jeudi 3 novembre 2011

Lykandré - 100

Lykandré s'apprêtait à lui rappeler qu'à part lui, ils ne volaient pas quand l'homme chauve-souris expliqua qu'il y avait un escalier de secours en cas d'incendie. Sans tarder Chveuil passa à son tour la fenêtre, Lykandré suivit et Inuyume, sans enthousiasme, les imita. Ils descendirent rapidement - l'homme loup était désormais familier avec les escaliers - et enfin maître Komori, tout en s'éloignant de l'immeuble du groupe Trott, raconta ce qu'il avait entendu.
– Je ne sais pas au juste ce qu'ils ont raconté aux andromorphes qu'ils ont arrachés à mon cours, mais d'après la conversation que j'ai surprise, il y a une demi-heure environ, ils les ont emmenés pour attaquer et massacrer des épurateurs, en commençant par le lieu de réunion le plus proche de l'immeuble du groupe Trott.
C'était pire que ce qu'avait pu imaginer Lykandré. Il avait toujours cru que M.Trott les enverraient tous au combat, mais il s'était bercé d'illusions. Le lion andromorphe était plus subtil que ça. Il préférait diviser ses forces, se garder des troupes fraîches tout en se débarrassant des plus faibles.
– Moumou fait parti de ceux qui ont été embrigadés, c'est ça ? Je me disais bien aussi que c'était bizarre que tu veuilles quitter l'immeuble sans lui, déclara Chveuil.
– Oui et  j'aurai dû me douter que c'est comme ça que cela se passerait quand M.Trott a exposé son fameux plan, répondit Lykandré.
Tout le monde se mit à parler en même temps, Chveuil et Inuyume s'offusquant qu'il ait gardé pour lui pareille information, maître Komori essayant de calmer le jeu. Lykandré, lui, se défendit à peine, car il se sentait coupable. Finalement, Chveuil reporta son énervement du loup à l'homme chauve-souris :
– Mais, vous le vampirou, de quoi vous mêlez-vous au juste ? Pourquoi nous faire sortir ? La pure bonté d'âme, ça n'existe pas !
– Je ne nie pas que je suis intéressé dans l'affaire. Mais mes motifs ne vous concernent pas. En tout les cas, nous ferions mieux d'accélérer le pas si nous voulons avoir une toute petite chance d'arriver avant que le massacre ait commencé.
– Mais qu'est-ce que nous pourrons y faire de toute manière ? intervint Inuyume d'une voix angoissée.
– Porter secours à Méroé ! s'exclama Lykandré.
Maître Komori avait l'air de savoir où aller. Quant à lui, il se rappelait des différentes options d'attaques des épurateurs. Explosifs, armes feu... Il ne restait plus qu'à espérer que la possibilité d'une mission suicide ait été écartée. En combinant leurs connaissances, ils pourraient peut-être réussir à éviter le désastre.
– Tu es vraiment trop attaché à ton casse-croûte, loulou, glissa Chveuil.
Cette remarque fit prendre conscience à Lykandré que s'il trouvait incompréhensible que Méroé puisse l'aimer, il était tout aussi absurde pour les autres qu'un loup veuille sauver la vie d'un mouton. La seule explication qu'il avait à donner, c'était qu'il ne considérait pas l'andromorphe aux cheveux de neige comme un morceau de viande sur pattes, mais comme un ami.

