lundi 24 octobre 2016

Orcéant - 43

Une fois en selle, il eut peine à maîtriser sa monture qui devait percevoir sa nervosité et son inexpérience.
— Tu es malade ? s'enquit Élissande avec sollicitude.
Byll secoua la tête. Cela eût tellement plus simple d'avouer la vérité, mais quelque chose de plus fort que lui l'en empêchait. Il commençait à soupçonner que cette envie de garder le secret à tout prix ne venait pas de lui, mais était incapable de réagir contre.
La jeune fille chevaucha un moment à ses côtés, mais face à ses réponses monosyllabiques, elle finit par rejoindre Pierrick qui trottait à bonne allure, loin devant.
Byll qui allait au pas fut rattrapé par Rouge qui marchait vite.
— Tu ne sembles pas dans ton état habituel et Pierrick, non plus.
— Oui, murmura Byll.
Il aurait tant voulu expliquer toute la situation, mais une voix en lui continuait à lui répéter de n'en rien faire.
— Il t'a avoué ses sentiments et tu n'y as pas répondu positivement ?
Byll fut impressionné que Rouge ait réussi à déduire cela de la froideur de Pierrick. Il était en revanche impossible qu'il devine ce qui s'était vraiment passé, à savoir que le corps de Korel n'était plus occupé par le licornéen.
— En quelque sorte.
— Tu l'aimes aussi pourtant, non ?
Faute de savoir quoi répondre – il n'était pas Korel – il finit par marmonner que cela ne regardait pas Rouge.
Ce dernier se le tint pour dit et le trajet jusqu'au bâtiment qui abritait les orcéants s'acheva en silence, Byll se maudissant d'avoir froissé son ami. Tout ce qu'il voulait, c'était réintégrer son corps et être à nouveau lui. Et à défaut, pouvoir se confier au dragon.
Voir son propre corps émerger du bâtiment suivi par un garde fit un drôle d'effet à Byll.
Rouge se précipita aussitôt à la rencontre de l'orcéant, le délaissant.
Byll ne savait comment se débrouiller pour prendre à part celui qui occupait son corps, le seul avec qui il se sentait le droit d'aborder le problème.

Élissande vint vers lui.
— Je ne sais pas trop ce quelle mouche vous a piqué tous les deux, mais Pierrick m'envoie te demander quelle direction il faut prendre.
Byll n'en avait pas la moindre idée. La corne de Korel ne lui avait rien soufflé.
Il mentit et la jeune fille retourna auprès Pierrick pour lui communiquer la direction arbitraire que Byll avait choisi. Il espérait très fort que le hasard leur serait favorable et qu'ils tomberaient malgré tout sur un allié susceptible de les aider dans leur quête.
Après une longue chevauchée qui transforma en compote le fessier de Byll, ou plutôt celui du licornéen, mais la douleur était sienne, le rouquin les fit s'arrêter. Il donna l'ordre qu'ils montent le camp tandis que lui-même partait chasser.
Byll savait désormais comment procéder, mais  il était moulu. Alors, il fit comme il put, secondé par  Élissande, Rouge et celui qu'il supposait être Korel, sans que nul ne commente sa maladresse.

