lundi 30 avril 2012

Le Baiser de la gargouille - 1

D'un mouvement vif, Naoko regarda en arrière et sa longue natte brune battit son épaule. Il était suivi, ce n'était pas qu'une impression dûe à sa nervosité. Ils l'avaient retrouvé, une fois de plus. Le jeune homme remonta sa jupe qui le gênait pour marcher, se moquant de dévoiler ses jambes poilues, et accéléra le pas. Il maudit entre ses dents son patron qui lui avait confié cette mission spéciale qui n'avait rien à voir avec son habituel travail de bureau.
"Tu dois juste apporter au domicile de M.Lee Chin, ce disque. Il contient des documents importants, alors surtout ne laisse personne d'autre mettre la main dessus."
Naoko aurait aimé être en mesure de refuser. Mais avec le taux de chômage de Neo Edo, il ne pouvait pas se permettre de perdre son job. Or, son patron n'aurait pas hésité à le mettre à la porte sans le moindre scrupule, si Naoko n'avait pas accepté. D'ailleurs, c'était aussi ce qui l'attendait en cas d'échec. En revanche, s'il menait sa mission à bien, il serait récompensé de ses efforts par une prime qui n'avait rien de négligeable. Hélas, l'affaire se révélait beaucoup plus délicate que prévue. Le  contenu du disque était apparemment très convoité et dès sa sortie du bureau, il avait été pris en chasse.
Le jeune homme jeta un nouveau coup d'oeil derrière lui avec nervosité. Ses poursuivants se rapprochaient. Cette fois, Naoko se mit à courir, cherchant déspéremment un endroit où se réfugier. L'appartement où résidait M.Lee Chin était situé dans un quartier glauque qu'il connaissait mal et il s'était perdu en essayant de semer ceux qui voulaient l'attraper.
Arrivé à un carrefour, Naoko prit au hasard la rue de gauche et découvrit une tour étrange laissée à l'abandon. Un panneau indiquait que l'entrée était interdite au public, mais la porte en bois pourri fermée d'une chaîne rouillée, était entrebaillée. Le jeune homme se faufila dans l'étroite ouverture, tout en priant pour que ses poursuivants ne devinent pas qu'il était entré là... Sinon, il se retrouverait coincé comme un rat.
Il commença à gravir les marches quatre à quatre et ne s'arrêta qu'en haut de l'escalier, les poumons en feu. Il poussa une trappe noire qui s'ouvrit dans un sinistre grincement et il se retrouva sur le toit. La vue était bouchée par les hauts immeubles étincelants de Neo Edo qui entourait la vieille tour insolite.
Le jeune homme relâcha sa jupe dans laquelle le vent s'engouffra immédiatement, transformant le vêtement en un drapeau coloré, et s'approcha des créneaux plein de mousses.  Au cas où ses poursuivants n'avaient pas lâché l'affaire, il voulait voir s'il n'y avait pas un endroit quelconque pour se cacher, car sur le toit, rien ne permettait de se dissimuler. En se penchant dans le vide, il aperçut, un mètre plus bas, une corniche sur laquelle étaient perchées de monstrueuses statues de pierre. Il en était là de son répérage quand trois hommes, tout essoufflés, firent leur apparition sur le toit.

