vendredi 11 décembre 2020

Comme les doigts de la main - 65

 « Huo, ce n’est pas que je ne le trouve pas attirant, mais il a l’air fragile, j’aurais peur de lui faire mal, si je me laissais aller. Quant à Marin, je ne sais, j’admire sa capacité à garder la tête froide… Mais de toute façon, après que mon petit ami ait rompu brutalement, je trouvais plus qu’intelligente sa règle de célibat. »
L’admiration, n’était-ce pas une forme d’amour ? Non, Blaise exagérait parce qu’il mourrait d’envie qu’ils soient tous les cinq ensemble dans une même relation et pas juste unis pour combattre le Vide et ses camarades.
« Ne t’inquiète pas. Tu n’as pas tort. Je ne me suis juste pas laissé aller plus loin dans mon appréciation pour Marin comme pour Huo. De la même façon, j’ai prétendu être satisfait d’être simplement amis avec Céleste et gardé secret mes sentiments naissants pour toi. Je me suis laissé guider par la peur que les choses tournent mal quoique j’entreprenne côté cœur. »
Blaise tiqua. C’était curieux comme ses compagnons étaient chacun dominé par une émotion : Gaïus par la peur, Céleste par la colère, Marin par la tristesse et Huo par la joie.
« Je crois que c’est toi qui les a exacerbés en nous. Non pas que Céleste ne soit pas du genre à tempêter pour un rien, Huo d’un naturel content, Marin réservé et mélancolique et moi, anxieux… Mais depuis que nous t’avons rencontré... »
Blaise eut une illumination. C’était ça le cinquième élément : les émotions !! Il avait réussi à purifier Marin de l’Avarice parce qu’il était désespéré de le faire, même chose pour les autres.
Gaïus valida sa théorie et Blaise s’empressa de transmettre sa supposition à Huo et Céleste.
— Trop cool ! Ton émotion à toi, je parie que c’est l’amour !
« Ce n’en est pas une à proprement parlé, c’est plutôt un combiné de plusieurs... »
Ce qui n’invalidait nullement l’affirmation de Huo. Blaise ébouriffa avec tendresse les cheveux roux.
« C’est peut-être aussi la clef des fusions multiples, plus qu’un ordre particulier. »
Blaise fronça les sourcils. Il les aimait tous et ce n’est pas pour autant que cela avait fonctionné...
« Oui, mais, de mon côté, je n’ai jamais nié aimer Céleste de toute mon âme, seulement renoncé à ce que nous puissions être plus que des amis. »
En d’autres termes, si Gaïus tombait amoureux de Huo et Marin, la fusion à cinq aurait lieu… ?

jeudi 10 décembre 2020

Comme les doigts de la main - 64

« Céleste comme moi, nous sommes trop dominants pour vouloir donner le contrôle à l’autre. Nous avons essayé en vain. Ma prostate n’est pas sensible. La position passive ne me convient pas. Et à lui non plus. Cela ne nous a pas empêché de continuer à nous aimer, mais nous nous sommes chacun efforcé de trouver un bon partenaire. L’arrivée de nos pouvoirs a tout bouleversé cependant… Mon petit ami m’a traité de monstre mutant et je me suis retrouvé à être obligé de coucher avec des inconnus. Le sentiment d’être devenu une machine à baiser m’a rendu malade. Et puis j’ai couché avec toi. J’ai senti que tu étais le bon. Possiblement plus que le compagnon de combat qui nous manquait. »
Blaise n’en revenait pas que Gaïus lui révèle tout ça. Mais les vannes étaient ouvertes et c’était tant mieux. Il était content. Surtout cette dernière phrase...
« Quand toi et Huo, vous vous êtes mis en couple et pour moi, cela a signé la fin de la possibilité de ce quelque chose entre nous. »
Comme Marin. Parce qu’il ne croyait pas au polyamour.
« Sûrement que je manque d’imagination pour un écrivain, mais j’ai toujours cru qu’on avait une seule et unique âme-sœur. Pas deux ou même plus. »
— Je bouille d’impatience de savoir ce que vous vous dîtes, dit Huo.
Il s’était assis sur le lit et Céleste s’était niché contre sa cuisse.
— Promis, je te raconterai, répondit Blaise avant d’inciter Gaïus à poursuivre.
C’était formidable qu’ils discutent enfin à cœur ouvert, même s’il était regrettable qu’il ait fallu une attaque en traître par leurs ennemis pour qu’ils en arrivent là. Enfin, même sans cela, sûrement qu’ils auraient fini par avoir cette conversation un jour. Céleste avait après tout promis de discuter avec Gaïus avant que les Pêchés ne s’infiltrent sous leur toit à la faveur de la nuit.
« Comment ça ? »
Blaise tenta de restituer au mieux l’idée de Céleste, celle ou Gaïus et lui, plutôt que de renoncer à être ensemble, aurait introduit un partenaire pour compléter leur couple, un susceptible de satisfaire des désirs et besoins auxquels eux-mêmes ne pouvaient répondre.
Quelqu’un comme Huo, du genre soumis et passif, ou comme Blaise, versatile. Ou les deux ensemble. Parce qu’entre eux tous, cela collait, Marin compris.

