lundi 30 octobre 2017

Remplacement Standard - 57

    Peu après une nouvelle prise de bec sévère, Jonas se jeta malgré tout à l'eau.
— Tu te rappelles la conversation que nous avions eu sur la fidélité... commença-t-il.
Gwen ne lui demanda pas pourquoi il évoquait ce vieil échange qu'ils avaient eu bien des années plus tôt, avant leur mariage, où ils s'étaient promis de prévenir l'autre si leurs sentiments changeaient et qu'ils tombaient amoureux de quelqu'un d'autre.
Elle soupira, s'abîma dans la contemplation de ses mains et hocha la tête.
Il y eut un silence, puis elle reprit, la voix un peu tremblante, le regardant droit dans les yeux :
— J'ai rencontré quelqu'un pendant mes vacances. Un veuf. Je t'assure que n'étais pas partie dans ce but.
Jonas n'éprouva aucune peine à cet aveu. Cela lui enlevait au contraire un grand poids.
— Tu n'as pas à t'excuser. Ou alors moi aussi.
Elle parut étonnée. Peut-être avait-elle cru qu'il l'avait confronté en raison de la distance qu'elle maintenait entre eux depuis son retour.
— Depuis quand… ?
— Pendant ton absence.
Il ne pouvait pas lui avouer pour le moment que c'était un homme qui lui plaisait. C'était déjà assez compliqué comme cela sans en rajouter.
— Oh.
— Nous nous étions promis d'être honnêtes.
— C'était avant la naissance des enfants. Maintenant nous formons une famille. On ne peut pas se séparer comme cela. C'est pour ça que j'ai préféré garder cela pour moi. Je suis rentrée avec l'intention de tout continuer comme avant.
— Mais Gwen, nous ne sommes pas heureux comme ça et par conséquent, les enfants non plus. Tu ne cesses de me faire des reproches à la moindre occasion.
Elle s'emporta :
— Tu le mérites ! Toujours à rentrer à pas d'heure !
— J'ai beau faire des efforts, c'est un de mes travers. Je retombe sans cesse dedans, je ne fais pas exprès. Je comprends que cela t’agace, mais...
Elle le coupa d'un ton calme et triste :
— Oui, c'est vrai. C'est comme si je ne voyais plus que tes défauts. Pourtant tes qualités n'ont pas disparu, mais elles ne compensent plus tes manquements.
— Pour ma part, même si je te considère toujours comme une femme formidable, tes critiques quotidiennes me pèsent. C'est pourquoi nous ferions mieux de nous séparer.
— Et les enfants, dans tout cela ? Tu es incapable de t'en occuper... et je ne peux pas les prendre avec moi. Il en a deux. Je ne me vois pas avec cinq.
Par ces mots, elle montrait qu'elle avait envisagé de le quitter, même si ultimement, elle avait choisi de n'en rien faire. Pour les enfants.
Lui aussi, il pensait à eux et à leur bien-être, même si elle ne le réalisait pas.

