jeudi 14 novembre 2013

Le garçon fée - 103

Il erra dans les couloirs, n'arrivant pas à penser clairement, puis finalement se réfugia aux toilettes et prit l'apparence de la fée blonde aux yeux noisettes. Depuis la rentrée, il n'avait pas éprouvé le besoin de se cacher derrière cette illusion, tout à sa joie de pouvoir en permanence demeurer aux côté de Folebiol, en classe, au dortoir, aux repas... Mais là, ne plus être lui-même, voilà tout ce qu'il aurait souhaité et son illusoire apparence féminine l'y aidait.
Il se rendit ensuite à la bibliothèque, l'endroit qu'il préférait à Valeiage. On n'était pas très loin de l'heure du couvre-feu, et il n'y avait presque plus personne. Zibulinion s'enfonça dans les rayonnages et attrapa un livre au hasard. En se dirigeant vers les chaises et les tables de travail, il aperçut Waltharan qui lisait. Son premier réflexe fut de se cacher, puis il se rappela qu'il était à l'abri derrière son apparence de fée blonde.
Waltharan leva les yeux de son livre et vint le rejoindre :
– Noinilubiza ! Je suis content de te voir. Je ne t'ai pas recroisé depuis le bal et la dispute avec Charboige qui m'a incidemment appris que tu redoublais, ce qui m'a d'ailleurs étonné compte tenu du temps que tu passes à la bibliothèque. Je te guette depuis la rentrée sans succès et je commençais à croire qu'il m'avait raconté n'importe quoi. A dire vrai, ton redoublement ne me désole pas le moins du monde puisque cela me donne l'occasion de profiter de ta compagnie cette année encore.
– Pardon de t'avoir laissé te débrouiller avec lui...
– Tu m'as aidé à plus d'une reprise à échapper à des filles trop collantes, alors c'était un plaisir de te rendre la pareille.
C'était bizarre de parler ainsi avec Waltharan comme s'il ne venait pas de se faire virer du dortoir comme un malpropre. Est-ce que Waltharan était là avec les autres ? Zibulinion ne se rappelait pas l'avoir vu, mais il y avait eu tant de visages scrutateurs et réprobateurs autour de lui...
– Tu as l'air bien songeuse. Un souci ?
– Désolé. Je suis fatigué.
– C'est vrai qu'il est tard. Pour ma part, j'ai préféré déserté mon dortoir parce que c'était le bazar.
– Que se passait-il ?
La question était idiote, parce qu'il connaissait la réponse, mais il était curieux de savoir ce que pensait Waltharan de toute l'affaire.
– Eh bien... Tu en entendras sûrement parler à tort et à travers demain, mais il se trouve que l'un des garçons de notre dortoir s'est amouraché d'un autre. Quand je suis parti, l'indignation était générale, et son expulsion prompte et immédiate était au programme comme si cela ne faisait pas plusieurs mois qu'il était parmi nous.
– C'est ridicule, oui...
– J'ose espérer qu'ils se seront calmés quand je reviendrai et aussi qu'ils auront changé d'avis.
– Cela m'étonnerait... laissa échapper Zibulinion qui savait parfaitement à quoi s'en tenir et qui en souffrait.
– Cela ne me donne pas envie d'y retourner, mais si je veux prendre une douche avant l'extinction des lampes, il faut que j'y aille... Dis Noinilubiza, que dirais-tu qu'on se retrouve à la bibliothèque après le dîner vendredi soir ?
Zibulinion accepta, sûr que se cacher sous son illusion féminine serait préférable durant les jours pénibles qui s'annonçaient.
En attendant, il était réconfortant de se dire qu'à priori Waltharan ne validait pas la façon dont il avait été éjecté du dortoir...

mercredi 13 novembre 2013

Le garçon fée - 102

L'adolescent aux cheveux fauves parut perplexe.
– Drôle de déclaration d'amitié, répliqua-t-il en grimaçant.
Zibulinion hésita à faire machine-arrière, et  prendre la perche qui lui était tendue. Il choisit cependant de nager, quitte à se noyer.
– D'amour, corrigea-t-il.
Folebiol le regarda comme s'il ne l'avait jamais vu de sa vie, puis secoua la tête de gauche à droite.
– Tu plaisantes, hein ? Je suis un garçon et toi aussi.
– Je sais, lâcha Zibulinion d'une voix étranglée.
Il voyait bien que Folebiol prenait ça mal. Malgré tout, il ne chercha pas à tourner la chose à la blague. Pour lui, c'était extrêmement sérieux de mettre son coeur à nu devant son ami, celui qu'il aimait depuis un an déjà.
– Tu es mon ami Zibulinion. Tu n'as jamais été et ne sera jamais un potentiel amour.
Zibulinion baissa la tête, acceptant la sentence.
– Je ne peux pas croire que tu me vois ainsi... reprit Folebiol. Tu... Je...
Sans achever sa phrase, l'adolescent aux cheveux fauves partit à tire-d'aile.
Zibulinion couvrit son visage de ses mains et se mit à pleurer en silence. Il le savait depuis le début pourtant que cela ne pouvait pas se terminer autrement. Evidemment que Folebiol n'allait pas lui répondre « un jour, moi aussi, je t'aimerai de la même façon » ou « tant pis, restons bons amis ! »
L'adolescent, ses larmes séchées, ne trouva pas l'énergie de bouger pendant un long moment. Ce n'est que quand le ciel commença à s'assombrir qu'il se décida à regagner l'école.

