vendredi 28 septembre 2018

Bienvenue à Versélia - 59

Il émergea au pied d’un arbre, un qui n’était pas le Gardien et se découvrit habillé de son costume et de ses souliers.
Il n’eut pas le temps de se remettre de sa surprise : des pas approchèrent et une lampe torche balaya son visage.
— Je l’ai retrouvé, annonça un inconnu.
Grégoire, les yeux clignotant, nageant en pleine confusion, fut bientôt entouré de plein de gens. Son état de choc devait être évident, car il lui fut gentiment expliqué qu’on le cherchait depuis presque deux semaines.
Sa voiture abandonnée sur le bas-côté avait été localisée, puis on avait remis la main sur son téléphone, mais pas de trace de lui jusqu’à présent.
La durée indiquée de sa disparition ne fit que perturber davantage Grégoire. Cela ne correspondait en rien au temps qu’il avait passé à Versélia.
Peut-être que tout cela n’avait été qu’un rêve, qu’il n’avait jamais été dans un autre monde, qu’il avait halluciné. Il était dans son costume dont il se rappelait s’être pourtant débarrassé, de même que ses fichus souliers !
Des questions lui furent posées, les gens voulant savoir ce qui s’était passé, ce qui lui était arrivé dans les bois, mais Grégoire se contenta de secouer la tête, incapable de répondre.
Croire à l’existence des fées, dragons et centaures avait été facile quand il les avait eu sous le nez, mais à présent, il n’était plus si sûr.  Il avait peut-être tout imaginé, le merveilleux homme-arbre compris.
Il fut enveloppé dans une fine couverture dorée, mis dans une voiture de police et conduit à l’hôpital où ses parents déboulèrent en larmes.
Il fut statué qu’il n’avait rien. Tout le monde, en revanche, attendait des explications que Grégoire n’était pas en mesure de leur fournir. Prétendre ne pas se souvenir était plus simple que de mentionner Versélia. Il n’avait pas envie qu’on doute de son état mental.
Son amnésie fut interprétée par le médecin spécialisé qu’on l’obligea à consulter comme une façon de se débarrasser d’événements traumatiques s’étant déroulés durant sa disparition.
Et Grégoire ne put s’empêcher de se demander si ses souvenirs de Versélia masquaient en effet autre chose.
Même si le cœur n’y était pas, il reprit le travail où les rumeurs allaient bon train sur les deux semaines où il avait erré dans les bois. Une des théories les plus populaires était qu’il avait été enlevé, et torturé et qu’il avait préféré évacuer ses souvenirs.

jeudi 27 septembre 2018

Bienvenue à Versélia - 58

Grégoire fut aussi ravi que Saphir arrive qu’il avait été la veille quand il était parti. Il l’entraîna vite loin du Gardien et lui déballa tout, moins les détails intimes.
— Je ne comprends pas le problème, finit par dire Saphir. Rien ne t’oblige à rentrer.
Grégoire lui expliqua, en vain, Saphir était plus intéressé par les prouesses sexuelles du Gardien.
Il demanda au fée de l’accompagner chez Vulkain. Il était certain que le dragon, lui, serait de bons conseils.
Une fois son déguisement enfilé sur l’insistance de Saphir, ils s’y rendirent, mais le dragon était absent.
Sur le retour, ils croisèrent Galway et le fée choisit de l’arrêter pour lui parler du dilemme de Grégoire – Saphir avait beau ne pas saisir, il demeurait désireux de l’aider.
— Moi, par amour, je suis capable de tout, déclara le centaure.
Grégoire ne doutait pas de sa sincérité, mais tout était toujours plus facile en théorie qu’en pratique.
— Tu veux qu’on aille revoir Corbin ou demander l’avis de quelqu’un d’autre ? offrit Saphir.
Grégoire hésita, puis refusa.
Partir ou rester, le choix lui appartenait au bout du compte. Quitter Versélia pour y revenir ne semblait pas une option dans la mesure où son départ étant soumis à condition, son entrée devait aussi l’être. Le mieux était encore de retourner auprès du Gardien pour passer le plus possible de temps avec lui.
Au clair de lune, l’homme-arbre et lui firent l’amour, une caresse appelant l’autre. Ils n’échangèrent aucune parole, leurs souffles et râles se répondant en écho.
Cette fois, Grégoire se rendit à la rivière pour se laver, une couverture sur les épaules. Il était prêt à affronter la curiosité du nymphe et aussi à se confier à lui.
Grégoire avait eu le temps de s’immerger dans l’eau quand Neegr apparut.
Le sourire accueillant du naïade disparut devant l’air mélancolique de Grégoire.
— Cela ne se passe pas bien entre le Gardien et toi ?
— Si… Mais Versélia, ce n’est pas mon monde...
Et Grégroire, encouragé par le naïade, parla du sien, et ce faisant, il réalisa qu’hormis les gens qu’il connaissait, rien ne lui manquerait, pas même sa spacieuse voiture.
— A t’écouter, je crois qu’au fond, il n’y a pas de problème. Beaucoup de verséliens ne te portent pas dans le cœur actuellement, mais ce n’est que temporaire et tu as des amis.
Dont Neegr, c’était une évidence.
Grégoire, le cœur plus léger, prit le chemin du retour.
A un moment, il trébucha sur un quelconque obstacle, chercha à retrouver son équilibre, se retenir, mais tomba et ce fut le trou noir.

