mardi 31 octobre 2017

Remplacement Standard - 58

— Eh bien, peut-être ne serai-je pas seul. Et je peux toujours embaucher une jeune fille au pair.
— Je ne veux pas les abandonner derrière moi. Ils m'en voudraient.
Dans un divorce, ce sont toujours les enfants qui trinquent. Disputes, gardes alternées... Les faire choisir entre leur père et leur mère était horrible, mais que faire, quand les sentiments changent ?
Il se rendait compte à présent qu'il était resté avec Gwen par la force de l'habitude, parce qu'ils avaient vécu tellement de choses ensemble qu'il n'avait pas envisagé un instant qu'elle ne puisse pas être celle aux côtés de laquelle il vieillirait.
— Je crois que le pire qu'on puisse faire, c'est s'entre déchirer sous leurs yeux.
Elle secoua la tête.
— Je ne sais pas.
Il n'avait aucune certitude non plus, sur rien. Il n'avait pas la moindre assurance qu'Ethan l'aime de la même façon que lui, juste le soupçon qu'il ne se ferait pas mal recevoir.
— Parle moi de ton veuf.
Elle sursauta.
— Mais non, cela me gêne !
— Tu as gardé contact avec lui ?
Elle acquiesça avec embarras.
— Nous communiquons par mails.
— Tous les jours ?
Elle confirma.
— Et toi, l'heureuse élue, c'est une collègue de bureau ?
Un homme aimant les arts ménagers. Celui qu'elle avait embauché pour la remplacer le temps de quinze jours qui s'étaient transformés en trois semaines.
— Non. La personne en question ne se doute pas le moins du monde de ce que je ressens à son égard. J'ai eu beaucoup de mal moi-même à accepter que j'étais tombé amoureux.
— J'ai eu le même problème. Je ne voulais pas reconnaître que toi et moi, c'était fini.
Si elle était tombée amoureuse d'une autre femme, cela aurait pu être comparable.
Elle avait raison, c'était étrange qu'ils discutent de leurs sentiments pour d'autres. En même temps, cela faisait longtemps qu'ils n'avaient pas discuté de choses intimes de façon aussi apaisée, et c'était agréable.
Elle reprit :
— Lui aussi a eu de la peine parce jusqu'à ce nous nous rencontrions, il était resté fidèle au souvenir de sa femme.
— Depuis combien de temps est-elle décédée ?
— Sept ans, dans un accident, peu après la naissance des jumelles.
Même si Gwen doutait encore que leur séparation soit la meilleure solution, surtout vis-à-vis des enfants, il semblait évident à Jonas qu'elle y viendrait. Il était prêt à lui laisser le temps de se habituer à l'idée. Ce n'était pas rien de mettre un point final à seize ans de vie commune. Il fallait aussi réfléchir à comment présenter les choses à Gilbert, Gui et Gaëlle.

