vendredi 23 novembre 2012

A travers les âges - 19

C'était le plus long discours qu'Iol lui ait jamais tenu, et il n'expliquait pas tout, cependant, il appaisa Kuma. Iol regrettait. Il l'aimait. Une information essentielle qui lui permettait de mettre enfin un nom sur ses propres sentiments. Ce n'était pas l'amitié, pas de la fascination pour les différences de l'étranger, mais l'amour qui le poussait à vouloir demeurer aux côtés de Iol. C'était pour cela qu'il ne s'était jamais occupé de la seconde litière et c'était la jalousie de ne plus être spécial pour Iol qui l'avait taraudé tout l'hiver... Il avait été aveugle parce qu'être le compagnon d'un autre homme était inconcevable pour lui. Iol n'avait pas rêvé son attachement pour lui. Cela n'excusait pas son comportement pour autant, car ce qu'il avait pris de force, Kuma aurait fini par lui donner avec le temps. Patience et douceur les auraient amener à s'unir... Le jeune homme ne dévoila néanmoins pas la réciprocité de leurs sentiments. Ce serait la punition d'Iol tant que le jeune homme n'aurait pas tout tiré au clair.
– Pourquoi fuis-tu ?
– Comment supporter ton regard, celui que tu braques sur moi maintenant, après t'avoir...
La voix de Iol s'éteignit et il n'acheva pas sa phrase.
– C'est lâche d'agir ainsi, de ne pas  rester subir les conséquences de ton acte. Et puis, où vas-tu ? Tu retournes dans ton clan ?
Iol eut un rire triste.
– Non, je n'y suis pas le bienvenu. J'en ai été chassé pour avoir couché avec un homme qui a prétendu que je l'avais forcé pour éviter d'être aussi banni. C'était faux. Comme moi, les femmes ne l'attiraient pas.
Le mystère de l'errance solitaire de Iol était levé, et c'était à pleurer tellement c'était ironique quand on songeait à leur actuelle situation, le pire étant que Kuma se sentait jaloux. Dans le même temps, il réalisa que même s'il pardonnait Iol,  le problème de leur relation restait entier. Pour Golo, l'affaire était conclue, Kuma allait épouser sa nièce, et même sans cela, ce n'était pas comme si Wuélé tolèreraient qu'ils se marient, l'étranger et lui. Il n'y avait pas de couple composé de deux mâles dans le clan des Trois Silex, il n'y en avait jamais eu ou plutôt, personne n'en avait jamais parlé.
Comme le jeune homme, perdu dans ses réflexions, gardait le silence, Iol reprit :
– Tu peux me cogner, si tu veux. Je me laisserai faire.
Kuma soupèsa la proposition. D'un côté, Iol le méritait, de l'autre, cela ne changerait rien.
– Rentre avec moi, répliqua-t-il, enfin.
Iol parut déconcerté.
– Pourquoi ? demanda-t-il, comme un écho lointain à celui prononcé par Kuma, un peu plus tôt.

jeudi 22 novembre 2012

A travers les âges - 18

Quand Kuma revint à lui, Iol n'était plus là. La peau de tigre avait été soigneusement repliée et posée à côté de sa tête. Il le lui offrait en guise d'excuse, c'était une évidence. Le jeune homme se mit debout, fit un pas et grimaça,  le bas de son dos était tout endolori et marcher se révélait pénible. Il réajusta son vêtement, et serrant les dents, il quitta la tente. Il voulait absolument retrouver Iol, car il lui devait des explications. Le soleil se levait tout juste à l'horizon et le clan était encore au trois quart endormi. Kuma regarda autour de lui, indécis, se demandant où Iol était parti, s'il allait revenir... Il avança avec  lenteur dans le camp, le fouillant des yeux. Il était à la fois fâché et anxieux. Iol n'avait quand même pas osé s'enfuir comme un lâche, sans un adieu, abandonnant derrière lui, un « pardon » et une peau de bête !
Une fois arrivé en bordure du campement, le jeune homme s'arrêta. Iol avait pu prendre n'importe quelle direction. Vers la forêt, vers la rivière... Tout était possible et sans savoir, il n'y avait aucune chance de le rattrapper.
Le vieux Alguh devant lequel il était passé quelques minutes auparavant, s'approcha alors de lui, et l'interrogea. Il était curieux de savoir où il allait à cette heure matinale avec sa « drôle de démarche. » Kuma lui avoua qu'il cherchait l'étranger. Alguh lui dit qu'il l'avait aperçu dans l'aube encore grise au pied de la montagne. Sans attendre, sans même un remerciement, Kuma fonça. Courir lui faisait mal, mais il n'avait pas le choix s'il voulait qu'Iol ne lui échappe pas.
Grimper fut encore plus douloureux. Le jeune homme ne renonça néanmoins pas et à mi-pente sa peine fut recompensée par la vue du dos d'Iol qui progressait vers les hauteurs. Il hurla son prénom dans le vent. La silhouette solitaire se tourna vers lui, s'immobilisa, et enfin, dévala les mètres qui les séparaient. Finalement, l'un face à l'autre, ils se regardèrent.
– Pourquoi ? demanda simplement Kuma.
Il était prêt à l'écouter, mais, si la réponse ne le satisfaisait pas, il le frapperait.
D'un ton hésitant, écorchant les mots, Iol déclara :
– Parce que je t'aime... que je croyais que tu avais aussi des sentiments pour moi, vu ton insistance à ce que nous partagions la même couche, même après que je t'y ai enlacé à plusieurs reprises, que je suis tombé de haut en me rendant compte qu'il n'en était rien, que je ne t'aurais jamais, que tu allais te marier, que tu n'étais pas comme moi. Pour me venger des faux espoirs que tu m'avais donné, je me suis imposé à toi, pardon... J'ai réalisé immédiatement après combien c'était cruel, que tu n'étais pas en faute, que tu n'avais rien sous-entendu ou promis, que c'était moi qui avait tout interprété de travers, pardon.

