mercredi 5 avril 2017

A travers les millénaires - 31

— Oui, c'est vrai. Une fois qu'ils auront eu le dessus sur vous, c'est l'avenir, selon certains saturniens. D'autres sont plus en faveur de l'esclavage, expliqua Hoshi.
— Ils sont bien optimistes concernant notre défaite, commenta Wen, songeant qu'entre les deux statuts, c'était Charybde ou Scylla.
— Il est question de former une alliance avec les végaliens. J'ai déjà communiqué les détails à Ghao, précisa Hoshi.
— C'est ainsi que tu transmets les informations. Astucieux...
— Es-tu sûr de vouloir être mon humain de compagnie ? Cela implique collier, tatouage et tout.
— Je sais que tu me traiteras bien.
— Oui, mais pas les autres. Ils s'étonneront d'ailleurs que je te prenne comme animal, car je me suis toujours prononcé contre.
— Et ta meilleure couverture, c'est normalement d'être ouvertement un pacifiste, limite sympathisant des humains, c'est cela ?
Hoshi acquiesça et ajouta :
— Il faut que j'y aille à présent. Je ne me suis que trop attardé. Ceux de la sécurité font finir autrement par se rendre compte qu'ils visionnent en boucle les mêmes images.
— Vas-y, dit Wen, s'en voulant d'avoir oublié ne serait-ce qu'un instant que Hoshi risquait gros s'il se faisait prendre, et que cela en serait alors fini d'eux.
Il avait été si heureux de lui parler, de le retrouver inchangé ou presque, d'avoir eu simplement à décliner son identité pour qu'il l'accepte.
Ils échangèrent un dernier regard, le mur coulissa et Hoshi disparut.
Animal de compagnie. Wen en avait vraiment été un, dans une autre vie. Être obligé de faire comme si et en être véritablement un étaient deux choses bien différentes cependant.
— Tu es un dingo de première. Réincarnation et tout le toutim... lâcha Ghao qui avait eu l'amabilité d'observer quelques minutes de silence.
— Tu te répètes, répliqua Wen.
— Mais je te crois.
Wen se demanda s'il ne se moquait pas de lui. Il pouvait compter sur les doigts de la main les fois où les gens avaient accepté qu'ils puissent se souvenir de toutes ses vies antérieures, sans exception.
— Je ne vois pas autrement comment tu pourrais vouloir devenir le toutou d'un saturnien. Parfois, je fais ce rêve où je suis une nana et autour de moi, il n'y a que des trucs qui n'existent plus depuis longtemps, c'est trop bizarre. Cela pourrait être moi quelques siècles plus tôt ?
— Oui. Peut-être. Je rêve parfois de mon passé, mais je souviens de tout, consciemment, tout le temps.
— De quoi te rendre fou, conclut Ghao.
Wen eut un sourire, l'adolescent avait beau avoir perturbé ses retrouvailles avec Hoshi, il lui était sympathique.

