mardi 31 août 2021

Amour Alien - 62

Cuueil éclata soudain d’un rire silencieux typique des Turquoises.
Chez lui, cela avait un côté effrayant, en particulier parce que Joël ne voyait vraiment pas ce qu’il y avait de drôle à la situation. L’alien lui avait fait une proposition déplacée et avait insisté avant de s’énerver et de donner l’impression qu’il allait prendre du plaisir avec lui, de gré ou de force. Ou du moins le rudoyer.
— Tu es vraiment ****
C’était à ne pas en douter une insulte. Comme quoi, cela avait parfois du bon de ne pas tout comprendre.
Cuueil tourna alors les talons et s’en fut, clairement content de lui avoir fait peur. Il n’y avait plus à espérer que ce sadique ne reviendrait pas à la charge.
    Si Joël fut exaucé de ce point de vue, cela ne rendit pas sa vie au village plus facile pour autant.
Beaucoup de Turquoises continuaient à le regarder d’un mauvais œil et pas mal de filles aussi.
Profiter du point d’eau restait un exercice inconfortable.
Joël se sentait comme une bête de foire, et Aarp lui manquait d’autant plus.
Il ne comprenait pas lui-même comment il avait pu tomber amoureux si vite alors qu’il le connaissait encore mal. Peut-être était-ce les circonstances extraordinaires, peut-être était-ce en raison de la force tranquille qu’Aarp dégageait…
Le jour où Aarp aurait pu rentrer au village selon les exigences de Coom arriva sans qu’il ne réapparaisse. Joël rationalisa son retard.
Seulement, un jour de plus se transforma en deux, puis en trois, si bien que Joël tenta de convaincre Coom d’envoyer quelqu’un à la recherche de Aarp.
Il obtint une fin de non recevoir. Aarp était le spécialiste du désert. Saag était également d’avis que c’était inutile : Aarp était capable de se débrouiller seul.
S’engager seul dans le désert étant de la folie, Joël ne l’envisagea même pas.
Tout au plus faillit-il demander à Cuueil son aide avant de se raviser. L’alien était un sale type qui risquait de vouloir être compensé d’une façon ou d’une autre.
En désespoir de cause, Joël aborda d’autres Turquoises, sans succès. L’un d’eux eut même la cruauté d’affirmer qu’Aarp avait préféré rester dans le désert pour lui échapper, parce qu’il avait réalisé que Joël ne faisait pas un bon partenaire.
D’autres filles avaient également cette théorie. Miranda, Emilie, Lilou, Sara et Marianne l’avaient balayé d’un revers de main. Joël n’y croyait pas non plus, mais cela ne l’avait pas empêché d’être blessé.

lundi 30 août 2021

Amour Alien - 61

— Tu es totalement en train de penser à ton alien, hein ?
Joël, alors qu’il cherchait à renouer avec Emilie, s’était en effet laissé aller à rêvasser.
— Oui. Pardon.
— Ne t’en fais pas, cela se voit que vous êtes très amoureux l’un de l’autre.
Et c’est sans doute pour cela que Joël aurait voulu qu’Aarp soit déjà de retour.
Hélas, quand les Turquoises revinrent au village, chargés d’affaires sélectionnées par Miranda, la seule à avoir obtenu le droit d’accompagner les aliens, Aarp manquait à l’appel.
Joël se tourna du coup vers elle pour obtenir le fin mot de l’histoire.
— Je suis désolée, Jo, mais Coom a jugé que ton chéri devait poursuivre son exploration pendant au moins quatre jours avant d’avoir le droit de revenir.
Même en sachant que ce n’était qu’une question de patience, Joël eut du mal à avaler la pilule.
Même les conserves, sodas et coussins ramenés ne pouvaient le consoler.
Il s’inquiétait pour Aarp, sans doute à tort, puisque son alien avait l’habitude d’arpenter le désert.
Joël ressentit encore avec plus d’acuité l’absence de Aarp quand Cuueil se pointa dans leur logis le soir de leur retour au village.
— Que veux-tu ?
— Si tu te sens seul, nous pourrions nous donner du plaisir, déclara Cuueil.
Joël resta un instant suffoqué.
— Non, dit-il enfin.
— Vraiment ? Mes pénis sont plus gros que ceux de Aarp.
Joël s’en moquait à peu près autant que de sa première chemise. Cela ne rendait pas Cuueil plus sympathique.
— Pars… lâcha Joël, à défaut d’être capable de formuler une réplique percutante, du genre que ce qui comptait c’était de savoir s’en servir.
— Ne me parle pas sur ce ton ! s’exclama Cuueil.
Il ajouta une série de phrases incompréhensibles qui ressemblaient à des imprécations et approcha, l’air mauvais.
Joël se rencogna contre le mur, conscient qu’il ne faisait pas le poids fasse au Turquoise. Il était grand et musclé comme tous ses congénères.
Il pouvait toujours crier, bien sûr, mais il n’avait guère envie d’attirer encore l’attention de tout le monde sur lui. Et ce serait la parole de Cuueil contre la sienne.