mercredi 26 septembre 2018

Bienvenue à Versélia - 57

Le Gardien l’embrassa et redevint un arbre. Même pas besoin pour lui de s’essuyer. Il y avait peut-être du sperme qui séchait sur une de ses branches. Grégoire secoua la tête. Mieux valait ne pas y penser.
Les oiseaux envoyés par le Gardien revinrent et  déposèrent le tissu mouillé entre ses mains. Grégoire les remercia, même s’il n’était pas sûr qu’ils le comprennent.
Une fois propre, il grimpa dans son perchoir, non sans une légère grimace.
Le sommeil le fuit.
Il n’avait pas dit au grand arbre qu’il l’aimait, mais sûrement ce n’était pas nécessaire. Le Gardien avait dû le comprendre.
Il ne lui avait pas promis non plus de rester à Versélia. Or, en s’unissant au Gardien, il avait eu le sentiment paradoxal d’être enfin lui-même, comme si la pièce qui lui avait toujours fait défaut s’était mise en place. En d’autres termes, il s’était trouvé, ce qui signifiait, à en croire le sage Corbin, qu’il pouvait désormais quitter Versélia.
Il ne savait pas s’il le voulait vraiment. Demeurer ici signifiait ne jamais revoir ses parents pour lesquels il aurait disparu sans jamais qu’ils sachent ce qui lui était arrivé et c’était mal et ingrat de sa part. Mais quitter le Gardien, c’était s’amputer d’une partie de lui-même.
Il veilla la plus grande partie de la nuit et au petit matin, le Gardien lui reprocha de ne pas l’avoir réveillé pour son tour de garde.
— Je n’arrivais pas à dormir.
— Pourquoi ?
— Avoir des gens qui en veulent à ma vie n’aide pas.
Grégoire ne pouvait se résoudre à lui révéler la vraie raison et en même temps, il avait besoin de se confier à quelqu’un.
— Est-ce à cause d’hier soir ?
En un sens, cela l’était, mais cela n’avait rien à voir avec la culpabilité d’avoir un arbre pour amoureux. La transformation du Gardien en homme lui permettait d’y échapper, du moins en bonne partie.
— Non. C’était merveilleux.
Parfait, même et Grégoire avait envie de recommencer, excepté qu’en plein jour, c’était délicat vu que sa cabane avait brûlé…
— Qu’est-ce qui te tourmente alors ? demanda encore le Gardien.
— Il s’est juste passé beaucoup de choses à cause de cette rumeur et cette maladie ces derniers jours.
— Un remède va être trouvé, le coupable aussi.
Le choix du verbe fit sursauter Grégoire. Il tenta de se rasséréner : peut-être se trompait-il, peut-être n’avait-il pas encore rempli la condition lui permettant de quitter la Versélia. Coucher avec quelqu’un ne pouvait permettre ce genre de chose. Excepté que cela avait été spécial. Entre le Gardien et lui, tout avait coulé de source au point que les mots étaient devenus inutiles.