mercredi 4 décembre 2013

Le garçon fée - 117

Même si cela ne se faisait pas de débarquer sans prévenir, Zibulinion espérait que Folebiol l'accueillerait. Il l'aimait toujours. Changer ses sentiments n'était hélas pas une affaire de volonté, autrement il aurait cessé pour ne plus avoir à souffrir quand il l'apercevait en train de roucouler avec Lavicielle et pour qu'il ne lui manque plus quand il ne le voyait pas.
C'est la mère de Folebiol qui lui ouvrit le portail. A son embarras, Zibulinion devina qu'elle était au courant de toute l'affaire.
– Je regrette, mais Folebiol est absent, il est en ville avec Lavicielle.
Vrai ou faux ? Le résultat était identique : il n'allait pas pouvoir discuter avec lui. Zibulinion ravala sa déception et s'excusa d'être passé à l'improviste.
– Mais non, ce n'est pas grave. Zurmmiel est là. Tu veux le voir ?
– Je ne sais pas... Je crois qu'il est fâché contre moi.
– Il était surtout choqué de tes sentiments pour son grand frère. Je me suis efforcée de lui expliquer que cela arrivait, que ce n'était la faute de personne.
Zibulinion avait tellement entendu de fois dire que son amour pour un autre garçon fée était ignoble qu'il fut surpris que la mère de Folebiol se montre compréhensive.
Hésitant sur la conduite à tenir, il murmura qu'il était désolé. La mère de Folebiol l'attira alors dans le jardin, expliquant qu'elle était occupée à l'arroser quand il avait sonné. Elle lui fit la conversation jusqu'à la maison, rapportant que son mari était chez la doctoresse avec la petite dernière dont les ailes grandissaient, la faisant souffrir.
Une fois qu'elle l'eut introduit à l'intérieur, elle précisa que Zurmmiel jouait à l'étage, dans sa chambre, et retourna à son jardinage.
Zibulinion monta les escaliers lentement, appréhendant la réaction du garçonnet quand il le verrait. Il toqua à la porte et cette dernière s'ouvrit sur Zurmmiel.
– Zibulinion ! s'exclama-t-il.
– Ta mère m'a invité à entrer.
– Folebiol est sorti, riposta Zurmmiel, sur la défensive.
– Je sais, mais elle a pensé que nous pourrions passer un moment ensemble, toi et moi.
– Je n'ai rien à te dire, grommela Zurmmiel.
– C'est dommage parce que moi, j'aimais bien bavarder avec toi.
Zurmmiel fit une drôle de moue.
– Pourquoi t'es tombé amoureux de mon frère aussi ? Moi, je comprends pas. Avec une fille ou un garçon, je trouve que les baisers, c'est beurk !
Le dégoût enfantin de Zurmmiel amusa Zibulinion car il était dépourvu de méchanceté.
– Cela ne change rien à ce que je suis.
– Ça  fait bizarre quand même.
– Pardon.
Zurmmiel hocha la tête et demanda à Zibulinion où il en était avec sa plante, son œuf et sa pièce. Le brusque changement de sujet dérouta l'adolescent, mais il finit par répondre que la directrice les lui avaient pris.
– Il avait grossi ton œuf ?
Il avait même éclos et un oiseau au plumage arc-en-ciel en était sorti, mais ça Zibulinion n'était pas sûr d'avoir le droit de le révéler...
– Pourquoi ? Il y a un souci avec le tien ?
– Je m'en occupe et tout, mais rien. Ma pièce, je l'ai rangé dans un tiroir, alors c'est normal. Mais mon pot que j'avais mis au placard et à qui je ne donne pas d'eau, eh bien, il y a une petite pousse verte dedans.
– Il y a de grandes chances que tu sois un fée des plantes.
– Je ne veux pas, moi ! J'adore les animaux. Et puis maman, papa et Folebiol, ils sont des bois !
– Allez, rien n'est encore joué. Ce n'est pas pour rien que la spécialité se décide seulement en 5ème année.
– Tu as appris ça dans un bouquin ?
– Ça  et bien d'autres choses.
– On fait un jeu de société ?
L'adolescent acquiesça. Rien n'était vraiment résolu, mais cela lui faisait plaisir que Zurmmiel se comporte avec lui presque comme avant.
Le petit garçon récupéra dans son coffre une boîte en bois sur laquelle était gravée « A cloche-fée » et commença à exposer les règles du jeu.
Ils en étaient à leur troisième partie et Zibulinion s'amusait de bon cœur, quand la porte de la chambre du garçonnet s'ouvrit.
– Nous avons ramené des choux à la crème de « Rêve de baguettes » ! annonça Folebiol, brandissant d'une main en sac en papier, tenant de l'autre Lavicielle.

