jeudi 12 juin 2014

Au Zoo Interplanétaire - 9

— Bonjour, dit Merwan.
Elle posa sur lui de grands yeux de biches effrayées et hurla : réaction normale d'une femme voyant un homme qu'elle ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam dans le plus simple appareil. Merwan s'était pourtant accroupi autant pour ménager sa pudeur que celle de sa compagne d'infortune.
— Je ne vous veux aucun mal. J'ai moi aussi été enlevé, expliqua Merwan.
La jeune femme se rendit compte qu'elle était nue et cria des choses dans une langue étrangère à Merwan en se couvrant les seins tandis qu'une foule d'extraterrestres s'agglutinait autour de leur cage. Le nouveau spécimen devait exciter leur curiosité. La femme remarqua alors les créatures et sa panique augmenta.
Merwan essaya de communiquer avec elle en utilisant tour à tour toutes les langues qu'il avait apprises en plus de sa maternelle. Mais elle secouait la tête, ne comprenant visiblement pas un traitre mot, et était de plus en plus en détresse. Finalement, elle se recroquevilla sur elle-même.
Merwan se tapota le torse et répéta son prénom à plusieurs reprises. Au bout d'un moment, elle parut comprendre et d'une petite voix, souffla :
— Anouchka.
Une russe sans doute. Merwan lui adressa un sourire qu'elle ne lui rendit pas. Elle pointa un doigt inquisiteur vers les créatures.
— Des aliens, à priori. Nous sommes dans un zoo, je crois.
Elle répondit quelque chose que Merwan ne saisit pas. Ils étaient bons pour un dialogue de sourds. C'était dur d'être enfin avec un autre être humain et de ne pas pouvoir échanger, et en même temps, rien que sa présence avait quelque chose de réconfortant. C'était un point de repère.  Évidemment, quand il aurait besoin de se soulager, ce serait plus humiliant, mais de toute façon les choses étaient ce qu'elles étaient.
Ce serait peut-être l'occasion d'apprendre le russe quand Anouchka serait en état. La réalité qui était devenue la leur – ciel bicolore, air saturé, enfermement et monstrueuses créatures – était difficile à intégrer.
Dans la journée, « Huit » jeta deux bouteilles dans leur cage. Merwan les ramassa et en tendit une à Anouchka qui ne la prit pas. Merwan but la sienne en grimaçant. Il ne s'habituerait sans doute jamais au goût, mais au moins il le digérait bien.
La jeune femme finit par porter le goulot à sa bouche et recracha aussitôt avant de marmonner quelques mots que Merwan traduisit librement par « c'est infect !»
Anouchka le considérait avec méfiance, comme s'il avait été un ennemi. Son attitude changea cependant au tout au tout quand « Pieuvre » débarqua sur sa plateforme et tendit ses tentacules vers elle et son regard envers Merwan se fit suppliant.
A cause de cela, même en sachant que c'était en pure perte, qu'il ne faisait pas le poids, Merwan s'interposa. Comme de juste, deux tentacules s'enroulèrent autour de sa taille, le soulevèrent et le reposèrent plus loin tandis que deux autres s'emparaient de la pauvre Anouchka terrifiée et hurlante. Pieuvre la bâillonna aussitôt et l'embarqua.
Merwan furieux de son impuissance frappa violemment le sol avec son pied, mais tout ce qu'il gagna fut de se faire mal.

