mercredi 7 janvier 2015

Au Zoo Interplanétaire - 85

Quelques jours après qu'il eut donné son accord, Zyxxx l'accompagna chez Makkk qui n'habitait pas très loin de leur logis dans une tour semblable à celle de Zyxxx si ce n'est qu'elle comportait deux étages supplémentaires.
Zyxxx fit les présentations. Merwan serra un tentacule de Makkk, de son épouse Sylll et de leurs enfants qui étaient comme des modèles réduits de leur père avec toutefois un nombre plus modeste de tentacules.
Zyxxx ne resta pas, Makkk non plus, tous deux étant attendus à leur travail. Sylll demeura en revanche, posant d'indiscrètes questions sur sa vie au zoo et sur sa planète tandis que les enfants patientaient, sans mouvoir l'ombre d'un tentacule, sages comme des images. Elle finit par aborder ses expériences avec les enfants et Merwan se montra honnête : il avait fait du baby-sitting pour financer ses études de cinéma, mais il ne considérait pas que cela le qualifiait pour autant pour veiller sur deux petits Tappelniens. Malgré sa modestie et son manque total d'assurance, Sylll parut satisfaite car elle déclara qu'elle allait s'absenter pour une course et qu'elle serait bientôt de retour.
Merwan se retrouva seul face à Jannn et Pirrr, les deux enfants âgés respectivement de quatre et six révolutions. Sitôt leur mère partie, leurs petites tentacules entrèrent en action, s'accrochèrent aux jambes de Merwan et le renversèrent en le tirant en avant.
Merwan n'eut que le temps de pousser un cri avant d'entrer brutalement en contact avec le sol carrelé.
Il en eut le souffle coupé. Il n'était pas à la hauteur, comprit-il avec amertume.
— Il est mort, tu crois ? demanda Jannn.
— Ça n'a jamais tué personne de tomber, répliqua Pirrrr.
— Mais il n'est pas comme nous, argua Jannn.
— Et c'est dangereux de traiter les étrangers comme ça, je pourrais avoir des capacités que vous ne soupçonnez pas, intervint Merwan qui ne voulait pas s'avouer vaincu, même si sa posture avait le goût de la défaite.
— T'es juste une créature bizarre, protesta Jannn.
— On peut te maintenir ainsi toute la journée si on veut, se vanta Pirrr.
— Dommage parce que je connais plein d'histoires, déclara Merwan en relevant la tête
Une petite tentacule la lui rabattit impitoyablement sur le sol.
— « Sale gosse ! » s'écria Merwan.
A cette exclamation dans une langue qui leur était inconnue, les deux petits monstres se figèrent.
Merwan reprit :
— « Votre éducation laisse à désirer et une bonne fessée serait adaptée si vous aviez un derrière à botter ! »
— Qu'est-ce que tu dis ? demanda  Jannn.
— C'est râlant de ne pas comprendre ? Être plaqué de force à terre aussi, répondit Merwan.
— Moi, je veux maman, annonça Jannn.
— Si ce n'est pas moi, c'est quelqu'un d'autre qui viendra vous surveiller...
— C'est quoi tes histoires ? coupa Pirrr.
Merwan ne se fatigua pas à négocier sa libération et entreprit de raconter le Petit chaperon rouge, adaptant librement le conte pour le traduire en Tappelnien.

