mardi 31 mai 2016

Cœur de fantôme - 56

Nino lâcha la taille de Zack.
— Tu ne peux pas... commença-t-il.
Kazuya-Zack rentra dans la maison.
C'était n'importe quoi.
« Pas plus que ton attitude. »
Zack fut obligé d'en convenir. Ces dernières semaines à trois avaient été idylliques. Tout remettre en question parce que Nino et Kazuya pouvaient se débrouiller sans lui, était excessif.
« Exactement. Tu doutes trop de toi et de nos sentiments. »
C'était vrai. Mais à sa décharge, il était fatigué et l'attitude de sa mère, contente qu'il soit enfin casé, lui avait fait prendre conscience qu'il s'était sacrément éloigné du schéma normal. En même temps, sa réalité avait sacrément changé depuis qu'il connaissait l'existence des fantômes.
— Qu'est-ce qui se passe à la fin !? s'écria Nino, désavantagé par le fait qu'il n'avait pas accès à leur débat en interne.
Kazuya cessa de maintenir Zack sous son joug et quitta son corps. Il savait qu'il n'avait plus l'intention de quitter les lieux.
— Je me suis senti de trop, avoua Zack.
— Ce n'est pas le cas, répliqua Nino.
— Mais toi et Kazuya, vous filiez le parfait amour avant, alors...
— Et après ? Je ne sais pas pourquoi Kazuya et toi, vous tenez tant que cela à ce que je sois avec l'un ou l'autre d'entre vous ! Si ça continue, c'est moi qui vais aller voir ailleurs. Je croyais que nous étions d'accord pour demeurer ensemble, merde quoi !
— Bien envoyé ! lança Kazuya.
Il était à deux contre un. Zack leva les mains.
— Je me rends. J'admets que j'étais en tort, mais...
— Rien du tout ! trancha Nino.
— Je n'aurais pas mieux dit, enchérit le fantôme. Nous ferions mieux à présent de rentrer à l'appartement où vous serez tout les deux au chaud. Lequel d'entre vous veut m'accueillir en lui ?
Quand il tournait les choses comme cela, la possession avait un caractère sexuel si marqué que cela en était excitant.
Zack et Nino se portèrent volontaire d'une seule voix.
Zack qui avait été si hostile à la possession en saisissait désormais tous les avantages, même s'il n'oubliait pas pour autant les inconvénients.
— Votre enthousiasme fait plaisir, déclara Kazuya avec un large sourire.
Il plongea dans Nino sur ces mots, mais Zack n'eut pas le temps de sentir jaloux, car l'instant d'après il ressortait pour s'enfoncer en lui.
« J'ai préféré expliquer de cette façon à Nino que c'était mieux que cela soit toi pour aujourd'hui. Il était d'accord. »
C'était dommage que le 7 de la rue des Sycomores soit le seul endroit où Kazuya soit visible et puisse les posséder ainsi l'un après l'autre dans la foulée.
« Oui, hanter ton appartement serait idéal, mais je n'ai pas encore trouvé d'autre moyen que la possession pour m'éloigner d'ici. »
Zack lui répondit qu'il était déjà content qu'il ne soit pas nécessaire qu'ils séjournent dans cette maison glaciale en permanence.