mardi 4 avril 2017

A travers les millénaires - 30

— Il faut bien mourir un jour, pour renaître et recommencer... Et soyons honnêtes, personne n'est en sécurité nulle part, pas tant que cette guerre durera. Si ce n'est pas des mains des saturniens, ce sera à cause des végaliens ou des uraniens...
— Tout le monde ne crève pas sur le champ de bataille, protesta Ghao.
Un puzzle d'images des différentes guerres qu'il avait connu se forma dans toute son horreur dans l'esprit de Wen. Épée, obus, pistolets, lasers... Toutes les armes semaient la mort.
— Oui, certains survivent, mais pourquoi ? Pour tuer plus de monde ? De ce que j'ai pu constater, loin de s'améliorer, les choses empirent. La pitié disparaît. Fini de se battre en quelque sorte à la loyale.
— Mais qu'est-ce que tu racontes ? Comme moi, tu es soldat depuis deux-trois ans, tu as le même âge que moi, non ? demanda Ghao.
— 17 ans, à quelques millénaires près.
— C'est vraiment toi, Waldo... souffla Hoshi.
— Et je me souviens de tout. Ta peau était plus magnifique qu'un ciel étoilée les dernières fois que nous avons fait l'amour, mon cœur.
Même s'il ne pouvait le toucher, Wen leva ses mains menottées vers le grillage en direction du visage de Hoshi, ce qui lui arracha une grimace de douleur.
Hoshi sortit des cachets blancs et bruns de la poche de sa tunique et se débrouilla pour les leur passer.
— De quoi vous soigner et vous nourrir...
— Ah, enfin, j'en avais assez de vos conneries, grommela Ghao en croquant les comprimés.
— Tu n'as qu'à te boucher les oreilles, rétorqua Wen.
Il n'aurait pas craché contre un peu d'intimité et de liberté.
— Tu tiens vraiment à demeurer sur Saturne ? demanda Hoshi.
— Oui, si c'est pour être auprès de toi jusqu'à la fin de nos jours.
Ghao roula les yeux vers le plafond, soupira bruyamment et jeta :
— Ouais, eh bah, ils risquent d'être courts.
— Je ne t'ai pas demandé ton avis, s'énerva Wen.
Il regretta aussitôt son mouvement d'humeur. Il était stupide de se mettre Ghao à dos, mais à sa décharge, il n'était guère en état de réfléchir après tout ce que l'autre saturnien lui avait fait subir.
L'adolescent ne rétorqua rien et Hoshi, sans se soucier de son interruption, déclara :
— Je devrais te dissuader de rester, mais je n'ai pas envie que tu t'en ailles. Je voudrais passer du temps avec toi, apprendre à mieux te connaître. Et il y a une solution, enfin une option. Je peux te prendre comme animal de compagnie.
— Ce n'était donc pas une rumeur ! s'exclama Ghao qui décidément ne perdait pas une miette de la conversation.
Wen aussi avait eu des échos de cela, mais n'y avait pas accordé crédit. Il s'était apparemment trompé.

lundi 3 avril 2017

A travers les millénaires - 29

— Ce sont eux qui ont commencé. Tu as bien vu dans quel état j'ai récupéré mon fils. Son anneau lui avait été arraché ! Il lui manquait plusieurs doigts ! Non, le temps où nous échangions nos prisonniers intacts contre la chair de notre chair mutilée est révolu.
— Mais c'est l'escalade... argua Hoshi, montrant qu'il était en faveur de la paix.
— C'est eux qui l'ont voulu ! rétorqua le saturnien en assénant un nouveau coup à Wen dans la mâchoire.
C'était douloureux. Le saturnien continua à le brutaliser jusqu'à ce que la douleur fasse perde connaissance à Wen.

Quand il revint à lui, il était de retour dans la cage. L'autre prisonnier était roulé en boule sur lui-même, endormi ou inconscient.
Wen essaya de bouger pour se mettre dans une position plus confortable, et poussa un cri de souffrance. Il comprit que ses efforts étaient inutiles, il avait mal partout.
Hoshi apparut alors, son anneau flottant comme une auréole au-dessus de sa tête. Ghao ouvrit les yeux.
— C'est un des nôtres, Wen, même si on ne dirait pas. Tu as apporté des analgésiques ?
— Oui, et je vais tâcher de vous faire évader bientôt.
Il était toujours loyal aux humains.
— Hoshi, c'est moi... Waldo.
Le faux saturnien se figea. Rien ne pouvait évidemment se lire sur ses traits, mais Wen ne doutait pas qu'il soit en proie à une intense émotion.
Pour la première fois, son âme-sœur le connaissait déjà, l'avait déjà rencontré. Il avait une chance incroyable, bien plus que dans sa vie précédente...
— Je croyais que tu t'appelais Wen, intervint Ghao.
— Aussi, mais j'ai eu d'autres noms. Iol, Waldo, Wen et bien d'autres.
Hoshi tomba à genoux.
— Je te croyais, mais le vivre, c'est autre chose, murmura-t-il. Tu t'es donc réincarné.
— Oui.
— De quoi vous causer tous les deux ? Tu en es où de ton plan d'évasion ?
Ni Wen ni Hoshi ne se soucièrent de Ghao, trop occupés à se regarder.
Ghao grommela. Hoshi se remit debout et lui assura que cela avançait.
— Je ne veux pas partir, prévint Wen.
— Mais tu es taré ! s'écria Ghao.
— Oui, on a dû me le dire un bon millier de fois...
— Il a raison. Tu ne dois pas rester, autrement tu vas être battu, affamé et humilié, déclara Hoshi.