vendredi 29 mai 2015

Contes modernes - 56

Le lendemain soir, Jim revint quand même. Même si leurs sentiments n'étaient pas au diapason, il n'avait aucune intention de le quitter. Il se retint même de poser des questions à Ariel sur ce qui s'était passé avec Cain.
Le jeune homme lança le sujet de lui-même :
« Je suis désolé pour hier. Cain ne m'avait jamais rendu visite auparavant comme ça, sans me donner au moins un coup de fil. Il était bouleversé, c'était une évidence. Il s'est en effet passé un truc avec la personne grièvement brûlée qu'il interviewait. »
— Comment ça ?
« Je ne sais pas s'il voudrait que j'en parle. »
— Eh bien, ne le fais pas dans ce cas, répondit Jim.
Il avait voulu sa réplique désinvolte, mais son ton sec trahit son agacement. Il y eut un silence pesant entre eux avant qu'Ariel n'écrive finalement :
« Tu as fini de lire le roman de Cole Sorière que je t'ai prêté ? »
— Dévoré même.
Jim sourit, même si une part de lui était triste. Il se demandait si Ariel ne se leurrait pas lui-même en prétendant que Cain n'était qu'un ami pour lui.
Mû d'une impulsion subite, Jim reprit la parole et déclara :
— Je t'aime.
Ariel n'écrivit pas un beau « moi aussi » dans son carnet qu'il mit de côté pour l'embrasser. Tout en savourant sa bouche sur la sienne, Jim ne put s'empêcher de penser que c'était une façon d'éviter de répondre.

 
L'été s'acheva et Ariel reprit son poste à la piscine. Axelle n'y travaillant pas, Jim prit l'habitude d'y aller régulièrement afin de voir Ariel, même en journée. Il était complètement mordu du jeune homme, même si l'inverse n'était hélas pas vrai. Ariel ne paraissait en effet pas le moins du monde troublé par sa présence, il restait concentré sur son job. Nager à la piscine ne posait pas de problème à Jim : il n'y avait ni vagues ni méduses. Cependant, celui qui était comme un poisson dans l'eau, c'était bien Ariel...
Un coup de fil de Vic demandant à Jim s'il comptait finalement s'installer au bord de la mer lui fit réaliser qu'il devait agir. Il allait bien falloir qu'il rentre chez lui à un moment ou à un autre. Certaines affaires ne pouvaient pas se régler par mail ou au téléphone. Rien ne s'opposait vraiment à ce qu'il réside ici toute l'année durant, auprès d'Ariel, mais pas à l'hôtel, ce qui impliquait donc d'organiser son déménagement.

jeudi 28 mai 2015

Contes modernes - 55

Ils se mirent à faire l'amour régulièrement, ce qui souleva un problème inattendu : le jeune homme voulait également le pénétrer et Jim y était réticent. Il ne l'avait jamais été. Cela ne l'avait jamais tenté.
« Tu te prives de quelque chose »
— Je ne crois pas non. Cela ne me dit vraiment rien.
Ariel argumenta :
« L'inverse ne te dérange pas pourtant. »
— En effet, mais c'est différent, tu en as envie, toi, me semble-t-il.
Jim avait du mal à comprendre comment Ariel pouvait le désirer ainsi. Il savait bien sûr que certains couples alternaient les positions, mais lui ne se voyait pas être enlacé comme ça. Ce n'était pas que cela mettait en danger sa virilité ou quoi que ce soit. Ariel n'était pas moins masculin parce que Jim le pénétrait. Cela ne l'attirait pas tout simplement.
Ariel changea de sujet ce dont Jim lui fut reconnaissant. Et, par la suite, le jeune homme roux ne tenta nullement d'inverser les rôles, ce qui n'empêcha pas Jim d'y repenser.
Ce n'était hélas pas la seule ombre au tableau : d'un côté, Ariel voulait que Jim retourne se baigner dans la mer, ce qu'il refusait, de l'autre Jim tenait à exposer les dessins d'Ariel qui n'était pas d'accord.
Heureusement, Ariel n'insistait pas lourdement sur le sujet, suggérant juste de temps à autre à Jim de venir nager avec lui. Jim, pour sa part, ne revenait à la charge au sujet d'une exposition des œuvres d'Ariel que quand un dessin ou une peinture de ce dernier lui semblait trop magnifique pour n'être vu que par les proches du jeune homme.
L'un dans l'autre, ils s'entendaient bien. Ils partageaient une même passion pour l'art et, après lecture, Jim avait été conquis par la plume de Cole Sorière, dont il empruntait peu à peu les livres.

