jeudi 30 novembre 2017

Remplacement Standard - 80

Jonas se retint de justesse de proposer qu'Ethan les visite le lendemain, craignant que ce ne soit prématuré.
Ce fut Gaëlle qui réclama sa venue.
— Pas d'objections ? demanda Jonas.
Gilbert, évidemment, n'en avait pas et Gui secoua la tête, plus résigné que ravi.
Jonas passa un coup de fil Ethan, ne lui cachant pas que son plus jeune fils n'avait pas très bien pris la nouvelle, tout en évitant d'entrer dans les détails afin de ne pas le blesser.
Ethan accepta de passer, même s'il était en pleine préparation pour un nouveau remplacement.
  
    Le dimanche, dans la matinée, quand la sonnette retentit, Jonas se souvint de son mécontentement quand il avait accueillit Ethan la toute première fois qui contrastait avec l'impatience qu'il ressentait à présent. Il connaissait et aimait l'homme qui se trouvait derrière le portail.
Après s'être assuré que c'était bien lui par la fenêtre, il lui ouvrit à distance et s'empressa de dévaler les marches et d'entrebâiller la porte d'entrée : Ethan remontait déjà l'allée.
A peine, eut-il franchit le seuil que Jonas déposa un léger baiser sur ses lèvres.
Du haut de l'escalier, une exclamation de dégoût fut suivie d'un cri de douleur.
— Papa, il m'a frappé ! se plaignit ensuite Gui.
Jonas se détourna à regret d'Ethan pour lever les yeux vers ses trois enfants.
Avant qu'il ne fasse la leçon à ses deux garçons, l'un pour son acte de violence, l'autre pour sa réaction exagérée face à une marque d'affection aussi anodine, Ethan intervint :
— Rien ne justifie vraiment qu'on lève la main sur autrui. Gui a le droit de ne pas apprécier que les gens s'embrassent devant lui.
Ce qu'Ethan ne savait pas, c'est que Gui n'avait jamais été gêné quand Jonas et Gwen faisaient cela en sa présence. Sa déclaration fonctionna néanmoins pour Gilbert comme pour Gui, les deux se sentant apparemment morveux.
Le premier présenta ses excuses au second, précisant tout de même qu'il ne lui avait donné qu'une petite tape et Gui les accepta avant de marmonner qu'il était désolé sans expliquer pourquoi.
Ce mauvais démarrage ne fut heureusement pas représentatif du reste de la journée qui fut pleine de rires et de jeux. Gui, d'abord sur ses gardes, se détendit vite, Jonas prenant soin de ne pas coller Ethan qui, de son côté, se montra réservé, comme à son habitude. Ils échangèrent toutefois plusieurs regards complices et, au moment de son départ, Jonas le gratifia d'un autre bref baiser. Il était prêt à ménager les sentiments de son fils, mais il y avait des limites.
Gui se contenta cette fois d'un raclement de gorge réprobateur que Jonas jugea plus comique qu'autre chose. A force, il finirait bien par s'habituer.
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Pause jusqu'au 8 décembre, en raison de soucis de santé et ensuite une dizaine d'épisodes et puis pause pour les fêtes.