mercredi 11 juin 2014

Le garçon fée - 207

– Laisse-moi t'examiner, déclara Relhnad en s'approchant.
Zibulinion eut un mouvement instinctif de recul. Il refit aussitôt un pas en avant, mais s'en voulut tout de même. Il était impossible de lire sur les traits du zombie si Relhnad en avait été peiné ou non.
– Embrassons-nous d'abord, suggéra-t-il précipitamment, désireux de réparer les choses.
– Inutile de demander la permission... ou de te forcer si je te parais désormais répugnant.
Relhnad n'allait pas faire le premier pas, comprit Zibulinion. Quelque chose dans le ton de sa voix laissait supposer qu'il avait été blessé.
Zibulinion, surmontant la peur mêlée de dégoût que lui inspirait le zombie à la peau déchiquetée, se mit sur la pointe des pieds et ses lèvres frémissantes entrèrent en contact avec la bouche tordue qui se révéla aussi douce qu'à l'accoutumée. Relhnad sentait toujours la pomme et la cannelle et avait toujours un goût vanillé. Les paupières de Zibulinion se clore et il prolongea le baiser auquel Relhnad répondit avec fougue.
Quand leurs lèvres se détachèrent, Zibulinion se retrouva nez à nez avec l'hideux visage, mais se força à soutenir le regard vide du zombie.
Relhnad au bout d'un moment à le fixer pesta :
– Quelle sorcière ! C'est un sort punitif sur ta vision protégé par un sceau qui lui signalera toute altération ou tentative pour le défaire, ce qui lui permettra de le relancer.
– Il n'existe aucun moyen de contourner ce genre de choses ?
– Non, pas que je sache, et j'en connais un rayon en sort.
Zibulinion eut de suite l'idée d'en inventer un, mais rien ne lui vint spontanément à l'esprit. Il garda ça pour lui parce qu'il ne voulait pas que Relhnad le croit désespéré de revoir son extraordinaire beauté.
– Ce n'est pas grave. Les choses peuvent rester comme ça, assura-t-il.
– Certes, mais je suis curieux. A quoi est-ce que je ressemble pour toi désormais ?
En même temps qu'il posait la question, Relhnad agita sa baguette et un miroir ovale bordé d'argent surgit du néant. Soudain, pour Zibulinion, il n'y eut plus un, mais deux zombies.
Relhnad contempla son reflet.
– A ce stade, ce n'est plus de la laideur, mais une franche horreur, commenta-t-il. C'est courageux de ta part de te résigner à ce que j'ai une telle apparence juste pour toi.
– L'amour rend aveugle, c'est bien connu, répondit Zibulinion avec un sourire, heureux du compliment.
Relhnad rit. Un son cristallin et enchanteur.
Au final, malgré ses aspects négatifs, la punition de la directrice ne faisait que davantage les rapprocher.

mardi 10 juin 2014

Au Zoo Interplanétaire - 8

En essayant de faire abstraction des visiteurs extraterrestres aux apparences aussi diverses étranges qui se promenaient dans les allées, Merwan refit le tour de sa prison et testa la solidité de chaque barreau. Il remarqua que quand il gardait trop longtemps les mains dessus, le matériau lui chauffaient désagréablement les paumes. Il tenta quand même de grimper, mais essuya un échec cuisant car la plante de ses pieds glissaient contre les longues et lisses tiges noires.
Il tâta le sol partout qui se révéla être uniformément rugueux et increusable. Le tapis était indéchirable tandis que la bouteille était en train de se désagréger. Rien en gros ne pouvait l'aider à fabriquer quoique ce soit pour s'échapper. N'est pas Mc Guyver qui veut. Il ne semblait rester que l'option de prendre le dessus sur un des extraterrestres à plateforme. Le problème, c'est que «Huit » ne descendait pas jusqu'à lui et demeurait hors de portée tandis que « Pieuvre » avait de longs et multiples bras. Mais sûrement, il devait avoir un point faible... Un coup à la tête peut-être ? Merwan ne s'était jamais bagarré sérieusement avec personne de sa vie. Il n'avait jamais été favorable à la violence. Il portait bien son nom et était du genre bienveillant. En cas de conflit, il argumentait avec des mots et non avec ses poings. Mais comment faire avec des individus qui ne vous comprennent pas et vous considère comme bête ? Il restait à tenter de communiquer par gestes ou à apprendre la langue d'un des extraterrestres, en commençant par « Pieuvre »
Dès la fermeture du zoo, il se mit à attendre la venue de l'alien à tentacule, mais seul « Huit » vint lui lancer une nouvelle bouteille. Merwan finit par se coucher sur le tapis en chien de fusil, regrettant de ne pas avoir une couverture à se mettre dessus.
Des bruits inconnus le tirèrent de son sommeil. Un engin noir et ronronnant, en forme de bulle flottait juste au-dessus de sa cage. Il déversa un rayon éblouissant à quelques pas de Merwan pendant une minute ou deux avant de s'élever dans les airs et de disparaître dans le ciel psychédélique.
A l'endroit qui avait été touché par le rayon, était allongée une femme nue à la peau blanche et aux cheveux bruns. Elle respirait doucement, les traits détendus, ne sachant pas encore ce qui lui était arrivé. Malgré son envie de parler à quelqu'un, Merwan ne la réveilla pas. Elle découvrirait bien assez tôt leur triste situation.
Ce fut la bruyante ouverture du zoo qui tira la belle endormie de sa bienheureuse inconscience.