Quand il entra dans le dortoir, il fut surpris de voir tous les garçons réunis au centre de la pièce qui discutaient ensemble.
Il s'approcha et fut effaré en entendant qu'il était question de lui et de sa déclaration d'amour à Folebiol. Il ne s'était pas attendu à ce que son ami raconte ça à quiconque. Ce n'était pas son genre et puis cela ne concernait personne d'autre qu'eux.
Un des garçons repéra Zibulinion et en un éclair, tous l'encerclèrent et une avalanche de commentaires l'assomma. Ils étaient indignés, dégoûtés, horrifiés, catastrophés, furieux, réprobateurs. Zibulinion chercha Folebiol dans la masse qui l'entourait, mais en vain. Il croisa en revanche le regard de Neyenje qui détourna aussitôt les yeux.
Tout le monde l'accablait et Zibulinion ne savait que faire. Etait-ce vraiment si affreux d'aimer quelqu'un du même sexe que lui ?
– Silence ! cria finalement Paokkolo, le nouveau chef de dortoir, usant de sa baguette pour que sa voix couvre le brouhaha général.
Zibulinion espéra qu'il allait le défendre et tomba de haut quand Paokkolo annonça :
– Nous sommes tous d'accord, j'ai l'impression, sur le fait que Zibulinion ne peut demeurer avec nous au dortoir et nous reluquer sans scrupule. Je vais m'en référér à qui de droit. Maintenant,  dégage, tu n'as pas ta place parmi nous ! Tu fais honte aux fées et tes ailes devraient t'être arrachées !
Les garçons le poussèrent dehors sans ménagement et la porte fut claquée avec violence derrière lui.
Paokkolo la rouvrit un instant pour jeter :
– N'essaie pas de revenir en douce, Neyenje et moi allons mettre en place une barrière de protection.
Le rejet de Folebiol, toutes les critiques qui lui avaient été balancées à la figure, son expulsion forcée, l'abandon de Neyenje et sa participation active pour l'exclure du dortoir... Tout ça c'était trop pour Zibulinion. Ses yeux restèrent secs, mais c'est le coeur en miette qu'il s'éloigna.

mardi 12 novembre 2013

Le garçon fée - 101

Un peu plus d'un mois après la rentrée des classes, un mercredi après-midi, alors que Zibulinion et Folebiol étaient dans le bois attenant à l'école pour écouter le pépiement des oiseaux, l'adolescent aux cheveux fauves remit sur le tapis le sujet qu'il affectionnait le plus : Lavicielle et le fait qu'il n'était plus dans la même classe qu'elle, ce qui le faisait énormément souffrir. Il ne pouvait désormais plus que l'apercevoir au réfectoire et compensait en parlant d'elle encore davantage qu'avant.
Zibulinion compatissait avec lui. Il aimait, lui aussi, sans espoir de retour et lui aussi, avait connu le chagrin de ne pas pouvoir être beaucoup avec celui qu'il chérissait. Cependant, en secret, il ne pouvait s'empêcher de se réjouir que Lavicielle ne soit pas avec eux. Il n'était  pas certain qu'il aurait pu supporter de voir Folebiol la dévorer des yeux d'un air enamouré en salle de classe. Il faut dire que rien que l'entendre chanter les louanges de Lavicielle à la moindre occasion, était douloureux.
Ce jour-là, son chagrin prit cependant le pas sur sa compréhension des sentiments de Folebiol.
– Je sais que tu ne veux pas te déclarer à Lavicielle parce qu'elle est amoureuse du professeur de sorts et que tu penses que tu n'as aucune chance, mais tu ne crois pas que tu devrais le faire plutôt que de continuer à l'adorer de loin ? Une fois qu'elle t'aura dit non, tu pourras aller de l'avant...
En prononçant ses mots, Zibulinion se rendit compte qu'ils s'appliquaient aussi à son propre cas. Tant qu'il taisait à Folebiol ce qu'il ressentait vraiment pour lui, il continuerait à s'accrocher à l'infime espoir qu'un jour peut-être avec beaucoup de chance, son amour trouverait un écho chez Folebiol.
– Tu as raison, mais y mettre fin, je crois que je ne peux m'y résoudre...
Zibulinion eut un pauvre sourire. Folebiol et lui était dans une situation semblable, excepté que Zibulinion partait avec le double handicap d'être un garçon et de ne pas être attirant pour un sou.
Néanmoins, Zibulinion prit son courage à deux mains et décida d'appliquer le conseil qu'il venait de donner à son ami. Lavicielle, quand bien même son coeur était pris, répondrait peut-être oui si Folebiol lui avouait sa flamme. Et dans son cas, Folebiol, gentil comme il était, ne le détesterait sûrement pas, même après qu'il ait confessé qu'il éprouvait pour lui plus que de l'amitié.
Zibulinion déglutit bruyamment et rougissant jusqu'aux oreilles, déclara :
– Tu devrais vraiment transmettre à Lavicielle ce que tu ressens. Même si elle te rejette... Moi aussi... Je vais... Je t'aime Folebiol.