mercredi 2 novembre 2011

Lykandré - 99

Il hésitait à aller à la table d'Inuyume et Chveuil pour savoir si par hasard, ils n'auraient pas une idée de l'endroit où se trouvait Méroé quand maître Komori le rejoignit. L'homme chauve-souris était habillé, chose extrêmement rare puisqu'il passait ses journées à passer d'une forme à l'autre pour les besoins de son cours.
– Je te cherchais. Plusieurs de mes élèves ont été emmenés dans l'après-midi sans qu'on daigne m'expliquer pourquoi. Cependant, je viens de surprendre une conversation pour le moins éclairante à l'accueil... Bref, je suis désormais prêt à t'accompagner à l'extérieur.
L'attitude de maître Komori était étrange. Pourquoi venait-il lui raconter cela et lui faire cette proposition ? Un instant, Lykandré se demanda si c'était un genre de test, puis il décida que cela lui était égal.
– Est-ce qu'un mouton faisait parti de ceux qui ont été embarqués ?
– Oui. Maintenant, réponds-moi. Est-ce que tu veux aller dehors avec moi ou pas ? Sinon, j'irai seul.
La nervosité de maître Komori était palpable.
– Et votre promesse de rester enfermé ?
– Ce n'est pas exactement ça. Mais la question n'est pas là.
Lykandré comprit qu'il devait prendre une décision et vite. Maître Komori devait avoir appris quelque chose sur la disparition de Méroé et des autres et pour le savoir, être loin des caméras semblait préférable ou l'homme chauve-souris aurait déjà parlé. C'était par ailleurs l'occasion de quitter l'immeuble Trott.
– Est-ce que deux de mes amis peuvent venir avec nous ?
– Oui, mais qu'ils s'habillent et qu'ils fassent vite. Retrouvez-moi au premier étage devant l'ascenseur principal d'ici un quart d'heure.
Il n'y avait pas de temps à perdre. Lykandré fila  vers la table où Inuyume et Chveuil se restauraient.
– Maître Komori est prêt à nous amener dehors, mais on doit se dépêcher, car je crois bien que c'est maintenant ou jamais.
Sa déclaration de but en blanc obtint une réaction plus que mitigée. Lykandré dut batailler avec eux. Inuyume ne voulait pas sortir et risquer s'attirer les foudres des dirigeants du groupe. Quant à Chveuil, il faisait toujours la tête et ne voyait pas pourquoi il devait accompagner quelqu'un en qui il n'avait plus confiance. Néanmoins, il fut le premier à céder et à accepter. Il avait trop envie de sortir. Quant à Inuyume, elle suivit le mouvement sans trop de conviction.
Ils se séparèrent pour aller s'habiller, et gagnèrent ensuite le point de rendez-vous indiqué par Maître Komori.
L'homme chauve-souris était toujours très agité.  Il ne répondit ni aux questions de Chveuil ni à celles d'Inuyume, leur faisant juste signe de le suivre. Lykandré qui avait pensé qu'ils passeraient par la grande porte de l'accueil fut surpris de voir que ce n'était pas au programme. Ils montèrent jusqu'au dernier étage de l'immeuble, et là, maître Komori utilisa une clef pour ouvrir une des fenêtres qu'il enjamba.

mardi 1 novembre 2011

Lykandré - 98

L'andromorphe aux cheveux de neige tomba de tout son long sur le sol, le visage contre terre. Avec embarras, Lykandré constata que Méroé avait perdu connaissance sous la violence du choc. Il le retourna non sans une certaine rudesse et lui lécha le visage pour  lui faire reprendre ses esprits. Son ventre était plein, le mouton était sous sa forme humaine, mais l'odeur et le goût lui parurent alléchantes. Heureusement, l'homme mouton revint vite à lui et Lykandré put arrêter de lui donner des coups de langue.
– Tu ne mesures vraiment pas ta force, gémit Méroé en papillonnant des paupières.
– Désolé, mais tu allais encore t'enfuir sans me laisser dire le fond de ma pensée. Je ne suis pas du tout heureux de cette histoire d'accouplement forcé. Je veux choisir moi-même ma compagne...
– Tu veux bien ne pas rester comme ça au-dessus de moi, s'il-te-plaît, le coupa l'homme mouton d'une voix altérée.
Sa température corporelle avait augmentée et un rapide coup d'œil sur son entrejambe apprit à Lykandré que Méroé était excité. Il se déplaça.
– Je ferais vraiment mieux de te laisser.
Cette fois, Lykandré ne le retint pas. Il avait besoin de réfléchir. Il appréciait Méroé, mais l'aimer, ça, il ne savait pas. D'ailleurs, il n'avait jamais ressenti ce sentiment et il est vrai que jusqu'à il n'y a pas si longtemps ça, il n'aurait jamais pensé à prendre comme partenaire quelqu'un qui n'était pas de son espèce, et encore moins quelqu'un de sexe masculin. Mais depuis cette nuit fatidique où il avait surpris Danno en train de posséder Jun, tout avait changé. Il avait été arraché à son île et il avait découvert qu'il existait d'autres créatures comme lui, mais aussi des humains qui se transformaient en animaux, comme Blacky. Et petit à petit, il était obligé de réaliser que la sexualité, une chose qui lui avait toujours parue simple et naturelle, liée à une saison particulière, était une affaire complexe. Les humains ne s'accouplaient pas que dans un but reproductif. A tout moment, les andromorphes semblaient en mesure de coucher entre eux ou avec des humains et étaient même capables d'avoir des enfants. Chveuil en était la preuve vivante. Jun, aussi. Ainsi, la recherche du plaisir ou l'amour pouvaient pousser les êtres à s'unir au-delà de toute logique. Méroé n'aurait clairement pas dû avoir envie de s'accoupler avec quelqu'un comme lui qui l'aurait volontiers mangé s'il n'avait eu autre chose à se mettre sous la dent. Demain, il lui demanderait comment il pouvait être aussi certain de ce qu'il ressentait. Il voulait comprendre.
Seulement, après une journée peu passionnante à articuler péniblement des mots sous la tutelle de maître Maolo, Lykandré ne retrouva pas Méroé au réfectoire. Dans un premier temps, cela ne l'inquiéta pas. Après ce qui s'était passé hier soir, il n'était pas anormal que le mouton l'évite. Puis, il s'aperçut que la salle n'était aussi pleine que d'habitude et il commença à s'interroger sur l'absence de l'andromorphe aux cheveux de neige.