mardi 5 novembre 2019

Bleu Ciel Océan - 54

— Je suis désolé, dit Ryuu, mais c’est une bonne méthode...
— C’est surtout étrange et je doute que Wataru approuve.
— Il était loin d’être contre avant…
— Il jouait ton rôle auprès de tes petites amies ?
Ryuu but une gorgée.
— Quelquefois, oui.
— Ce ne devait pas lui plaire.
— Tu es riche, hein ? lança Ryuu, changeant de sujet de façon pour le moins abrupte.
Ce n’était pas une déduction difficile vu le standing de l’immeuble et le look de l’appartement.
— Oui, confirma Lukas, se demandant ce qui pouvait bien se passer dans la tête du jumeau de Wata.
— Mon frère ne l’a pas mentionné.
Lukas n’était pas sûr que Wata l’ait réalisé et lui-même ne s’en était pas vanté.
— Cela change quelque chose ?
— Je ne m’y attendais pas, c’est tout.
Lukas retint un soupir. Peut-être que si Ryuu jugeait qu’il était un bon parti, il allait l’accepter et cesser d’essayer de les séparer par tous les moyens possibles et inimaginables.
Lukas, lui, savait bien que Wata l’aimait pour lui-même dans la mesure où ils étaient tombés amoureux sur l’île alors qu’ils ne possédaient rien ni l’un ni l’autre si ce n’est les maigres effets qu’ils avaient sur le dos.
— J’aime Wataru, affirma Lukas.
— Même s’il t’oubliait ?
Le cœur de Lukas se serra douloureusement dans sa poitrine.
— Si cela devait arriver, je m’efforcerai de le reconquérir. Au moins, cette fois, je parlerai le japonais.
— Pas très bien, répliqua Ryuu.
Lukas décida qu’il avait subi assez longtemps la présence de cet invité non prévu et non désiré. Sa ressemblance avec Wata rendait encore plus douloureuse l’absence de ce dernier.
— Tu as une chambre à l’hôtel quelque part ?
— Oui.
Ce qui signifiait qu’il n’avait pas eu l’intention de terminer dans le lit de Lukas, qu’il aurait révélé son imposture ou trouvé une excuse bidon avant cela, c’était bon à savoir. Il se serait à priori en revanche laissé embrasser, ce qui était déjà trop.
— Je vais t’appeler un taxi.
— Merci, dit Ryuu du bout des lèvres.
— Tout le plaisir est pour moi, répliqua Lukas.
Il était trop content de se débarrasser de lui. Il était hélas trop tard au Japon pour pouvoir contacter Wata et bavarder avec lui. Il devrait patienter jusqu’au lendemain midi, l’heure de leur rendez-vous quotidien.

lundi 4 novembre 2019

Bleu Ciel Océan - 53

Lukas rentrait après une journée productive quand il repéra une silhouette familière au pied de son immeuble.
Wata.
Cela faisait déjà trois semaines qu’ils ne s’étaient pas vus autrement que par écrans interposés et il lui manquait terriblement.
Sur le moment, il ne réfléchit à rien, il se contenta de le rejoindre en quelques enjambées et de l’enlacer.
Wata lui sourit, mais pas avec les yeux. Lukas qui s’apprêtait à l’embrasser s’arrêta dans son geste.
Il le regarda mieux. En dépit de son sweat-shirt avec un personnage coloré, sa posture n’avait rien de familier.
Il le relâcha, peinant malgré tout à croire que le jumeau de Wataru ait eu le culot de venir lui jouer la comédie jusqu’en France.
— Ryuu, qu’est-ce que tu fais-là ?
Le Japonais se raidit.
— Comment as-tu su ?
— Vous êtes différents.
Lukas aurait pu le renvoyer comme un malpropre. Il l’aurait mérité, mais discuter debout sur le trottoir n’avait rien de pratique ou confortable et vu le voyage qu’il avait accompli, il méritait cette courtoise. Il l’invita à monter chez lui et fit même l’effort de lui offrir à boire, chose que Ryuu accepta tout en regardant de façon admirative l’appartement de Lukas.
Lukas lui tendit le verre et attaqua :
— Pourquoi n’arrêtes-tu pas de vouloir te faire passer pour ton frère ? Je veux bien que tu ne m’apprécie pas et que tu n’approuves pas notre relation, mais c’est excessif. Non, vraiment, c’est quoi le but ?
— Les autres copains de mon frère, ils se sont tous fait avoir. Toi aussi, d’ailleurs la première fois…
Apparemment, c’était une espèce de test tordu.
— Attends, c’est à peine si je t’ai vu avant que tu ne refermes la porte et je ne savais même pas qu’il avait un frère jumeau. En tout cas, maintenant, tu sais que cela ne marche pas avec moi.
— Comment m’as-tu reconnu ? demanda encore Ryuu avec insistance.
— Vous n’avez pas le même langage corporel.
Observer Wata sur l’île pour le comprendre avait été une nécessité. Le distinguer de Ryuu n’avait rien eu de compliqué.
Ryuu se frotta la nuque, enfin embarrassé. Il ressemblait plus à Wataru avec ce visage-là. Sa gestuelle n’était pas la même malgré tout.
Même quand le bleu du ciel se confondait avec celui de l’océan, il demeurait différent.

vendredi 1 novembre 2019

Bleu Ciel Océan - 52

— Ma mère a hâte de te rencontrer, annonça Lukas à Wata dès le lendemain.
— Elle est au courant pour nous ? demanda-t-il en écarquillant les yeux.
— Je ne te fais pas venir en France pour te cacher dans un placard.
— Oui… Merci.
— Elle n’est pas la seule à être impatiente que tu viennes. Je voudrais que tu sois déjà à mes côtés.
Wata n’était peut-être pas aussi pressé que lui. Lukas avait conscience que changer de pays n’avait rien d’anodin. Par moments, il s’interrogeait. C’était peut-être lui qui aurait dû emménager au Japon. Sa mère vivait en France et son entreprise y était basée, mais Wata, même s’il pouvait dessiner de n’importe où devrait composer avec le décalage horaire. Sans compter qu’il avait également de la famille au Japon. Qu’il l’ait oublié n’était pas une raison pour le déraciner.
Lukas reprit :
— Si tu préfères finalement rester au Japon, je comprendrai.
— Mon responsable éditorial est partant. Il m’imagine déjà en train de dessiner mes mésaventures en France, de rapporter de façon comique les différences culturelles et tout ça.
— Et toi ?
— Moi, j’ai envie que nous soyons à nouveau ensemble. L’endroit m’importe peu.
— Je te promets de tout faire pour que tu te plaises en France. Si mon appartement ne te plaît pas, nous nous installerons ailleurs ou tu pourras redécorer.
Lukas était prêt à tout faire pour que Wata se sente bien une fois qu’il serait là.
— Ce ne sera sûrement pas nécessaire, dit Wataru alors qu’il n’avait pas la plus petite idée d’à quoi ressemblait le logis de Lukas vu que ce dernier le contactait à l’heure du midi dans les locaux de son entreprise.
Il n’avait certes aucune raison qu’il n’apprécie pas, mais Lukas voulait que Wata sache que c’était possible. Il avait été égoïste en demandant à ce que Wata le rejoigne, mais s’il avait vraiment fallu qu’il s’installe à l’autre bout du monde, il l’aurait fait.