vendredi 27 avril 2012

Rendez-vous manqué - 7

Al, embarrassé, pesta, regrettant de s’être impulsivement déshabillé quelques minutes plus tôt, poussé par son désir de tenir Beckett tout contre lui. Il n’était normal que quelques minutes par jour et il avait bien entendu fallu que cela arrive maintenant. L’adolescent avait l’air halluciné. Al se libéra de son emprise et s’empressa de  renfiler son caleçon. Il commençait à remettre son t-shirt à manches longues quand Beckett l’arrêta.
– Laisse-moi te regarder, déclara-t-il, abandonnant le vouvoiement pour le tutoiement.
Al fronça les sourcils, mais lâcha son t-shirt qui tomba en tas sur la moquette.
– Tu as intérêt à en profiter, car cela ne va pas durer.
– C’est peut-être mieux ainsi.
– Pourquoi cela ? demanda Al d’une voix rauque, troublé par les yeux caressants de l’adolescent.
– Tu es vraiment très beau. Tu es musclé, tu as des traits fins, une peau laiteuse et tes yeux possèdent une couleur tout bonnement extraordinaire. Si tu étais tout le temps comme ça, tout le monde essayerait de t’avoir comme partenaire.
Il n’y avait ni miroir ni glace chez Al, car il ne s’en servait pas. Compte tenu de sa maladie, il avait appris à se raser sans. Il n’avait plus qu’une vague idée de ce à quoi il ressemblait, mais il avait le sentiment que Beckett exagérait. Il le lui fit remarquer. L’adolescent s’en défendit. Pendant qu’ils bataillaient, Al pâlit jusqu’à être de nouveau invisible. Seul son caleçon noir trahissait l’endroit où il se tenait. Naturellement, Beckett fixa son attention dessus et l’excitation gagna Al. Son pénis grossit, tendant le tissu qui le recouvrait. L’adolescent s’humecta les lèvres. Al eut envie de l’embrasser encore, mais il se retint, car cela aurait mis le feu au poudre. Il choisit d’enlever son caleçon, devenant paradoxalement plus convenable ainsi. Beckett se précipita sur lui, cherchant à l’enlacer, mais échoua sans tentative, serrant le vide entre ses bras... Sa mine dépitée fit rire Al.
– Ce n’est pas du jeu, grommela Beckett.
– Pourtant, cela ne te posait pas de problème que je reste nu, il y a quelques instants, déclara Al pour le taquiner.
– Seulement si tu me tiens la main ! Sinon, je ne vais pas être capable de savoir si je parle au mur ou si tu es juste devant mon nez !
Il avait raison, hélas, songea Al, soudain plein de tristesse. Mais il fallait mieux mettre les choses au point dès maintenant...
– C’est comme ça que je suis. Tu es sûr que tu veux vraiment être mon petit ami?
– Certain, répondit Beckett et d’un geste vif, ses bras se refermèrent sur la taille de Al.
– Comment...?
– Je me suis repéré à ta voix, mais je dois admettre que j’ai eu de la chance. Cependant, avec de l’entraînement, je suis sûr que j’y arriverai à tout les coups !
Les grands yeux anthracites de Beckett pétillaient de contentement. Il était adorable et clairement déterminé à ce que son rendez-vous manqué ait, au bout du compte, une conclusion heureuse. Al renonça à le décourager. L’adolescent l’acceptait, tout invisible qu’il était, et il n'allait pas gâcher cette chance.

FIN DU PILOTE

Rendez-vous lundi pour le cinquième et dernier pilote Le Baiser de la gargouille !

jeudi 26 avril 2012

Rendez-vous manqué - 6

– Tu ferais mieux de me laisser me rhabiller.
– Vous avez froid, tout nu ?
– Non, je ne suis pas frileux et l’appartement est bien chauffé.
– Vous pouvez rester comme ça alors, ça ne me gêne pas.
– Tu es un peu bizarre...
– Pas plus que vous !
– Tu veux vraiment devenir mon petit ami alors que tu ne sais même pas à quoi je ressemble ? Si cela se trouve, je suis un vieux bedonnant et grisonnant.
L’adolescent pressa la main de Al contre sa joue.
– Vous n’avez pas la voix de quelqu’un d’âgé. Et vous n’êtes pas ridé. De toute façon, ce qui m’importe, c’est que vous êtes gentil.
Al eut envie de lui dire qu’il ne pouvait pas le savoir, mais se tut. Après tout, il avait bien failli lui abandonner son parapluie...
– Cela ne t’intéresse pas de connaître mon âge?
– Si, bien sûr. J’ai envie de tout savoir à votre sujet.
– Il n’y a pas grand chose à dire. J’ai vingt ans. Je suis invisible la majeure partie du temps et j’occupe mes journées en bouquinant et en regardant des films.
– Vous ne travaillez pas ?
Al aurait pu s’énerver, mais il préféra en rire. Beckett avait l’art de poser des questions bêtes, mais il le faisait sans mauvaises intentions.
– Un employé invisible ? Je ne crois pas que beaucoup de patrons apprécieraient. A part un dirigeant de cirque peut-être.
Beckett fit glisser la main de Al de sa joue à sa bouche et déposa un baiser dans sa paume.
– Cela ne doit pas être évident d’être invisible. Une fois qu’on a joué quelques bons tours, cela doit même être pénible.
Personne ne l’avait jamais plaint. Jusque là il avait été traité de monstre ou vu comme une curiosité. Certains garçons lui avaient envié son état qui lui permettait de pouvoir s’infiltrer en toute sérénité dans les vestiaires des filles ! Un privilège bien maigre par rapport aux désagréments que lui causaient sa maladie. Faire les courses dans les magasins sans provoquer d’évanouissements ou de cris était tout bonnement impossible ! Heureusement, on pouvait désormais tout acheter en ligne sans avoir jamais personne à rencontrer.
– Et si tu me parlais de toi ?
L’adolescent remit la main de Al sur sa joue avant de répondre :
– J’ai récemment fêté mes dix-sept ans. Je vais au lycée Odyssée. J’ai un frère, deux sœurs et un labrador. J’adore les animaux et la natu...
Beckett ne termina pas sa phrase. Al était en train de redevenir visible et il était dans le plus simple appareil.