vendredi 28 février 2020

L'empreinte de l'orc - 71

Gulrik était en train de broyer du noir quand quelqu’un entra dans sa chambre. Il ne se retourna pas, sûr qu’il s’agissait juste d’une orc lui apportant un repas.
— Prince, vous avez des visiteurs, annonça une voix.
Voilà qui était nouveau et inattendu.
Gulrik pivota.
— Faîtes-les entrer, grommela-t-il.
Un orc trapu au teint d’orc passa l’embrasure, mais Gulrik le vit à peine, son champ de vision se réduisant à la personne qui le suivait. Les narines de Gulrik frémirent et les battement de son cœur s’accélèrent.
Son humain était là, en chair et en os.
En deux enjambées, Gulrik fut sur lui et l’enlaça.
L’instant d’après, il le soulevait de terre et capturait sa bouche sans se soucier ni de l’orc inconnu ni du serviteur qui les avait introduits. Il se moquait du pourquoi du comment. Cyan était présent.
Le désir brûlant de posséder tout entier l’envahit. Il voulait être en lui. Sur le champ. Et Cyan semblait être partant, souple et gémissant entre ses bras.
Gulrik se mit à tirer sur le pantalon de l’humain.
Il entendit vaguement la porte se refermer. Les deux gêneurs avaient préféré s’éclipser et c’était tant mieux, car spectateurs ou pas, Gulrik aurait été bien incapable de s’arrêter.
Il défit son pagne d’un seul geste – l’habillement des orcs était vraiment plus pratique que celui des humains, puis déposa Cyan sur le lit où il acheva de le dévêtir, déchirant la tunique dans sa hâte.
La frénésie qui l’habitait le quitta face à la marque qui ornait le torse de Cyan. Large et vert clair, semblable à une main même s’il manquait un doigt. La légende des empreintes dont sa cousine lui avait rebattu les oreilles autrefois lui revint aussitôt en mémoire.
Gulrik inspira à fond et plaça sa main par dessus.
Sous sa paume, le cœur de l’humain battait à tout rompre.
— Je… Je vous... bredouilla Cyan.
Il leva le bras et toucha en retour du bout des doigts le pectoral de Gulrik qui cessa de respirer.
Il détacha lentement son regard de celui de l’humain dont le bleu était plus brillant que jamais et examina brièvement son propre torse.
Lui aussi avait un début d’empreinte. Une bien plus petite et rosâtre. Ce n’était pas un hématome, n’en avait jamais été un.
— Je t’aime… souffla Cyan, ses joues s’empourprant de façon délicieuse.
— Mon cœur t’appartient, grogna Gulrik.
— Vraiment...?
Gulrik hocha la tête et s’empara des lèvres de l’humain avec douceur.
Il brûlait toujours de désir pour Cyan, mais tout sentiment d’urgence l’avait déserté. Il voulait prendre son temps pour lui faire l’amour.

