vendredi 30 novembre 2018

Chocolat Blanc - 13

Kembou reposa le combiné avec mélancolie. Il n’aimait quand Wyatt était loin de lui. C’était si confortable de songer que seule une demi-heure de marche à pieds les séparait.
— Qu’est-ce qu’il te voulait encore ? demanda Rokia.
— Juste m’informer que sa famille et lui allait s’absenter.
— Tant mieux ! Tu vas enfin pouvoir te consacrer à ta recherche d’emploi !
Comme si Kembou n’y passait pas déjà la majeure partie de son temps. Il avait d’ailleurs essuyé plusieurs refus dont un de façon sûre à cause de sa couleur de peau, ce qui était aussi ridicule que rageant.
Rokia ne réalisait pas que Wyatt lui donnait la force de tout affronter, ce qui était aussi bien, car alors son frère aurait peut-être compris que Kembou était gay et amoureux de son ami. Il n’osait imaginer la réaction de son frère face à son homosexualité, pas plus que celle de ses sœurs et de sa mère d’ailleurs.
Garder secrète cette part de lui était déplaisant et en même temps, il se demandait si ce ne serait pas préférable à subir une double discrimination, à être peut-être rejeté par sa famille.
Kembou se força à retourner à ses brouillons de  lettres. Il était inutile d’attendre que Rokia lui reproche de rester là à rêvasser près du téléphone, vain également de se rendre malade avec d’hypothétiques futurs désagréables.
Évidemment, il peina à se replonger dedans. A force de multiplier les candidatures, c’est à peine s’il se souvenait de l’entreprise pour lequel il postulait.
Son esprit dériva vers Wyatt. Il l’imaginait déjà à la plage en maillot de bain en train de lécher avec application un cornet de glace à deux boules. L’excitante vision vira au cauchemar quand des filles en bikinis entrèrent dans le tableau. Wyatt allait se faire draguer ou bien c’est lui qui essayerait d’en séduire une. Ce n’était pas son style, mais cela ne voulait pas dire qu’il ne le ferait jamais. Au moins, Kembou n’y assisterait pas.
Cela ne l’empêcha pas de se torturer avec cela les jours suivants entre deux recherches d’emploi. Son humeur était d’autant plus maussade que Wyatt ne lui avait pas donné signe de vie, hormis un bref message pour le prévenir qu’il était arrivé à bon port.
Kembou se montra brusque avec sa mère, coupant avec ses sœurs, et se disputa avec Rokia. Puis, il fut finalement embauché pour effectuer de la mise en rayon dans un supermarché - ce qui fut l’occasion de se réconcilier avec tout le monde - et cerise sur le gâteau, il reçut un courrier de Wyatt contenant un filet de sable et une carte postale de mer ensoleillée.

jeudi 29 novembre 2018

Chocolat Blanc - 12

Le repas achevé, Wyatt remonta dans sa chambre. L’envie d’écrire lui était passé, dégoûté qu’il était par la tournure des événements. Se plaindre d’être obligé de partir en vacances faisait probablement de lui un gamin pourri gâté et capricieux. Kembou ne râlait pas de n’aller pratiquement jamais nulle part, lui.
Wyatt prit son smartphone pour appeler son ami et l’informer de ce rebondissement inattendu, au fond assez typique de ses parents. Ce n’était pas si grave que ça s’il tombait sur le frère de Kembou.
— Bonjour, c’est Wyatt.
Un long soupir exaspéré se fit entendre. C’était du Rokia tout craché, ça.
— Tu peux me passer Kembou, s’il-te-plaît ?
— Tu l’as vu tout à l’heure, t’as pas d’autres potes ? Laisse-le respirer. Il a des choses plus importantes à faire que s’occuper de ta pomme.
Le ton méprisant était blessant. Hélas, impossible de rétorquer quoique ce soit parce que ce n’était pas faux.
Il réitéra sa demande polie.
Rokia marmonna un truc qu’il était sans doute préférable de ne pas comprendre et appela Kembou au téléphone.
— Wyatt ? Ça va ?
— Oui. Pardon de te déranger.
Il aurait dû envoyer un mail.
— C’est bon, t’inquiète, j’étais en train de galérer à rédiger une lettre de motivation.
Wyatt se mordit la lèvre, se sentant plus que morveux. Kembou s’efforçait de décrocher un emploi tandis que lui, son problème, c’était de devoir aller se dorer la pilule au bord de la mer.
En deux mots, Wyatt l’informa, sans geindre, qu’il allait être absent pour cause de vacances surprises.
— Amuse-toi bien et n’oublie pas de m’envoyer une carte postale !
— Promis. Maintenant que je t’ai mis au parfum, je ferais mieux de te laisser retourner à tes occupations…
— Oui. A très bientôt !
Wyatt raccrocha tristement. C’était idiot, mais il aurait aimé que Kembou regrette son départ, que cela empiète sur les jours qu’ils leur restaient à passer ensemble. Mais évidemment, son ami avait raison de l’encourager à profiter de son séjour à la plage. Il allait s’y efforcer. L’air marin l’inspirerait peut-être...