vendredi 27 août 2021

Amour Alien - 60

Saag intervint :
— Être séparés constituera une punition suffisante pour eux.
Coom n’eut pas l’air convaincu, mais il s’inclina, peut-être bien parce que Miranda approuvait fortement la suggestion de Saag.
Zara râla pour sa part. Elle trouvait que Joël s’en tirait trop bien. Cela se voyait que ce n’était pas elle qui était restée au fond d’un trou, pas elle qui avait été exposé à l’aridité du désert.
Ce n’était pas elle non plus qui avait un charmant alien pour partager sa couche...
Cuueil lui fit écho :
— Jo a menti. Il est contre-nature. Va-t-on vraiment le laisser vivre parmi nous ?
D’autres Turquoises lui donnèrent raison et la situation vira à nouveau au roussi.
— Je peux quitter le village avec lui, déclara Aarp, en le serrant plus fort contre lui.
C’était tellement réconfortant d’être collé à lui que Joël n’avait même pas songé demandé à quitter l’étreinte de ses bras.
— Tout ça, c’est parce que vous êtes jaloux, clama l’une des rares Turquoises de sexe féminin.
C’était sûrement vrai. Ceux qui avaient manifesté leur hostilité étaient en effet des Turquoises célibataires qui n’avaient réussi à conquérir le cœur d’aucune fille.
La providentielle remarque coupa court à l’échauffement des esprits et la conversation se réorienta sur l’expédition dans le désert, le temps que ça prendrait d’y aller, ce qu’il faudrait ramener.
Et, comme les Turquoises n’étaient pas du genre à traîner une fois qu’ils avaient pris une décision, Joël eut à peine le temps de dire au revoir à Aarp.
La grande majorité des Turquoises partis, le calme tomba sur le village.
Joël essaya d’en profiter pour tâter le terrain du côté des filles, en particulier celles dont il avait été proche avant de dévoiler brutalement qu’il était un homme.
Il commença par Emilie, lui présentant ses excuses.
— C’est bon, j’ai été choquée, mais tu es pardonné. J’ai eu le temps de réfléchir que ton sexe ne changeait pas grand-chose. Tu es la même personne qu’avant.
— Merci…
— En fait, ce qui m’a le plus gêné, avoua Emilie, c’est que je t’ai dit des trucs que j’aurais gardé pour moi, si j’avais su que tu n’étais pas une femme.
Joël devina qu’elle faisait allusion à ce qu’elle avait confié sur ses rapports sexuels, alors même qu’elle avait été avare en détails.
D’ailleurs, quand il repensait à comment cela avait été avec Aarp, cela le rendait tout chose. La double sensation d’un pénis contre le sien et en lui avait été extraordinaire. Le mieux avait pourtant été le regard brillant d’amour dont l’avait enveloppé Aarp. Ils n’avaient pas échangé les mots, mais les sentiments étaient là.