mardi 31 juillet 2012

Rendez-vous manqué - 46

Beckett agita le shampoing.
– Teignons lui les cheveux et mettons la dehors, elle semble assez en forme pour cela.
Al approuva et empoigna Maud, toujours aidé par la trace de rouge à lèvres. La jeune femme invisible put d'autant moins éviter de se faire attraper qu'elle était incapable de voir les mouvements de Al depuis qu'il avait enlevé ses habits.
Maud, en termes colorés, manifesta son désaccord.
– Pourquoi devrait-on se montrer sympa puisque de toute façon, tu as décidé de revenir nous chercher des noises ? Mieux vaut pour nous que tu sois visible.
– Et ce pour 6 à 8 semaines. C'est une teinture semi-permanente, précisa Beckett.
Étonnamment, la menace d'avoir ses cheveux teints eut plus d'effet que les coups sur Maud Quentin.
– Laisse-moi ! Je veux m'en aller. Je ne veux plus de toi, espèce de connard !
Qu'elle ait renoncé à lui donna à Al envie de céder, mais Beckett, lui, semblait vouloir aller jusqu'au bout, si bien que le jeune homme invisible maintint son emprise sur Maud.
Soudain, des larmes sorties de nulle part roulèrent : elle pleurait.
– Espèce de dégueulasses, si vous faîtes ça, comment je vais rentrer à l'hôtel ? Et après, je ne pourrais pas sortir de chez moi. Vous êtes des enfoirés !
Supplier, ce n'était pas le fort de Maud Quentin. Comme elle s'agitait, se débattant, protestant avec force, Beckett posa le shampoing qu'il tenait encore à la main sur le bord du lavabo. Al comprit qu'il ne comptait plus poursuivre. Le jeune homme invisible ramena Maud dans le vestibule et demanda que Beckett lui ouvre la porte.
– Ne reviens plus, car si tu nous embêtes encore, d'une manière ou d'une autre, je te garantis que tu y auras droit à ton shampoing, précisa Al avant de la relâcher.
Là-dessus, il claqua la porte sur elle. Enfin, ils étaient débarrassés d'elle. Il n'y avait plus à espérer que ce soit définitif, car rien ne l'empêchait de revenir.
Dans l'appartement, le calme fit son retour, mais pas dans le cœur de Beckett. Al le voyait aisément. Lui aussi était encore tout remué.
– Ne te préoccupe pas de qu'elle a dit. Elle est à moitié folle.
L'adolescent acquiesça sans conviction.
Leur affrontement avec Maud Quentin leur avait laissé un arrière-goût désagréable à la bouche. Al reprit néanmoins :
– Mettons tout ça derrière nous et tâchons de profiter du reste du week-end.
Mais toute la journée, un malaise subsista. Al avait du mal à digérer d'avoir fait perdre connaissance à la femme invisible. Beckett gardait à l'esprit les propos qu'elle leur avait tenus. L'ambiance, sans être mauvaise, laissait à désirer. Le soir venu, ils parlaient encore de Maud, de ce qu'ils feraient si elle se pointait à nouveau chez Al ou au lycée de Beckett. L'adolescent ne voulait pas que Al vienne monter la garde. Il ne devait même venir sous aucun prétexte, ainsi en cas de présence invisible, Beckett saurait que c'était Maud. Il pouvait se défendre seul. Il n'était point besoin d'être sorcier pour comprendre que Beckett avait été fragilisé par l'agression dont il avait été victime.

