lundi 5 septembre 2016

Orcéant - 16

CHAPITRE 4

Le licornéen savait parfaitement que Pierrick ne s'était lancé dans cette quête de libération des espèces par amour pour lui. Ses propres motifs n'étaient pas plus purs : il avait voulu garder sa corne.
En général, les humains n'avaient pas besoin de la couper plus de deux fois avant que les licornéens atteignent leur maturité sexuelle, la première à la naissance, la seconde à l'adolescence, mais malheureusement pour Korel, la sienne repoussait vite, alors il avait vécu cette torture à quatre reprises. Il se souvenait des terribles maux de têtes qui chaque fois avaient suivi.
Il souhaitait que les siens n'aient plus jamais à subir cela, plus jamais à devoir coucher avec les humains qui ne voyaient en eux que des poupées qu'ils se moquaient de briser.
Il était d'ailleurs reconnaissant à Pierrick de ne pas l'avoir contraint à partager sa couche. Malgré cette retenue de sa part, il doutait de son amour, pas tant parce qu'il ne s'était pas déclaré que parce qu'il lui semblait que s'il avait été physiquement repoussant, Pierrick ne l'aurait pas aimé. Le manque de considération qu'il avait envers les orcéants était la preuve de sa superficialité. Il avait été éduqué dans l'idée que les humains étaient supérieurs aux autres espèces d'Erret et la plupart du temps, il y croyait.
Il était cependant aussi très protecteur à son égard. Ainsi, quand Korel avait eu le malheur de renverser accidentellement un verre de vin sur les genoux d'un des invités de son père, il était intervenu pour lui éviter une punition et présenté de plates excuses pour la maladresse de son serviteur. Il était impossible de détester Pierrick, l'aimer était une autre histoire.
Korel frotta pensivement sa corne. Il ne savait pas du tout ce dont il était capable grâce à elle, mais assurément, ils auraient besoin de toute l'aide possible, magique ou autre pour réussir à libérer Erret du joug humain.
Il appréciait grandement qu'ils aient un allié en Byll l'orcéant, et peut-être bien aussi en Rouge le dragon. Ils étaient tous deux impressionnants par leurs tailles et leurs dents, surtout le second.
Pour que le dragon vienne avec eux, il aurait fallu pouvoir le rendre invisible ou qu'il se métamorphose en une autre créature.
Pierrick avait dû arriver à la même conclusion, car il lança :
— Mon précepteur a mentionné l'existence de sorts permettant de changer de forme. Cependant, pour les réaliser, il faut posséder une grande puissance magique. Les apprendre sans cela est inutile. Puisqu'il ne me les a pas enseigné, je suppose qu'il jugeait que je n'avais pas le niveau, à moins que cela ne soit lui qui ne l'avait pas. Korel, peut-être ta corne pourrait nous indiquer un ou une amie des dragons les maîtrisant ?
— Je peux essayer, répondit Korel.
Ils avaient réussi à trouver un dragon par ce biais, même s'ils avaient dû en passer par Byll, aussi le licornéen était-il plus confiant que lors de ses premières tentatives pour user de ses pouvoirs. 

