lundi 11 mai 2015

Pause, maladie, Contes modernes en livres

Ci-dessous l'épisode 51 de Contes modernes
Sinon, j'ai été malade ces derniers jours, ce qui n'a pas posé de problème, car j'avais de l'avance dans l'histoire, seulement là, je suis toujours épuisée, et j'éprouve donc le besoin de faire la pause.
Cela me permettra également de prendre un peu de recul pour Sauvetage Silencieux afin de développer cette variante de La Petite Sirène comme il se doit.

Autrement,  les contes étant liés entre eux, mais relativement indépendants, je me suis dit qu'une publication en livres au fur et à mesure, par contes, pouvait être sympa.

Normalement, en plus du conte que vous avez pu lire, dans le livre, vous aurez l'autre point de vue. Celui de Vic pour une Chaussure perdue, celui d'Ariel pour Sauvetage Silencieux...

Voilà, une première version de la couverture du 1er conte, une Chaussure perdue :


Rendez-vous le 25 mai pour la suite de Sauvetage Silencieux !

Contes modernes - 51

Ariel récupéra une épaisse pochette sur le bureau qu'il posa ouverte sur la table basse. Jim commença à regarder. La plupart des dessins provenait de feuilles de carnets recollées ensuite sur des papiers cartonnés. Ariel avait un don : ses croquis comme ses aquarelles étaient d'un réalisme sublime, tout en ayant une âme. Ils discutèrent longuement d'art, Ariel écrivant ses réponses à une vitesse qui dénotait d'une longue pratique.
A sa demande, Ariel lui sortit ensuite un livre de Cole Sorière dont les œuvres occupaient une belle place dans sa bibliothèque. Le bonhomme était prolifique.
Arrivé à la dernière page de son carnet, le jeune homme écrivit qu'il allait aux toilettes, puis qu'il en chercherait un autre.
Jim abandonné à lui même ouvrit le carnet achevé et le feuilleta pour regarder ses dessins. Il n'avait pas eu l'intention de lire les paroles d'Ariel, mais se reconnaissant dans un crayonné remarquablement détaillé, ses yeux dérivèrent sur les mots qui étaient écrit en face.
« Il me plaît. »
« Je ne le lui dirai pas. Ça ne sert à rien. »
Ariel revint à cet instant. Jim referma le carnet, se sentant un peu coupable de son indiscrétion, tout en étant ravi de ce qu'il avait appris et se leva pour l'embrasser.
Ses lèvres avaient un goût salé. Le jeune homme le repoussa à deux mains. Jim en fut surpris. Ariel n'avait-il pas écrit qu'il était attiré par lui, ne l'avait-il pas dessiné ?
Le jeune homme récupéra un nouveau carnet, attrapa le crayon resté sur la table et écrivit :
« Je ne veux pas pas commencer de relation amoureuse. »
— Avec moi en particulier ou en général ?
« Tout le monde finit par se lasser que je ne puisse parler qu'un crayon à la main. »
C'est vrai que c'était particulier. Écrire prenait plus de temps qu'un échange de vive-voix, mais Jim s'y était habitué de suite. Ariel maniait son crayon avec efficacité et son écriture était facile à lire.
— Tu pourrais au moins me donner une chance.
Ariel secoua la tête.
— Nous contenter de coucher ensemble ? suggéra Jim en même temps qu'une petite voix en lui le prévenait que cela ne lui suffirait pas. Le jeune homme roux le fascinait trop pour cela : son coup de crayon, ses mouvements gracieux, ses sourires, sa simplicité...
Ariel refusa d'un signe de tête.
Jim ne poursuivit pas dans cette voie parce qu'il voulait quelque chose de profond et non de purement sexuel.
— Soyons amis, tenta-t-il.
Ariel lui fit encore non.
C'était vraiment difficile de négocier avec lui. L'autre fois sur la plage, pour son cadeau, cela avait été pareil.
— Pourquoi ?
« Parce que je ressens plus que ça. »
Jim laissa échapper un grognement frustré. Ariel se dérobait à lui avec une logique qui ne tenait pas la route.
— Que proposes-tu alors ? Que nous fassions comme si nous ne nous étions jamais rencontrés ? Cela ne me convient pas du tout. D'accord, tu es muet, et moi, j'ai quinze ans de plus que toi, mais puisqu'on est attiré l'un par l'autre, ne pourrait-on au moins essayer ?
Ariel se mordit la lèvre et écrivit d'une main hésitante :
« J'ai beau faire, cela se termine toujours mal. Dès qu'il s'agit de voir du monde. Et dans l'intimité aussi, pendant l'amour, comme je ne peux émettre aucun son. »
— Tu es sorti avec des imbéciles, voilà tout.
Ariel lui sourit et Jim, l'attrapant par les épaules, captura sa bouche. Cette fois, le jeune homme se laissa faire.

