lundi 10 septembre 2012

Rendez-vous manqué - 67

– Désolé de te déranger alors que tu es avec tes amis, mais voir le film John Carter m'a donné envie de relire ses aventures. Seulement, je ne le retrouve pas dans ma chambre... Tu ne me l'aurais pas emprunté par hasard ?
Al bâillonna Beckett, mais trop tard. Il avait déjà répondu « non. »
– C'est moi qui l'ai pris, chuchota-t-il le plus doucement qu'il put avant de retirer sa main de la bouche de l'adolescent.
– Attends, je vais regarder quand même, bafouilla Beckett.
Dans les faits, c'est Al qui attrapa l'épais roman qu'il avait bêtement mis dans l'étagère avec les autres livres de Beckett tandis que l'adolescent s'habillait en quatrième vitesse.
Cole tourna encore la poignée, mais en vain.
– Qu'est-ce que t'a fichu avec ta porte ? grommela-t-il.
Beckett ignora la question et déplaça les chaises, tout en vérifiant que rien ne trahissait la présence de Al dans la chambre et ce qu'ils venaient d'y faire. Dès que la boîte de préservatifs et le lubrifiant eurent terminé de disparaître sous le lit, Beckett ouvrit en grand, le livre à la main.
– Tiens !
Cole rentra en possession de son bien, non sans s'étonner que Beckett soit seul.
– Tes potes sont déjà partis ?
– Oui. Tu ne les as pas entendus ?
– Non, je devais être trop absorbé par le film. Mais vous avez déjà fini ?
– Non. Julius a pris la mouche comme un idiot et Garance s'est trouvé quelque chose de plus urgent à faire.
L'air soupçonneux de Cole alarma Al, mais il ne pouvait rien faire d'autre que de retenir son souffle.
– Tu es vraiment bizarre en ce moment. Tu es constamment sur tes gardes, c'est soulant. De quoi tu as peur, au juste ? C'est pas comme si on t'asticotait sans cesse à propos de ton petit ami, chez qui, soit dit en passant, tu ne mets plus les pieds alors que tu y étais tout le temps fourré. Et si on te pose une question qui ne te plaît pas, hop, il y a plus personne. Qu'est-ce qui se passe à la fin, bordel ?
– Je ne viens pas mettre le nez dans tes affaires, moi. Laisse-moi tranquille, répondit Beckett en commençant à refermer sa porte.
– Maman se fait beaucoup de soucis pour toi, répliqua Cole, et il tourna les talons avant même que l'adolescent n'ait achevé de clore sa chambre.
Beckett poussa un long soupir auquel le jeune homme invisible fit écho. Ils ne pouvaient pas continuer comme ça, et en même temps, quel autre choix avaient-ils, dans la mesure où Al se sentait incapable de quitter Beckett et où avouer sa présence ne pouvait aboutir à rien de bon ?

vendredi 7 septembre 2012

Rendez-vous manqué - 66

C'était un baiser désespéré et passionné qui les enflamma l'un comme l'autre. Quand il s'acheva, un gémissement s'échappa des lèvres de l'adolescent et ses bras autour du jeune homme invisible se desserrèrent. Al fut traversé par l'envie de le prendre, là, comme ça, sans se soucier de rien, mais il ne voulait ni lui faire du mal ni le mettre dans l'embarras vis à vis de sa famille, aussi se contenta-t-il de l'embrasser encore, comme un assoiffé au milieu du désert. Loin de les apaiser, cela ne fit que les embraser davantage. Al était entièrement nu, comme l'y contraignait sa position de fantôme, mais il avait terriblement chaud. Beckett, sans lâcher le jeune homme invisible, commença à tirer sur son sweat-shirt jaune citron comme pour l'enlever.
– Beckett, ce n'est pas...
– Raisonnable. Mais en fait, si, ça va. Mes parents sont partis faire les courses, Zoé est chez une amie, Natacha chez son petit ami, et Cole venait tout juste de se lancer dans un film quand Garance et Julius ont sonné. Et au cas où, nous avons là deux chaises pour bloquer le passage et peut-être-même coincer la poignée.
Al était trop tenté pour protester plus avant. Il lui proposa juste de fermer les volets et de tirer les rideaux de la fenêtre afin de plonger la pièce dans l'obscurité.
Mais l'adolescent secoua la tête :
– Ce n'est pas la peine. Il n'y a personne en face pour nous voir.
Al comprit non sans étonnement que l'adolescent acceptait enfin de faire l'amour en pleine lumière. Il se remit cependant vite de sa surprise et aida Beckett à déplacer les chaises avant de lui retirer ses vêtements. Après le sweat-shirt, le t-shirt vert tomba, dévoilant son torse presque imberbe. Le jeans et les chaussettes suivirent, et enfin, le slip blanc glissa, libérant le membre durci. Al vint frotter le sien contre ce dernier,  ses yeux plongés dans ceux de Beckett qui brûlaient de désir, puis, il le conduisit jusqu'au lit et l'allongea dessus, sans cesser de le dévorer du regard. Le grain de sa peau, le pli de sa bouche, tout était beau et doux. Le caresser, le voir frémir de plaisir, c'était un rêve devenu réalité. Comment avait-il pu envisager ne serait-ce qu'une minute de le laisser, de renoncer à sa chaleur ? Il lui était devenu indispensable, comme l'air qu'il respirait. Il glissa les mains sous les fesses de Beckett, savourant leur fermeté, regrettant de ne pas pouvoir se fondre en lui.
– Al...
– Hum ?
– Tout au fond de mon sac de cours, dans un emballage plastique, il y a un tube de lubrifiant et des préservatifs. Je les ai achetés hier durant la pause de midi.
Al se pétrifia un instant à la nouvelle. L'adolescent ne manquerait jamais de le surprendre. Il avait osé passer à la caisse avec de tels achats. Durant le temps qu'il fallut au jeune homme invisible pour digérer l'information, Beckett alla récupérer le fameux sac plastique et son contenu.
– Cela te manquait ?
Al avait posé la question pour le taquiner, car il avait surtout le sentiment que l'adolescent avait cherché à adoucir sa pénible situation de fantôme. Cependant, Beckett inclina la tête, dans un discret signe d'assentiment avant de murmurer :
– Je te jure, un jour, tu vas me faire mourir d'embarras.
Al espérait bien que non.
– De plaisir, ce serait mieux.
Ce furent les derniers mots qu'ils échangèrent avant de reprendre le fil interrompu de leurs caresses. Ils étaient tout les deux très excités, et une fois unis, il ne leur fallut guère de temps pour qu'ils jouissent.
Ils venaient tout juste de reprendre leur souffle, et Al était toujours à l'intérieur de Beckett, quand la poignée claqua suivi d'un juron comme la porte ne s'ouvrait pas. C'était Cole. Al se retira en hâte. Beckett déglutit, lorgnant sur ses habits en tas au pied du tabouret de son bureau.
– Qu'est-ce que tu veux, Cole ? demanda-t-il d'une voix rendue aiguë par la panique.

