jeudi 3 avril 2014

Le garçon fée - 182

C'est finalement au pied d'une statue représentant un garçon jouant de la flûte que Relhnad décida de faire de la magie. Il se mit en face de Zibulibion et colla son front contre celui de l'adolescent qui vira aussitôt à l'écarlate. La magie de son professeur était toujours très tactile et cela l'embarrassait tout en lui plaisant.
Soudain, des pensées qui n'étaient pas les siennes entrèrent en lui. D'abord mélange nébuleux de mots et d'images, l'ensemble prit peu à peu sens :
Je me fais du souci pour lui. Je sens que quelque chose ne va pas. Ah... C'est extrême comme méthode. Trop intime. Bon, pas plus que le contenu de mes rêves... Tout de même, à côté, être nu, ce n'est rien. Suffit, ce n'est pas comme ça que je vais le persuader d'essayer. Je voudrais qu'il me confie ce qui le tracasse... C'est peut-être à cause de la directrice et de son histoire d'illusion. Je ne sais pas pourquoi elle fait ça. Je devrais intervenir. Non, le mieux est de tenter de se renseigner en douce. Dans quoi est-ce que je m'embarque, moi ? Sa puissance magique est remarquable, bien supérieure à la mienne. Il est extraordinaire... Il est trop craquant à rougir comme ça. A être si près de lui, je meurs d'envie de l'embrasser, de le...
Relhnad s'écarta soudainement et le flot de pensées étrangères s'interrompit, laissant un grand vide dans l'esprit de Zibulinion, mais enfin, il était rassuré quant à l'amour que lui portait Relhnad.
– Merci, souffla l'adolescent, le cœur débordant de joie.
– A défaut de savoir pourquoi tu étais triste, je t'aurais rendu le sourire.
– En fait... C'était vis-à-vis de vous, de nous. Je ne pouvais me défaire de l'impression que c'était irréel, que cela ne pouvait être qu'un rêve de ma part.
– Je t'aime Zibu, mais garder le secret à ce sujet est obligatoire. Rien que notre différence d'âge gênerait, même si nous n'étions pas de surcroît professeur et élève de même sexe.
C'était là une opportunité en or d'avouer qu'il avait parlé à Waltharan et Zibulinion la saisit courageusement.
Relhnad poussa un long soupir.
– Ton ami fée des plantes... Cela ne me plaît pas que quelqu'un soit au courant, mais je comprends que tu aies eu besoin d'une oreille attentive.
Zibulinion baissa la tête. Il avait déçu son professeur.
Relhnad lui releva le menton d'un doigt.
– Je ne t'en veux pas, d'accord ?
– Mais...
– Rien du tout. Ce que je ressens à ton égard n'est pas une petite chose fragile prête à se briser à la moindre contrariété.
Zibulinion aurait voulu en être certain. Sa discussion avec Waltharan sur le côté changeant des sentiments était encore fraîche dans sa mémoire.
Relhnad reprit :
– Nul n'est parfait et certainement pas moi. Le plus important, c'est d'être en accord avec soi-même... Veux-tu partager tes pensées avec moi ?
Zibulinion secoua la tête avec lenteur. Il aurait voulu que le temps s'arrête sur cet instant parfait où leur amour était mutuel.
Un jour, il faudrait qu'il révèle à Relhnad son expérience avec la sorcellerie, peut-être qu'il réagirait bien comme Waltharan, mais pas maintenant. Sa peur de lui déplaire restait ancrée en lui.
Le professeur de sorts n'insista pas et parla magie, donnant quelques pistes à Zibulinion pour l'aider à ne pas s'épuiser en maintenant son illusion jour après jour.
Après quoi, il ne tarda pas à prendre congé, lui serrant simplement l'épaule en guise d'au revoir.
Zibulinion regagna à pas lents l'appartement familial, se remémorant le moment où ce que pensait Relhnad lui avait été accessible et le  « je t'aime Zibu » qu'il avait prononcé de sa voix enchanteresse.
Avec ça, il se sentait capable d'affronter ce qui l'attendait à Valeiage.

