mardi 5 juin 2018

Bienvenue à Versélia - 2

Tous les arbres se ressemblaient verts, élancés, et feuillus, mais le pied de l'un d'entre eux, moussu et aux racines apparentes, lui parut plus accueillant que les autres. Il s'y assit, s'adossant au tronc épais.
N'ayant pas de montre, il voulut sortir son téléphone pour regarder l'heure, mais il eut beau fouiller toutes ses poches, il lui fut impossible de remettre la main dessus.
Avec un gémissement horrifié, il comprit qu'il avait dû mal le ranger l'une des fois où il l'avait consulté pour vérifier s'il ne captait vraiment pas le réseau. Il avait une copie de tous ses contacts sur son ordinateur portable rangé dans le coffre de sa voiture, mais décidément, ce n'était pas son jour.
Privé de son téléphone, il n'avait rien à faire. Il résista à la tentation de se relever pour fouiller les alentours. La forêt et ses chemins avait tout d'une botte de foin.
Le silence régnait autour de lui, pas une voiture, à peine un souffle de vent et quelques bourdonnements d'insectes.
Il leva la tête vers le carré de ciel qui se découpait entre les branchages. Le bleu avait viré au gris, les nuages s'accumulant. Il ne manquait plus qu'il pleuve…
Ses yeux verts se portèrent sur le tapis de feuilles, de cailloux et de brindilles et il laissa ses pensées vagabonder.
Il n'aurait jamais dû être dans une situation pareille alors que la visite de contrôle de sa voiture était récente et qu'il avait choisi un excellent opérateur téléphonique.
Depuis son plus jeune âge, il respectait les règles, celles qui étaient édictées comme les tacites qu'il fallait hélas souvent apprendre à la dure.
Sa tante, en visite, avait déclaré une fois qu'un enfant aussi sage, ce n'était pas naturel. Sa mère avait rétorqué en plaisantant que si une fée s'était penchée sur le berceau de son fils pour lui conféré le don d'obéissance, ce n'était pas elle qui allait s'en plaindre.
Grégoire répondait depuis toujours aux exigences de son entourage dans la sphère privée comme professionnelle et c'était pourquoi à l'âge de vingt-cinq ans, il occupait une position enviable dans une entreprise florissante.
Se perdre dans les bois était lamentable. Il allait causer du soucis à des tas de gens et en entendrait parler pendant des années. Il finirait cependant peut-être par rire de sa mésaventure.
Le fond de l'air fraîchit,
l'obscurité tomba peu à peu sur la forêt. Grégoire se recroquevilla contre le tronc et finit par s'assoupir.

lundi 4 juin 2018

Bienvenue à Versélia - 1

Grégoire Beaujack, au volant de sa spacieuse voiture métallisée, suivait de façon scrupuleuse les consignes du GPS intégré. Son travail nécessitait qu'il se déplace souvent de ville en ville.
Il s'engagea sans sourciller sur la route qui serpentait entre les grands arbres.
Il roulait depuis un moment quand le bitume laissa place à des gravillons, puis à de la simple terre battue.
Malgré l'excellente suspension de son véhicule, il commençait à être secoué et envisageait de faire demi-tour, raccourci ou pas, quand il cala. Il avait pourtant assez d'essence, ayant pris soin de faire le plein avant son départ.
Ses tentatives pour redémarrer échouèrent, ne lui laissant d'autre choix que de descendre pour effectuer le tour de sa voiture, mais il ne vit aucun pneu crevé ou obstacle expliquant la panne.
Avec un soupir résigné, il ôta la veste de son costume gris pour ne pas le salir, l'allongea sur la banquette arrière de façon à ne pas le froisser  et remonta les manches de sa chemise blanche avant d'ouvrir le capot pour examiner le moteur. Rien ne semblait clocher, ce qui signifiait que le problème devait être électronique, ce qui dépassait les compétences mécaniques de Grégoire.
Il sortit de la poche de son pantalon son téléphone pour appeler un dépanneur, et eut la mauvaise surprise de découvrir qu'il n'y avait pas de réseau. Il ne pourrait même pas prévenir de son retard.
Il passa une main ennuyée dans ses courts cheveux blonds, se donna la peine de pousser sa voiture sur le bas-côté, et remit sa veste.
Il faisait doux en cette fin de printemps aussi ne prit-il pas son léger manteau avant de se mettre en marche, en espérant tomber sur une habitation.
Ses souliers de ville cirés n'étaient pas adaptés aux longues marches et il ne tarda pas à avoir mal aux pieds. Il continua néanmoins à avancer, mais à force de croisements, d'embranchements et de sentiers qui ne menaient nulle part, il lui fallut se rendre à l'évidence : il était perdu.
Il s'immobilisa, tenta en vain de retracer ses pas pour revenir à sa voiture, puis se rappela que la règle si on n'arrivait pas à se repérer était de de ne plus bouger jusqu'à être retrouvé.
Sachant que les secours ne risquaient pas de débarquer avant plusieurs heures, le temps que son absence à la réunion soit actée et son entreprise contactée, il chercha un endroit confortable pour s'installer.