mercredi 28 novembre 2018

Chocolat Blanc - 11

Kembou parti, Wyatt se décida à peaufiner une nouvelle de science-fiction qu’il avait écrit au début des vacances. L’année du bac n’avait pas été très productive en terme d’écriture à cause du stress et il était à craindre que lors de sa première année en école d’ingénieur, loin du nid familial, il manque d’énergie pour y consacrer du temps.
Il se lança à corps perdu dans la tâche, conscient que c’était maintenant ou jamais.

— A table !
A l’appel de Marine, Wyatt sursauta. Absorbé par ses corrections, puis par la nouvelle histoire qu’il écrivait, il n’avait ni remarqué que l’heure tournait ni entendu ses parents et sa sœur rentrer.
— J’arrive, répondit-il, finissant malgré tout sa phrase pour ne pas perdre son idée.
Il descendit à contrecœur, l’esprit encore empli de ses personnages.
Son père, sa mère et Marine étaient installés dans la salle à manger. Ils n’avaient pas encore touché à leurs assiettes. Ils l’attendaient.
— J’ai bien cru que nous allions devoir envoyer une équipe de recherche, dit sa mère d’un ton léger, non sans une moue irritée.
Wyatt s’excusa. Il considérait qu’ils auraient dû commencer sans lui. Seulement, ce n’était pas les règles de la maison quand les parents étaient présents. La vie en solo mettrait fin à cette simagrée. Enfin, s’il avait été seul, il aurait été obligé de préparer le repas. En même temps, il n’aurait pas été coupé dans son inspiration.
Avec un certain amusement, il découvrit que sa mère s’était contenté de ramener des plats du restaurant près de son bureau.
Pendant un moment, il n’y eut plus que le bruits des couverts, puis son père parla de son boulot et annonça qu’un collègue l’avait invité à venir profiter de sa maison au bord de la mer.
— Je n’avais pas prévu de prendre de jours, mais l’occasion est trop belle pour que nous la rations. En plus, il a des enfants dans vos âges.
Wyatt grimaça. Partir en vacances, cela voulait dire être loin de Kembou.
Quand il était petit, cela ne t’attristait pas trop, car ils rendaient visite à ses grands-parents maternel, mais depuis que c’était dans des clubs ou chez des amis de ses parents, cela l’ennuyait franchement.
— Je préférerai rester ici.
Sa sœur, cette peste, non contente de ne pas le soutenir, l’enfonça.
— Tu es si pressé que cela de commencer à vivre seul ? C’est sans doute nos dernières vacances en famille.
— C’est vrai, ça, enchérit aussitôt sa mère. Tu auras sûrement un stage en entreprise à réaliser l’année prochaine.
Son père en rajouta une couche : c’était vraiment une magnifique opportunité.
Wyatt sut qu’il n’avait plus qu’à rendre les armes avant que ses parents lui signifient qu’il n’avait pas le choix.