mercredi 6 avril 2011

Fleur Bleue - 56

A la fin, pour la faire taire, Vlad promit qu'il prendrait le temps de réfléchir sérieusement à sa relation avec M.Yamatatomo. Et c'est pourquoi quand Ludovic et Misha arrivèrent, Vlad peina à faire bonne figure. Le venin craché par Pauline avait réussi à le mettre mal à l'aise.
– Tu as l'air tendu... Le client n'a pas aimé le résultat de tes efforts ? demanda Ludovic.
Comme Vlad ne voulait pas rapporter les propos de Pauline devant Misha, il prétendit qu'il était simplement fatigué, tout en faisant signe à Ludovic qu'il lui expliquerait tout plus tard. Ce dernier hocha la tête, montrant qu'il avait compris le message. La soirée s'en trouva bien évidemment gâchée. Même quand Misha s'absenta un moment dans sa chambre, Vlad refusa de se confier, préférant être sûr que le petit garçon n'ait aucune chance de surprendre leur conversation. Ludovic dut prendre son mal en patience, mais l'atmosphère s'en ressentit. Misha, pas dupe du fait qu'il se tramait quelque chose, se montra fatiguant  et c'est avec soulagement que Vlad vit arriver l'heure du coucher. Une fois Misha bordé, Ludovic l'entraîna dans la cuisine et attaqua bille en tête :
– Quel est le problème ?
Il semblait penser que c'était en rapport avec lui, et Vlad ne put le détromper, car indirectement, c'était bien le cas. Il résuma le coup de fil de Pauline et les menaces qu'elle avait proféré.
– Tu crois que ta belle-maman serait vraiment capable de te faire un procès et de prévenir mon école de mes « mœurs dépravées » ? demanda Ludovic d'un ton énervé.
– Je pense qu'elle ne le ferait qu'en ultime recours, à sa façon, elle pense surtout au bien-être de Misha, elle ne cherche pas à nous pourrir la vie pour le plaisir.  Pour le moment, je crois avoir réussi à la dissuader... surtout que je lui ai promis de reconsidérer les choses.
Vlad, quand il eut fini de parler, osa regarder à nouveau Ludovic en face. Les yeux bleus étincelant, ce dernier paraissait à la fois peiné et fâché.
– Tu veux rompre ?
– Non, j'ai dit ça juste pour la calmer. Pour ma part, ça fait un petit moment que j'ai envie de te proposer d'emménager avec nous.
Cette révélation n'apaisa pas le moins du monde du Ludovic.
– La belle affaire ! Comment peux-tu songer à ça alors que tu rechignes toujours à m'embrasser, que tu t'éloignes quand je cherche à dépasser le stade du baiser ? Ce serait intenable si nous étions sous le même toit !

mardi 5 avril 2011

Fleur Bleue - 55

Il n'était pas étonné que Misha ait vendu la mèche. Même si Ludovic et lui ne s'embrassaient pas devant le petit garçon, Vlad lui avait annoncé que son instituteur était devenu son amoureux. Il lui avait précisé qu'il valait mieux ne pas en parler, car cela pouvait heurter la sensibilité de certaines personnes, mais n'avait pas exigé le secret absolu. L'histoire à propos de l'existence du père Noël lui avait servi de leçon : demander à un enfant ce genre de chose ne pouvait conduire qu'à d'autres mensonges qui seraient éventuellement plus embarrassants que la vérité.

