jeudi 3 mai 2018

Un Chevalier au XXIème siècle - 71

— C'est ça, casse-toi ! De toute façon, t'es chiant comme la pluie ! lança Félicien comme Tim passait la porte d'entrée, ses lacets encore dénoués.
Le portail s'ouvrait heureusement sans nécessité d'une clef ou l'adolescent aurait dû négocier avec Félicien pour partir.
La découverte du vrai visage de celui qu'il croyait être son ami associée à la disparition de Percival renforça le profond chagrin de Tim, le poussant à se replier sur lui-même.
Après une semaine à se traîner au lycée, les vacances lui permirent de se cloîtrer dans sa chambre. Cependant, après plusieurs jours à broyer du noir, remarquant l'inquiétude de sa mère et ses tentatives pour lui remonter le moral, il se força à sortir de sa coquille et à se bouger.
Il reprit les exercices physiques que lui avait appris Percival, du moins ceux qui pouvaient se faire seul afin que tous les efforts fournis jusqu'ici n'aient pas été inutiles.
De retour en classe, Tim se montra à nouveau attentif en cours, rattrapant peu à ce qu'il avait raté occupé à ruminer la perte de Percival ainsi que la trahison de Félicien. Le premier événement le touchait beaucoup plus que le second. Et s'il avait trouvé le courage de pardonner à ses camarades de classe qui l'avait ignoré tant qu'il était dans le collimateur de l'infernal trio, il ne parvenait à faire de même avec Félicien.  Il ne voulait plus entendre parler de lui. Il déjoua donc toutes ses tentatives pour renouer. Félicien ne s'acharna heureusement pas trop, finissant par comprendre que la partie était perdue. Il fallut quand même pour cela que Tim lui mette les points sur les i : non, il ne coucherait pas avec lui, même si c'était commode parce qu'ils étaient célibataires tous les deux. Ce que Tim voulait, c'était aimer et de préférence être payé en retour. Il n'était cependant pas pressé de rencontrer quelqu'un, la disparition de Percival étant  trop douloureuse. Il lui manquait chaque jour. Le temps supposé atténuer toutes les peines s'écoulait bien lentement et sa tristesse ne semblait pas prêt de diminuer.
Pour se récompenser de tous ses efforts pour vivre normalement en dépit du chagrin qui le rongeait, Tim s'offrit un abonnement au musée et prit l'habitude de s'y rendre chaque semaine sans exception. Là-bas, il passait un long moment devant la tapisserie du Don d'Amour, car devant elle, il se sentait plus proche du chevalier. A plusieurs reprises, il ne put s'empêcher de souhaiter être transporté au Moyen-âge aux côtés de Percival, mais jamais rien ne se produisit.

mercredi 2 mai 2018

Un Chevalier au XXIème siècle - 70

Félicien approfondit son baiser sans que l'adolescent n'en tire aucun plaisir. Il le laissa l'étendre sur le matelas, puis le déshabiller, le dégoût montant en lui.
— J'adore comme tu es fin et tout en muscles, dit Félicien.
Ce qu'il faisait, c'était comme tromper Percival, même si ce dernier ne lui avait rien demandé ou promit.
Quand la main de Félicien effleura son pénis, Tim lui bloqua le poignet.
— Je suis désolé, je ne peux pas….
— A cause de Percival ? Il t'a quitté, je te rappelle. Il n'en a rien à branlé de ce que tu fais et avec qui.
C'était vrai et douloureux à entendre. Mais de toute façon, le problème, c'était Tim. C'était beaucoup trop tôt pour lui, encore bien trop frais. Percival était tout juste parti et… mort.
— Tu as raison, mais je préfère qu'on s'en tienne là. Pardon, mais je ne peux répondre à tes sentiments pour le moment, dit Tim, libérant Félicien.
Ce dernier émit un drôle de reniflement.
— Je me contenterai du sexe, rétorqua-t-il. On ne va pas s'arrêter en si bon chemin quand même ? ajouta-t-il.
Il se pencha sur Tim et lui taquina un téton de la langue.
Tim frémit. Il n'aurait pas dû autoriser Féllicien à aller aussi loin, mais il avait eu un moment de faiblesse, choqué par le départ de Percival.
Il avait cependant le droit de changer d'avis. Il se redressa, s'excusant encore.
Félicien s'énerva :
— Tu es pénible à la fin ! J'ai été d'une patience d'ange parce que je trouvais ça excitant de coucher avec une crevette devenue appétissante…
Les derniers scrupules de Tim volèrent en éclats à ses mots. Ce qu'il avait gêné au tout début quand Félicien l'avait abordé refit surface : si le terminale avait entendu la rumeur de l'avorton qui parvient à se débarrasser de ses tourmenteurs, pourquoi pas celle du gay brutalisé ? Bien sûr, peut-être qu'il avait eu peur de Harvey, Côme et Lisle, mais ils auraient très bien pu se voir en dehors de l'enceinte du lycée comme maintenant. Il était aussi tout à fait possible qu'il ait jugé que le Tim de l'époque n'en valait pas la peine. Dans tous les cas, le côté superficiel de Félicien transparaissait.
Il le repoussa à deux mains, ramassa ses vêtements et se rhabilla vite fait bien fait, sans se soucier des propos désagréables que Félicien lui balançait à la figure.
Si ce dernier avait été un véritable ami, il n'aurait pas profité de sa détresse pour le mettre dans son lit. Cependant, cela avait dû être son intention depuis le début. Tim ne s'était pas montré intéressé, mais Félicien n'avait pas renoncé pour autant, ce qui en un sens était admirable. Avec davantage de patience, il serait sûrement parvenu à ses fins, mais croyant touché au but, il avait torpillé tous ses efforts en précipitant les choses.

