vendredi 29 avril 2016

Cœur de fantôme - 41

— C'est tentant, mais tu n'es pas qu'un corps, tu es une personne à part entière.
Que Nino ne saute pas à pieds joints sur l'offre plut à Zack, car même si cela l'obligeait à le convaincre, cela montrait que le jeune homme tenait à lui.
— Accepte... intervint Kazuya d'une voix douce, en venant flotter tout près de son oreille tel un démon ou un ange cherchant à conseiller en bien ou mal.
— Même si tu l'habites, il ne sera pas toi... et je te rappelle que nous étions en train de nous disputer.
Nino ne refusait pas que par égard pour Zack qui d'ailleurs était également en quelque sorte en disgrâce. Toutefois, Kazuya ayant plaidé sa cause magnifiquement, il ne doutait guère être pardonné.
— Quoi de mieux qu'une réconciliation sur l'oreiller ? rétorqua Kazuya.
— Mais nous ne sommes toujours pas d'accord à propos de l'exorcisme, protesta Nino faiblement.
— Avoir des opinions divergentes est fréquent dans un couple. De toute façon, les exorcistes ne résolvent pas ce qui retient les fantômes, ils les forcent à passer de l'autre côté. Ce que tu veux faire est différent.
— Tu voudras bien m'aider ? demanda Nino en joignant les mains dans un geste de prière.
— Disons plutôt que mon non n'est plus ferme et définitif.
Cette déclaration contenta Nino qui se tourna enfin vers Zack qui attendait, stoïque, qu'ils aient fini.
— Tu es sûr de toi ?
Zack avait eu le temps de peaufiner son argumentation.
— Certain. Tu es au courant de ce que je ressens pour toi. Je serais aussi gagnant dans l'affaire.
— Alors, c'est oui... Merci de faire ça pour nous.
Zack ne prétendit pas que c'est à cela que servait les amis. Il était content d'avoir enfin réussi à s'immiscer entre eux.
Kazuya n'attendit pas davantage pour le posséder à nouveau.
Zack aperçut un vieil asiatique sévère qui entretenait une certaine ressemblance avec Kazuya et le fantôme fut en lui. Il n'avait plus son mot à dire.
« Détrompe-toi, je suis à l'écoute » lui affirma Kazuya.
Mais il n'en ferait au bout du compte qu'à sa tête, songea Zack avec amertume.
« C'est le principe de la possession. La façon dont je réagirai aux caresses de Nino sera mienne et c'est à ma manière que je l'embrasserai. »
Zack ne serait qu'un spectateur. Un voyeur. Il n'avait pas vraiment réalisé à quoi il s'engageait.
« Ce n'est pas que ta vue qui sera mise à contribution, mais tous tes sens. Que je sois aux commandes ne t'empêchera pas de ressentir du plaisir puisque tu aimes Nino. »
Zack était dubitatif, mais prêt à faire l'expérience.

jeudi 28 avril 2016

Cœur de fantôme - 40

— C'est vrai que j'ai songé à contacter un exorciste pour Kazuya, mais j'ai renoncé immédiatement.
— Va-t-en ! s'exclama Nino.
— Je t'assure... commença Zack avant de se taire, comprenant que cela ne servirait à rien, que Nino ne le croirait plus jamais.
La seule solution pour prouver qu'il était sincère, c'était de laisser Kazuya le posséder et lire en lui. C'était une perspective glaçante, mais bien moins que d'être détesté par Nino.
— Kazuya pourra te le confirmer, déclara-t-il.
Serrant les dents, il ouvrit les bras en grand, comme s'offrant en sacrifice.
Le fantôme comprit qu'il était d'accord pour l'accueillir en lui et en un éclair fut en lui.
Zack eut la chair de poule, il entrevit une jeune femme en kimono portant une ombrelle dans un jardin, Kazuya l'emplit entièrement et ce fut tout.
La voix du fantôme résonna en lui : « Sans lutte, aucun souci. »
Zack dut en convenir. L'absence d'écrasement était limite déroutante. Il ne restait que l'inconfort d'exposer ses pensées intimes à un autre ainsi que la perte de contrôle de son propre corps.
Par sa bouche, Kazuya annonça :
— Il ne ment pas. Il s'est renseigné sur le sujet, mais n'a rien fait de plus. Il savait autrement qu'il te ferait de la peine. Il ne voulait pas non plus agir sans mon autorisation.
— Vraiment ?
Zack se sentit hocher la tête. Le soulagement de Nino transparut sur les traits de son visage.
— Il commence à m'apprécier, précisa Kazuya.
Zack n'aurait pas formulé les choses de cette manière, mais c'était exact.
Nino esquissa un timide sourire.
— C'est normal, tu es formidable.
— Et toi, tu es merveilleux, répliqua Kazuya.
Zack était du même avis que le fantôme. Ce qui le chiffonnait, c'était de constater à quel point ces deux-là étaient amoureux l'un de l'autre et qu'il n'avait pas de place pour lui entre eux... A moins que...
Le fantôme qui percevait tout ses sentiments, lui répondit « ça, tu ferais mieux de lui dire toi-même » avant de sortir de son corps.
Zack fut déséquilibré un instant sans autre désagrément.
— Je suis volontaire pour prêter mon corps à Kazuya pour que vous fassiez l'amour tous les deux.
Le jeune homme brun ne réagit pas tout de suite. Il faut dire que la proposition de Zack était soudaine. Il lui était cependant apparu très clairement au cours de cette seconde possession que c'était son unique moyen d'être plus qu'un ami pour Nino.