Pauline reprit d'un ton pincé :
– Quand je pense que tu refusais de te remettre en couple, je suis vraiment suffoquée. Je trouvais cela dommage, mais je me montrais compréhensive, il était touchant que tu restes attaché au souvenir de ma pauvre Katia. Mais non, depuis Noël, tu es obsédé par cet instituteur... Je soupçonnais déjà quelque chose, mais tu m'avais assuré que tu ne ferais rien qui puisse nuire à mon petit-fils. Vraiment, deux hommes ensemble, ce n'est pas naturel, c'est malsain. Ah ! Quand je pense que j'avais pris la peine de te présenter une charmante jeune femme pas plus tard que le mois dernier...!
La colère de Vlad qui était montée au fur et à mesure que Pauline se plaignait, finit par éclater :
– Vous n'avez pas à intervenir dans ma vie amoureuse. Vos préjugés sans fondements, vous pouvez vous les garder. Quant à la façon dont j'élève MON fils, elle ne concerne que moi.
Pauline émit un couinement outragée avant de riposter :
– Enfin, ce n'est pas pour rien qu'on interdit aux gays d'adopter ! Ma pauvre Katia doit se retourner dans sa tombe. En tant que grand-mère de cet enfant, il est de mon devoir de le protéger. Et j'ai des droits !
Le sang de Vlad se glaça dans ses veines. A mots couverts, Pauline le menaçait de procès. Il essaya de calmer le jeu.
– Si nous nous disputons, Misha sera le premier malheureux. Tout ce que je vous demande, c'est de respecter ma vie privée.
– Mais enfin, Vlad, vous et ce professeur, cela ne peut être sérieux. J'ai bien envie d'écrire un mot pour informer l'école.
Et voilà qu'elle s'attaquait à Ludovic. Il fallait la dissuader d'agir sans céder du terrain - une mission en somme quasi-impossible.
– Et après ? Il sera possiblement renvoyé, mais vous n'y gagnerez rien. Misha ne souffre pas le moins du monde de la situation actuelle.
Il y eut un blanc au bout du fil. Puis finalement, Pauline eut le bon goût d'admettre que le petit garçon  était content et en pleine forme. Elle déblatéra pendant encore un bon quart d'heure, cherchant à culpabiliser Vlad.

lundi 4 avril 2011

Fleur Bleue - 54

Après-demain, ce serait officiellement le printemps. L'air était doux et parfumé. Vlad, chargé de sacs de courses, se mit à siffloter joyeusement. Il avait été félicité de son travail par un client et, en fin d'après-midi, Ludovic ramènerait Misha de l'école et leur concocterait un délicieux dîner. Depuis qu'il avait fait la connaissance de l'instituteur de son fils, la vie n'était plus la même. Elle était plus belle. Vlad se sentait heureux, comme du temps de Katia. Il restait cependant une ombre au tableau. Il ne parvenait toujours pas à embrasser spontanément Ludovic. Et pourtant, quand ce dernier prenait l'initiative, il appréciait la chose. Vlad se rendait bien compte que Ludovic souffrait de la situation et voulait aller plus loin, mais, même s'il souhaitait le satisfaire, il ne ressentait pas cette étincelle de désir qui pousse à toucher l'autre. Sa simple présence suffisait à son bonheur. Par ailleurs, il craignait de laisser Ludovic lui faire à nouveau l'amour, car il avait peur de ressentir au moment de la pénétration cet intense plaisir qu'il n'avait jamais éprouvé quand Katia entrait un gode en lui. Cela lui donnait l'impression de trahir la mémoire de la femme qu'il avait tant aimée. Il n'avait pas encore trouvé le courage d'en parler à Ludovic et pourtant, il le faudrait bien, car il était évident que ce dernier ne supporterait pas que les choses en restent là où elles en étaient entre eux.
Vlad rangea les courses, vérifiant qu'il n'avait pas oublié d'acheter les ingrédients dont avait besoin Ludovic pour le repas de ce soir, puis il s'occupa de plier le linge qui pendait sur l'étendoir. Il serait bientôt quatre heures et demie, et Ludovic et Misha ne tarderaient pas à rentrer.
Il était en train de lancer une machine quand la sonnerie du téléphone de la maison retentit. Sans se presser, il alla répondre et eut la mauvaise surprise d'entendre la voix acidulée de Pauline.
– J'ai vraiment hésité longtemps à te donner ce coup de fil, mais je ne peux raisonnablement fermer les yeux sur cette affaire.
A cette entrée en matière, la bonne humeur de Vlad s'envola.
– Que se passe-t-il ?
– Mercredi après-midi, j'ai, comme tu sais, gardé Misha et j'ai eu une conversation vraiment édifiante avec lui. Il serait inutile, d'après lui, que je lui cherche une nouvelle maman, car il va bientôt avoir un second papa.
Pauline marqua un temps de pause, attendant probablement un déni, mais Vlad ne protesta pas.