mercredi 29 novembre 2017

Remplacement Standard - 79

— Putain, tu as que dix ans et tu es déjà un vrai con ! Ethan est super cool ! Ça fait quoi qu'il soit un mec ou une nana ? Il a joué tout plein avec toi et t'étais bien content durant son séjour.
— Mais deux hommes, c'est pas une famille, grommela Gui.
— Tu as qu'à aller vivre avec Jean-Antoine au lieu de faire chier.
Jonas qui n'avait pu se faire entendre avant, hurla :
— Suffit ! Surveille ton langage, Gilbert !
Gaëlle éclata en sanglots. Jonas l'installa sur ses genoux avant de lui caresser les cheveux.
— Ça va aller, princesse…
— Moi, je voudrais pouvoir rester avec vous tous. J'aime bien Jean-Antoine et ses filles et Ethan aussi.
Elle redoubla de larmes. Elle n'était pas gênée au moins que son père se mette en couple avec un homme, c'était déjà ça. Jonas se sentait cependant démuni face à sa détresse.
— Ce n'est pas possible ça, patate ! lança Gilbert à sa sœur. Ne vois pas ça comme un choix entre des gens, mais le côté pratique. C'est plus simple de ne pas changer d'école et de maison, ce qui implique de vivre avec papa et de visiter maman au moins un week-end sur deux et pendant les vacances scolaires.
Gaëlle papillonna des paupières. On pouvait presque voir les rouages de son cerveau fonctionner. Elle s'apaisa.
— D'accord, dit-elle. Mais maman, elle ne va pas être triste ?
Jonas songeait qu'elle le serait sûrement, ce qui ne l'empêcherait pas de comprendre que c'était plus simple ainsi.
— Moi aussi, je veux faire comme ça, déclara Gui solennellement.
— Ah ouais ? Tu serais pas mieux dans une famille "authentique" ?
La tension entre les deux frères était à couper au couteau et Jonas n'avait pas la moindre idée de comment la dissiper.
— Tu m'énerves ! s'écria Gui, sans doute à court d'arguments.
Gilbert ouvrit la bouche, mais Jonas prit la parole avant lui :
— Je suis désolé que tu sois inconfortable avec le choix de mon partenaire.
— Est-ce que je vais devenir homo moi aussi ? demanda Gui, la lèvre inférieure tremblante.
Gilbert pouffa face à l'inquiétude de son frère. Jonas le rassura, sans préciser qu'il ne l'était pas, parce que, après tout, aux yeux de la plupart des gens, c'est ainsi qu'il apparaîtrait.
Réutilisant la comparaison avec les parfums de glace, il lui expliqua que c'était une affaire de goût, pas quelque chose qui se transmettait.
Gui parut saisir et conclut que peut-être, au fond, cela ne changeait rien que son père et son frère aiment des personnes du même sexe qu'eux.
Gilbert fit alors la paix avec lui et Jonas se réjouit : la crise était passée et l'avenir s'annonçait sous les meilleures auspices.

mardi 28 novembre 2017

Remplacement Standard - 78

                                                    *
Jonas n'eut pas à attendre le retour de Gilbert à la maison pour savoir que tout s'était bien passé, Ethan prenant la peine de lui téléphoner pour l'en informer.
Cela le soulagea et le motiva à ne pas repousser davantage la discussion avec Gui et Gaëlle, surtout qu'il avait le champ libre, Gwen étant repartie chez son veuf - qu'il allait devoir arrêter d'appeler comme cela pour utiliser son prénom.
Au retour de l'adolescent, dans lequel il savait avoir un allié, il réunit ses enfants dans le salon.
Gui comme Gaëlle traînèrent des pieds. La dernière réunion familiale était fort récente et avait débouché sur l'annonce du divorce. Gilbert qui, lui, avait l'avantage de savoir ce qui était au programme ne fit aucune difficulté.
— Vous avez pu faire la connaissance de Jean-Antoine, le nouvel homme de la vie de votre mère…
— Et maintenant, j'ai deux sœurs, en plus de deux frères, coupa Gaëlle.
Jonas, sans se soucier de l'interruption, continua :
— C'est à mon tour de vous parler de la personne que j'aime désormais. Vous l'avez déjà rencontré, il s'agit d'Ethan.
— Mais c'est un homme, objecta Gui avec une grimace. Vous êtes homos ? demanda-t-il avec un dégoût qui désarçonna Jonas.
Il n'avait pas appris ses enfants à être intolérants. Ethan aurait sûrement été blessé par la réaction de son fils s'il avait été présent et d'ailleurs, Gilbert prit la mouche. Il n'avait pas encore fait son coming-out auprès de sa sœur et de son frère, mais ce fut le déclic.
— Qu'est-ce qui te dérange là-dedans ? En quoi est-ce mal que des garçons en aiment d'autres, hein ? C'est mon cas et je ne vois pas pourquoi je devrais en avoir honte. C'est pas comme si l'espèce humaine était en voie d'extinction. Je dirais même qu'avec la surpopulation, c'est une bonne chose !
Gui protesta et, d'une voix mauvaise, sortit un discours qui, visiblement, n'était pas de lui. Jonas tira assez vite au clair que ses propos venaient d'un de ses camarades qui lui-même les tenaient de son père. Il l'avait intégré et transmis à Gui qui y avait adhéré.
Jonas tenta d'expliquer les choses à Gui, mais ce dernier ne fit que se renfrogner davantage. Gilbert le disputa, Jonas essayant en vain de ramener le calme.