vendredi 8 juin 2018

Bienvenue à Versélia - 5

L'estomac de Grégoire gargouilla. Il n'avait pas mangé depuis le déjeuner de la veille.
— Je crois qu'un détour par la boulangerie de Vulkain s'impose, commenta Crystal.
— Non, c'est bon, assura Grégoire.
Même s'il avait faim, il était surtout pressé de regagner son univers, celui dans lequel il savait comment se comporter.
— Ses petits pains sont délicieux, tu vas te régaler, affirma Saphir sans tenir compte de sa protestation.
— De pures merveilles, enchérit Crystal. Cela te donnera de l'énergie pour gagner la forêt d'automne où habite la vieille chouette.
Grégoire, dépendant de ses deux guides ailés, n'eut plus qu'à s'incliner.
La fée aux ailes irisés bifurqua en direction d'un chemin sableux encadré de buissons fleuris qui embaumaient.
Elle et Saphir voletaient tandis que Grégoire marchait quand un bruit de galop se fit entendre derrière eux.
Un coup d'œil apprit à Grégoire qu'un centaure fonçait sur eux, deux gros sacs pendant de chaque côté de ses flancs. Il n'aurait pas dû être surpris après les fées, mais il se figea et, il aurait été sans doute bousculé par la légendaire créature si Saphir ne l'avait attiré in extremis sur le côté.
Grégoire s'était à peine remis du passage du centaure qu'il aperçut un homme bouc qui besognait contre un érable une jeune fille aux longues oreilles pointues.
Il détourna le regard, gêné.
— C'est normal de faire l'amour à la vue de tous à Versélia ? demanda-t-il.
— Cela n'a rien d'exceptionnel pour les faunes. Nous, les fées, nous ne nous affichons pas de la sorte, répondit Crystal.
— Attention avec vos grosses chaussures ! s'exclama soudain une voix inconnue.
Grégoire baissa les yeux sur ce qui devait être un lutin tout de violet vêtu.
— Pardon, murmura-t-il.
Ses nerfs allaient lâcher. Il ferma brièvement les yeux, mais quand il les rouvrit, il était toujours au milieu des bois entouré d'êtres étranges.
Crystal et Saphir l'incitèrent à accélérer le pas et Grégoire s'exécuta en tâchant de n'écraser personne.
Ils finirent par arriver à l'entrée d'une grotte dont s'échappait un divin parfum de pain chaud.
— Vulkain ! appela Saphir.
Des profondeurs émergea une tête reptilienne aux yeux jaunes, puis un large corps écailleux.

jeudi 7 juin 2018

Bienvenue à Versélia - 4

— Pourriez-vous me conduire à quelqu'un susceptible de m'aider ?
— Bien sûr, répondit aussitôt Saphir. Mais ce ne sera pas gratuit, précisa-t-il.
Grégoire avait oublié de prendre son portefeuille avec lui. Il l'avait laissé dans sa sacoche sous le siège avant. Il était cependant douteux que les fées soient intéressées par de l'argent.
— Je n'ai rien sur moi. Que voulez-vous ?
— Un baiser, déclara Saphir.
C'était une drôle de méthode de paiement qui n'engageait à priori à rien, excepté que Grégoire ne savait rien des us et coutumes des fées.
— Cela risque d'être délicat vu notre différence de taille, argua-t-il.
— Qu'à cela ne tienne, répliqua Saphir en grandissant subitement.
Grégoire avait déjà noté la beauté de deux êtres ailés, mais Saphir était éblouissant ainsi et sa nudité devenait troublante.
Le fée tapota de l'index ses lèvres pourpres.
— J'attends, dit-il, ses yeux brillants comme des pierres précieuses.
Grégoire avait déjà eu l'occasion d'embrasser des filles, mais jamais encore quelqu'un du même sexe. Il trouvait pourtant les hommes aussi attirants que les femmes, mais la société réprouvant ce genre de préférence, il avait enfoui ces désirs en lui. Il hésita.
— Je m'en contenterai d'un sur le front, intervint Crystal en prenant également taille humaine.
— Hé ! Pourquoi me coupes-tu l'herbe sous le pied ?! s'écria Saphir avec une moue boudeuse.
— Parce qu'il n'y a pas eu d'humains depuis une centaine d'années au moins à Versélia et que ta tête frustrée est trop cocasse, rétorqua Crystal.
C'était une demande moins problématique. Grégoire se leva et effleura la peau dorée et sucrée de Crystal de ses lèvres.
La fée partit en flèche dans le ciel, redescendit à nouveau petite pour le tirer par la manche.
Grégoire n'eut d'autre choix que de la suivre et Saphir les accompagna.
— Je peux te détailler toutes les lois de Versélia si tu m'embrasses, offrit-il.
Le fée aux cheveux bleus n'en démordait pas. Grégoire était tenté.
— La belle affaire, il n'y en qu'une ! Respecter les autres et se montrer bienveillant avec eux, révéla Crystal.
Grégoire fut déconcerté. Cela paraissait trop simple. Il était impossible qu'un tel système fonctionne.

mercredi 6 juin 2018

Bienvenue à Versélia - 3

Quand il émergea, il constata que l'aube pointait. Étonnamment, il avait dormi toute la nuit.
Deux petites voix, à sa droite, le firent sursauter.
— Saphir, tu vois la même chose que moi…
— Oui, Crystal, tout pareil.
Grégoire tourna la tête et se retrouva nez à nez avec un homme et une femme ailés hauts comme trois pommes dont la peau nue et dorée scintillait.
Grégoire était certain d'être réveillé, aussi, bien qu'il ait cru jusque là que les fées appartenaient au domaine de l'imaginaire, il ne se frotta les yeux ni se pinça le bras.
Il se contenta de leur adresser poliment la parole :
— Bonjour, je suis perdu, auriez-vous l'amabilité de m'aider à retrouver mon chemin ?
Les deux fées rirent.
— Tu as la joue toute striée par l'écorce du Gardien ! s'écria le fée dont les cheveux et les yeux étaient du même bleu saphir que ses ailes.
Grégoire se frotta le visage avec un soupçon d'embarras et reposa sa question.
Saphir et Crystal échangèrent un regard.
— Si vous êtes parvenu jusqu'à Versélia, c'est forcément pour une bonne raison, annonça la fée qui avait les ailes irisées.
— Vous ne pouvez donc retourner dans le monde des humains, vous êtes coincé avec nous, ah, je sens que nous allons bien nous amuser, déclara Saphir.
Grégoire peinait à s'expliquer comment de perdu dans la forêt, il était devenu prisonnier d'un ailleurs étrange.
— Que suis-je supposé faire pour avoir le droit de rentrer chez moi ?
Les fées haussèrent les épaules et effectuèrent chacun une pirouette aérienne.
Le spectacle aurait pu être charmant si Grégoire n'avait pas été bouleversé par l'incroyable situation.
— Quelles lois régissent Versélia ? demanda-t-il, cherchant à se raccrocher à quelque chose de tangible.
— La toute première consiste à parler en vers, répondit Saphir d'un air très sérieux.
Crystal pouffa.
Même sans cette indice, aucun de leurs propos n'ayant rimé jusque là, Grégoire aurait compris qu'ils se moquaient de lui. Il choisit de ne pas en prendre ombrage. Jouer des tours était peut-être quelque chose d'inhérent aux fées.