mardi 3 décembre 2013

Le garçon fée - 116

– Tu es le fils d'Alysielle, n'est-ce pas ? Zibulinion, c'est ça ?
L'adolescent acquiesça, soulagé que son père lui facilite les choses.
– Il est lui est arrivé quelque chose ?
– Non... Je... C'est à propos de mon père...
Le visage soudain tendu, l'homme blond répliqua :
– N'est-ce pas plutôt à ta mère que tu devrais t'adresser ?
– Elle ne veut rien me dire sur lui.
– Je ne sais pas ce qu'elle t'a raconté, mais la raison de notre séparation, c'est qu'elle m'a trompé avec ce type.
Zibulinion n'avait jamais entendu cette version de l'histoire et assurément, l'homme qui lui faisait face ne lui ressemblait en rien. Physiquement, il n'avait en effet rien à envier aux fées si ce n'est les ailes. Ce qui collait, c'est qu'il ne le reconnaissait pas comme son fils. De toute façon, Alysielle lui avait donné cette adresse comme étant celle de son père... Même si elle n'était pas à un mensonge près, comme le prouvait l'affaire des anniversaires où elle lui avait soutenu que c'était une coutume humaine alors même c'était aussi répandu chez les fées, Zibulinion était quasiment certain qu'elle l'avait envoyé au bon endroit.
– Je suis désolé de vous déranger.
– Non, c'est bon. Je regrette de ne pas pouvoir t'aider.
L'homme blond basané était gentil. Il était convaincu que Zibulinion était le fils de l'amant de son ex-femme, mais il avait pris la peine de le recevoir, quand bien l'adolescent représentait l'échec de son précédent mariage. Zibulinion savait qu'il aurait dû prendre congé, mais ne pouvait s'y résoudre, désireux de profiter encore un moment de la compagnie de cet homme qui avait de grandes chances d'être son père.
– Alysielle se porte bien ? reprit l'homme blond.
– A merveille...
– Je peux te demander comment cela se fait que tu viennes m'interroger aujourd'hui ?
En apprendre plus sur son père était une chose qui travaillait Zibulinion depuis longtemps déjà, c'était redevenu plus important quand il avait compris que sa mère ne serait jamais fière de lui.
– J'ai toujours eu envie de savoir... et je me suis disputé avec ma mère.
– Alysielle n'a jamais été commode. Elle n'aime pas quand les gens n'agissent pas selon ses désirs.
Bavarder avec son père dans le salon de ce dernier tandis que non loin jouait sa fille et sa nouvelle femme était vraiment étrange, magique en un sens, même si nulle fée n'avait usé de ses pouvoirs.
L'homme blond continua :
– J'espère que tu vas vite te réconcilier avec elle. Si tu as besoin de te confier, je suis prêt à t'écouter.
Un instant Zibulinion, mis en confiance par la gentillesse de son père, fut tenté de révéler qu'il était gay et que c'était la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase pour Alysielle qui ne supportait déjà pas sa rondeur et ses yeux de chouette, mais il n'osa finalement pas.
– Merci, mais je ne veux pas vous importuner plus longtemps.
– Il n'y a pas de mal. Tu peux repasser à l'occasion. Je vais essayer de me souvenir, peut-être que je repenserai à quelque chose qui pourrait t'aider dans tes recherches...
En disant ces mots, le hâle de l'homme pâlit et il se pencha en avant, recouvrant son front de ses mains.
– Ça  ne va pas ? s'inquiéta Zibulinion, se levant du fauteuil.
– Une de mes fichues migraines chroniques...
– Je peux faire quelque chose ? Aller chercher votre épouse ?
– Oui, merci.
Zibulinion s'empressa de retrouver la femme grisonnante qui, visiblement habituée, apporta des cachets et un grand verre d'eau à son mari.
Après cela, Zibulinion partit vite, se sentant responsable de la migraine qui s'était abattue sur l'homme qui devait être son père, quand bien même il en avait fréquemment.
Zibulinion, encore sous l'émotion de sa rencontre avec son père n'eut pas envie de rentrer immédiatement. Il continua à marcher dans les rues, d'abord au hasard, puis très vite avec l'intention de se rendre chez Folebiol. Il avait besoin de se confier à quelqu'un au sujet de son père et dans sa lettre Folebiol avait affirmé être toujours son ami...

