lundi 7 janvier 2013

A travers les âges - 37

A la nuit tombée, Mog autorisa Ewen à aller se coucher. Le Gaulois aurait autant aimé dormir avec les autres esclaves de la maison, mais une chambre lui avait été attribué, alors il s'y rendit, non sans se demander si Titus ne l'y attendait pas.
Heureusement quand il entra la couche était vide. Soulagé et épuisé, Ewen s'allongea et s'y endormit d'un sommeil profond.

Quand il se réveilla, il se sentit un peu perdu. Il était seul et c'était une chose dont il n'avait plus l'habitude, puisqu'il dormait depuis des années aux côtés de d'autres esclaves. Plutôt que de partir à la recherche de Mog, Ewen décida de faire un tour en cuisine pour voir s'il pouvait toucher un mot à Enola. Cependant, en passant devant la chambre du maître, il entendit Titus pousser des cris terribles. Il entrouvrit aussitôt le rideau qui servait de séparation et vit dans la pénombre, sur le grand lit, le jeune homme aux cheveux fauves aux paupières closes qui se débattait comme aux prises avec quelqu'un. Ewen, sans prendre le temps de peser le pour et le contre, se précipita à ses côtés et le réveilla, en le secouant par les épaules. Avant d'ouvrir les yeux, Titus s'accrocha à lui et gémit « Kuma, Kuma. » Ewen ne bougea pas, attendant que son maître se calme et sorte de son mauvais rêve.
– Vous êtes chez vous, vous êtes en sécurité, répéta-t-il à plusieurs reprises d'une voix rassurante.
Les doigts de Titus qui s'étaient aggripés à lui se déserrèrent lentement.
– Cela faisait longtemps que je n'avais plus fait ce cauchemar. Te retrouver a ravivé mes souvenirs.
Le jeune homme aux cheveux fauves frisonna et reprit :
– Être dévoré vivant, cela ne s'oublie pas aisément.
Ewen ne commenta pas. C'était encore cette histoire de réincarnation. Il voulut s'écarter, mais Titus le retint.
– Reste !
Le Gaulois obéit, tout en se disant qu'il s'était jeté dans la gueule du loup, puisqu'il se retrouvait sur le lit de Titus, presque dans ses bras. Le jeune homme n'avait plus qu'à lui demander de passer sous la couverture... Mais de toute façon, même si cela terminait ainsi, il ne regrettait pas d'avoir agi comme il l'avait fait. Il aurait manqué de coeur en abandonnant Titus alors qu'il était en détresse, prisonnier d'un horrible rêve.
– Tu étais venu me rejoindre dans ma chambre ?
Le ton était plein d'espoir, mais Ewen lui ôta ses illusions et lui expliqua en trois mots ce qui s'était passé.

vendredi 4 janvier 2013

A travers les âges - 36

Titus croqua dans un morceau de pain et reprit :
– J'étais pire que toi à l'époque, je dévorai ma viande crue et quand nous nous sommes retrouvés, j'étais du genre à engloutir mon repas comme un cochon alors que toi, tu étais une femme distinguée.
Rien de ce qu'il disait ne faisait sens...
– Je suis en train d'évoquer nos vie antérieures, continua Titus, en attrapant une olive.
Cette précision mise bout à bout avec tout ce que  le jeune homme aux cheveux fauves avait dit avant, permit à Ewen de comprendre enfin de quoi il était question. Seulement, lui, il ne croyait pas à la réincarnation.
– Je me souviens de tout, tu sais, de notre première fois, où je t'ai plus ou moins forcé, de notre seconde rencontre où j'ai mis bien des mois à te séduire... J'ai hélas impression que cela va être comme ça, cette fois aussi. Tu es tellement obtus.
Ewen serra les dents et accepta cet énièmé défaut que Titus lui attribuait.
– Dis quelque chose !
Le Gaulois en avait assez de toutes ses histoires et bizarreries. Titus voulait qu'il parle en toute liberté ? Il allait être servi, et tant pis pour les conséquences !
– Si je suis aussi peu aimable que vous l'affirmez, pourquoi vous acharnez à me mettre dans votre lit ? Je suis peut-être borné, méchant, oublieux et silencieux, mais vous, vous êtes arrogant et tordu !
Titus ne se fâcha pas. Il sourit et s'excusa :
– Je suis content que tu aies enfin révélé le fond de ta pensée. C'est vrai que ce n'est pas de ta faute, si tu ne te souviens pas que nous nous sommes aimés. J'avoue m'être montré suffisant et qu'à trop vouloir tout de suite, j'ai gâché ton bain, et je t'empêche de savourer tranquillement ton repas. Promis, j'arrête de t'ennuyer avec tout ça, pour le moment.
Le jeune homme aux cheveux fauve tint parole. Il le laissa manger sans plus aborder le sujet, et à la fin du repas, il l'envoya voir Mog. Sûrement, le vieil esclave aurait des tâches pour lui.
Ewen se sentit doublement soulagé : il n'avait pas reçu de coups de fouet et la situation redevenait plus ou moins normale. Mog parut également satisfait d'apprendre que le maître voulait que le nouvel esclave travaille. Il donna plein de choses à faire à Ewen qui, même en ayant les mains occupés, ne put s'empêcher de penser à Titus, à tout ce qu'il avait raconté sur leur prétendu passé commun, à son visage empli de désir...