jeudi 6 septembre 2012

Rendez-vous manqué - 65

Beckett répondit du bout des lèvres, précisant qu'il tenait Garance pour partiellement responsable de l'apparition de l'invisible Maud Quentin dans sa vie.
Loin de monter sur ses grands chevaux, Garance posa de nouvelles questions avant de prendre congé, non pas parce qu'il était fâché, mais parce qu'il avait hâte d'envoyer un mail à la jeune femme invisible pour en apprendre plus sur elle. A la différence de Julius, il abandonna en revanche derrière lui ce qu'il avait rédigé pour leur devoir commun.
– C'est la catastrophe... soupira Beckett qui laissa tomber sa tête sur  le bureau.
Al était bien d'accord. Tout avait été si vite qu'il n'avait pas su quoi dire avant que tout soit fini. Il vint se placer derrière l'adolescent et lui ébouriffa les cheveux.
– Je dois pouvoir t'aider à terminer votre devoir de biologie.
Beckett se redressa :
– C'est le moindre de mes soucis. Sans compter que tu ne connais même pas le sujet !
– Si j'ai redoublé autant, c'est que je ne vais quasi jamais en cours, mais j'ai lu tous les manuels de A à Z et nous possédons les mêmes. Et oui, je sais bien que ce n'est pas ce qui te tracasse le plus.
Ce que le jeune homme invisible craignait, pour sa part, c'était que Maud Quentin revienne les enquiquiner après que Garance l'ait  questionnée.
– Je n'aurais pas dû leur dire que tu vivais à la maison et garder pour moi l'existence de Maud Quentin. Mais au fond, ce qui me gêne, c'est que Julius comme Garance réagissent comme ça. Je croyais qu'on était amis, mais l'un te considère comme un monstre et pense que ça m'amuse me donner en spectacle en plein cours tandis que le second voit votre maladie d'invisibilité comme un sujet d'article, tout en occultant que c'est sa faute si Maud Quentin a débarqué et m'a... enfin, tu sais.
Un terrible sentiment d'impuissance s'abattit sur Al. Quelque part, il était à la source de tous les problèmes de Beckett. Sans lui, pas de mésentente avec ses amis, pas de femme invisible aux mains baladeuses, pas d'obligation de cacher quoi que ce soit. Qu'apportait-il à Beckett ? Rien de bon, juste des ennuis. Il devait partir, le laisser, pour son bien. Mais où aller, et surtout que faire loin de lui ? Sans compter qu'il avait promis de ne pas partir sans rien dire.
– J'ai l'impression que tu serais plus heureux si tu ne m'avais pas rencontré, murmura Al, presque pour lui-même.
Une lueur affolée apparut dans les yeux anthracites de Beckett, il se leva, brassa le vide avant de finalement capturer Al.
– C'est faux. Alors, surtout, ne t'en va pas. Je ne peux pas dire que tu me simplifies la vie, mais je m'en fous.
L'adolescent serrait le jeune homme invisible avec une telle force qu'il lui faisait mal, mais loin de s'en plaindre, celui-ci l'étreignit en retour et s'empara de sa bouche.