lundi 30 octobre 2017

Remplacement Standard - 57

    Peu après une nouvelle prise de bec sévère, Jonas se jeta malgré tout à l'eau.
— Tu te rappelles la conversation que nous avions eu sur la fidélité... commença-t-il.
Gwen ne lui demanda pas pourquoi il évoquait ce vieil échange qu'ils avaient eu bien des années plus tôt, avant leur mariage, où ils s'étaient promis de prévenir l'autre si leurs sentiments changeaient et qu'ils tombaient amoureux de quelqu'un d'autre.
Elle soupira, s'abîma dans la contemplation de ses mains et hocha la tête.
Il y eut un silence, puis elle reprit, la voix un peu tremblante, le regardant droit dans les yeux :
— J'ai rencontré quelqu'un pendant mes vacances. Un veuf. Je t'assure que n'étais pas partie dans ce but.
Jonas n'éprouva aucune peine à cet aveu. Cela lui enlevait au contraire un grand poids.
— Tu n'as pas à t'excuser. Ou alors moi aussi.
Elle parut étonnée. Peut-être avait-elle cru qu'il l'avait confronté en raison de la distance qu'elle maintenait entre eux depuis son retour.
— Depuis quand… ?
— Pendant ton absence.
Il ne pouvait pas lui avouer pour le moment que c'était un homme qui lui plaisait. C'était déjà assez compliqué comme cela sans en rajouter.
— Oh.
— Nous nous étions promis d'être honnêtes.
— C'était avant la naissance des enfants. Maintenant nous formons une famille. On ne peut pas se séparer comme cela. C'est pour ça que j'ai préféré garder cela pour moi. Je suis rentrée avec l'intention de tout continuer comme avant.
— Mais Gwen, nous ne sommes pas heureux comme ça et par conséquent, les enfants non plus. Tu ne cesses de me faire des reproches à la moindre occasion.
Elle s'emporta :
— Tu le mérites ! Toujours à rentrer à pas d'heure !
— J'ai beau faire des efforts, c'est un de mes travers. Je retombe sans cesse dedans, je ne fais pas exprès. Je comprends que cela t’agace, mais...
Elle le coupa d'un ton calme et triste :
— Oui, c'est vrai. C'est comme si je ne voyais plus que tes défauts. Pourtant tes qualités n'ont pas disparu, mais elles ne compensent plus tes manquements.
— Pour ma part, même si je te considère toujours comme une femme formidable, tes critiques quotidiennes me pèsent. C'est pourquoi nous ferions mieux de nous séparer.
— Et les enfants, dans tout cela ? Tu es incapable de t'en occuper... et je ne peux pas les prendre avec moi. Il en a deux. Je ne me vois pas avec cinq.
Par ces mots, elle montrait qu'elle avait envisagé de le quitter, même si ultimement, elle avait choisi de n'en rien faire. Pour les enfants.
Lui aussi, il pensait à eux et à leur bien-être, même si elle ne le réalisait pas.

vendredi 27 octobre 2017

Remplacement Standard - 56

                                                     *
Trois mois s'étaient écoulés depuis le départ d'Ethan et Jonas ne cessait de songer à lui.
Une nouvelle année débutant, il en profita pour faire le point sur sa vie. Il était inutile de se leurrer plus longtemps : il était malheureux. Cela ne collait plus entre lui et Gwen, plus du tout. L'amour qu'ils avaient partagé n'était plus. Demeuraient leurs enfants et des tas de souvenirs heureux, mais visiblement, le temps avait cassé quelque chose.
Elle ne le supportait plus. Il le sentait. Aucun de ses efforts pour lui complaire ne suffisaient. Par ailleurs, elle ne voulait plus qu'il la touche et de son côté, il n'était pas tenté.
Le souvenir d'Ethan était toujours aussi vivace. Il lui manquait.
Une nuit, il avait même rêvé de lui, nu sous le tablier et en avait mouillé son caleçon, comme un adolescent incapable de se contrôler.
Oui, tout étrange et nouveau que cela soit pour lui – il n'avait jamais désiré un homme de la sorte auparavant -  il ne pouvait plus se voiler la face. Il était obligé d'être honnête avec lui-même, de reconnaître que même si c'était un homme, comme lui, il l'aimait, et pas qu'un peu.  Ce n'était pas un égarement passager ou une illusion liée à la vie de couple qu'ils avaient menée comme il avait préféré le croire, autrement, ces dernières semaines sans lui auraient dû dissiper ce qu'il ressentait à son égard.
Cependant, qu'il ait une chance ou non avec le nounou n'était pas le problème. Il ne pouvait plus rester avec Gwen, même pour les enfants. Leur relation s'était par trop détériorée. Ils se disputaient même en présence de Gaëlle, Gui et Gilbert.
Vu tout ce que Gwen et lui avait vécu au cours des dernières années, il avait toujours de l'affection pour elle, mais ce n'était plus suffisant pour continuer comme cela alors que son cœur était ailleurs.
Il ne savait pas plus comment aborder la question de la séparation qu'expliquer à sa femme qu'il pensait sans cesse à quelqu'un d'autre, un homme doux et réservé qu'il ne savait pas comment contacter, si ce n'est par l'intermédiaire de son entreprise… Il pourrait peut-être prétendre qu'il avait retrouvé quelque chose lui appartenant. Oui, d'une façon ou d'une autre, il se débrouillerait, parce qu'il voulait absolument le revoir.