vendredi 30 octobre 2020

Comme les doigts de la main - 35

La première chose que fit Huo le lendemain dans la cuisine où étaient attablés Marin, Céleste et Gaïus fut d’attraper la main de Blaise, de nouer leurs doigts et d’annoncer joyeusement qu’ils étaient en couple.
Le colosse se figea, et parut même cesser de respirer un instant.
— Ce n’est pas une bonne idée… dit Marin avec une grimace comme s’il avait mordu dans quelque chose de trop acide.
— C’est quoi cette mauvaise blague dès le matin ? Il est trop tôt pour cela, soupira Céleste.
— Ce n’est pas une plaisanterie ! s’écria Huo.
— Vous vous connaissez depuis à peine trois jours, c’est n’importe quoi, rétorqua Céleste.
— C’était un coup de foudre pour ma part. Je n’ai pas besoin de plusieurs mois pour me rendre compte que Blaise est une perle rare, gentil et attentionné ! Quelle importance si nous brûlons les étapes ?
— Je croyais que nous étions tous d’accord qu’il était préférable d’être célibataire avec les fusions, déclara Marin.
— Je suis d’accord pour partager Blaise avec vous.
D’où sans doute sa non exigence d’exclusivité. Il faudrait vraiment qu’ils en rediscutent, mais pas devant tout le monde...
Marin se leva brusquement de table alors qu’il n’avait de toute évidence pas fini son petit déjeuner : sa tasse était encore à moitié pleine et le pancake dans son assiette à peine entamé.
Ni Céleste ni Gaïus n’avaient l’air enchanté qu’ils forment un couple, mais c’était à priori Marin qui le digérait le moins bien.
Blaise échangea un regard avec Huo qui, d’un signe de tête, lui donna son accord pour emboîter le pas au brun.
Marin avait dû partir à toutes jambes, car Blaise ne le rattrapa que devant sa chambre. Blaise le captura par le poignet et le força à se retourner. Marin avait les joues mouillées de larmes.
Blaise, décontenancé, en cueillit une du pouce.
— Pourquoi est-ce que tu pleures ?
— Je ne sais pas… Retourne donc auprès de ton petit ami, ajouta le brun en cherchant à se dégager.
— Pas avant de comprendre pourquoi tu es si triste.
Marin s’humecta les lèvres.
Blaise se rappela des deux fois où le brun l’avait embrassé, la douceur et la fraîcheur de sa bouche et s’en voulut. Il n’aurait pas dû, pas alors que Marin semblait si chagrin.
— Je croyais que, toi et moi, peut-être, au bout du chemin, nous deviendrons quelque chose, murmura Marin.
Que répondre à cela ? Blaise avait apprécié chacun des moments passés en tête-à-tête avec lui, leur domesticité dans la préparation des repas… et il avait rêvé de plus.
— S’il-te-plaît, tu veux bien me lâcher ? demanda Marin.
Formuler si poliment, c’était d’autant moins possible de refuser que Blaise ne savait que dire. Il le libéra.
— C’est vrai que cela aurait pu être possible, murmura-t-il tout de même comme Marin se réfugiait dans sa chambre.