vendredi 2 septembre 2016

Orcéant - 15

— Nous allons pouvoir passer à l'étape suivante, déclara Korel. Son  affirmation sonnait comme une question. 
— Oui, bien sûr, confirma Pierrick. Mais je suis ennuyé car je comptais demander conseil au dragon. Ils sont supposément intelligents. Enfin, ils ne doivent pas l'être  tant que cela, autrement, ils ne seraient pas au bord de l'extinction.
Arya avait évoqué comment les humains avaient piégé les dragons les uns après les autres, sans pitié. Ils avaient usé de flèches pour transpercer leurs ailes, de filets pour les immobiliser et de sorts pour les affaiblir, s'attaquant à eux à cent contre un. 
— C'est parce que vous autres, humains êtes retors ! s'indigna Byll tandis que Rouge crachait un filet de flammes qui passa juste au-dessus du crâne de Pierrick. Ce dernier rentra la tête dans les épaules. 
— Très bien, j'admets, j'ai eu tort. Bref, deux possibilités s'offrent à nous, soit nous laissons le dragon à l'abri, soit nous l'emmenons avec nous. 
Cela sautait aux yeux qu'il n'avait aucun plan précis. Il inventait au fur et à mesure, au petit bonheur la chance. C'était déplorable et en même temps, Byll était obligé de reconnaître que Pierrick avait au moins le mérite d'agir. Lui jusque là s'était contenté de subir et d'attendre que les choses s'améliorent d'elles-mêmes. 
— Si Rouge met ne serait-ce qu'une aile dehors, il sera aussitôt repéré et tué, souligna-t-il. 
— L'avoir avec nous serait pourtant la meilleure façon de rallier ceux qui veulent que les choses changent, il s'agit juste de procéder avec discrétion, répliqua Pierrick. 
Un dragon était visible comme un nez au milieu de la figure, surtout dans un monde où ils avaient été chassés et éliminés. Si Rouge n'était peut-être pas le dernier de son espèce, les autres  devaient êtres, comme lui, bien cachés. En tout les cas, Byll était désormais convaincu de la sincérité de Pierrick. Cet humain s'exprimait avec trop de maladresse pour élaborer des ruses compliquées. 
— Je vous accompagnerai, je vous aiderai à convaincre les gens. 
— Je suis content que tu nous crois finalement, annonça Korel, ses cheveux dorés étincelants. 
— Ma parole, un vrai héros, se moqua Pierrick, apparemment pas ravi d'avoir un allié orcéant. 
Byll ne s'en soucia pas, préoccupé par Rouge qu'il allait devoir laisser derrière lui, seul une fois de plus, alors même qu'il était libre de ses mouvements. 
Le dragon s'était recouché. Quelque chose dans sa posture trahissait un profond mécontentement. 
Byll aurait adoré rester à ses côtés, c'eût été simple et il aurait été heureux, même s'il n'avait jamais dû revoir le plus petit rayon de soleil ou la moindre étoile, mais il voulait que le dragon ne soit plus prisonnier de sa maison souterraine, qu'il puisse voler sans danger dans le ciel et cela impliquait de partir avec Pierrick et Korel.

jeudi 1 septembre 2016

Orcéant - 14

Dans le tunnel où, vu sa taille, il devait désormais ramper pour accéder à la grotte, il leur offrit de retirer leurs bandeaux. Il n'eut pas besoin de le dire deux fois.
— Avec ou sans, c'est du pareil au même, on n'y voit que goutte ! râla Pierrick.
Une douce lueur provenant de la corne de Korel qui avait ôté son chapeau de paille, éclaira alors les parois terreuses.
Malgré la présence de Korel et Pierrick et même si sa peau le tirait douloureusement aux endroits où le fouet l'avait mordu, Byll, pressé de rejoindre le dragon, se dépêcha d'avancer.
Enfin, ils débouchèrent sur la vaste grotte où Rouge sommeillait, ramassé sur lui-même en une grosse boule écailleuse.
Les exclamations impressionnées de Pierrick et Korel le réveillèrent cependant et ses yeux dorés se fixèrent sur eux avec une surprise égale.
Byll fit les présentations.
Rouge émit un grondement amical.
— Il ne parle pas ? s'étonna Pierrick.
— A sa façon, si, objecta Byll.
— Discuter dans ses conditions ne va guère être pratique, grimaça Pierrick.
— Il comprend tout, rétorqua Byll avant d'informer lui-même le dragon des intentions de l'humain et du licornéen – réinstaurer une ère de liberté et de paix comme au temps des dragons.
Avec réticence, il dévoila aussi les projets de Pierrick de retrouver d'autres dragons afin qu'ils se reproduisent et soient un jour aussi nombreux qu'avant les massacres perpétrés par les humains.
Il précisa enfin qu'il n'était pas sûr que ce soient les vrais désirs de Pierrick et Korel et qu'il avait pris la précaution de leur bander les yeux avant de les amener ici.
— Hé ! Ne t'ai-je pas libéré ?! protesta le rouquin.
Rouge se redressa sur ses pattes griffues et poussa un grognement dubitatif, puis se penchant vers eux, il donna un coup de langue à Byll.
Il ne lui avait pas échappé que l'orcéant avait été battu et c'était une façon de montrer sa sollicitude. Et peut-être même plus, réalisa Byll en constatant que les marques violacées s'étaient estompées et qu'il n'avait plus mal.
Byll aurait aimé expliquer à Rouge ce qui s'était passé, mais pas en la présence de Pierrick et Korel, alors il se contenta de le remercier en caressant le bout de son museau.
— C'est le grand amour entre vous, dis donc ! s'écria Pierrick.
A son ton et à son sourire, il ne faisait aucun doute qu'il plaisantait, mais Byll se surprit à espérer que cela soit vrai, qu'entre Rouge et lui, cela soit plus qu'une forte amitié, qu'il occupe dans le cœur du dragon une place aussi grande qu'il avait dans le sien, quand bien même c'était un amour qui ne pouvait être que platonique, leurs deux espèces étant par trop différentes.