lundi 31 octobre 2011

Lykandré - 97

Les jours suivants, Inuyume continua à se montrer froide et Chveuil à ignorer Lykandré. Quant à Méroé, il mangeait avec l'homme loup, mais allait ensuite passer la soirée avec les deux autres. Ils en avaient décidé ainsi ensemble. Ce choix évitait un éclatement complet de leur petit groupe, même si c'était au prix de l'isolement de Lykandré.
Le soir, dans sa chambre, la solitude lui pesait presque autant que son enfermement. C'était dur de n'avoir personne avec qui échanger. La seule consolation était de savoir que de toute façon, vu qu'ils étaient surveillés, parler vraiment librement était impossible.
Comme d'habitude, Lykandré se roula en boule dans la tanière reconstituée, laissant vide le lit en bois clair et s'endormit en tournant et en retournant dans sa tête les différentes manières de fausser compagnie au groupe Trott.
Il fut tiré de son sommeil par le grincement de la porte de la chambre. Les sens en alerte, il se redressa, mais son flair lui apprit que l'intrus n'était autre que Méroé. Comme il parlait toujours fort mal sous sa forme animale, il se transforma.
– Je suis désolé de te réveiller, mais Chveuil a appris par l'intermédiaire de Mme Trott quelque chose de terrible... murmura Méroé dans l'obscurité.
– Quoi donc ? aboya Lykandré en achevant sa métamorphose, mais sans se donner la peine de faire disparaître ses oreilles et sa queue de loup.
– A travers les différentes branches du groupe, ils se débrouillent pour trouver des andromorphes mâles ou femelles de la même espèce ou proche et ils les obligent à s'accoupler afin de donner naissance à de nouveaux andromorphes.
Cela rappela à Lykandré le laboratoire du docteur Nakahira et le désir de Goëric que Bang ou lui s'accouplent avec Inuyume. Il poussa un grognement désabusé. Avec le groupe Trott, ils allaient de découvertes pénibles en surprises désagréables.
Méroé se jeta alors dans les bras de l'homme loup et laissa éclater d'un ton désespéré :
– Je ne veux plus être obligé de coucher avec qui que ce soit ! C'est avec toi que je veux faire l'amour !
– Tu m'aimes ? demanda Lykandré qui avait du mal à croire ce qu'il venait d'entendre.
– Oui. C'était ça que je n'osais pas te dire, car je sais bien que tu ne t'intéresses pas à moi comme ça, soupira l'andromorphe aux cheveux de neige en s'écartant à regret.
– Nous sommes tous les deux des mâles, et de toute façon, ce n'est pas la saison des amours.
– Cela ne m'empêche pas d'avoir le cœur qui bat très fort en ta présence et de souhaiter que tu m'embrasses. Ta saison des amours n'est pas la mienne et elle n'est valable que pour ta forme animale. Mais ne t'en fais pas, je ne t'embêterais plus jamais avec ça. J'aurais mieux fait de garder ça pour moi. J'espère que tu seras très heureux avec la louve ou la chienne que le groupe Trott te dénicheras.
Sur ces mots amers, Méroé voulut partir, mais contrairement à la dernière fois, Lykandré s'y attendait. D'un bond, il fut sur lui.