    
La fin août arriva. Il étaient très débraillés quand la sonnette retentit. Jim suggéra à Ariel de l'ignorer, mais la personne à la porte se fit insistante et le jeune homme, malgré Jim qui l'enjoignait à ne pas s'en occuper, rajusta ses vêtements en vitesse et alla ouvrir.
C'était Cain qui remarqua de suite la chemise ouverte de Jim et voulut partir, s'excusant de débarquer à l'improviste.
Jim eut un sourire ravi qu'il eût tôt fait de perdre, Ariel attirant son ami à l'intérieur.
Luttant contre l'impression désagréable qu'Ariel lui préférait Cain, Jim se mit à reboutonner sa chemise.
— Je vais rentrer, déclara-t-il, même s'il n'avait pas vraiment envie de partir.
Ariel ne le retint pas, ce que Jim regretta. C'était comme la confirmation qu'il tenait plus au jeune homme que l'inverse.

mercredi 27 mai 2015

Contes modernes - 54

Quand Cain fut enfin parti, Jim qui avait fait bonne figure jusque là ne put se contenir plus longtemps.
— Ne prétends pas que tu es insensible à son charme, explosa-t-il.
Ariel écrivit calmement en retour :
« Il est comme un frère pour moi. »
— Vous n'avez aucun lien du sang.
« Ça ne change rien. Je ne l'ai jamais considéré ainsi. Nous avons grandi ensemble. Et il est hétéro. »
— Tu ne semblais même plus savoir que j'étais là. J'aurais tout aussi bien pu ne pas y être.
« Désolé, ce n'était pas mon intention. D'habitude, quand il y a du monde, c'est moi qui me retrouve à faire tapisserie et je déteste ça. Ce n'est vraiment qu'un ami. »
— Frère ou ami, je suis jaloux quand même, grommela Jim, même si les mots d'Ariel apaisaient l'énervement qui avait grandi en lui au cours de la soirée.
« Cain est extra. Dans notre enfance, quand il a su que j'étais muet, il a proposé que nous communiquions par écrit tous les deux. Nous étions comme des espions échangeant des messages top secrets... Mais je préfère les bruns poivre-sel aux yeux bleus pétillants. »
Là-dessus Ariel se nicha contre lui et l'embrassa de telle façon que Jim en oublia tout.

Un soir, ils franchirent tout naturellement le cap. Avec une même impatience, ils se déshabillèrent : t-shirt et chemise tombèrent en tas sur le sol, suivis de jeans et pantalon sur-mesure...
Sur le canapé-lit déplié, ils se caressèrent. La peau bronzée d'Ariel était brûlante, ses yeux verts brillants de plaisir et sa respiration forte. Son souffle, c'était sa voix et il n'y avait pas besoin d'autre chose.
— Tu veux bien que je te pénètre ?
Ariel hocha la tête.
Jim qui gardait sur lui depuis quelques temps deux préservatifs et même un petit tube de lubrifiant les récupéra en hâte. Avoir attendu pour coucher avec lui le rendait fébrile. Ils s'embrassèrent encore à perdre haleine, leurs mains fiévreuses glissant sur leurs corps.
Quand Jim s'enfonça en lui, les yeux du jeune homme se fermèrent et il se mordit la lèvre comme pour s'empêcher de crier, ce qui était étrange puisqu'il ne pouvait émettre un son, tout son plaisir s'exprimant dans sa respiration saccadée.
— Tu as mal ?
Ariel referma ses belles jambes sur les reins de Jim comme pour l'inciter à aller plus au fond.  Rassuré, Jim se mit à aller et venir dans le corps chaud et offert. Il imprima un rythme de plus en plus rapide jusqu'à ce qu'il jouisse dans un râle. Ariel dont les halètements s'étaient fait plus forts éjacula en même temps.
Le souffle changeant d'Ariel valait mieux que des cris de plaisir, conclut Jim, repensant à certains possiblement feints de ses partenaires.
Pleinement satisfait, il déposa un léger baiser sur les lèvres d'Ariel. Ils restèrent étendus l'un contre l'autre dans un doux silence, puis s'essuyèrent de concert.
« Tu veux te doucher ? »
Jim déclina et prit Ariel dans ses bras. Tout ce dont il avait besoin, c'était lui. Secrètement, il espérait qu'il en soit de même pour Ariel, mais ne demandait rien, craignant une réponse négative.