrouvé son corps d'orcéant, grand et bleu, dépourvu de cheveux et Léopold avait repris les rennes du pouvoir.
Le
roi avait écouté la suggestion de Byll de mettre en place un conseil
avec un représentant de chaque espèce, permettant à chacune d'exposer
ses griefs et ses besoins. Il y avait encore du chemin à faire pour que
toutes les espèces vivent en harmonie sur Erret et peut-être même
d'ailleurs n'y parviendraient-elles jamais vraiment, mais au moins, ils
avançaient dans la bonne direction.
Le père de Violette avait été
nommé représentant temporaire des dragons, Rouge ayant refusé de l'être
et Korel, celui des licornéens. Byll n'avait pas voulu être celui des
orcéants, même pour une courte période. Il lui semblait avoir fait assez
de politique pour toute une vie.
Elissande qui avait aidé à effacer
les oiseaux bleus des membres innocents du mouvement de la Liberté,
avait été invitée à demeurer au château en tant qu'instructrice en magie
et avait accepté, mais avait négocié un congé pour aller rendre visite
avec Jaro à leurs familles respectives.
L'homme noir qui avait
contribué à la capture des dirigeants du mouvement de la Liberté s'était
vu offert une place dans la garde royale, comme Pierrick d'ailleurs. Le
rouquin n'avait pas fait la fine bouche, trop content de demeurer
auprès de Korel.
— Vous êtes sûrs de vouloir partir en voyage ? demanda le licornéen.
— Oui,
nous espérons retrouver des dragons et leur apprendre qu'ils peuvent
désormais vivre au grand jour, si jamais ils ne le savent pas encore,
dit Byll.
— Vous serez en tout cas toujours les bienvenus au château, assura Léopold.
— Vous êtes invités au mariage, ne l'oubliez pas, ajouta Violette.
— Nous tâcherons de ne pas rater cet événement, promit le dragon.
— Rouge,
si tu veux redevenir le frère jumeau de Pierrick, n'hésite pas à venir
me trouver, lança Elissande comme le dragon aidait Byll à s'installer
sur son dos.
— Merci.
— Pourquoi ne pas utiliser Jaro comme modèle, tu dois connaître son physique sur le bout des doigts ? demanda Pierrick.
— Parce
que ce sera plus confortable pour Rouge d'avoir une apparence familière
ainsi que pour Byll, répliqua la jeune femme, les poings sur les
hanches.
L'orcéant préférait en effet cette
option, mais il savait que Pierrick, lui, était gêné vis-à-vis de cela.
Cependant, le rouquin, au lieu de protester et d'insister pour
qu'Elissande se serve de Jaro, soupira et lâcha :
— Bon, très bien. Cela ne me retire rien, après tout, et surtout, je leur dois bien cela.
Là-dessus, il effleura la corne torsadée brillante qui ornait le front de Korel, masquée par nul chapeau.
Ils
échangèrent encore quelques mots, puis Rouge s'éleva dans les airs,
Byll fermement accroché à lui, salué par des signes de mains.
Le
dragon continua monter à grand renfort de battement d'ailes vers le ciel
bleu jusqu'à ce que les terres en dessous d'eux ne forment plus qu'un
patchwork de couleurs.
Ils accomplissaient enfin leur rêve, volant
ensemble, aussi libres que l'air qui les environnait, à même d'aller où
bon leur semblait.
Il s'éloignaient du bruit et du monde, le vent soufflant à leurs oreilles, flottant au milieu d'une mer de nuages cotonneux.
— C'est encore mieux que ce que je m'étais imaginé.
La tête posée contre le cou écailleux de Rouge qu'il enserrait dans ses bras, Byll approuva. FIN