jeudi 27 février 2020

L'empreinte de l'orc - 70

Gulrik tournait dans sa chambre comme un animal en cage. Il y était coincé depuis le départ des invités.
Cela le rendait fou, tous ses jours à tourner en rond, enfermé. Et dire que son père n’avait toujours pas levé la punition.
La vue de la fenêtre de sa chambre avait perdu  son charme dès la fin de la première semaine. La majestueuse nature était inaccessible à l’horizon. L’animation dans la cour de la forteresse avec tous ses gens autorisés à travailler et s’amuser était plus irritante qu’autre chose.
Gulrik n’avait rien à faire. Pas la plus petite distraction. Dans un accès de rage, las d’être entre quatre murs, quand bien même c’était son domaine, Gulrik avait détruit les meubles de sa chambre, n’épargnant que le lit. Il avait également brisé le miroir au-dessus de la commode. L’une des orcs chargée de lui apporter des plateaux repas avait été effarée. Tout avait été nettoyé, mais rien n’avait été remplacé et la pièce ressemblait désormais plus à une cellule qu’autre chose, ce qu’elle était devenue.
Son père ne décolérait pas. Tant que Gulrik n’aurait pas promis de se marier dans les plus brefs délais, il resterait prisonnier.
Gulrik ne comprenait pas l’urgence. Son père aurait mieux fait de s’inquiéter de l’archer humain qui courait toujours avec un poison mortel en sa possession. Gulrik n’avait aucune envie de céder au chantage de son père. C’eût été comme reconnaître qu’il avait raison sur d’autres plans tel le fait que Cyan était le complice de l’archer ou encore que Gulrik n’aurait jamais dû se battre avec un employé des cuisines. Or, Gulrik ne croyait pas au premier et ne regrettait nullement d’avoir puni le second. Malgré tout la situation n’était pas tenable.
La solitude ne lui pesait pas dans la mesure où la compagnie d’une seule personne l’intéressait – Cyan, mais Gulrik n’en pouvait plus d’être consigné dans sa chambre et contraint à l’oisiveté.
Il se maintenait en forme et remplissait ses journées en effectuant différents exercices de musculation qui ne nécessitaient ni partenaire ni matériel, mais cela ne suffisait pas. Pas alors que l’humain lui manquait férocement, son absence semblable à un trou béant dans sa poitrine.
Il avait bien tenté de s’échapper, d’abord en plaisant sa cause auprès de ceux qui le gardaient, puis en forçant le passage, mais sans succès, car les ordres du roi étaient suivis à la lettre et sa porte et sa fenêtre étroitement surveillées.
L’unique issue semblait de se résigner à son sort et remplir son devoir de prince, ce qui revenait à laisser gagner son père et étouffer les protestations de son cœur.

mercredi 26 février 2020

L'empreinte de l'orc - 69

— Je ne pouvais pas non plus l’envoyer promener, s’emporta Cyan. Il me racontait comment ses parents étaient liés, chacun marqué par l’empreinte de l’autre, précisa-t-il dans l’espoir d’obtenir des informations sur le sujet.
L’orc ne prit heureusement pas ombrage de son ton.
— Pft, ce n’est qu’une légende pour les petites orcs qui rêvent d’amour absolu et fusionnel. Rien ne vaut de bonnes parties de jambes en l’air, sans contrainte ! File-moi cette hache, l’humain et va plutôt refaire le lit de la chambre 5.
Cyan s’exécuta après avoir pris le temps de remettre sa chemise.
Les draps changés et la pièce aérée, Cyan réussit à interroger une des servantes au sujet de la légende.
Les yeux de l’orc se mirent aussitôt à briller et elle se lança dans une tirade passionnée avant de conclure :
— Si seulement, c’était vrai…
Cela avait beau lui plaire, elle n’y croyait pas non plus.
Cyan questionna les autres employés avec des résultats similaires avant se rendre compte qu’il n’avait pas vraiment besoin de plus d’informations et certainement pas de preuve. Il la portait sur sa peau. L’empreinte n’était certes pas encore complète, mais oui, cette forme qui se dessinait, c’était bien celle d’une grande main, celle du prince des orcs.
Gulrik avait-il de son côté la marque des doigts de Cyan sur son torse ? L’avait-il repéré ? Et si, oui, était-il dégoûté d’avoir pour partenaire un humain ?
Au fond, peu importait la légende et sa réalité, ce qui comptait, c’était Gulrik et la manière dont il vivait la chose.
Quitter Manchor en compagnie de Rurk pour s’infiltrer à Orcania était aussi tentant que dangereux. Il semblait plus raisonnable d’attendre ici. Si Rurk ne se trompait, Gulrik serait plus ou moins obligé de revenir chercher Cyan ou du moins d’envoyer quelqu’un pour le récupérer. Partir avec Rurk, c’était risqué à nouveau le cachot ou pire, même si, toujours selon les dires de l’orc trapu, nul ne pourrait ôter la vie de Cyan sans mettre en danger celle du prince.
Au final, il ne savait pas quoi faire. Il n’avait aucune garantie de revoir Gulrik dans un cas comme dans l’autre. Essayer semblait tout de même préférable à ne pas bouger.
Cyan se mit à guetter le retour de Rurk à l’auberge. Il avait peut-être tort de lui faire confiance et d’effectuer une fois de plus le voyage à Orcania, mais si Gulrik était au bout, cela en valait la peine.