jeudi 13 septembre 2012

Rendez-vous manqué - 70

– C'est pour une caméra cachée ou quelque chose dans ce goût-là ? demanda Cole.
Al déclina à nouveau son identité, résistant à l'envie de partir, sans plus chercher à expliquer qui il était.
– J'ai déjà vu le copain de mon frère et il ne vous ressemble pas.
– Je m'étais maquillé afin de paraître normal.
Cole qui soutenait toujours sa sœur, l'installa dans le canapé, l'air pensif avant de fixer à nouveau son regard sur la seule chose qu'il pouvait voir du jeune homme invisible, à savoir le slip qui recouvrait les parties génitales de ce dernier.
– En admettant que vous... tu dises la vérité, pourquoi tu te promènes dans notre salon à moitié à poil ?
Al se sentait idiot et mal à l'aise. C'était de la torture de rester là aussi peu vêtu. Être nu aurait été préférable dans son cas.
– J'étais en train de  déshabiller afin de me fondre à nouveau dans le décor, avoua-t-il, en tirant légèrement sur l'élastique du slip.
Devait-il l'enlever ?
Cole fit un pas dans la direction du jeune homme invisible. Al recula d'autant.
– Attends une minute... Cela fait plusieurs jours que tu es dans la maison, n'est-ce pas ? C'était toi qui avait laissé la fenêtre ouverte, toi la raison pour laquelle la porte de la salle de bains était bloquée alors que personne n'était à l'intérieur...
Al reconnut qu'il « hantait » les lieux depuis près de deux semaines, avant de raconter comment ses parents l'avaient mis à la porte et comment Beckett l'avait invité à venir habiter avec sa famille.
Cole l'écouta sans l'interrompre, le visage de plus en plus fermé.
– Je ne vois rien là-dedans qui t'oblige à vivre en parasite chez nous sans rien faire de tes dix doigts, déclara-t-il avec une franchise brutale, quand le jeune homme invisible eut fini.
Al ne se donne pas la peine de lui faire valoir qu'avec sa maladie d'invisibilité, il n'était pas bon à grand chose.
– C'est vrai, soupira-t-il avant de franchir le seuil du salon, décidé à quitter la maison.
Il allait se débarrasser de ce stupide slip qu'il n'aurait jamais dû mettre, attendre le retour de Beckett devant la grille, le prévenir qu'il s'était fait prendre...
Cole le suivit.
– Hé ! Où vas-tu ?
– Je m'en vais.
La porte d'entrée s'ouvrit alors sur Beckett qui comprit en un clin d'œil la situation.
– Mince ! s'exclama-t-il.
Cole reporta son attention sur l'adolescent.
– A quoi tu songeais au juste quand tu as proposé d'héberger ton copain spectre aux frais de la princesse ?
– Ce n'est pas fantôme, il est comme toi et moi, excepté qu'il est invisible, rectifia Beckett.
Impuissant, Al assistait à la discussion houleuse entre les deux frères, quand son corps cessa d'être transparent. Son apparition coupa Cole dans les reproches qu'il faisait à l'adolescent. Natacha, d'une démarche chancelante, choisit ce moment pour rejoindre le groupe dans l'entrée. Cette fois, au lieu de perdre connaissance, elle se contenta d'écarquiller les yeux et de déglutir bruyamment.