mercredi 21 novembre 2012

A travers les âges - 17

Même après que le ciel soit devenu noir et que la lune ait fait son apparition, il ne revint pas.  Chez Kuma, l'énervement avait laissé place à l'inquiétude. Se promener de nuit était dangereux. Il aurait dû lui dire que Golo avait décidé de tout sans le consulter, qu'il n'avait pas envie de se marier et qu'il souhaitait continuer à vivre avec lui dans la même tente. Alors, il n'y aurait pas eu de dispute et il aurait pu profiter une dernière fois de la chaleur de Iol.
Alors que ces pensées traversaient son esprit, une ombre entra. Kuma qui guettait, allongé sur sa couche, hésita : devait-il prétendre être endormi ou interpeller Iol et tout lui avouer ? Le temps qu'il se décide, il sentit Iol se glisser à ses côtés. Cependant, au lieu de lui tourner le dos, comme toujours, il le prit dans ses bras et le pressa contre son corps avec force. Cette brutale étreinte laissa le jeune homme, interdit. Jamais Iol ne l'avait enlacé autrement qu'involontairement jusqu'à cet instant. Et, soudain, la bouche de Iol s'écrasa sur la sienne, en ce qui ressemblait à s'y méprendre à un baiser. Kuma voulut se libérer, mais Iol le tenait trop bien. C'est en vain qu'il essaya de se soustraire à ses lèvres. En désespoir de cause, il mordit la langue qui s'était enroulée autour de la sienne et le baiser s'acheva dans un goût de sang. Cependant, le jeune homme n'eut pas le loisir de crier, une main le baillonna aussitôt, tandis que l'autre s'infiltrait sous son vêtement en peau d'ours. Pourquoi Iol agissait-il ainsi ? Kuma ne le reconnaissait plus. Il était à nouveau l'étranger au regard sombre, celui qui avait étranglé un tigre sans se servir de la moindre arme. Comme le jeune homme se débattait à nouveau, Iol le plaqua sur la litière, coinçant ses bras dans son dos, puis s'assit sur son ventre, lui coupant le souffle. Ses doigts se refermèrent ensuite sur son pénis, montant et descendant, sans douceur. C'était horrible et excitant.
Iol cessa de lui frotter le sexe, le laissant dur et dressé, lui écarta les cuisses et entra son pouce dans son anus. Kuma se raidit. Il comprenait enfin ce que l'étranger désirait. « Je ne suis pas une femme » protesta-t-il, mais ses mots furent rendus inintelligibles par la paume d'Iol collée sur sa bouche. Kuma s'agita encore, maudissant le poids de l'étranger et sa propre faiblesse. Le doigt bougeait en lui, ondulant comme un serpent. Des frissons parcourent le corps du jeune homme. Il ressentait du plaisir quand bien même il ne le souhaitait pas. Iol changea brusquement de position et en un instant, il pénétra Kuma. La douleur fut fulgurante, mais les coups de boutoir qui suivirent, la chassèrent en partie. Iol ôta sa main et recouvrit à nouveau les lèvres de Kuma des siennes. Le jeune homme gémit. Il aurait dû planter ses dents dans cette langue avide qui le tourmentait, mais il lui semblait que son corps ne lui appartenait plus, tremblant sous l'effet de sensations dont il n'avait jamais imaginé l'existence. Il en voulait à Iol, et pourtant, malgré lui, il se mit à accompagner les mouvements de ce dernier et ils jouirent dans un même râle.
Iol se détacha de Kuma qui était tout étourdi et pantelant, puis il murmura à son oreille « pardon » suivi de mots que le jeune homme ne parvint pas à saisir avant de sombrer dans l'inconscience, épuisé par ce qui s'était passé.