jeudi 3 janvier 2013

A travers les âges - 35

– Cruel... murmura Titus avant de se caresser.
Ewen détourna les yeux, mais son maître lui intima de regarder.
La main à la peau claire allait et venait sur le membre dressé. Le jeune aux cheveux fauve se mordit la lèvre, étouffant un gémissement de plaisir et un jet de liquide blanc jaillit et retomba sur le sol.
Ewen, considérant qu'il était inutile de contempler plus longtemps le pénis de son maître où perlait quelques gouttes laiteuses, se baissa pour nettoyer les dalles qui avaient été arrosées.
Quand il se redressa, Titus était en train d'enfiler la tunique qu'il portait sous sa toge.
– Habille-toi. Que l'ombre sur le cadran solaire soit bonne ou pas, nous allons manger.
Ewen obéit, sans oser croiser les yeux du jeune homme. Il n'avait pas été excité par la scène, mais le terme de « cruel » résonnait à ses oreilles. Il n'avait pas voulu se montrer blessant, mais il sentait qu'il l'avait été.
Dans le triclinium, une femme aux formes généreuses et aux longues tresses blondes était en train de récupérer les plats sur la table.
– Laisse ça, Enola.
– Un coup vous débarquez trop tôt et maintenant, c'est beaucoup trop tard. Tout a refroidi, répondit la femme, un poing sur la hanche.
– Je m'en doute.
– C'est meilleur quand c'est chaud. Vous auriez pu faire attention.
– Vraiment, je regrette.
L'échange était curieux entre un maître et ce qui ne pouvait être qu'une esclave.
Titus, après avoir dit à Ewen de s'installer, l'introduisit auprès de la femme. Enola puisque c'était son nom le salua d'un signe de tête.
– Vous ne m'avez jamais invité à manger avec vous, maître Fulvius, fit-elle remarquer.
Le jeune homme aux cheveux fauve parut embarrassé.
– Ewen est différent. Je le connais depuis longtemps.
– Oh, vraiment ? demanda-t-elle. Est-il muet ? ajouta-t-elle, en ramenant une de ses longues tresses sur l'épaule.
– Non, mais il n'est pas bavard. Il ne parle que quand on l'interroge directement, j'en ai peur.
– Quand tu auras un moment, Ewen, viens me voir dans ma cuisine. Je ne sors guère d'ici et cela fait longtemps que je n'ai parlé avec un compatriote.
– D'accord, répondit le Gaulois, se réjouissant par avance de discuter avec Enola.
Il espérait entre autres qu'il pourrait éclaircir quelques-uns des mystères qui entouraient Titus. Comment cela se faisait que la femme soit aussi familière avec son maître et pourquoi était-il traité encore mieux qu'elle ? Vraiment, il ne se rappelait pas avoir rencontré Titus avant aujourd'hui.
Tandis que la femme retournait dans la cuisine attenante à la salle à manger, Titus s'étendit sur un des lits.
– Ce serait bien, si tu pouvais être à l'aise avec moi comme Enola, déclara-t-il et il plongea les doigts dans un des nombreux bols posés sur la table.
– Vous êtes mon maître, objecta Ewen.
Il ne savait pas dans quel plat piocher. Tout était si appétissant par rapport au gruau auquel il avait le droit chez Quintus Petronus.
– Ce n'est pas une raison. Je préfère qu'on soit franc avec moi.
Mais comment était-ce possible puisqu'ils n'étaient pas sur un pied d'égalité ?Ewen garda cette pensée pour lui et enfourna un œuf dur.
– Cela me rappelle autrefois, ce manque de manières pour manger.
Il divaguait, songea Ewen, sans oser reprendre de la nourriture.