mercredi 12 septembre 2012

Rendez-vous manqué - 69

Ce furent des voix qui provenaient de l'entrée qui le firent émerger. Sa sieste inopinée avait duré deux bonnes heures et il était 17 heures passés. Encore tout englué de sommeil, Al se redressa sur le canapé. Essayer de quitter le salon avec des habits sur le dos sans être remarqué tenait de l'impossible vu la configuration de la maison. L'unique porte de la pièce débouchait sur l'entrée. Al éteignit la télévision dont le volume était,  Dieu merci, bas et se dépêcha de retirer le t-shirt. Il déboutonnait le haut du jeans quand il entendit que le frère et la sœur entraient dans la pièce. Ils ne pouvaient pas le voir, pas encore, il était à l'abri derrière le canapé, mais il suffisait de quelques pas... Al acheva d'ôter le jeans, maudissant son imprudence et sa stupidité. Il ne restait plus que le slip, mais c'était trop tard, Natacha et Cole étaient là, discutant de leurs projets respectifs pour le week-end.
– Que font là ses habits ? s'étonna la grande sœur de Beckett, avant de se pencher pour ramasser le pantalon et le t-shirt.
– C'est à Beckett. Tu crois qu'il se ballade à poil ? plaisanta Cole.
– Il se comporte bizarrement en ce moment, mais quand même... Et de toute façon, il ne devrait pas être encore rentré à cette heure-ci.
Sur cette affirmation, Natacha tendit la main vers le slip, les sourcils froncés parce quelqu'un semblait porter le vêtement, ce qui était bien sûr impossible.
Al n'y tint plus et bougea. Il n'allait pas laisser la sœur de Beckett le déshabiller quand même ! Les yeux de la jeune femme s'arrondirent de surprise, elle poussa un cri et s'évanouit dans les bras de Cole qui lui, garda son sang-froid face au vêtement mouvant.
– Qui êtes-vous ?
Le jeune homme invisible qui était en train de s'enfuir vers la porte, se figea, hésitant à répondre. Cole répéta la question et Al se jeta à l'eau, puisqu'il avait été découvert, cela ne servait à rien de continuer à prétendre ne pas exister.
– Je suis le petit ami de Beckett. Je suis atteint d'une maladie de peau rare qui me rend invisible, déclara-t-il en pivotant pour faire face à Cole.
Natacha reprenant ses esprits, Cole concentra son attention sur elle sans réagir à ce que le « slip » lui avait dit.
– Ça va ?
– Oui. Mes yeux ont dû me jouer un tour. J'ai cru voir le vêtement bouger tout seul, souffla la jeune femme.
– Non, tu n'as pas rêvé.
Natacha cligna des paupières, vit le slip qui flottait dans le vide devant l'embrasure de la porte du salon, cria une fois encore, et retomba dans les pommes.

mardi 11 septembre 2012

Rendez-vous manqué - 68

Cole était fâché contre Beckett, ce qui aggrava encore un peu plus l'ambiance de la maison. L'adolescent reconnut que cela l'affectait, tout en affirmant que c'était ni la première ni la dernière fois que son grand frère était en froid avec lui et qu'il finirait bien par revenir à de meilleurs sentiments.
Durant le reste du week-end, ils planchèrent sur le dossier de biologie. C'était une expérience nouvelle pour eux que de travailler ensemble, mais elle se révéla agréable. Al ménageait d'autant moins ses efforts qu'il se sentait responsable de la désertion de Julius et Garance. Il considérait toutefois que les deux amis étaient gonflés de laisser quasiment tout le boulot à Beckett pour un devoir pour lequel ils obtiendraient tout les trois une note.
Lundi matin, l'appréhension de Beckett était palpable. Il craignait aussi bien d'affronter Julius que de faire face à Garance qui serait peut-être accompagné de l'invisible Maud Quentin. Al serait bien venu avec lui, mais l'adolescent ne le souhaitait pas selon son bon vieux principe qu'ainsi, il saurait par élimination qu'il s'agissait de Maud et non lui,  s'il se passait quelque chose d'inhabituel. Le jeune homme invisible passa par conséquent la journée à se faire du soucis pour être à moitié rassuré par les nouvelles que lui rapporta Beckett le soir : Julius avait transmis (un peu tard) ce qu'il avait préparé pour le dossier de biologie, exigeant juste une fois de plus que les sujets d'invisibilité et d'homosexualité ne soient plus jamais abordés tandis que Garance s'était excusé d'être parti sans faire sa part du travail avant de raconter avec enthousiasme que Maud Quentin avait répondu à toutes ses questions !
Mardi, mercredi, puis jeudi s'écoulèrent avec lenteur, et sans événements notables. Al s'ennuyait sans ses affaires pendant que Beckett était en cours ou occupé avec ses devoirs ou sa famille. Par ailleurs, il était las de vivre en permanence nu comme un vers afin de ne pas risquer de se faire repérer. Il faisait bon dans la maison, mais ce n'était quand même pas formidable, sans compter que jouer à cache-cache avec les membres de la famille de l'adolescent était usant. Heureusement, Scott se montrait désormais câlin à son égard.
Vendredi, Al n'y tint plus, sûr et certain qu'il serait tranquille jusqu'à 17 heures du soir environ, personne ne rentrant à la maison avant, même pour le repas de midi, il se lava et emprunta des vêtements Beckett, choisissant un t-shirt bleu roi et un jeans assorti. Il bouquina jusqu'à 13 heures avant de manger un copieux repas dans la cuisine pour compenser celui du soir qui serait nécessairement plus léger. Il alla ensuite se mettre devant la télévision, s'installant dans le moelleux canapé chocolat du salon pour la regarder. D'abord, assis, il finit par s'allonger. Les émissions se suivaient et se ressemblaient, et Al n'oubliait pas de jeter de temps en temps un coup d'œil sur la pendule à sa gauche. Mais, à un moment, pendant une publicité, fatigué par les mauvaises nuits qu'il passait dans l'étroit lit où il s'efforçait de laisser le plus de place possible à Beckett, il s'assoupit.