mercredi 2 avril 2014

Le garçon fée - 181

L'unique semaine de vacances de Zibulinion touchait à sa fin.
Il se repeigna dix fois et quitta l'appartement largement avant l'heure de son rendez-vous avec Relhnad. Il ne savait pas quelle illusion du professeur de sorts il allait trouver au pied de chez lui et il était impatient et anxieux à la fois de le voir.
Il attendit longtemps sur le bord du trottoir avant que Relhnad n'arrive sous son illusion masculine, proche de son apparence d'origine.
Zibulinion en fut content. Dalynaida cachait plus Relhnad. Là, au moins, sa voix restait la même.
– Bonjour. Je ne suis pas en retard ?
– Non.
– As-tu pu profiter de tes quelques jours de liberté ?
– Pas vraiment, l'ambiance est bizarre chez moi...
Elle l'était d'ailleurs aussi entre Relhnad et lui. Il y avait comme cette barrière entre eux, et ils se connaissaient si peu au fond... Mais il l'aimait.
– Y-a-t-il un square ou un parc dans le coin ? Ce sera plus agréable de discuter en se promenant.
Zibulinion hocha la tête et commença à avancer. Comme le silence s'installait entre eux, il s'inquiéta que Relhnad le trouve ennuyeux et sauta sur le premier sujet de conversation qui lui vint à l'esprit :
– Vous avez prévu quoi pour vos vacances, vous ?
– Je vais aider une amie fée des rêves qui a quelques cas difficiles parmi ses patients. Je compte également m'offrir quelques grasses matinées à bouquiner et me balader en forêt.
Une amie, des lectures, des promenades... Allait-il seulement lui accorder une pensée ?
– Qu'est-ce qui te rend si triste, Zibu ?
Le diminutif prit l'adolescent au dépourvu. Il rougit et bafouilla une suite de mots sans sens.
– Je conçois que ce qui est à venir te pèse, mais l'instant présent n'a-t-il aucune grâce à tes yeux ?
– Si... Mais...
Comment exprimer ses peurs et ses doutes ? Avouer qu'il s'était confié à son ami Waltharan, sa crainte de ne pas être aimé, son expérience de la sorcellerie... Il ne voulait perdre l'amour de Relhnad à aucun prix alors même qu'il n'arrivait pas à y croire.
– Sauf si tu m'autorises à user de magie, je ne vais pas pouvoir deviner.
– Quel sort utiliseriez-vous ? demanda Zibulinion, autant par curiosité que pour retarder le moment de révéler ce qui le tracassait.
– Il y a celui pour lire dans les pensées d'autrui ou bien celui pour ressentir les mêmes sentiments et sensations.
Ils entrèrent dans le square où il n'y avait presque personne. C'était dimanche, mais le ciel était gris et le temps encore bien froid en ce dernier mois d'hiver.
Relhnad reprit :
– Si tu préfères, je peux faire en sorte que ce soit toi qui ait accès à mes pensées.
Que Relhnad lise en lui gênait Zibulinion. C'était par trop compromettant, l'inverse était en revanche tentant.
– Vous feriez ça ?
– Oui, du moment que nous trouvons un coin à l'abri des regards.

mardi 1 avril 2014

Le garçon fée - 180

– Je suis content que tu m'aies confié tout cela et en tant qu'ami, laisse-moi te rassurer, tu mérites d'être aimé, déclara Waltharan.
– Vraiment ?
Même en sachant que l'apparence n'était pas ce qui comptait le plus, Zibulinion ne pouvait s'empêcher de douter. Sa propre mère avait toujours eu honte de lui à cause de cela, Tania aussi, et Waltharan lui-même avait renoncé à ses sentiments pour lui en découvrant que Noinilubiza n'était pas une jolie fille au cou de cygne, mais un garçon tout rond.
– Oui. Tu n'es pas séduisant, mais tu es gentil et brillant. A dire vrai que le professeur de sorts t'aime, indépendamment du côté bizarre de la chose, c'est excellent ! Une belle punition pour toutes ces filles qui lui bavent dessus ! Si elles savaient...
– C'est un secret ! De toute façon, il dit qu'il m'aime, mais il garde ses distances. Il m'a juste donné quelques cours de magie entre quatre yeux.
– Motus et bouche cousue de mon côté, ne t'inquiète pas. Rien que d'y penser, ça m'amuse.  Quand à ta relation avec Relhnad, ça semble sage de sa part que vous ne dépassiez pas certaines limites. Il pourrait perdre son poste. Si tu es frustré, tu n'as qu'à t'adresser à Neyenje.
– Je n'en ai aucune envie. Faire ça à l'école, sous une illusion, en aimant quelqu'un d'autre, c'était inconfortable.
– Sous une illusion... Noinilubiza... ?!
Waltharan avait crié et un promeneur sur le trottoir d'en face les regarda.
Le fée des plantes, l'air sombre, repartit soudain d'un pas rapide si bien que Zibulinion dut courir pour le rattraper.
Zibulinion ne comprenait pas : il y avait un côté absurde à ce que Waltharan se moque qu'il ait pu coucher avec Neyenje dont la bisexualité ne le choquait pas le moins du monde, mais se mette en colère en apprenant qu'il s'agissait d' « elle » alors que de toute façon, Noinilubiza, c'était lui.
Avant qu'il ne prononce un mot, Waltharan lui lança :
– Je sais. Je ne devrais pas m'énerver, ce n'est pas rationnel. Mais Noinilubiza, c'était ma fille pure et parfaite à moi, pas une des ces stupides chasseuses de garçons !
– D'un côté, tu idéalises, de l'autre tu noircis le tableau... Dans toutes les filles qui recherchent ta compagnie, il y en a sûrement des sincères.
Zibulinion espérait du fond cœur que Waltharan en trouverait une et qu'il oublierait « Noinilubiza » dont l'ombre laissait un malaise entre eux.
– N'importe quel garçon leur conviendrait.
– En es-tu certain ?
– Prends la copine de Folebiol. Elle n'avait d'yeux que pour le professeur de sorts. Folebiol se déclare et tac, elle sort avec.
– Les gens ont le droit de changer de sentiments.
N'était-ce pas le cas de Waltharan lui-même avec Noinilubiza ?
– C'est vrai, c'est naturel, mais c'est triste.
Ils marchèrent encore longtemps dans les rues, bavardant de tout et rien jusqu'à qu'il soit tard. Waltharan souhaita alors courage et chance à Zibulinion et lui promit qu'il se montrerait aimable avec une certaine Aurobika à la rentrée.