mercredi 9 novembre 2016

Orcéant - 48

Korel avait eu tort de ne pas consulter Byll qu'il avait mêlé contre son gré à son histoire. Les excuses qu'il avait présenté étaient bien légères comparé à son acte, mais Rouge ne pouvait nier que les craintes du licornéen vis-à-vis de Pierrick soient tout à fait infondés. Le rouquin n'était pas un mauvais bougre, mais comme tout un chacun, il était imparfait et en effet attaché à l'apparence.
Au bout du compte, l'important, c'était Byll et son ressenti. Rouge calquerait son attitude sur la sienne. Pour connaître son opinion sur le sujet, il devait se débrouiller pour le prendre à part.
Korel aurait préféré que nul ne soit au courant de l'échange, et surtout pas Pierrick, car il craignait ainsi de rendre inutile le transfert d'âmes qu'avait orchestré la vieille licornéenne, mais Rouge n'était pas de cet avis. Il lui semblait que même informé, Pierrick se retrouverait face à ses préjugés sur le physique. Pour le rouquin, les orcéants étaient laids, mais à présent que celui qu'il aimait en était un, même temporairement, son amour allait être mis à l'épreuve.
— Alors, Korel, tu veux bien nous dire pourquoi Pierrick et toi êtes fâchés ? demanda soudain  Élissande.
Byll ne répondit pas. Korel se dépêcha d'intervenir afin de détourner l'attention de la jeune fille de l'épineuse question :
— C'est dommage que maître Frédérick ne soit pas un allié sur lequel on puisse compter, n'est-ce pas ?
— C'est vrai, Byll. Tu crois que c'est pour cette raison que Pierrick est furieux contre Korel ?J'espère que celui auquel sa corne nous conduit actuellement sera le bon.
Sans le savoir, Élissande avait à nouveau mis les pieds dans le plat. Rouge n'y avait pas songé jusque là, mais il lui apparaissait en effet peu probable que Byll ait réussi à utiliser les pouvoirs du licornéen, pas alors qu'il avait eu du mal à se jucher sur un cheval, chose que Korel pratiquait depuis longtemps.
Il lui était plus difficile de lire les sentiments de Byll sur les traits du licornéen qui lui étaient moins familiers, mais il le devinait mal à l'aise. Korel l'était en tout les cas.
Ce transfert d'âmes n'était pas sans causer des problèmes et à tous les niveaux.
Rouge vola au secours de l'orcéant et du licornéen :
— Chacun fait ce qu'il peut.
— Certes, mais c'était une sacrée déception...
Le retour de Pierrick, chargé de grands oiseaux, interrompit la conversation.
Le silence tomba sur le groupe. La jeune fille tenta bien d'animer les choses, elle chercha même à ce que Pierrick fasse la paix avec le licornéen, mais en vain.
Rouge la laissa se débattre non sans scrupules, mais il voulait parler avec Byll avant de s'emmêler. Il avait par ailleurs dans l'idée que tant que Korel n'aurait pas regagné son corps, rien ne pourrait vraiment être résolu.