mercredi 27 avril 2016

Cœur de fantôme - 39

Ils discutèrent d'exorcisme un moment, ce qui permit à Zack de réaliser que concrètement, c'était délicat à mettre en pratique puisque Nino voyait les fantômes, mais ne pouvait leur parler et savoir ce qui les tourmentait à moins d'être possédé. Or il n'était pas question que le jeune homme se plie au moindre caprice de fantômes peu scrupuleux... Il ne voulut toutefois pas le décourager, préférant égoïstement laisser ce soin à Kazuya.

Ce que Zack n'avait pas prévu, c'est qu'il ne l'emporterait pas au paradis...
A peine deux jours après leur repas, alors qu'il venait tout juste de pousser la porte de la maison délabrée de la rue des Sycomores sur l'invitation de Nino, Kazuya surgit devant lui, furieux et menaçant, ses cheveux en ailes de corbeaux flottant autour de sa tête, un éclat rouge brillant dans ses yeux noirs.
— Comment as-tu pu lui faire miroiter une carrière d'exorciste ?! tonna-t-il, faisant vibrer les murs de la maison.
Nino arriva sur ces entrefaites, dévalant l'escalier à toute vitesse.
— Kazuya, arrête ! Tu lui fais peur !
Zack aurait aimé démentir cette affirmation, mais ce n'était que trop vrai. Se faire posséder par le fantôme n'était peut-être pas le pire qui pouvait arriver...
— Tu avais affirmé qu'on pourrait discuter calmement, continua Nino en s'approchant du fantôme sans soucier de l'air qui semblait crépiter autour de lui.
— Non, ça, c'est ce que toi tu souhaitais... L'exorcisme, c'est trop dangereux !
— Pourquoi tu ne comprends pas ? Plutôt que de devoir composer avec ma vue spéciale, de commettre des impairs parce que je vois des gens invisibles pour les autres, je pourrais m'en servir, me rendre utile !
Nino plaidait sa cause avec passion, toute son attention concentrée sur le fantôme qui ne décolérait pas.
Zack n'avait même pas à se défendre, c'était presque comme s'il n'était pas là, quantité négligeable qui n'avait aucun rôle à jouer dans leur dispute dont il était pourtant l'investigateur involontaire.
— C'est impossible.
— Pas si tu me possèdes, car toi, tu seras en mesure d'apprendre de leur bouche si oui ou non, on peut les aider.
— Cela reste risqué ! T'a-t-il au moins avoué comment il avait eu cette brillante idée d'exorcisme !?
Nino se tourna enfin vers Zack, interrogateur, puis il devina la vérité et ses yeux s'agrandirent d'horreur.
— Non, murmura-t-il, se collant au fantôme comme pour le protéger, le bras de Kazuya se fondant dans le sien.
Zack en voulut au fantôme. A cause de lui, c'était fini. Il avait perdu la confiance du jeune homme. Jamais il ne pourrait gagner son amour. Kazuya cependant n'avait pas l'air de se réjouir. Ses cheveux étaient à présent retombés et ses yeux ne rougeoyaient plus. Ce n'était qu'emporté par sa fureur qu'il avait indirectement révélé que Zack avait projeté de l'éliminer.