lundi 30 juillet 2012

Rendez-vous manqué - 45

Pendant que Beckett partait acheter du shampoing colorant, Al mouilla un gant dans la salle de bain et retourna dans le vestibule où était étendue Maud Quentin, avec comme seuls indices de sa présence, une discrète trace de rouge à lèvres flottant apparamment dans le vide et un bruit de respiration. Alors qu'Al cherchait à lui passer le gant sur le visage, pour ainsi dire à l'aveugle, Maud gémit et remua.
– Ça va ? demanda Al, son gant mouillé toujours appuyé sur la femme invisible.
– Qu'est-ce que... Eh ! Où tu me touches ?
– Ta figure ?
– Ôte tes sales pattes de ma poitrine, ignoble brute !
Al lâcha le gant comme s'il s'était brûlé et s'excusa, non sans trouver qu'elle était gonflée de se plaindre pour ça, après ce qu'elle avait fait à Beckett. En même temps, il lui devait bien des excuses pour l'avoir en quelque sorte envoyé au tapis, aussi, les fit-il.
– Je ne te pardonnerai pas, tu n'es qu'un lâche pour oser frapper une femme.
L'accusation renforça les remords de Al.
– Je regrette, vraiment. Mais tu n'es pas non plus blanche comme neige dans l'affaire.
– Moi ? Je n'ai rien fait qui mérite qu'on me traite ainsi ! C'est toi qui m'a menti, toi qui a levé la main sur moi...
Al aurait pu lui asséner ses quatre vérités à la figure. C'était elle qui avait pisté Beckett du lycée jusqu'à chez lui, elle qui l'avait peloté en cours, elle qui s'était incrustée, elle qui les avait insultés... Il ne le fit pas, car ce qu'il voulait, c'était qu'elle ne revienne plus jamais les ennuyer.
– Tu as raison. Je suis comme ça. Menteur et violent. Alors, tu vois, tu n'as pas intérêt à remettre les pieds ici.
– Tu ne vas pas t'en tirer comme ça après ce que tu m'as fait !! cracha Maud.
Al secoua la tête, découragé. Si elle se mettait en tête de se venger, ils n'étaient pas sortis de l'auberge.
– Je crois que tu n'as pas bien compris, dit-il en levant le bras.
Il jouait la comédie, mais il espérait que la menace porterait ses fruits.
– Tu ne me tiens plus, je peux esquiver. Je suis invisible.
– On peut être deux à l'être, rétorqua Al avant de se déshabiller en un tour de main, abandonnant ses vêtements en tas sur le sol.
La porte s'ouvrit à ce moment sur Beckett :
– On la verra venir de loin, déclara-t-il, en brandissant une bouteille de shampoing colorant rouge.
La seconde d'après, il se prit les pieds dans les habits de Al qui rattrappa l'adolescent juste avant que celui-ci ne s'étale de tout son long sur Maud, à priori encore étendue par terre.
– Al ?
Le ton était inquiet.
– Oui, c'est moi. Ne t'en fais pas. Je voulais juste me mettre à armes égales avec Maud, murmura le jeune homme invisible à l'oreille de Beckett qui frisonna.
– Vous aller payer ce que vous m'avez fait !
– C'était un incident, protesta Beckett.
– Comment te faire comprendre que nous voulons juste que tu nous laisses tranquille ? intervint Al, désespéré qu'ils n'arrivent pas à se dépêtrer de l'inconfortable situation.
Maud Quentin ne fut pas perturbée le moins du monde par la question. Elle lista tout leurs torts et les insulta encore.

Avis sur Mortelle Camomille


A la base, les thrillers, ce n'est pas du tout mon truc. La couverture de Mortelle Camomille avec sa tête de mort en fumée rouge qui s'échappe d'une fleur de camomille, tout à fait réussie dans son genre, me filait la frousse - oui, il ne faut pas grand chose pour me faire peur.
Ceci dit, il se trouve que j'ai adoré le style de Akiko Murita quand j'ai lu ses nouvelles disponibles à la lecture sur son site (ma favorite étant Sortir du cercueil, qui est orientée fantastique et non policier) et donc j'ai fini par me laisser tenter par son roman en version numérique. Il faut dire aussi que dans l'interview de l'auteur réalisé par YaoiCast à la Japan Expo, il était question d'un happy end...

Mortelle Camomille, c'est l'histoire de Thomas, un beau jeune homme qui débarque, comme ça à la gare de Harajuku, avec son book sous le bras à la recherche d'un travail de coiffeur et d'un endroit où dormir - choses qu'il va trouver dans un salon de coiffure appelée Camomille... avec l'amour en prime !

L'histoire est très bien construite et on entre dedans très facilement et, à moins d'être vraiment obligé de s'interrompre (ce qui a été hélas mon cas), on n'a pas envie de lâcher la lecture jusqu'à la fin. Ce n'est pas particulièrement effrayant, mais petit à petit, au fil des chapitres, la tension monte en raison de l'accumulation de mystères, chaque personnage possèdant son secret. L'un d'eux en a un plus noir que les autres, si bien qu'on soupçonne du pire plusieurs d'entre eux...

Le héros, Thomas, la patronne du salon de coiffure, sa petite fille, les deux autres employés - Ayako et Ryû - et les clients et clientes, tout ces personnages sont bien dépeints et si j'ai un regret, ce de ne pas avoir pu passer un peu plus de temps en leur compagnie. C'est court 191 pages.

Pour information, vous pouvez lire un extrait de Mortelle Camomille qui comprend le prologue et les deux premiers chapitres en cliquant ici (en numérique, le roman coûte 4€ et en livre papier, 12€)