vendredi 8 mai 2015

Contes modernes - 50

Jim lut la réponse du jeune homme :
« Je fais un métier que j'aime, sauveteur l'été, maître-nageur en piscine le reste de l'année. »
— Mais ça ne paye pas très bien, non ?
« C'est correct. »
— Il n'y a rien qui te fait envie ? Un ordinateur dernier cri, une télé à écran géant ?
« Ce que je préfère, c'est nager, dessiner et lire. »
Rien de tout cela ne coûtait cher.
— Je pourrai acheter quelque chose pour un de tes proches. Par exemple un appareil photo pour ton petit ami journaliste ?
Jim comprit en même temps qu'il la formulait que sa proposition était ridicule. C'était au jeune homme qu'il voulait faire plaisir. Au fond, sa question trahissait surtout son désir de savoir si Ariel était célibataire ou pas.
« Cain est un ami. Je n'ai pas de petit copain. »
Jim se serait volontiers porté candidat, mais il n'était un cadeau pour personne et surtout pas un jeune homme. Il offrirait donc un bouquin à Ariel.
— Quel type de livres aimes-tu lire ?
« Des histoires fantastiques. Mon auteur favori est Cole Sorière. »
— Tu as tous ses livres ?
« Oui, mais le prochain, Moi et mon fantôme, sort à la fin du mois. »
Ariel avait compris le souhait de Jim et lui donnait la possibilité de le lui acheter.
Jim aurait dû se satisfaire de cela, seulement le jeune homme lui plaisait trop pour cela.  Il revint à la charge :
— Je ne te forcerai pas à les exposer, mais j'aimerai voir d'autres de tes dessins.
Ariel parut hésiter, mais accepta devant son insistance. Il lui donna son adresse et l'invita à passer chez lui le surlendemain, ce qui lui laisserait le temps de sélectionner ce qu'il jugeait digne d'être montré.
Jim offrit de le ramener chez lui en voiture, mais Ariel refusa. Jim le regarda s'éloigner pour aller s'habiller avant de rentrer et comprit qu'il était tombé amoureux.

Il arriva bien bien avant l'heure du rendez-vous. Quand Ariel apparut dans la rue, en jeans et t-shirt, son cœur se mit à faire des bonds dans sa poitrine. C'était comme s'il était revenu à l'époque de ses premiers émois.
— Bonsoir.
Ariel lui répondit d'un sourire et lui fit signe de le suivre.
L'immeuble dans lequel il vivait était vieillot. La peinture était défraîchie et l'escalier de bois grinçait à chaque marche – il n'y avait en effet pas d'ascenseur.
L'appartement d'Ariel était pourvu d'une minuscule entrée bleue claire où étaient accrochés de très jolies aquarelles de poissons. La pièce principale qui faisait office de chambre et de salon avait des murs bleu-verts ornés de nombreux dessins marins : bateaux, coquillages...
En guise d'ameublement, il y avait un canapé gris qui devait faire office de lit, une table basse en verre, un bureau avec des pots de crayons, de feutres et de pinceaux, et des étagères pleines de bouquins à l'exception d'une planche où était glissée un ordinateur portable. Aucune télévision à l'horizon en revanche. Les portes étant ouvertes, Jim aperçut une kitchenette et une salle d'eau blanche avec douche, lavabo et des toilettes.
Toujours par gestes, Ariel l'invita à s'asseoir, puis s'assit à côté de lui et extirpa son carnet de la poche arrière de son jeans.
« Que veux-tu boire ? »
— Qu'est-ce que tu as ?
« De l'eau, plate ou gazeuse. Du sirop. Du jus de pomme. »
— Pas d'alcool ?
« Je ne bois pas, désolé. Cain a peut-être laissé une bière dans le frigo... »
— Non, c'est bon. Je n'ai pas soif de toute façon. Je suis venu pour tes œuvres.
Et pour son sourire.
— Tes aquarelles de poissons dans l'entrée sont remarquables, ajouta-t-il après un silence.