mardi 1 mai 2018

Un Chevalier au XXIème siècle - 69

Il rentra ensuite chez lui dans un état second, à peine conscient de ce qui l'entourait.
Sa mère se rendit compte de suite qu'il y avait un problème.
— Eh bien, que s'est-il passé mon chéri ?
— Il est retourné chez lui.
— C'est plutôt une bonne chose, non, si ça s'est arrangé avec sa famille ?
Tim acquiesça.
Sa mère le prit dans ses bras.
— Et c'est fini entre vous, c'est ça ? demanda-t-elle.
L'adolescent opina en se blottissant contre sa mère comme s'il avait encore été un petit garçon.
Elle lui caressa doucement les cheveux, cherchant à la réconforter, mais ses mots consolateurs ne parvinrent pas aux oreilles de Tim. Il pensait à son cher chevalier, son premier amour, mort et enterré.
Il regrettait de ne pouvoir consulter quelque archive pour savoir ce qu'il était advenu de lui. Il n'avait hélas aucune information pour retrouver une éventuelle trace de lui. Percival avait pourtant dû mentionner le nom de son seigneur et du château, mais il ne les avait pas retenus.
Tim aurait bien annulé son rendez-vous avec Félicien, mais ce dernier ne voulut rien entendre.
Selon lui, si Percival était parti pour de bon, que tout était terminé, ce dont Tim avait besoin, c'était de se changer les idées.
Il vint le chercher, le tirant de sa chambre où il s'était réfugié pour le conduire chez lui.
Tim ne lui opposa pas vraiment de résistance. Qu'il fasse ça ou rien, Percival ne lui serait pas rendu. Il aurait pu tenter de retourner au Moyen-âge, mais il savait qu'il ne ferait qu'embarrasser le chevalier s'il y parvenait, sans oublier le chagrin qu'il causerait à sa mère.
Félicien le fit s'asseoir sur son lit et lui servit un verre auquel Tim ne toucha pas.
Son apathie ne découragea toutefois pas Félicien qui voulut connaître tous les détails du brusque départ de Percival.
Tim n'avait ni l'envie ni la force d'inventer une histoire.
— Tout ce qu'il y a à savoir, c'est que c'est fini, déclara Tim comme Félicien  revenait à la charge.
— L'idéal pour oublier un amour déçu, c'est d'en trouver un autre.
Tim protesta dans son for intérieur. Percival resterait à tout jamais gravé dans ses souvenirs. Pas seulement parce qu'avoir un chevalier du XIVème à ses côtés avait été une aventure trop fantastique pour être relégué aux oubliettes, mais aussi parce que Percival avait eu toutes ses premières fois.
Félicien colla sa bouche à la sienne. Tim faillit avoir un mouvement de recul, mais finalement s'abandonna au baiser. Cela ne lui faisait pas grand chose en comparaison avec Percival.