lundi 5 décembre 2016

Orcéant - 63

Perdu dans ses pensées, Korel ne vit pas la pierre que lui lançait l'enfant. Il la reçut dans le ventre et évita de justesse la seconde.
— Stop ! cria-t-il, mais le gamin poursuivit ses lancers.
Comparé à lui, il n'était guère plus gros qu'un moustique, mais ses projectiles faisaient assurément plus mal que des piqûres d'insecte. Korel était plus fort que lui, il aurait pu sans peine l'attraper par le col de sa chemise, le soulever et le secouer comme un prunier, excepté qu'il était un orcéant supposément sous l'emprise de la magie et pas en mesure de faire du mal à un humain. S'il donnait une leçon au gosse, le prix à payer serait élevé, sa vie peut-être, des coups probablement et surtout des ennuis pour tout le groupe entier.
L'enfant continuait et ne ratait pas souvent sa cible quand un homme à la peau noire ramassa un caillou et le jeta dans le dos du gamin qui poussa un cri, se retourna et menaça son attaquant de représailles des gardes qui assuraient la sécurité de la ville.
— Manger de ta propre cuisine est bon pour toi et ce sera ta parole contre la mienne.
— J'ai bien le droit de m'amuser, ce n'est qu'un orcéant, s'offusqua le gamin.
— Ce n'est pas une raison pour l'embêter. Tu dois être du genre à arracher les ailes des papillons et piétiner les fourmis, toi.
— Non, je touche pas aux premiers, ils sont trop beaux, mais je vois pas pourquoi, je n'écraserai pas les cafards et autres trucs dégueulasses !
— Je débattrai avec toi de la beauté et valeur de toutes les créatures vivantes une autre fois, j'ai d'autres projets pour la soirée. A présent, file, dit l'homme en se penchant pour reprendre un caillou par terre.
L'enfant dut comprendre qu'il n'aurait pas le dessus.
— Sale face de rat ! l'insulta-t-il avant de tourner les talons.
— Les papillons ne sont jamais que des chenilles ayant mué, et si la blancheur était signe de propreté et de supériorité, cela se saurait, lança l'homme dans son dos.
Le gamin n'avait même pas eu le dernier mot.
— Merci de m'avoir défendu, déclara Korel.
L'homme qui était sur le point d'entrer dans l'auberge s'immobilisa :
— C'était un plaisir. Un jour, vous serez libres, c'est une promesse.
Korel jubila à ses mots. Il s'empressa de lui décrire ses amis dans l'auberge qui s'étaient jurés la même chose.
Le noir demanda à voir son poignet, constata qu'il était dépourvu de numéro et déclara :
— Je les inviterai donc à rejoindre le mouvement de la Liberté. Plus nombreux nous seront mieux cela vaudra.
Et, après une dernière salutation, il s'engouffra à l'intérieur du bâtiment.

vendredi 2 décembre 2016

A travers les millénaires - 14

Bien que l'intervention de l'officier lui ait permis de comprendre quelque chose de capital sur Hoshi, elle n'en était pas moins importune. Waldo faillit rétorquer qu'il testait une nouvelle méthode, mais de peur que Hoshi ne l'interprète mal et s'imagine qu'il avait inventé cette histoire de vies antérieures juste dans le but de le faire parler, il se contenta de proférer de plates excuses.
L'officier fit un pas vers Hoshi dans le but de lui faire réintégrer d'urgence sa cellule. A son air menaçant, il était évident qu'il ne devait pas connaître la vraie nature du saturnien. Comme il était hors de question qu'il le brusque, Waldo intervint :
— Je m'en charge.
L'autre bougonna et attendit que Waldo procède.
Hoshi se laissa docilement renfermer avec son camarade, Waldo lui soufflant dans un murmure presque inaudible « à plus tard, mon cœur. »
Au moins, il n'avait plus à craindre que Hoshi ne soit torturé, du moins, pas par les humains, car les saturniens, eux, n'hésiteraient pas s'ils découvraient qu'il n'était pas l'un des leurs en dépit des apparences trompeuses.
 