mercredi 9 décembre 2020

Comme les doigts de la main - 63

 « Je me croyais immunisé contre les deux lanceurs de malédiction qui m’avaient déjà touché, si bien que je n’ai pas pris de précaution en me battant contre eux et voilà où nous en sommes. Moi qui suis en permanence dévoré par la peur ces derniers temps, j’ai été bien mal inspiré sur ce coup. J’ai échoué à vous protéger. »
Gaïus n’avait aucune raison de se sentir coupable comme ça. Ils se croyaient en sécurité dans la maison et avaient été pris en traître et alors qu’ils étaient à priori déjà sous l’emprise des Pêchés. Que les choses aient mal tourné n’avait rien d’étonnant. Et puis, au bout du compte, grâce à la fusion à trois, ils avaient réussi à en finir avec les Pêchés et étaient même parvenu à se débarrasser d’un des lanceurs de malédiction, leur permettant de découvrir que la mort de ses oiseaux de malheur mettait fin à leurs malédictions. C’était en quelque sorte l’inverse des Pêchés qui, à moins d’une purification, continuaient à les affecter, même après avoir été anéantis. Et oui, ils avaient également appris aux dépens de Gaïus que les Ailes étaient capables de donner des malédictions supplémentaires...
Mais de quelle peur dévorante parlait au juste Gaïus ? Durant leurs affrontements avec l’ennemi, il ne s’était jamais montré lâche. Au contraire, il s’était toujours interposé entre eux et leurs ennemis.
« Ce qui m’effraie le plus c’est que vous soyez blessés. En comparaison, ce qui peut m’arriver à moi... »
Blaise comprenait bien. Il avait à peu près le même problème. Ce n’est pas pour rien qu’il avait chaque fois expulsé ses compagnons quand un ennemi était sur le point de le toucher.
« C’est surtout en amour que je prends trop de précaution par peur de souffrir encore. »
La façon dont son petit ami l’avait quitté après  qu’ils aient fusionné par mégarde n’avait pas dû aider.
« Ce qui s’est passé avec Céleste non plus. »
Il devait faire référence au couple qu’ils avaient tenté de former quand ils étaient adolescents et qui avait échoué faute de compatibilité dans leurs désirs sexuels.
« Il t’a raconté ? »
Blaise repensa à la manière dont il avait insisté pour fusionner avec Gaïus afin d’annuler les effets de la malédiction nocturne, ce qui n’avait pas complètement marché, mais lui avait permis de passer un long moment avec Céleste. Cela s’était produit il y a deux nuits à peine, mais Blaise avait l’impression qu’il s’était écoulé un monde depuis. La bataille avait créée un avant et un après, comme sa rencontre avec Céleste, Huo, Marin et Gaïus.