vendredi 1 juin 2018

Raiponce - 8 (fin)

Quand Melvyn appela Raiponce, la sorcière lui envoya la tresse de cheveux.
Le prince ne se méfia pas un instant. Il pensa que le jeune homme avait encore quelques scrupules à partir et il grimpa jusqu'en haut. Cependant, c'est la vieille qu'il trouva devant la fenêtre qu'il avait pris l'habitude d'enjamber les semaines passées.
— L'oiseau a quitté son perchoir et plus jamais il ne roucoulera avec qui que ce soit, ricana-t-elle.
La prise du prince sur la corde se relâcha à cette nouvelle. Son doux Raiponce était donc mort ?
La sorcière détacha alors la tresse et Melvyn tomba dans le vide.
Sa chute fut longue, mais il ne se débattit pas. Sans Raiponce, il préférait mourir. Cependant, il fut épargné. Une branche de pin ralentit sa chute et seuls ses yeux furent touchés.
Il se mit à errer dans la forêt à l'aveugle, se moquant bien d'essayer de regagner le chemin de son château. Il respirait encore, mais à l'intérieur, il était comme mort. Il aurait tout donné pour entendre à nouveau Raiponce chanter, et plus encore, pour pouvoir le prendre dans ses bras.
Rendu fou par la douleur d'avoir perdu son bien-aimé, il marcha au hasard des mois et mois durant, subsistant en se nourrissant de baies et de racines.
   
    De son côté, dans le désert où l'avait laissé la sorcière, Raiponce survivait comme il pouvait. Il avait même pris sous son aile deux petits enfants, un garçon et une fille, également abandonnés par leurs parents pour mourir dans les sables.
Il était en train de leur chanter une berceuse dans leur misérable hutte, quand il vit un homme crasseux entrer à tâtons dans leur demeure. Malgré son allure misérable, il le reconnut aussitôt.
Sa voix se brisa et il se jeta dans les bras de Melvyn en répétant son nom sans discontinuer. Il pleura de joie et ses larmes coulèrent sur les yeux éteints du prince. C'était le chant de Raiponce qu'il avait cru reconnaître qui avait guidé ses pas.
Ils s'embrassèrent. Et puis Raiponce se rappela de la présence des deux enfants qui s'étaient endormis juste avant l'arrivée du prince et il l'attira hors de la hutte.
Melvyn cligna des paupières. Il avait retrouvé celui qui illuminait ses jours et sa vue était en train de lui revenir.
Ils se racontèrent ce qui s'était passé durant leur longue séparation et se promirent de ne plus jamais se quitter.
Ensemble, accompagnés des deux enfants, ils retournèrent dans le royaume du prince qui fut accueilli dans la liesse.
Ses parents enchantés de retrouver leur fils qu'ils avaient cru disparu à jamais, acceptèrent tout ce que Melvyn désirait. C'est ainsi qu'il épousa Raiponce et adopta les deux orphelins. Et ensemble, ils vécurent très heureux, se montrant toujours plein de bienveillance et tolérance envers leurs sujets.

FIN