vendredi 21 octobre 2016

Orcéant - 42

— Nous partons aujourd'hui, annonça Pierrick, presque aussitôt.
Frédérick chercha à le dissuader : tant de hâte était inutile. Mais Pierrick n'en démordit pas.
Élissande, pas plus que Rouge, ne tenta de le faire changer d'avis.
La conversation eut tôt fait de révéler que la jeune fille comme le dragon pensait également qu'il n'était pas nécessaire de s'attarder, Frédérick n'ayant pas l'intention de leur apporter son soutien.
— Tous les licornéens et orcéants n'ont pas la chance de naître sur vos terres, monsieur, déclara Élissande. J'ai eu l'occasion de voir par moi-même comment mon père s'occupait des siens et même le bétail est mieux traité !
Sa voix était vibrante d'indignation. Byll se demanda ce à quoi elle avait au juste assisté transformée en mouche. Peut-être oserait-il lui poser la question quand il serait à nouveau lui-même.
Rouge exprima un sentiment similaire, mais en se montrant plus mesuré dans ses propos. Il fit part de son admiration pour le système mis en place par maître Frédérick, tout en regrettant que ne concerne que son domaine. Les orcéants comme les licornéens de Frédérick ne pouvaient décider de s'installer ailleurs s'ils le souhaitaient. Leur liberté se limitait aux terres de Frédérick.
— Je le regrette, affirma le vieil homme avec embarras. Quoiqu'il en soit, vous êtes les bienvenus ici, assura-t-il.
Malgré les mets appétissants qui s'étalaient devant lui, l'estomac de Byll était trop noué pour qu'il avale ne serait-ce qu'une bouchée.
Ce n'est que sur l'insistance de la vieille licornéenne près de lui qu'il finit par se forcer à manger un petit pain brioché qui se révéla rempli d'une délicieuse substance rouge et sucrée.
Dès que Pierrick se leva de table, il lui ordonna froidement de rassembler leurs affaires. En temps habituel, il ne parlait jamais sur ce ton impersonnel à Korel. C'était plutôt sa façon de s'adresser à Byll...
Il était sans l'ombre d'un doute furieux et blessé d'avoir été rejeté.  Il se trompait. Le véritable Korel aurait probablement eu une réaction différente. Byll ne savait pas ce que licornéen éprouvait au juste à l'égard du rouquin, mais il était convaincu que même informé de son amour, il ne se serait jamais dérobé comme il l'avait fait à son contact.
Avec maladresse, mal à l'aise dans ce corps qui ne lui appartenait pas, Byll obéit à Pierrick et le  petit groupe finit par se retrouver sur le départ, dans la cour.
Byll ne savait pas comment grimper sur le dos d'un cheval et il échoua à le faire.
— Qu'est-ce que tu fabriques ? Dépêche-toi ! s'écria Pierrick.
Byll retenta le coup sans succès. C'est finalement Rouge qui eut pitié de lui et lui donna un coup de main. Son cœur battit plus fort face à la gentillesse du dragon.

jeudi 20 octobre 2016

Orcéant - 41

Byll caressa  le sommet de son crâne : c'était si étrange d'avoir des cheveux. Il regarda ensuite ses mains. Elles étaient si blanches pour lui qui avait normalement la peau bleue. Il glissa un doigt dans sa bouche où toutes ses dents étaient rentrés et petites.
Le physique du licornéen était bien différent du sien, et le monde à travers ses yeux aussi. La place des orcéants n'étaient pas dans les demeures humaines. A part courbé en deux, normalement, jamais il n'aurait pu entrer dans un endroit aussi décoré.
Byll aurait aimé prendre cela comme une opportunité, mais il n'y parvenait pas.  Il fallait qu'il retrouve Korel et qu'il récupère son corps. Le licornéen s'étant heureusement couché tout habillé, lui épargnant la difficulté de se vêtir, Byll quitta la chambre d'une démarche quelque peu hésitante, mais s'arrêta net, ne sachant dans quelle direction aller. C'était la magie qu'il avait propulsé ici et il ne connaissait pas le chemin de la sortie.
Il était encore dans le couloir, à s'interroger, quand le serviteur de Frédérick qui s'était occupé d'eux la veille arriva.
— Ah, vous êtes déjà levés. C'est bien. Vous êtes conviés à petit déjeuner afin de discuter du programme de votre journée.
Byll acquiesça.
— Veux-tu bien prévenir ton maître ?
— Il est allé voir nos camarades, expliqua Byll d'une voix légèrement tremblante.
Celle de Korel, pas la sienne. Avoir une enveloppe charnelle autre que la sienne était vraiment déroutant.
Rouge ne s'était pas plaint d'avoir une autre forme que son originelle, mais cela devait être dur pour lui. Byll, lui, en tout cas, détestait.
Il suivit l'homme qui toqua à une porte qui s'ouvrit sur Rouge et Pierrick.
Le rouquin détourna les yeux en le voyant. Rouge n'eut pas de réaction particulière. Il faut dire que le dragon n'était pas spécialement proche de Korel. S'il avait été lui-même, il lui aurait souri, Byll en était certain. Son indifférence lui fit mal.
Dès que possible, il lui raconterait comment il s'était réveillé dans le corps du licornéen et Rouge l'aiderait à trouver une solution pour qu'il regagne son propre corps, la seule chose au monde qu'il possédât vraiment, du moins, jusqu'à ce matin.
A nouveau, une petite voix en lui, lui suggéra de n'en rien faire : mieux valait que le dragon le reconnaisse de lui-même sous sa nouvelle apparence.
Ils passèrent prendre Élissande, puis tous se rendirent dans une salle à la haute voûte où une longue table recouverte d'une nappe fleurie était chargée de nourriture. Assis en bout dans une chaise sculptée, Frédérick présidait, une vieille licornéenne à sa droite.
Pierrick fut placé à la gauche de Frédérick avec Rouge et  Élissande. La chaise à côté de la licornéenne échut à « Korel. »