mercredi 4 juillet 2018

Bienvenue à Versélia - 12

Quand il revint au pied du Gardien, le jour était levé. Il se demanda si les deux fées voudraient encore un baiser pour leurs services de guides. Il leur était redevable, mais céder à la tentation de goûter à la bouche Saphir, c’était briser un interdit et ne pouvait être considéré comme un paiement ou alors il était bon pour embrasser le Gardien qui avait veillé sur son sommeil à deux reprises.
A sa connaissance, il n’y avait pas de règle à ce sujet, même s’il doutait que quiconque sain d’esprit fasse ce genre de chose. Plus par dérision qu’autre chose, Grégoire pressa brièvement ses lèvres contre le tronc râpeux.
Peu après, les deux fées arrivèrent en voletant.
— Prêt à te rendre à pieds chez Rufus ?
Grégoire acquiesça.
Un tour en oiseau géant ne lui aurait pas déplu, mais s’il continuait à donner des mèches de cheveux, il finirait par avoir un trou, car malheureusement pour lui, sa dernière visite chez le coiffeur était récente et sa coupe courte.
Grégoire ne put rater le passage de la forêt printanière à l’estivale, la chaleur y était tropicale.
Il retira sa veste de costume. Avec tous ses changements de température, il était bon pour tomber malade. Il jeta un regard envieux aux corps nus et dorés des petits fées qui s’ajustaient à leur environnement sans souci.
Comme Vulkain le dragon boulanger et Sergeï le suceur, Rufus résidait dans une grotte située tout près d’une cascade au milieu d’une végétation luxuriante.
Cependant, l’intérieur débordant de tentures et soies masquaient les murs de roches donnant l’impression d’être dans une vaste tente.
Le plus étonnant était encore le propriétaire des lieux un homme avec une tête et une queue de loup blanches vêtu d’un pantalon noir bouffant, et d’une jaquette rouge sans manche brodée qui dévoilait un torse musclé et imberbe. Des sandales dorées rappelant la couleur de yeux complétaient l’ensemble.
Il tendit une main manucurée à Grégoire.
— Enchanté, Crystal et Saphir m’ont beaucoup parlé de toi.
Il avait une avantage sur lui, mais comment reprocher aux fées d’avoir omis de le prévenir que Rufus était un homme loup ? C’était la norme à Versélia.
La voix de Rufus était grave et sa poigne ferme. L’homme-loup poursuivit :
— Je t’ai mis un manteau de côté qui devrait t’aller comme un gant. Après, si tu préfères du sur-mesure, il n’y a pas de problème. Maintenant que je t’ai vu, je compte te dénicher la tenue parfaite. Et si tu tiens absolument à me payer, je compte sur toi pour mon inventaire dans vingt jours.

mardi 3 juillet 2018

Bienvenue à Versélia - 11

Un oiseau eut tôt fait de les conduire à destination. Les deux fées, respectant le vœu de Grégoire, repartirent sur le champ, mais revinrent peu après avec une couverture moelleuse et vaporeuse et une corbeille de fruits inconnus.
Grégoire n’eut plus qu’à les remercier et accepter qu’ils viennent le lendemain pour continuer à lui faire visiter Versélia et l’aider à s’installer.
Épuisé, Grégoire se rencogna dans les racines de l’arbre et posa la tête contre le tronc. Il repensa à  ce qu’il avait vu et toutes les personnes qu’il avait rencontré tout en caressant machinalement l’écorce du bout des doigts.
Sa situation était dingue. Si jamais il parvenait à retrouver le chemin jusqu’à chez lui et qu’il lui prenait l’envie de raconter son aventure, il aurait le droit à une cellule capitonnée.
Grégoire s’apaisa peu à peu, aidé par la solitude et le fait d’être dans un coin de forêt plutôt ordinaire. Être adossé au grand arbre avait par ailleurs comme un effet calmant sur lui. Ses paupières se fermèrent doucement et le sommeil l’emporta.
Quand il se réveilla, la nuit était claire, signe que le jour n’était plus loin. Il aurait presque pu croire avoir rêvé les deux fées et tout le reste, s’il n’avait senti une légère démangeaison là où Sergeï le suceur l’avait mordu.
Grégoire se leva et s’étira. Il se devait de tenter de regagner son monde. Pour entrer dans Versélia, il avait bien dû passer par un endroit spécial.
Il se mit en marche non sans se retourner régulièrement. Il ne voulait pas perdre de vue le Gardien qui consistait un excellent point de repère. Il voulait pouvoir, au besoin, revenir sur ses pas.
Il n’était pas un expert en plantes, mais comme il ne reconnaissait rien dans la végétation environnante, il en déduisit qu’il n’était pas dans la bonne direction et bifurqua, mais rien à faire, il demeurait en terrain inconnu.
Ses chaussures de ville étaient fichues désormais et son costume avait souffert après deux nuits passé dedans. Grégoire se sentait sale et découragé. Il fit demi-tour, ne s’arrêtant qu’un instant pour humer des fleurs dont une splendide aux pétales semblables à des flammes et au parfum riche et capiteux.

lundi 2 juillet 2018

Bienvenue à Versélia - 10

La situation se prolongeant, la tête de Grégoire devint légère et sa vision se troubla.
— N’est-ce pas suffisant ?! s’écria soudain Crystal.
Sergeï se détacha en douleur et lécha sa morsure, arrachant un frisson de plaisir à Grégoire.
— Un véritable nectar. Il est 100% pur.
— Je n’ai rien d’un innocent, protesta Grégoire, se rappelant des relations physiques qu’il avait eu et des fois où il s’était masturbé.
— Il ne parle pas sexuellement, précisa Saphir. C’est une question de bonté. Nous sommes tous plus ou moins gentils, ou au contraire méchants.
Le souvenir de jeux vidéos auxquels il avait joué dans son adolescence, sans excès bien sûr, remonta à l’esprit de Grégoire. Dedans, il fallait  choisir son camp, être plus ou moins du côté du bien ou du mal ou encore adopter une position neutre.
Grégoire essayait de toujours bien se comporter, mais il n’était certes pas blanc comme neige. Il tenta de le faire valoir à ses interlocuteurs, mais Sergeï était certain de ne pas s’être trompé.
— Qu’est-ce que cela change au final que je sois 100% bon ou pas… Je suis coincée ici de toute façon, se découragea Grégoire.
— Cela permet de déterminer que ton élément n’est pas le feu et que ta place n’est ni dans les marécages ni à ses abords.
— Parce que les « méchants » sont forcés d’y vivre, c’est comme un ghetto ? voulut savoir Grégoire.
Le terme était inconnu aux Versaliens qui l’assurèrent que personne n’était contraint à rien. Seulement, de la même manière que les papillons sont attirés par la lumière, certains êtres l’étaient par l’ombre.
Grégoire fut d’autant moins convaincu qu’il était pour sa part à priori obligé de rester à Versélia au lieu de pouvoir retrouver son rassurant et familier quotidien.
Il les écouta débattre de la prochaine étape - des habits chez Rufus ou bien la commande d’un futur logis à Zarn le bâtisseur puisqu’il lui était impossible de dormir avec les fées dans les nuages  - mais il n’avait plus envie de voir quiconque. Il demanda à être ramené là où les deux fées l’avaient trouvé, à l’arbre qu’ils appelaient le Gardien, il souhaitait se reposer et réfléchir.
Saphir et Crystal cherchèrent à le dissuader, mais Sergeï jugea que c’était une bonne idée.
— Laissez donc lui le temps d’assimiler et digérer son nouvel environnement.