mardi 5 mai 2015

Contes modernes - 47

Le soir même, après un dîner au restaurant, dans son studio, avant qu'elle ne l'embrasse, il lui annonça qu'il souhaitait mettre fin à leur relation.
— Pourquoi ? gémit-elle. Tu as été parlé à Cain, c'est ça, hein ? Ne crois pas un mot de ce qu'il a pu te raconter ! C'est pour se venger parce que je n'ai pas voulu de lui !
Cain avait raconté un truc similaire, excepté que dans sa version, c'était Ariel qui aurait rejeté la jeune fille. Jim cependant se moquait de tout cela.
— J'y songeais depuis un moment. Je t'apprécie, mais...
Elle le coupa, ses yeux améthystes débordant de larmes :
— Je t'en supplie, ne me quitte pas ! Je changerai, je serai tout ce que tu veux.
— C'est inutile. Sois-toi même.
— C'est moi qui t'ai sauvé, pas Ariel ! Moi qui ai appelé les secours !
Elle s'était trahie d'elle-même. Elle n'aurait pas dû savoir autrement ce que Cain lui avait dit.
— Cela ne change rien. J'ai un dernier cadeau pour toi, déclara-t-il en lui tendant l'écrin.
Elle l'ouvrit et ses traits s'illuminèrent. Le magnifique collier séchait ses larmes de crocodile, preuve supplémentaire de sa culpabilité. Quelqu'un de sincèrement amoureux, aurait refusé le collier ou du moins ne l'aurait pas mis autour de son cou avec autant d'empressement, préférant continuer à le faire changer d'avis.
Jim, cependant, ne chercha pas à la confronter. Elle nierait jusqu'au bout. S'il l'avait gâtée, c'est qu'il l'avait bien voulu et elle avait donné de sa personne, se montrant globalement une compagne agréable. Au moins il ne lui brisait pas le cœur.
Comme si elle se rappelait soudainement qu'il était encore là, elle reprit un air affligé.
— C'est beau, mais comment peux-tu croire que m'offrir un tel cadeau pourra me consoler ? Je t'aime.
Sa jolie voix vibrait de sincérité. Au lieu de devenir médecin, elle aurait dû se lancer dans une carrière d'actrice. Dommage pour elle qu'elle ait oublié un instant son rôle, ébloui par les émeraudes.
— Je vais te laisser à présent, déclara Jim, fatigué de toute cette comédie.
Elle chercha à le retenir, mais il finit par lui échapper et quitta le studio, se sentant plus léger.

Il laissa passer quelques jours, puis prenant soin d'arriver après 19h30 pour ne pas croiser Axelle, mais en espérant qu'Ariel serait encore là, il se rendit à la plage.

lundi 4 mai 2015

Contes modernes - 46

— Vous vous trompez. Quand elle m'a ranimé, j'ai aperçu en contre-jour la personne qui m'a sauvé et elle avait les cheveux longs.
Cain attendit que la serveuse ait posé la boisson de Jim devant lui avant de répondre :
— Axelle les lui a coupés sous prétexte que leur chef de poste aurait dit que cela posait problème pour les sauvetages. Entre nous, elle aurait pu commencer par les siens.
Si Axelle ne portait pas Cain dans son cœur, la réciproque semblait vraie.
— Pourquoi aurait-elle fait une chose pareille et pour l'y aurait-il autorisé ?
— Elle l'a pris en traitre. Il est super concentré quand il surveille les baigneurs. Quant au motif, je ne suis pas dans sa tête, mais Ariel avait repoussé ses avances.
— Votre histoire ne tient pas debout. En fait de me poser des questions, vous êtes venu tester à quel point je suis crédule ?
— Je vous assure que je prépare vraiment un article de fond sur les sauvetages, même si j'avoue que je m'intéresse plus aux incendies qu'aux noyades. Cependant, il vaut mieux que j'ai plus de matière que moins. Mais je reconnais que c'est mon amitié pour Ariel qui m'a amené à vous aborder.
Cain l'avait mené en bateau, oui ! Jim l'aurait sûrement planté-là, beaux yeux ou pas, si le jeune homme n'avait pas sorti à ce moment de son sac à dos une queue de cheval rousse.
Les cheveux avaient l'air authentique et non synthétique. Jim les toucha.
— Admettons que ce soit vrai. Pourquoi votre ami n'a-t-il pas rétabli la vérité de suite au lieu de laisser Axelle prendre tout le mérite pour elle. Il était présent quand elle a déclaré m'avoir sauvé.
— C'est compliqué. Je pense que c'est à vous de le découvrir.
— Et les motivations d'Axelle dans tout ça ? demanda Jim, plus pour tester son interlocuteur qu'autre chose, car il les devinaient déjà.
— Avec votre Rolex au poignet, pas dur de deviner que vous roulez sur l'or. D'ailleurs, votre Porsche n'est pas mal non plus, même si elle n'a dû apprendre son existence que plus tard.
— Et vous que gagnez-vous dans l'affaire ?
— Le plaisir de rétablir la vérité. C'est aussi ça le journalisme. Dévoiler les scandales au grand jour !
— Et en maquiller d'autres.
— Je crois en la liberté de la presse.
— C'est faire preuve de naïveté.
— Peut-être.
Cain était passionné, cela se sentait. Cela donnait envie de le croire, même si toute l'affaire était fort étrange.
— Vous éprouvez de la reconnaissance envers la personne qui vous a sauvé ? reprit Cain.
— Indépendamment de son identité ? Oui, énormément.
— C'est pour cette raison que vous sortez avec Axelle ?
— Non ou plutôt pas uniquement. La reconnaissance, ça ne suffit pas.
Cain avait sorti un carnet et prenait des notes. Il était repassé en mode interview.
— Qu'avez-vous ressenti en pensant que vous alliez mourir ?
— J'ai pensé que mes galeries d'art me survivraient.
— Vous me croyez à propos d'Ariel ?
— Je ne sais pas trop, avoua Jim.
Même en s'étant interrogé sur l'influence de son compte en banque sur l'attachement que lui portait Axelle, il avait du mal à la croire capable de lui avoir menti à ce point.
— Je ne vais pas abuser de votre temps davantage monsieur. Merci d'avoir répondu à mes questions et de ne pas avoir rejeté la vérité en bloc.
Jim voulut lui payer sa consommation, mais le jeune homme refusa et s'en fut.
Jim but son café pensivement et quitta à son tour les lieux.
Après avoir réfléchi en arpentant les rues de la ville, il en vint à la conclusion, que mensonge ou pas, il allait rompre avec Axelle. Qu'elle soit sincère ou sorcière, il ne parvenait pas à l'aimer. Il lui acheta un collier d'émeraudes, un ultime cadeau pour adoucir sa peine.