lundi 2 décembre 2013

Le garçon fée - 115

Pendant deux jours, Zibulinion ne cessa de tourner et retourner le petit carton, le cornant et le pliant, puis il se décida à aller faire un tour à l'adresse qui était inscrite dessus durant le week-end.
Longuement, il hésita entre le samedi et le dimanche, l'heure. Le choix de ses vêtements lui posa également problème, car il souhaitait bien présenter.
Enfin, le samedi, en tout début d'après-midi, vêtu d'un bête sweat-shirt et jeans bleus, il quitta l'appartement sans prévenir personne. Pour être certain de ne pas se perdre, il avait emporté avec lui le plan de la ville.
Plus il approchait de l'endroit où habitait son père, plus sa nervosité augmentait. Il craignait de gêner.
En arrivant à la bonne rue, il s'arrêta un instant avant de la remonter à pas lents jusqu'au numéro indiqué sur le petit carton... 2, 4, 8, 10, 12, 14, 16, 18, 20, 22, 24, 26... C'était ici que son père résidait si sa mère lui avait bien donné la bonne adresse et si son père n'avait pas déménagé entretemps... La barrière en planches peintes en blanc était basse et laissait voir un petit jardin avec un arbrisseau et une balançoire. La maison à la façade crème défraîchie comportait un étage sous un toit de tuiles mangées par la mousse. C'était une habitation comme beaucoup d'autres, mais elle était spéciale aux yeux de Zibulinion : son père y vivait.
L'adolescent dépassa le portillon, avançant jusqu'au pavillon suivant, puis revint sur ses pas et contempla la sonnette - discret bouton blanc sur une plaquette grise métallisée.  Il pointa son doigt dessus, prêt à appuyer, abaissa son bras, s'inquiéta qu'on le voit tourner ainsi tourner autour du pot et se lança.
Un léger bruit retentit preuve que la sonnette fonctionnait et une femme ouvrit la porte. Les cheveux grisonnants, la quarantaine, banale, bien loin des beautés blondes des fées.
– Bonjour. Que puis-je pour vous ?
Zibulinion bafouilla. Son père avait dû se remarier et avait peut-être même eu un enfant. N'avait-il pas vu la balançoire ?!  Et lui, il se pointait sans même connaître le prénom de son père...
– J'aurais besoin de parler à votre époux, réussit à dire l'adolescent.
La femme sembla étonnée.
– Qui êtes-vous ?
Zibulinion ne sut répondre. Son nom n'évoquerait sans doute rien à cette femme et il ne pouvait affirmer qu'il était le fils de son mari. Il n'était même pas sûr à cent pour cent que son père habite bien là et de toute façon, ce dernier ne le reconnaîssait pas comme tel. Il n'allait quand même pas briser un mariage...
– C'est au sujet de l'ex-femme de votre époux, esquiva-t-il.
A ce moment, un homme blond basané et baraqué apparut à son tour dans l'embrasure et parla à mi-voix à la femme grisonnante avant de venir déverrouiller le portillon et d'inviter Zibulinion à discuter au frais, dans le salon.
L'adolescent, la gorge nouée à l'idée que c'était sûrement son père qui se tenait devant lui, hocha la tête. Il le suivit à l'intérieur, s'excusant d'une voix inintelligible de s'imposer ainsi.
Dans l'entrée, une petite fille aux boucles châtains d'à peu près l'âge de Rozélita le regarda, sa poupée serrée dans ses bras potelés. Elle était toute mignonne et l'idée qu'elle était sûrement sa demi-sœur accrut la gêne de Zibulinion. Une fois de plus, il n'avait pas assez réfléchi aux tenants et aux aboutissants avant d'agir.
Le salon était de taille modeste, mais chaleureux avec ses murs jaune pâle, sa moquette orangée et ses fauteuils chocolats aux formes arrondies. Zibulinion s'assit avec raideur sur celui que l'homme blond basané lui indiquait tandis que la femme grisonnante s'éclipsait pour s'occuper de la petite fille.