mardi 8 novembre 2016

Orcéant - 47

CHAPITRE 11

Byll se mouvait de façon différente, le dos légèrement voûté et ses enjambées étaient moins grandes. Par ailleurs, sa main droite remontait de façon régulière vers son épaule comme s'il avait mal, mais il n'y avait nul trace de coup et il avait affirmé avoir été laissé tranquille par les gardes de maître Frédérick...
Bien sûr, ses façons nouvelles de bouger pouvaient s'expliquer par d'autres raisons. Il avait très bien pu faire un faux mouvement ou s'être dormi dans une mauvaise position qui l'avait endolori.
Seulement, il n'y avait pas que cela. L'orcéant s'exprimait également différemment. Il semblait peser ses mots comme par crainte de dire quelque chose qu'il ne fallait pas.
Rouge supposa d'abord qu'il était gêné par l'affaire entre Korel et Pierrick. Cela ne touchait pas directement, excepté que le dragon  y avait vu une opportunité d'exprimer de façon claire ses sentiments et cela avait pu perturber Byll.
Sa réaction avait d'ailleurs été décevante, il avait reconnu leur amour mutuel sans joie particulière, mais peut-être n'avait-il pas vraiment saisi ce que cherchait à dire Rouge...
Au cours des heures de marches qui suivirent le dragon continua à bavarder avec lui, et sur le visage de l'orcéant, il vit une expression qu'il ne lui connaissait pas et qu'il finit par identifier comme étant de l'ennui.
Jamais Byll n'avait éprouvé cela à ses côtés, pas même quand il était incapable de lui parler autrement que par gestes et grognements. Converser ensemble était un de leurs plaisirs actuels. Il ne pouvait s'en être déjà lassé.
C'était en additionnant tous ces éléments qui ne collait pas que Rouge en vint à douter de l'identité de celui qui se tenait à ses côtés.
Il se rappela alors de Korel peinant à monter à cheval et du regard plein de reconnaissance qu'il avait reçu quand il l'avait aidé. Ayant remarqué la froideur de Pierrick à l'égard du licornéen, il avait pensé que c'était pour cette raison que Korel n'était pas dans son état normal, mais l'explication était peut-être ailleurs...
La seule chose qui lui échappait, c'était pourquoi Byll ne s'était pas confié à lui si échange il y avait eu entre lui et Korel.
En voyant le licornéen monter maladroitement la tente pour Élissande, ses soupçons le taraudèrent de plus belle.
Quand Korel, celui qu'il supposait être le véritable Byll, vint pour parler à l'orcéant qui abritait à priori le licornéen, Rouge fut certain et comme de juste, Korel, dans le corps de l'orcéant, avoua tout...
Rouge l'écouta, mais c'est Byll qu'il aurait aimé entendre, son orcéant qui occupait pour  l'heure une fragile et gracile enveloppe.
Sur ces entrefaites, Élissande les rejoignit sans que Rouge ait déterminé de ce qu'il fallait faire au sujet de l'échange.

lundi 7 novembre 2016

Orcéant - 46

Quand ils firent enfin halte, Korel laissa échapper un soupir de soulagement : il était las de marcher et de subir la conversation de Rouge.
Byll, dans son corps, se montra d'une maladresse sans nom qui faisait peine à voir.
L'installation du camp terminé, il le vit s'approcher, mais demeura lâchement auprès de Rouge alors même qu'il aspirait à s'isoler pour réfléchir à ce transfert d'âmes et ses conséquences.
Cela ne dissuada hélas pas Byll de les aborder.
— Pourrais-je te toucher un mot à part ? demanda-t-il d'un ton hésitant.
Korel, en dépit de ses appréhensions, pris de remords, allait accepter quand Rouge intervint :
— Il n'est pas nécessaire que nous ayons des secrets les uns pour les autres.
— Ce n'est pas que je veux faire de cachoteries.. commença Byll, l'air affreusement gêné.
C'est qu'il ne pouvait pas. La licornéenne avait réussi à le bloquer. Ainsi, même s'il le souhaitait, il ne pouvait rien dire à Pierrick, à Rouge ou Élissande, leur échange pouvait demeurer entre eux.
— Je te suis, déclara Korel, sans tenir compte du dragon humain, décidé à mettre les choses au point avec l'orcéant.
— Je suis curieux de voir comment tu vas justifier le fait que tu as pris possession du corps de Byll, répliqua Rouge.
Korel en resta bouche bée et Byll aussi.
— Comment... ? demandèrent-il finalement dans un parfait ensemble.
— Ainsi, je ne me suis pas trompé. Je le regrette.
Korel s'empressa d'expliquer ce qui motivait le transfert d'âmes et pourquoi il ne fallait surtout rien révéler à Pierrick. Il précisa que dans une lune chacun retrouverait son enveloppe d'origine et dans la foulée, il présenta ses excuses à Byll pour ne pas lui avoir demandé s'il était d'accord et à Rouge pour avoir prétendu être l'orcéant. Enfin, il se tut. Il s'attendait à une explosion de colère qui ne vint pas.
Rouge regardait Byll, comme s'il voyait au-delà de son apparence de licornéen. Ce dernier paraissait totalement déconcerté.
Le silence se prolongea. Korel ne pouvait hélas ni exiger qu'ils donnent leur verdict sur la situation ni questionner sur le dragon sur ce qui lui avait permis de reconnaître que l'orcéant n'était plus lui-même.
Élissande qui avait dû s'absenter pour satisfaire des besoins naturels débarqua comme une fleur :
— Pierrick n'est toujours pas revenu avec notre dîner ?
— Pas encore, mais sûrement bientôt, répondit Korel avant de se rappeler que Byll ne parlait pas volontiers à la jeune fille.
Celle-ci lui adressa un sourire joyeux, se réjouissant sans doute que l'orcéant se détende enfin en sa présence. Elle était loin de se douter de la vérité.