La réunion qui suivit confirma ce que Waldo avait découvert par lui-même. Basile fut quelque peu déçu que son ami se soit finalement aperçu de la supercherie. Waldo expliqua ce qui lui avait permis de comprendre. Le général qui présidait la réunion consigna cet élément afin de veiller à ce que les deux espions ne commettent plus cette erreur. Waldo se contint de justesse de crier qu'il fallait surtout abandonner cette mission trop dangereuse pour les deux malheureux qui avaient été transformés, mais c'était impossible. Dans le document mis à leur disposition, il était écrit noir sur blanc que pour parvenir à ce résultat, il avait fallu plus de douze ans d'expérimentation.
Depuis leur tendre enfance Hoshi et son camarade avaient subi des dizaines et dizaines d'opérations. Les séances de torture de Hoshi avaient en quelque sorte déjà eu lieu. Vu l'âge où les opérations avaient débuté, ils ne pouvaient s'être portés volontaires, ils avaient été purement et simplement réduits à l'état de cobayes et embrigadés. D'un point de vue de moral, c'était plus que tendancieux, mais il était trop tard pour s'indigner : le mal était fait. La guerre qui durait depuis près de vingt ans ne tournait pas à l'avantage des humains, d'où ses mesures désespérées.
Dans trois petits jours, Hoshi et son camarade seraient largués sur Saturne pour y récolter des informations. A eux de se débrouiller pour ensuite les transmettre sans mettre en danger leur couverture. C'était de la folie pure.
Waldo n'avait donc que trois jours avec Hoshi avant que ce dernier ne passe à l'ennemi et que leurs chances de se revoir soient quasi-nulles. Il se porta volontaire pour aider Hoshi à se préparer au rôle délicat qui l'attendait. Le général valida sa candidature, car il avait été l'un des rares à réaliser qu'il était en présence de faux saturniens.

jeudi 1 décembre 2016

Orcéant - 62

Le rouquin appela Rouge, Byll et  Élissande pour leur faire part de son idée pour dégoter des alliés sans l'aide de la magie licornéenne puisque ils ne pouvaient s'en servir jusqu'à la prochaine lune.
Pour une fois, tous approuvèrent et personne ne commenta le fait que quelques instants plus tôt, Pierrick avait parlé de tout laisser tomber.
— Tout va bien entre vous ? demanda la jeune fille.
— Je crois, oui, répondit Pierrick avec un sourire.
Pour Korel, il demeurait un problème : le rouquin n'avait pas encore cessé de le considérer comme son serviteur. Il ressentait par ailleurs une nervosité certaine à la perspective de s'unir avec lui. Il savait qu'il n'y perdrait plus sa corne, mais tout de même...
Ils reprirent la route, Pierrick maintenant sa monture à faible allure afin de rester à côté de lui qui marchait à grandes enjambées. La conversation n'était pas très animée, mais entre eux, c'était naturel et confortable. Élissande, Rouge et Byll suivaient derrière.
Ils eurent la chance de parvenir à une grande ville en fin d'après-midi.
Après avoir récolté des renseignements sur les auberges qu'elle renfermait, à sa méthode simple et directe, Pierrick en choisit une qui n'était pas des plus réputées. D'après lui, c'était là qu'il était plus probable de croiser des gens mécontents de l'ordre en place.
— Il doit y en avoir dans toutes les couches de la société, objecta Élissande qui n'aurait rien eu contre à priori profiter du confort d'un établissement mieux côté.
— C'est vrai, approuva Rouge. Mais de toute façon, il faut bien commençer quelque part, ajouta-t-il avec sa diplomatie coutumière.
Korel fut obligé de demeurer hors de l'auberge avec les chevaux. Il prit alors conscience que les orcéants étaient encore moins bien lotis que les licornéens. Ils n'étaient certes pas mutilés, mais être rabaissé au rang de vulgaire animal n'avait rien d'enviable.
Ses camarades avaient discuté du plan avec lui, mais c'était eux qui allaient se charger de tout pendant qu'il demeurait là à prendre racine. Certes, il protégeait les chevaux d'éventuels voleurs, mais vraiment il était pénible d'être ainsi tenu à l'écart.
Il était prompt à accuser Pierrick de faire peu de cas des orcéants, mais lui-même n'avait eu aucune considération pour Byll quand il avait donné son accord à la vieille licornéene pour le transfert d'âmes. Il ne pouvait d'ailleurs pas mettre tout le dos de cette dernière, se réfugiant derrière le fait qu'elle avait pu l'influencer. Il était trop facile de critiquer les autres et d'être aveugle à ses propres fautes, de croire avoir raison ou pire de justifier à soi-même ce qui ne pouvait l'être.
Il faudrait qu'il présente de nouvelles excuses à l'orcéant et qu'il se montre désormais moins sévère vis-à-vis de Pierrick. C'est à peine si le rouquin lui avait adressé un reproche malgré tous ses mensonges.