mercredi 5 juillet 2017

Le Beau et la Bête - 9

Ils déambulèrent dans les couloirs et pièces du château désert, puis se promenèrent dans les jardins. Beau dut assurer la majeure partie de la conversation, la Bête se montrant réticente à faire des confidences. Il lui raconta des anecdotes sur ses frères et sœurs, et comment leur vie avait basculé à la perte de la fortune de leur père.
Il eut ensuite de la bonne idée de le lancer sur ses rosiers et à ce sujet, la Bête se montra intarissable.
A l'heure du dîner, la cuisine se révéla un autre domaine sur laquelle son geôlier s'étalait volontiers. 
Beau le complimenta pour ses plats. La Bête se tortilla sur sa chaise et Beau trouva sa gêne mignonne.
— Veux-tu bien être mon ami, alors ? grommela la Bête tandis que Beau terminait sa savoureuse mousse au chocolat.
— Je ne sais pas si c'est compatible avec mon statut de prisonnier, répondit le jeune homme en toute honnêteté.
La Bête grimaça, se leva brusquement, lui souhaita bonne nuit et s'en fut.
Beau songea qu'il y avait de l'amélioration : il ne lui avait pas crié dessus. Après avoir débarrassé la table, il alla se coucher dans sa belle chambre et lut jusque tard dans la nuit.
    Cependant, par habitude, il se réveilla quand même tôt le lendemain matin et partit aussitôt à la recherche de la Bête. Il ne le trouva ni dans la cuisine ni dans la salle à manger, mais au jardin, assis au bord d'un petit bassin, se parlant à voix basse à lui-même, à moins qu'il ne s'adresse aux poissons... Beau s'approcha subrepticement pour entendre.
— Comment faire pour qu'il m'apprécie ? Je n'aurais pas dû le mettre au cachot. Je crains qu'il ne soit déçu en découvrant que rien ne peut m'améliorer...
Le jeune homme fut touché par ses inquiétudes. Afin qu'il ne sache pas qu'il l'avait écouté, il recula de quelques pas, puis s'avança à nouveau, en faisant du bruit.
— Bonjour ! s'écria-t-il.
— As-tu bien dormi ? demanda la Bête en se mettant debout, le dominant de toute sa hauteur.
— Oui. Ce lit princier m'a changé de mon habituel.
La Bête se méprit une fois de plus, croyant qu'il faisait allusion à la nuit qu'il avait passé à même le sol dans le cachot, et s'emporta.
Beau laissa passer l'orage, puis précisa que c'était en comparaison avec son couchage dans la maison campagnarde où il habitait avec son père, ses frères et ses sœurs.
Il eut un pincement de cœur en pensant à eux. Il espérait que tout allait bien pour eux, car son sort à lui n'était pas si mauvais en fin de compte.
— Pardon, marmonna la Bête, penaude.
C'était la première fois qu'il s'excusait et Beau trouva que décidément, il y avait du progrès.