vendredi 27 octobre 2017

Remplacement Standard - 56

                                                     *
Trois mois s'étaient écoulés depuis le départ d'Ethan et Jonas ne cessait de songer à lui.
Une nouvelle année débutant, il en profita pour faire le point sur sa vie. Il était inutile de se leurrer plus longtemps : il était malheureux. Cela ne collait plus entre lui et Gwen, plus du tout. L'amour qu'ils avaient partagé n'était plus. Demeuraient leurs enfants et des tas de souvenirs heureux, mais visiblement, le temps avait cassé quelque chose.
Elle ne le supportait plus. Il le sentait. Aucun de ses efforts pour lui complaire ne suffisaient. Par ailleurs, elle ne voulait plus qu'il la touche et de son côté, il n'était pas tenté.
Le souvenir d'Ethan était toujours aussi vivace. Il lui manquait.
Une nuit, il avait même rêvé de lui, nu sous le tablier et en avait mouillé son caleçon, comme un adolescent incapable de se contrôler.
Oui, tout étrange et nouveau que cela soit pour lui – il n'avait jamais désiré un homme de la sorte auparavant -  il ne pouvait plus se voiler la face. Il était obligé d'être honnête avec lui-même, de reconnaître que même si c'était un homme, comme lui, il l'aimait, et pas qu'un peu.  Ce n'était pas un égarement passager ou une illusion liée à la vie de couple qu'ils avaient menée comme il avait préféré le croire, autrement, ces dernières semaines sans lui auraient dû dissiper ce qu'il ressentait à son égard.
Cependant, qu'il ait une chance ou non avec le nounou n'était pas le problème. Il ne pouvait plus rester avec Gwen, même pour les enfants. Leur relation s'était par trop détériorée. Ils se disputaient même en présence de Gaëlle, Gui et Gilbert.
Vu tout ce que Gwen et lui avait vécu au cours des dernières années, il avait toujours de l'affection pour elle, mais ce n'était plus suffisant pour continuer comme cela alors que son cœur était ailleurs.
Il ne savait pas plus comment aborder la question de la séparation qu'expliquer à sa femme qu'il pensait sans cesse à quelqu'un d'autre, un homme doux et réservé qu'il ne savait pas comment contacter, si ce n'est par l'intermédiaire de son entreprise… Il pourrait peut-être prétendre qu'il avait retrouvé quelque chose lui appartenant. Oui, d'une façon ou d'une autre, il se débrouillerait, parce qu'il voulait absolument le revoir.

jeudi 26 octobre 2017

Remplacement Standard - 55

— Tu vas rencontrer pleins d'autres garçons tout aussi charmants que lui.
— Hum.
— Tu es encore jeune.
— Toi, t'es toujours célibataire alors que t'es trentenaire, marmonna Gilbert.
Et pan, dans les dents. Ethan lui pardonna immédiatement, parce qu'il savait que l'adolescent souffrait et que les promesses d'un avenir meilleur était une bien mince consolation à s'être pris un râteau.
— Le métier que j'ai choisi  ne facilite pas les relations. Et puis, il y a quelque chose de miraculeux à tomber sur une personne qui vous retourne vos sentiments…
Et il n'y avait aucune garantie que cela soit de façon durable.
— J'aurais tant voulu que Mathieu m'aime, soupira l'adolescent.
Ethan le laissa s'épancher aussi longtemps qu'il en eut besoin.
Encore des remplacements, puis Noël arriva. Il le passa avec ses parents à prétendre être ce qu'il n'était pas, à promettre de leur présenter un jour une petite amie qu'il n'aurait jamais, parce qu'il n'était pas question qu'ils recommencent à le harceler pour qu'il suive une thérapie et guérisse, comme si ses préférences sexuelles étaient une maladie !
Il aurait peut-être dû couper les ponts avec eux, mais n'en avait pas le courage.
Pour le réveillon, il n'avait pas le cœur à faire quoique ce soit, mais un de ses amis le traîna à une fête très animée et très gay.
Il évita tous les bouquets de gui accrochés au plafond de la salle et s'en échappa avant les douze coups de minuit, n'ayant aucune envie d'être embrassé par n'importe qui.
Sa bonne résolution était pourtant d'oublier Jonas et avoir une relation sans conséquence avec le premier venu aurait pu l'y aider, mais aucun des hommes présents n'avait su trouver grâce à ses yeux. Les coups d'un soir, cela n'avait jamais été son truc. Il avait toujours cherché des partenaires sérieux et tant que Jonas occupait toutes ses pensées, c'était impossible.
Heureusement, il avait son boulot de remplaçant. Cela l'absorbait, lui donnait l'illusion d'avoir une famille, même si ce n'était pas la sienne, ce qui était d'ailleurs souvent aussi bien, car certains conjoints et enfants étaient durs à supporter.