vendredi 28 octobre 2011

Lykandré - 96

Le lendemain, Inuyume se montra distante avec lui et le cours de maître Maolo fut encore plus difficile à supporter dans son soutien chaleureux. Le soir, au réfectoire, Chveuil était toujours fâché et il refusa de manger à la même table que l'homme loup. Méroé essaya de lui faire entendre raison, mais la femme chien garda le silence. Au final, tout ce que l'andomorphe aux cheveux de neige obtint fut une réplique mordante :
– Ne comptez plus sur moi pour nos soirées bavardages si toutou est présent. Qu'il garde ses secrets dans son coin !
– Ce n'est pas comme s'il ne voulait pas vraiment nous raconter... objecta encore Méroé.
Chveuil détourna la tête et Lykandré s'éloigna. Il pouvait manger seul. Contenu de son caractère, la réaction du cheval écureuil n'était guère surprenante. Cependant, elle était agaçante, d'autant plus qu'il semblait avoir gagné Inuyume à sa cause. Dans l'un des réfrigérateurs rangés le long du mur, l'homme loup récupéra un quartier de viande et alla s'installer à une des rares tables vides de la salles. Méroé le rejoignit, une assiette de salade à la main et Lykandré n'eut plus qu'à regretter d'avoir choisi de la viande de mouton.
– Tu pouvais rester avec eux.
– Je préfère être en ta compagnie, surtout quand Chveuil fait sa mauvaise tête.
– Même si je ne peux pas tout te dire ?
– Oui.
– Tu sais, si j'avais vraiment faim, je te déchiquetterais et te dévorerais, déclara Lykandré en regardant le morceau de viande devant lui.
– Comment pourrais-je l'oublier ? répliqua Méroé sans ciller.
– Pourquoi tu t'es presque enfui hier soir ?
Méroé, cette fois, baissa les yeux et ne répondit pas. Lykandré fut déçu, mais n'insista pas. Il se contenta de maugréer :
– Je suppose que chacun a le droit d'avoir ses secrets.
– Désolé, ce n'est pas que je ne veux pas te le dire, mais plutôt que je n'ose pas.
– J'aimerai savoir ce que tu me caches. Néanmoins, j'attendrai que tu sois prêt à le faire.
Lykandré n'avait pas envie de se disputer avec lui. Espérant que Méroé ne se rendrait pas compte de ce qu'il mangeait, il planta ses dents dans le quartier de mouton non sans parvenir à se défaire d'un sentiment de culpabilité vis à vis de l'andromorphe aux cheveux de neige.
– Un problème avec ta nourriture ?
– Non, c'est juste que... Cela ne te dérange pas ? demanda Lykandré en désignant le morceau de viande, étonné de la facilité avec laquelle Méroé avait perçu sa gêne.
– Mes parents adoptifs n'étaient pas végétariens. Bien sûr, ils ne mangeaient pas cru, mais malgré tout, j'ai l'habitude.
Lykandré termina pensivement de mastiquer sa bouchée. Méroé était par bien des côtés très humain. Son animalité semblait avoir été gommée par l'éducation qu'il avait reçu.

jeudi 27 octobre 2011

Lykandré - 95

– Je me faisais du soucis pour toi, alors je suis venu, mais tu n'étais pas là...
La gentillesse de l'andromorphe aux cheveux de neige donnait envie de se confier, mais Lykandré résista. Grâce à sa discussion avec l'homme chauve-souris, il savait maintenant ce qu'il avait à faire. Il devait se débrouiller pour qu'ils soient partis avant que le plan de massacre de M.Trott soit mis à exécution... ou bien pendant, car forcément, à ce moment là, ils seraient hors de l'immeuble ! Jusque là, il fallait tromper l'ennemi en ne laissant plus transparaître son envie dévorante de quitter le groupe Trott. Cependant, même comme cela, il se sentait incapable de tout garder pour lui...
– Je suis allé voir maître Komori. Il m'a confirmé qu'il y avait des caméras de "sécurité".
– Oh, non, je croyais enfin être tranquille avec ça, je pensais ne plus jamais être filmé, gémit Méroé.
– Je suis désolé, dit Lykandré tout haut tandis qu'intérieurement, il hurlait "je ferai tout pour qu'on se tire d'ici indemnes."
Il ne savait pas comment réconforter Méroé, mais celui-ci avait son idée sur la question. Se levant du lit, il vint se blottir contre le torse de Lykandré, et pleura, le corps secoué de sanglots silencieux. L'homme loup finit par refermer ses bras sur lui et le serra énergiquement. Méroé poussa un petit cri de douleur et Lykandré le libéra avec brusquerie. L'andromorphe aux cheveux de neige frotta ses bras meurtris par l'étreinte.
– Tu ne mesures pas ta force, déclara-t-il sans une once de reproche dans la voix.
– Désolé, répéta Lykandré.
Un sourire se dessina sur les lèvres de Méroé, puis disparut.
– Ce n'est pas grave. Je n'aurais pas dû réagir comme ça. Des caméras, ce n'est pas si horrible que ça tant qu'on nous oblige pas à faire n'importe quoi devant. Je vais te laisser dormir.
Avant que Lykandré ne puisse le retenir, Méroé était parti comme s'il le fuyait. Et ce n'était pas de la peur, cette fois. C'était autre chose. Quelque chose que son odorat ne pouvait pas sentir. Il était tentant de courir après et de le questionner, mais Lykandré avait beau avoir le ventre plein, donner la chasse à l'homme mouton était dangereux, car il était toujours possible que son instinct reprenne le dessus. Pour l'heure, il fallait mieux dormir, prendre des forces et garder les yeux grands ouverts pour s'échapper avec ses amis dès que la moindre opportunité se présenterait.