vendredi 1 mai 2015

Contes modernes - 45

Quelques jours plus tard, alors que Jim faisait monter Axelle dans sa Porsche, le jeune homme aux yeux vert clair courut vers eux.
— Excusez-moi, monsieur ! Je m'appelle Cain Landy. Je suis étudiant en journalisme et j'aurais aimé vous interviewer au sujet de votre sauvetage.
S'il n'avait pas été aussi agréable à regarder, Jim lui aurait sûrement opposé un refus immédiat. Sa noyade n'était pas un souvenir qu'il lui plaisait de remuer. Axelle ne lui en parlait heureusement jamais.
— Pourquoi pas, mais dans quel but ?
— C'est pour un article de fond sur les rapports entre les gens secourus et leurs sauveteurs. Je ne vous cacherai que c'est un travail qui sera noté par mon école, mais c'est moi qui en ait choisi le sujet.
— Dans ce cas, vous aurez sûrement aussi envie d'interroger la jeune femme ici présente.
Cain Landy, puisque c'était son nom, eut un curieux sourire.
Axelle intervint :
— Je ne veux pas, moi ! Les journalistes déforment toujours les propos !
Ce n'était pas faux et Jim se sentit soudain réticent à se prêter au jeu des questions, même si elles lui étaient posées par un jeune homme d'une beauté confondante.
— Vous me rendriez vraiment service. Nous pourrions faire ça dans un café dans les jours qui viennent, déclara Cain Landy.
— Arrêtez de nous embêter ! s'emporta Axelle sans raison.
Cain l'ignora et tendit une carte de visite à Jim.
— N'hésitez pas à m'appeler pour que nous fixions cela.
Jim acquiesça en l'empochant, appréciant que le jeune homme lui laisse le temps de la réflexion. Cain les salua et partit.
Axelle se mit aussitôt à pester contre lui :
— C'est un ami d'Ariel. Son arrogance est déplaisante. On croirait qu'il se prend pour la huitième merveille du monde !
Le jugement parut bien sévère à Jim.
— Tu devrais déchirer sa carte, continua-t-elle.
— Je la garde pour le moment.
— C'est idiot ! s'insurgea-t-elle, argumentant pour tenter de le dissuader de donner suite.
Sa véhémence à ce qu'il ne contacte surtout pas Cain Landy intrigua Jim.
Comme elle insistait, Jim, sans lui promettre qu'il n'irait pas, il lui laissa entendre qu'il y avait peu de chance qu'il le fasse afin qu'elle le laisse tranquille. Au fond de lui, il était pourtant décidé à accepter.

Il téléphona à Cain dès le lendemain et d'un commun accord, ils décidèrent de se retrouver le matin même.
C'est Cain qui choisit le lieu : un minuscule café défraîchi dans lequel Jim ne serait jamais entré s'il n'y avait pas été invité.
Quand Jim arriva, le beau jeune homme était déjà installé à une petite table carrée en contreplaqué, une tasse fumante devant lui.
Jim se commanda également un café et alla s'installer en face de lui. Le côté hypnotique des yeux vert pâle du jeune homme le frappa.
— Merci d'être venu, déclara Cain.
— Je vous en prie. Maintenant, je ne suis pas sûr de vous être utile. J'étais inconscient quand j'ai été récupéré et même l'identité de ma sauveteuse m'était inconnue jusqu'à ce que j'aille me renseigner.
— Sauveur, vous voulez dire.
— Non, c'est la jeune femme qui était avec moi, hier, qui m'a porté secours.
— Certainement pas, c'était Ariel.