mardi 4 juillet 2017

Le Beau et la Bête - 8

— Vous avez vraiment tendance à prendre la mouche pour un rien. Si vous faisiez des efforts là-dessus, que vous vous montriez plus aimable et que vous vous arrangiez un peu, je suis sûr que les gens cesseraient de vous fuir.
— Ah ! C'est facile à dire pour toi qui est plus resplendissant que le soleil couchant, même dans des nippes terreuses, beau à faire pâlir les roses de mon jardin. Moi, mère nature m'a maudit dès la naissance en m'affligeant de cette affreuse enveloppe !
En prononçant ses paroles, la Bête dévora Beau du regard et le jeune homme se sentit troublé. Tout le monde l'avait toujours admiré, il avait souvent été jalousé, mais cela semblait aller plus loin pour la Bête.
— Laissez-moi vous aider à soigner votre apparence et à améliorer vos manières,  qu'avez-vous à perdre ?
La Bête tourna les talons. Beau regretta son départ.
Heureusement, tel un papillon attiré par la flamme, l'immense homme revint et le sortit à nouveau de son cachot, pour le conduire cette fois à une chambre digne d'un prince : tableaux aux murs, tapis au sol, lit à baldaquin, armoire sculptée et peinte, petite bibliothèque...
 — Cela te convient-il ?
— Je serais difficile, si ce n'était pas le cas, répondit Beau.
— Par ailleurs, à partir de maintenant, tu dîneras à ma table.
Beau aurait bien aimé connaître le pourquoi de son nouveau revirement, mais se garda de poser la question. Vu comme son geôlier était soupe au lait, il risquait de se voir renvoyé derrière les barreaux.
— Tu peux explorer le château, hormis mes quartiers dans l'aile sud, mais tu ne dois pas franchir les remparts, continua la Bête.
— C'est gentil à vous de m'accorder autant de libertés.
Il était sincère, mais la Bête crut qu'il se moquait et s'énerva.
Beau qui commençait à s'habituer à ses soudains colères et qui avait appris la patience avec ses frères et sœurs, attendit que la Bête se calme de lui même.
Et, une fois que son geôlier eut cessé de tempêter, il lui sourit.
La Bête le dévisagea, ses yeux dorés étincelant. 
— Tu n'étais pas ironique ?
— Non, pas du tout, dit Beau, amusé par l'air désarçonné de la Bête.
Son geôlier était décidément un drôle de personnage.
— Tu veux vraiment m'aider ?
— Oui. Je suggère que nous commencions par vous couper les cheveux et vous raser.
— Je te vois venir... Tu en profiteras pour me trancher la gorge ! s'écria la Bête.
Beau éclata de rire.
— Même armé, vous êtes plus fort que moi. Mais si cela vous inquiète, je peux débuter par vos ongles.
— Nous verrons tout cela demain. Bavardons plutôt aujourd'hui.

lundi 3 juillet 2017

Le Beau et la Bête - 7

Ils traversèrent, sans croiser personne, des salles et des couloirs tous décorés et tapissés, beaux, bien que poussiéreux et plein de toiles d'araignées, puis ils parvinrent dans une grande pièce qui contenait des rayonnages entiers de livres. Les étagères allaient jusqu'au plafond et débordaient. C'était une vision de rêve.
— Il faudrait plus d'une vie pour en venir à bout... souffla Beau.
— Je veux bien la partager avec toi. Et je suppose que tu pourrais avoir la chambre attenante, si tu promets de ne pas t'enfuir.
S'en aller alors qu'il avait pareille bibliothèque à disposition, il aurait fallu que Beau soit fou ! Cependant, l'enthousiasme du jeune homme retomba vite. Il était supposément le prisonnier de la Bête. Cette soudaine générosité ne cachait-elle pas quelque piège ?
— Pourquoi m'offrir cela ?
La Bête s'emporta aussitôt, envoyant valdinguer l'échelle à roulettes permettant d'accéder aux planches de livres les plus hautes.
— Ne peux-tu te réjouir sans me questionner ? Si cela ne te plaît pas, retourne au cachot !
L'attrapant d'un mouvement vif, il le jeta sur son épaule comme un vulgaire sac de patates et le rapporta à grandes enjambées dans sa cellule où il le laissa choir brutalement avant de l'abandonner.
Beau se massa le postérieur et s'épousseta. Son geôlier avait un fichu caractère. Le jeune homme se surprit toutefois à guetter son retour. Mêmes les deux livres qu'il avait encore ne l'empêchèrent pas de trouver le temps long.
Enfin, la Bête revint rôder devant sa cellule.
— Je ne voulais pas vous vexer, tout à l'heure, commença Beau comme son geôlier faisait les cent pas devant sa porte. C'est juste que je ne comprends pas. Pourquoi me faire des amabilités, si je suis votre prisonnier...
— Et pourquoi pas ? rétorqua la Bête. Pourquoi, à défaut d'une femme, ne pourrais-je avoir un ami ?
— A part vous, nul n'habite ce château ?
— En effet. Ils sont tous partis, prétendant que j'étais le diable incarné...
— Ainsi, vous êtes seul pour entretenir cette vaste demeure ? Cela doit être dur...
Et la Bête devait être bien solitaire.
— JE NE VEUX PAS DE TA PITIÉ ! hurla la Bête, ses mains aux ongles griffus crispées sur les barreaux de la cellule.
Beau rentra la tête dans les épaules, puis se redressa, refusant de se laisser intimider.