lundi 30 mai 2016

Cœur de fantôme - 55

En poussant la porte du 7 de la rue des Sycomores, ils appelèrent de concert Kazuya qui ne se montra pas.
Zack s'y attendait plus ou moins, mais il fut tout de même déçu. Le fantôme n'était pas supposé être fâché avec lui. Sûrement se doutait-il qu'il était du côté Nino vu qu'ils étaient venus ensemble... Il gagnait « des points » avec le jeune homme, mais en perdait avec Kazuya.
— Je crois qu'il boude, comme la dernière fois, même à son âge on peut encore se comporter comme un gosse, déclara-t-il faisant exprès d'être provocateur, en pressant la main de Nino.
A peine avait-il terminé sa phrase que Kazuya surgit du néant devant eux.
— J'étais occupé, c'est tout.
— A quoi ? A te tourner les pouces ? rétorqua Zack, supposant qu'il mentait.
Il faisait un piètre médiateur. A ce rythme, tout ce qu'il allait gagner c'était que le fantôme reporte sa colère sur lui.
— Tu es toujours furieux contre moi ? intervint Nino, inquiet.
— Non, plus du tout. J'ai réfléchi à comment rendre possible ton désir de te servir de ta vue paranormale sans que cela soit dangereux.
Nino se détacha de Zack et esquissa un geste envers Kazuya comme pour le prendre dans ses bras, même si c'était bien sûr impossible.
Zack déglutit. En fait, ils se passaient très bien de lui. Il s'était complètement fourvoyé en croyant leur être devenu indispensable. Ce n'était pas pour rien que les gens formaient des couples et non des trios. Il tourna les talons et ressortit.
Il venait de franchir le seuil quand il sentit le fantôme prendre possession de lui. Il tenta de créer une barrière mentale pour protéger ses pensées, mais sans succès.
« N'est-ce pas toi qui me parlait d'envie et non de besoin il y a quelques semaines ? »
Zack se rappelait d'avoir dit ça, mais le problème, c'est qu'il avait l'impression de s'être immiscé entre eux en force. Nino et Kazuya s'aimaient avant qu'il ne débarque dans leur existence.
Nino choisit ce moment pour l'enlacer par l'arrière de façon à le retenir.
Zack voulait y croire. Mais depuis le début, n'était-il pas l'empêcheur de tourner en rond ?
«Bien sûr que non ! Ne sois pas idiot ! Je me serais débarrassé de toi depuis longtemps autrement. »
— Pourquoi tu t'en vas ? Même s'il n'est plus nécessaire que tu persuades Kazuya de m'aider à exorciser des fantômes, reste, déclara Nino dans son dos.
— Je ne le laisserai pas partir, même s'il le désirait, annonça tranquillement Kazuya par la bouche de Zack.

vendredi 27 mai 2016

Cœur de fantôme - 54

Zack partit donc en solo sur sa moto. Il n'avait pas prévu d'aborder sa vie amoureuse avec ses parents, mais sa mère qui avait comme des antennes quand il s'agissait de lui, le trouva changé et l'interrogea.
Il ne se défila pas et lui parla de Nino, ne pouvant s'empêcher de lui prêter quelques traits de caractère de Kazuya.
— Il faudra nous l'amener la prochaine fois. Je suis contente que tu aies enfin trouvé quelqu'un.
C'était plutôt « quelque deux » mais il ne pouvait pas le dire et ce n'était pas seulement parce que Kazuya était un fantôme. Même si ses parents étaient tolérants et avaient accepté son homosexualité, il y avait des limites... et un ménage à trois en était une.

A son retour, le dimanche en fin d'après-midi, Zack fut accueilli à l'appartement par Nino et uniquement lui.
Après l'avoir embrassé, il s'étonna de l'absence de Kazuya.
— Nous nous sommes disputés, avoua Nino.
Zack n'avait pas envisagé pareil souci.
— A quel sujet ?
— L'exorcisme.
Cette idée était totalement sortie de la tête de Zack occupé qu'il était à jouir de sa cohabitation avec ses deux amoureux.
— Depuis que vous vous connaissez, cela vous ait arrivé souvent de vous accrocher ? demanda-t-il, se sentant coupable d'être indirectement responsable de leur dispute.
— Peu. Mais parfois, Kazuya me juge trop naïf et ça m'énerve.
Le fantôme n'avait pas tort, mais c'était contrebalancé par le fait que Nino était également du genre méfiant.
— C'est sûr qu'avec ses sept cent ans d'expérience, il a toujours plusieurs longueurs d'avances sur nous...
— Tu lui donnes raison, alors ?
Devant son air fâché, Zack s'empressa de secouer la tête.
— Il veut juste te protéger, temporisa-t-il.
— Je lui suis reconnaissant pour le talisman et tout, mais je ne suis ni un gosse ni une fleur fragile.
— Je te comprends. Si tu veux, je peux plaider ta cause auprès de lui, faire office d'intermédiaire.
— Bonne idée ! Allons-y, alors !
Zack venait juste d'arriver et n'aurait rien eu contre se poser ne serait-ce que cinq minutes, mais il avait envie de faire plaisir à Nino et de revoir Kazuya, aussi il ne fit pas d'histoires.
— Pressé de te réconcilier avec lui ?
— Oui. Mais je ne voyais pas comment faire sans renoncer à le convaincre qu'avec ma vue spéciale, je pourrais aider des gens. Heureusement que tu es là !
Zack sourit. De troisième roue du carrosse dans la relation entre Kazuya et Nino, il était devenu pierre angulaire.