mardi 6 janvier 2015

Au Zoo Interplanétaire - 84

Dans un bar, appuyés à un comptoir rafraîchissant, devant un cocktail multicolore aux milles saveurs, Zyxxx raconta à Makkk  à voix basse - pour que les autres clients n'en profitent pas - la désastreuse rencontre entre son frère, ses parents et Merwan, puis exposa ses craintes.
— Tu as raison de t'en faire. Si c'était un de mes fils, heureusement encore trop jeunes pour me faire un coup pareil, ma tentation première sera assurément de le faire rompre. En même temps, j'hésiterai aussi, ce qui te donne le temps d'arranger les choses.
— Comment ?
— Déjà, tu devrais aller leur rendre visite sans lui et mentionner ton bonheur sans forcément insister sur celui à qui tu le dois. Après quoi, le mieux serait d'organiser une seconde rencontre en terrain neutre.
— Chez toi, par exemple ?
— Exactement. Je ne cache rien à ma Sylll et elle est curieuse de faire connaissance avec celui qui t'a conquis.
— Merci.
— Autrement, pour l'autre point qui te met les tentacules en vrac, tu ne crois pas que le souci, c'est que tu gardes Merwannn enfermé ? Ça doit lui peser de vivre à tes crochets.
— Il arrive à s'occuper, mais il est vrai que c'est gênant qu'il soit aussi isolé. Cependant, son statut est particulier, comme tu le sais...
— Il ne peut ni avoir sa propre tablette ni se promener librement.
— Hélas, oui.
— J'ai peut-être une solution pour toi. Sylll peine avec Jannn et Pirrr et nous cherchons quelqu'un pour les garder et la soulager. Ton Merwannn ferait peut-être l'affaire. D'ailleurs, vis-à-vis de tes parents, ce serait sans doute mieux qu'il ait en quelque sorte un emploi.
— C'est une excellente suggestion. Je lui en parlerai. En tout les cas, je te remercie et ne sais comment te repayer.
— Commence par m'offrir ma consommation, suggéra Makkk en passant une nouvelle commande.
                                                       *
Depuis la visite du frère, du père et de la mère, Merwan n'était pas dans son assiette. Il s'était remis à faire des cauchemars où il était de retour au zoo à la merci de Tom. Il peinait à continuer à apprendre la langue utilisée par l'alliance galactique et à approfondir sa culture des aliens à tentacules. Même les films Tappelniens ne le distrayaient plus autant qu'avant.
Quand Zyxxx lui rapporta l'offre de Makkk, il faillit refuser immédiatement. Il se voyait mal garder deux petits extraterrestres. Cependant, comme il ne voulait pas se laisser guider par ses peurs et qu'aider un ami de Zyxxx, c'était indirectement rendre service à son Tappelnien bien-aimé, il se montra ouvert à un essai.

lundi 5 janvier 2015

Au Zoo Interplanétaire - 83

BONNE ANNÉE 2015 - Qu'elle soit pleine d'amour sous toutes ses formes !
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Le lendemain matin, Zyxxx traîna.
— Tu ne vas pas être en retard ? demanda Merwan d'un ton soucieux.
— Non, non.
C'était faux, mais Zyxxx ne voulait pas le laisser seul. Il craignait d'une part qu'à cause de ses parents, on vienne lui enlever Merwan en son absence et d'autre part que celui-ci soit triste et que ce curieux liquide transparent s'échappe de lui.
— D'habitude, tu n'as pas autant de temps, alors, à moins que nous ne nous soyons réveillés plus tôt...
— J'y vais, mais je reviens vite, d'accord ?
— Tu ne peux pas avec ton travail. File donc, je ne bouge pas d'ici.
Zyxxx l'attrapa avec pas moins de dix tentacules et le serra étroitement. Il aurait aimé qu'il soit possible de le garder ainsi contre lui pour toujours.
Merwan reprit d'une voix faible :
— Quand j'ai dit que je préférais rentrer que rester avec toi... c'est parce que j'ai peur que tu aies des ennuis à cause de moi.
— Je ne tiens pas à avoir une vie lisse et tranquille, autrement je n'aurais pas quitté ma planète pour travailler au zoo interplanétaire. Alors, si tu souhaites mon bonheur, ne me sors plus des bêtises pareilles.
— Et toi, ne t'attires pas des problèmes pour moi.
— A ce soir, répondit Zyxxx en relâchant à regret le corps si doux de Merwan.

Son retard ne passa pas inaperçu, mais comme il n'était pas coutumier du fait, des excuses suffirent. Il dut toutefois prendre un client supplémentaire sans protester et ne put rentrer tôt.
Avec soulagement, il retrouva Merwan au logis, absorbé par le visionnage d'un film romantique. Merwan voulut éteindre l'écran plafonnier, mais Zyxxx l'en empêcha.
— Regardons-le ensemble jusqu'au bout, suggéra-t-il en se plaçant derrière Merwan, l'entourant de ses tentacules.
Il sentait que quelque chose était cassé depuis la visite de ses parents, mais savait d'autant moins le réparer qu'il ne pouvait lui-même se défaire d'une certaine inquiétude.
Tandis que les acteurs Tappelniens se disputaient les faveurs de l'héroïne, Zyxxx décida de prendre conseil auprès de son ami Makkk. Ce dernier était celui qui s'était le plus réjoui qu'il forme un nœud en dépit de l'étrangeté de son partenaire.
Dès la fin du film, par le biais de la tablette, il lui envoya un message pour fixer un rendez-vous avec lui.
Quand il reçut une réponse en fin de soirée, il prévint Merwan qu'il reviendrait tard le surlendemain sans lui préciser pourquoi. Merwan toutefois ne lui demanda rien, apparemment résolu à lui simplifier la vie en se mettant en retrait, au détriment peut-être de son propre bien-être, ce qui ne plaisait guère à Zyxxx.