jeudi 29 octobre 2020

Comme les doigts de la main - 34

Après le dîner, Huo se glissa dans la chambre de Blaise.
— Tu voudrais bien qu’on se mette ensemble, toi et moi ? dit le jeune homme roux en le regardant droit dans les yeux.
Qu’il propose plus que baiser surprit Blaise.
— Pas de façon exclusive, bien sûr, ajouta Huo.
La précision acheva de désarçonner Blaise. Il n’avait jamais envisagé une relation ouverte. Et il n’était pas sûr d’être très chaud pour partager Huo avec d’autres gens… si ce n’est Gaïus, Céleste et Marin.
— Je t’avoue ne pas bien comprendre… Si c’est pour qu’on fréquente d’autres gens, au final, quel besoin d’officialiser les choses ?
— Parce que je suis tombé amoureux de toi. déclara Huo.
De son côté, Blaise ne pouvait nier qu’Huo était aussi mignon qu’un chaton, un vrai rayon de soleil.
Ce qui compliquait tout, ce que Blaise était loin d’éprouver de l’indifférence pour les trois autres. Et ce n’était pas qu’une simple attirance. Mais ce qui était certain, c’est qu’avec Huo, dès le premier regard, il y avait eu comme une étincelle.
— Je crois que moi aussi… souffla Blaise.
Il n’eut pas le temps de clarifier pourquoi Huo souhaitait une relation ouverte, déjà le jeune homme se jetait dans ses bras.
Tout à coup, parler ne semblait plus aussi intéressant… Blaise lui embrassa le sommet du crâne, le souleva et l’emporta jusqu’au lit où il l’étendit. Les yeux jaunes orangés d’Huo brillèrent et il se déshabilla avec grâce.
Blaise l’imita, sans finesse aucune, puis il se mit à explorer la moindre parcelle de peau du jeune homme, caressant et pressant des baisers partout sauf sur ses lèvres jusqu’à ce qu’Huo le supplie de passer à la vitesse supérieure.
Blaise le pénétra d’un doigt, à sec, puis même deux parce qu’il se souvenait qu’Huo aimait la sensation de brûlure.
Huo gémit, enfiévré de plaisir.
Le voir comme ça enflammait les sens de Blaise.
— Un préservatif lubrifié ? demanda-t-il d’une voix rauque.
— Dans la poche de mon short, haleta Huo.
Une fois paré, Blaise se frotta entre la raie des fesses de Huo, puis il cessa de les torturer tous les deux et le pénétra doucement. Avec si peu de lubrifiant, quoiqu’en dise Huo, il s’agissait de ne pas lui faire mal.
A l’intérieur de Huo, c’était serré et brûlant. En un mot, parfait.
Blaise empoigna le pénis de Huo et le caressa en rythme avec les coups de rein qu’il lui donnait.
Dans un miaulement de plaisir, Huo jouit, les yeux fixés sur Blaise qui eut, à son tour, un orgasme aussi brutal qu’explosif.
Il eut comme un éblouissement. Tout pantelant, il ne tarda cependant pas à se retirer et s’écrasa aux côtés de Huo qui se blottit aussitôt contre lui.
Blaise lui déposa un baiser sur le front et s’endormit content, avec tout de même l’étrange sensation que quelque chose manquait, ou plutôt quelqu’un et même quelque trois…

mercredi 28 octobre 2020

Comme les doigts de la main - 33

Après un moment, Blaise comprit qu’il y en avait pour des heures de lecture : Marin avait en effet commencé le document du jour qu’il avait réalisé que son sens du goût avait évolué, le jour de ses vingt ans, soit cinq ans plus tôt.

Marin dut se rendre compte de la même chose, car il lui offrit une clef USB avec une copie du fichier et lui prêta également un ordinateur portable de façon à ce que Blaise puisse poursuivre sa lecture quand il le souhaitait.
Blaise accepta volontiers.
    
    A trois, le repas fut une affaire tranquille. Comme il avait à nouveau un ordinateur à sa disposition – le sien était resté à son appartement – Blaise demanda à Huo le nom de sa chaîne afin de regarder ses vidéos.
Le jeune homme ne fit pas de difficultés et quelques clics plus tard, Blaise put découvrir qu’Huo se filmait en train d’utiliser ses pouvoirs. Mais bien sûr, tout le monde croyait qu’il s’agissait d’un truc ou de quelconques effets spéciaux...
Il était toujours en train de visionner quand Céleste et Gaïus rentrèrent, ils s’empilèrent tous dans la voiture pour aller purifier les environs.
En plein centre-ville, ce fut Céleste qui opéra, son vent balayant tout.
Sur un bord de route désert, Huo utilisa ses flammes. Un moment, tout parut brûler, donnant l’impression qu’un incendie s’était déclenché, puis tout s’éteignit sans que quoi que ce soit endommagé, hormis sans doute les invisibles moisissures.
Durant chaque purification, Blaise demeura sur ses gardes, s’attendant à ce qu’un ou plusieurs de leurs ennemis ne débarquent, mais rien ne se produisit.
Blaise put assister à une démonstration de purification par Gaïus qui occasionna d’impressionnantes vibrations sous leurs pieds. Marin effectua un nouveau nettoyage façon fontaine, et ensuite les quatre homme décrétèrent que c’était le tour de Blaise.
Il ne parvint à rien. Mais c’était quoi au juste le cinquième élément ? Le monde animalier ou autre chose ? A priori, transformer ses compagnons en animaux était un effet de son toucher.
Personne ne lui reprocha de ne pas savoir comment procéder, ce qui n’empêcha pas à Blaise de s’en vouloir.
Au final, ils retournèrent à la maison sans avoir à affronter quiconque, ce qui se révéla un soulagement comme une déception. Au moins, sur ce plan, Blaise avait une victoire à son actif.